La basilique Notre-Dame à Nice

Le 29 octobre 2020, un attentat terroriste à la basilique Notre-Dame de Nice, édifice emblématique du développement urbain de la ville au XIXe siècle et de son attachement à la France, a une nouvelle fois endeuillé la Cité.

Du vallon de Saint-Michel à l’avenue Jean-Médecin

On donne sous le Second Empire au principal axe nord-sud de la Ville, établi sur l’ancien vallon Saint-Michel, le nom d’avenue du Prince-Impérial afin d’honorer le prince héritier, fils de Napoléon III et Eugénie.

Puis, avec le changement de régime en 1870,  cette voie est rebaptisée avenue de la Gare, ce qui était sans doute le nom que lui donnaient naturellement les Niçois, puisqu’elle avait été ouverte pour desservir en 1864 la gare de la compagnie Paris-Lyon-Méditerranée.

Après l’Armistice du 11 novembre 1918, l’avenue, dont la fonction commerciale est désormais prédominante, devient avenue de la Victoire, avant de prendre en 1966 le nom de l’ancien maire de Nice, Jean Médecin.

A partir de 1880, c’est sur l’avenue que passe la ligne 2 du tramway à voitures hippomobiles puis électriques reliant la place Masséna au quartier Saint-Maurice. Depuis 2007 et l’inauguration de la nouvelle ligne 1, le tramway circule de nouveau sur Jean-Médecin.

Avenue de la Gare, près Notre-Dame

Détail du plan régulateur de 1829 avec le vallon et la strada di S. Michele, future avenue Jean-Médecin.
Archives Nice Côte d’Azur, 1 Fi 1 (série O)

Avenue de la Gare, près Notre-Dame

En descendant l’avenue. Carte postale, début XXe siècle
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 748

Portrait du peintre Hercule Trachel

En 1913. Carte postale, Léon et Lévy (Paris)
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 749

Portrait du peintre Hercule Trachel

En remontant l’avenue : Notre-Dame et, en face, les grands magasins A la Riviera. Carte postale Victor Verdollin (Nice) et Neurdein et Cie (Paris), entre-deux-guerres.
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 326

Portrait du peintre Hercule Trachel

Carte postale, Lévy fils (Paris), entre-deux-guerres
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 7988

Portrait du peintre Hercule Trachel

En 1922. Carte postale colorisée A.D.I.A. (Nice).
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 741

Charles Lenormand (1833-1904) et le gothique à la française

Né à Paris, fils de l’architecte Louis Lenormand (1801-1862) et beau-frère d’un autre architecte, Jacques Drevet (1832-1900), Charles Lenormand est connu comme architecte et comme photographe. S’étant retiré au bourg de Montferrand en Périgord, il y a son tombeau.

Les modèles français

Pour édifier l’église Notre-Dame de Nice, il a puisé son inspiration dans les modèles alors les plus en vogue dans l’architecture française, à savoir l’esprit du Moyen-âge, et dans l’amour voué par les contemporains de Viollet-le-Duc (1814-1879) aux chefs d’œuvre de l’art gothique.

On retrouve ainsi dans la silhouette de l’édifice niçois les modèles de la cathédrale Notre-Dame de Paris et, moins connue sans doute, de l’abbatiale Saint-Serge d’Angers.

Portrait du peintre Hercule Trachel

Les portiques de Notre-Dame de Paris. Carte postale, début XXe siècle
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 4401

La cathédrale de Monaco

On doit également à Charles Lenormand, dans un style romano-byzantin, la cathédrale Notre-Dame-Immaculée de Monaco érigée sous le principat de Charles III, sur les ruines de l’église Saint-Nicolas – bâtie en 1252, puis détruite en 1874. La première pierre de la cathédrale est posée le 6 janvier 1875 et les travaux achevés le 12 novembre 1903. Elle a été consacrée en 1911.
Bâtie en pierres blanches de La Turbie, sa décoration intérieure marie également le porphyre rouge et bleu de l’Estérel, le vert et le granit des Vosges, le granit de Biella pour le chœur et le marbre de Carrare.

