Correspondance du soldat Laurenti

Correspondances de poilus

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Contexte historique

I.1 – La correspondance privée au début du XXe siècle

La poste, monopole régalien

Au début du XIXe siècle, les postes sont administrées directement par les États et rattachées, comme les douanes, aux administrations fiscales. Les besoins de mobilité augmentant, les malle-poste font leur apparition, dans lesquelles des voyageurs fortunés et pressés, des négociants, peuvent prendre place au côté du courrier. À partir des années 1830, les campagnes commencent à recevoir la visite des facteurs.

Le ministère des Postes du royaume de Piémont-Sardaigne fait, en 1819, réaliser des cartes-lettres avec des figurines gravées (dites cavallini ou cavallotti car elles représentent un génie à cheval), précurseurs du timbre poste ; trois tarifs (10, 20 et 50 centesimi) existent en fonction de la distance à parcourir. Le 1er mai 1840, les postes britanniques émettent le Penny Black le premier timbre postal de l’histoire. C’est en 1849 seulement qu’est émis le premier timbre-poste français, à l’effigie de Cérès, déesse des moissons et de la fécondité, à laquelle succèdera le profil de Napoléon III en 1852. Le roi Victor Emmanuel II fait graver en 1851 par Matraire des timbres à son effigie. Désormais, le prix de la lettre varie en fonction du poids et non plus de la distance.

Avec l’utilisation de la vapeur, la poste peut accélérer l’acheminement des dépêches : dix paquebots-poste à vapeur parcourent la Méditerranée en 1835. En 1845, un wagon-poste est mis en service sur la ligne Paris-Rouen, premier d’une succession de nombreux modèles de bureaux ambulants. En 1873, la poste aux chevaux disparaît en France au profit du transport par chemin de fer.

De majestueux hôtels des postes font leur apparition dans toutes les villes de France, ainsi, à Nice, l’hôtel des postes édifié sur la place des Platanes (aujourd’hui place Wilson) en 1888 par les architectes Carlo et Grassi, en remplacement de la recette principale de la rue Saint-François-de-Paule, devenue inadaptée à la population grandissante de la ville.

 

Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 339

La carte postale

C’est en 1870, dans le cadre de la guerre franco-prussienne, qu’aurait été émise la première carte postale française, éditée par la Société de secours aux blessés militaires des armées de terre et de mer pour permettre la communication interne entre ses comités locaux. Le 12 août 1870, dans Strasbourg assiégée, le comité strasbourgeois de la Société de secours aux blessés, qui possède un stock de ces cartes, propose au général prussien de laisser les blessés et les assiégés communiquer avec leur famille. Durant le siège de Paris, la section des Postes de la capitale crée à son tour les cartes-poste,  en carton d’un poids de 3 grammes au maximum, de 11 centimètres de long sur 7 centimètres de large portant, sur l’une des faces, l’adresse du destinataire et, sur l’autre, la correspondance.

Le 19 décembre 1872, la loi de finances, sur proposition du député Louis Wolowski, introduit en France de façon officielle la carte postale. Deux types de cartes postales sont d’abord mis en vente dans les bureaux de poste :

  • l’une, de couleur jaune, affranchie à 10 centimes, destinée à circuler à découvert en France et en Algérie, à l’intérieur d’une même ville, ou dans la circonscription d’un même bureau ;
  • l’autre, affranchie à 15 centimes, pour circuler de bureau à bureau.

La seule forme d’illustration de cette carte postale officielle est une frise large de 4 mm, encadrant la partie réservée à l’adresse du destinataire et portant le timbre d’affranchissement et les indications administratives. Sept millions d’exemplaires s’écoulent en une semaine.

Jusqu’en 1875, la carte postale en France reste un monopole de l’administration des postes, ce qui n’empêche pas d’autres supports cartonnés et rectangulaires d’être détournés à des fins postales ou publicitaires. C’est dans les années 1880 que la photo au format cabinet (16,5 × 11,4 cm), dérivée du principe de la photo-carte de visite, est affectée à l’usage de la correspondance, d’abord à Londres, avec l’aval du Post Office, puis à Marseille et dans le sud de la France, et enfin à Paris. Les photographes, profitant des nouvelles avancées techniques, vendent alors leur production à une clientèle aisée sur les principaux lieux touristiques. Cependant, ces « cartes photo-imprimées » restent rares avant 1897 du fait des coûts de fabrication et des difficultés techniques inhérentes aux procédés photomécaniques alors en pleine mutation. L’industrialisation de la carte postale commence à l’extrême fin du siècle avec  l’imprimeur Neurdein.

Jusqu’en 1904, il était interdit d’écrire au recto de la carte postale : trois ou quatre lignes horizontales, sur toute la largeur de la carte, permettaient d’inscrire la seule adresse du destinataire. Au verso, l’illustration ne recouvre pas la totalité de l’espace, pour permettre la correspondance à côté de l’image. On parle alors de « carte nuage ». Le 20 novembre 1903, l’administration des postes françaises décide de diviser le recto de la carte postale en deux parties : l’une, à gauche, réservée à la correspondance, et l’autre, à droite, à l’adresse. Dès lors, la photographie ou l’illustration peut librement occuper tout le verso. La carte postale, à vocation touristique, artistique ou humoristique, se diffuse à travers le monde et dans toutes les couches sociales. Dans le premier quart du XXe siècle, âge d’or de la carte postale, avant la diffusion générale du téléphone, l’usage en est pratiquement quotidien ; il n’est pas rare de l’utiliser d’un quartier à l’autre de la même ville, par exemple pour se donner rendez-vous le lendemain, comme on le faisait au XIXe siècle sur des cartes de visite. C’est ainsi, qu’à côté des productions parisiennes de Lévy-Neurdein ou des éditions allemandes, le photographe niçois Jean Giletta est de ceux qui contribuent, par la carte postale, à répandre dans toute l’Europe l’image d’une Côte d’Azur accueillante et d’une Nice radieuse, symboles de la Belle Époque dont la déclaration de guerre sonne le glas.

Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 734

Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 7997

I.2 – La poste pendant la Première Guerre mondiale

Franchise postale

L’acheminement du courrier est primordial durant la guerre, la possibilité de correspondre avec ses proches étant indispensable au maintien du moral des troupes et des civils. Le 3 août 1914, la franchise postale est instaurée entre les soldats et leurs familles. Dispensant les soldats des frais de port, elle occasionne un afflux de courrier qui sature rapidement les centres de tri et la distribution. À l’automne 1914, les lettres mettent plusieurs semaines avant d’être distribuées à leurs destinataires. Du fait de la censure militaire, toutes les lettres sont ouvertes et lues, ce qui entraîne un délai d’acheminement supplémentaire. Afin de simplifier le traitement du courrier, l’administration militaire crée donc des cartes pré-imprimées avec des phrases types pré-écrites où les soldats ont juste à rayer les phrases ne correspondant pas à leur pensée.

Fin 1914, la stabilisation de la ligne de front permet de réorganiser le service postal dans le but de redonner le moral aux soldats et à leurs familles. Le B.C.M. (Bureau Central Militaire), transféré de Bordeaux à Paris, gère la logistique. Des wagons-poste effectuant le tri du courrier sont mis en service ; les zones de combat sont divisées en secteurs postaux à compter du 1er décembre 1914. Afin de pallier la mobilisation des facteurs,  ce sont des femmes et des étudiants qui assurent le service postal. Des facteurs militaires sont ensuite nommés afin de distribuer le courrier dans les tranchées ou des bureaux de poste sont installés.

 

 

Archives Nice Côte d’Azur, 4 H 36/1

En août 1914, la préfecture des Alpes-Maritimes fait imprimer divers avis qui sont affichés dans toutes les mairies du département informant les populations des mesures liées à l’état de guerre.

Sur ce placard sont données les consignes permettant d’obtenir des nouvelles d’un militaire au front et de lui envoyer du courrier ou un mandat.