Photographie des rues Trachel et de l’Abbé-Grégoire en 1970

Intérieur de la cathédrale de Monaco. Carte postale Lévy-Neurdein (Paris), début XXe
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 3760 (don Louis Cappatti)

Chantier de construction, photographie noir et blanc

La cathédrale de Monaco. Carte postale Giletta (Nice), début XXe
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 3759 (don Louis Cappatti)

La basilique Notre-Dame de l’Assomption

Constituant un des rares et plus beaux exemples du style néo-gothique sur la Côte d’Azur, Notre-Dame est comme le monument emblématique de la Nice devenue française après 1860. Les touristes français ne s’y trompent pas, parfaitement hermétiques au Vieux-Nice baroque et au néo-classicisme sarde :

Les monuments de Nice sont peu nombreux et peu remarquables. Sur la droite de l’avenue de la Gare s’élève l’église Notre-Dame de Nice, et c’est à peu près la seule à citer en raison de sa construction néo-gothique. Elle a été bâtie sur les plans et les dessins de M. Charles Lenormand.
Viennent ensuite l’église de la Miséricorde et l’hôtel de la préfecture, l’église Saint-Jacques, l’église de la Croix, la cathédrale de Sainte-Réparate bâtie en 1650 ; mais nous aurons le courage de notre opinion, toutes ces constructions qui sont ou modernes ou de mauvais goût, ne nous paraissent pas dignes d’arrêter l’attention.

Les étapes d’un touriste en France. De Marseille à Menton par Jules Adenis (1823-1900), Paris, 1892

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, le Diocèse de Nice doit s’adapter à l’organisation croissante de l’espace urbain et répondre aux besoins de la « colonie étrangère » qui , ne souhaitant pas traverser le Paillon pour entrer dans le Vieux-Nice mal famé, réclame la construction d’une église dans les nouveaux quartiers de la ville. Pour cette population fortunée d’hivernants catholiques ayant élu domicile dans les faubourgs de la rive droite du Paillon, le nouvel évêque de Nice, Mgr Jean-Pierre Sola demande donc en 1862 l’édification d’une nouvelle église, la petite église Saint-Étienne étant difficile d’accès et la chapelle de l’Hospice de la Charité trop exiguë. D’autant plus que les hivernants des autres confessions ont leurs églises : le temple vaudois de la rue Gioffredo, l’église orthodoxe de la rue Longchamp (inaugurée en janvier 1860), et, plus loin, l’église anglicane de la Buffa.

Photographie des rues Trachel et de l’Abbé-Grégoire en 1970

Temple et cimetière des Anglais dessiné d’après nature et lithographié par le chevalier Barberi, Nice : imp. lith. de Villain, 1834.
Archives Nice Côte d’Azur, 4 Fi 55/11

Chantier de construction, photographie noir et blanc

Inauguration de l’église orthodoxe du rit [sic] oriental, à Nice (21 janvier), bois de bout d’après Hercule Trachel (1820-1872) paru dans L’Illustration, janvier 1860.
Archives Nice Côte d’Azur, 5 S 14

La municipalité Malausséna achète donc au Bureau de bienfaisance et à l’œuvre de la Miséricorde le terrain nécessaire à la construction dans l’enceinte du plan régulateur. Mais, la Ville n’ayant pas les moyens de financer la construction, l’évêque s’adjoint les services d’un ancien jésuite, le révérend-père Alexandre Lavigne (1816-1874), vicaire général pour la colonie étrangère et chanoine honoraire de la cathédrale, pour aller chercher d’autres sources de financement : une grande souscription est ouverte en 1862 afin de récolter les fonds nécessaires à la construction de l’église ; la colonie des hivernants français, enthousiaste, participe à des ventes de charité et des quêtes publiques. Des dons arrivent de toute la France.
L’édifice, dédié à Notre-Dame de l’Assomption en référence à l’ancienne cathédrale qui se trouvait sur la colline du Château, doit répondre aux goûts et aux exigences des généreux donateurs tout en s’intégrant au paysage urbain du nouveau quartier de la gare : son édification est donc confiée à l’architecte français Charles Lenormand qui va chercher son inspiration dans l’opus francigenum.

La première pierre est posée le 12 mars 1864. Bien que jugé démesuré, le projet avance vite et, dès 1865, les hivernants peuvent admirer l’élévation de la nef centrale et des huit chapelles latérales. L’édifice est inauguré le 3 mai 1868 au cours d’une messe célébrée par Mgr Sola, alors même qu’il n’est pas achevé.

Avec la guerre de 1870, les travaux prennent du retard. En 1876, la Ville apure les dettes du défunt père Lavigne et devient propriétaire de l’ensemble immobilier ; le presbytère est transformé en école communale, l’école Notre-Dame. En 1879, l’église est enfin déclarée achevée.

Le tremblement de terre de mars 1887 vient scinder l’ouvrage au droit du deuxième collatéral, mais heureusement sans endommager les trois vaisseaux ni déstabiliser les structures porteuses. L’église est consacrée le 12 mars 1925, puis élevée au rang de « basilique mineure » le 16 avril 1978.

Photographie des rues Trachel et de l’Abbé-Grégoire en 1970

Projet initial, vers 1864. Photographie Charles Lenormand
Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine

Chantier de construction, photographie noir et blanc

Façade ouest en travaux, 1877. Photographie Charles Lenormand
Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine

La façade est clairement inspirée de celle de Notre-Dame de Paris avec trois porches, une rosace, des baies jumelles dans un arc ogival et une galerie avec quatre pinacles. Une statue de la Vierge se trouve à son sommet et une autre devant la rosace. Deux tours s’élèvent à 31 mètres dans le ciel de Nice. Elles devaient originellement se terminer par des flèches de base octogonale mais le projet fut abandonné en raison de la fragilité du sol de l’ancien vallon. L’absence de sculptures sur cette façade résulte du manque de fonds. Sur le trumeau du portail central, la statue de Notre-Dame de la Libération a été sculptée par Gallo en 1944.

La structure interne est en revanche inspirée de l’abbaye Saint-Serge d’Angers : chœur, trois nefs de même hauteur, douze chapelles latérales et sept chapelles en absidioles.

Le néo-gothique de Charles Lenormand même des structures de style gothique à lancettes, avec des remplages de style gothique rayonnant. Dans la tour sud, un bourdon de 1.020 kg, œuvre de Dubuisson-Gallois, est installé pour l’inauguration. Les vitraux du chœur (1868), représentent le couronnement de la Vierge, entourée par les saints Joseph, Joachim, Paul, Raphaël, Gabriel, les Patriarches et les Apôtres. Les verrières historiées des chapelles ont été offertes par des particuliers à la fin du XIXe siècle. On doit les vitraux du XIXe aux ateliers lorrains de Champigneulle et Maréchal ; la dernière série de vitraux, posés en 1956, est l’œuvre des frères Benoît. Les statues de l’église sont du pur style saint-sulpicien.

 

Portrait du peintre Hercule Trachel

Carte postale P.L.M., début XXe siècle
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 304

Portrait du peintre Hercule Trachel

Carte postale B.F., début XXe siècle
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 305

Portrait du peintre Hercule Trachel

Carte postale, Lévy-Neurdein (Paris) début XXe siècle
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 304

Au cœur du projet de rénovation du centre-ville

Le projet de renouveau de Nice Centre a été retenu par décret le 31 décembre 2009 dans le cadre d’un appel à projets de l’Agence Nationale de Rénovation Urbaine (ANRU), de l’Agence Nationale pour l’Amélioration de l’Habitat (ANAH) et de l’État.

Il s’étend sur un périmètre de 70 hectares et vise principalement, dans le cadre d’un programme global d’embellissement du cœur de ville, à :

  • résorber l’habitat indigne et lutter contre la précarité énergétique,
  • permettre la remise sur le marché des logements vacants,
  • restructurer les commerces et les espaces publics de proximité.

En effet, le quartier Notre-Dame concentrait la présence significative d’un habitat ancien – 40 % des logements datant d’avant 1915 – vétuste ou indigne, jouant le rôle de parc social, avec des poches de pauvreté dans des copropriétés ou des hôtels meublés dégradées. De ce fait, il souffre d’un déficit d’image, accentué par des coupures urbaines fortes (voie ferrée et voie Pierre-Mathis).

Le nouveau square Notre-Dame, à la place de l’ancien parking, a été inauguré en octobre 2016.

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