Marraines de guerre

Les marraines de guerre sont instituées afin de soutenir le moral des soldats des régions occupées, originaires des régions du Nord et de l’Est envahies par l’ennemi, et sans nouvelles ni secours de leurs familles. L’association « La famille du soldat » voit le jour en janvier 1915 suivie de « Mon soldat » soutenue par le ministre de la Guerre, Alexandre Millerand. De nombreux journaux encouragent ces initiatives et servent d’intermédiaire entre les associations, les femmes désireuses de devenir marraines et les soldats sans famille. D’inspiration catholique, ces œuvres dirigées par des dames patronnesses soucieuses de moral et de patriotisme sont rapidement dépassées par l’afflux des demandes de soldats et par le glissement qui s’opère dans la nature des correspondances : de mère ou sœur de substitution, la marraine peut en effet devenir femme à séduire ou séductrice.

André d’Hampol. Caricature des marraines de guerre découpée dans la presse satirique par un Niçois, vers 1915-1916.

Archives Nice Côte d’Azur, 11 S 15 (don Bensa)

Lettres de combattants niçois

II.1. Les ressources documentaires

La commémoration du centenaire de la Première Guerre mondiale à Nice

Le service des Archives Nice Côte d’Azur a été chargé fin 2013 d’assurer la coordination des commémorations de la première guerre mondiale à Nice.

Les documents d’archives déjà présents dans nos fonds, notamment dans la série H, ont été redécouverts et bien utilisés dans ce contexte, notamment le fichier des morts pour la France qui a permis de constituer une base de données des combattants figurant sur le monument aux morts de Rauba Capeu.

Cette base est, depuis l’été 2014, consultable en ligne sur le site internet centenaire.nice.fr et divers descendants de combattants niçois y ont ajouté photographies et témoignages pour rendre hommage à leurs ancêtres.

Le service des Archives a également participé à la Grande Collecte nationale et s’est vu confier par des particuliers des objets, photographies et documents intégrés dans les séries Fi et S.

Des correspondances

Parmi les fonds d’archives conservés figurent quelques correspondances écrites ou reçues par des combattants, nombreuses tout particulièrement dans les fonds Caraveo (43 S) et André (11 S 45).

On trouve aussi quelques lettres éditées dans la presse locale, surtout au début de la guerre dans le souci d’édifier les Niçois restés à l’arrière, de lutter contre l’image de lâches des soldats du XVe Corps d’armée, ceux du sud-est de la France.

Enfin, les Archives étaient détentrices depuis la fin de la guerre de portefeuilles et objets non remis aux familles (3 H 36) au milieu desquels quelques correspondances de combattants français ou italiens.

Portefeuille d’Angelo Signorini (1884-1918)​, Archives Nice Côte d’Azur, 3 H 36/1

Papier libre ou cartes pré-imprimées

Ces correspondances peuvent être rédigées sur papier libre, envoyées sous enveloppes cachetées, lesquelles seront donc ouvertes par les services de le censure pour être lues, ce qui va retarder leur acheminement.

C’est pourquoi la plupart des soldats utilisent les cartes pré-imprimées pour la correspondance des Armées de la République.

Certains combattants ont pu faire l’achat, sur les zones de combat, de cartes postales figurant la vie des tranchées ou les villages en ruines, genre éditorial qui fait florès en Champagne ou en Lorraine. Toutes bénéficient de la franchise militaire instituée dès le début de la guerre.

 

Lettres cartes envoyées à Louise André, employée au Savoy-Hotel de La Turbie, par son beau-frère Alexis André (1880-1916).

Don de Mme Claire Giraudy, novembre 1918. Archives Nice Côte d’Azur, 11 S 45

Les thèmes abordés

En 1985, une étude de Gérard Baconnier, André Minet et Louis Soler avait permis d’esquisser le portrait des poilus du Midi à travers leur correspondance.

Les cartes et lettres des combattants niçois en ont tous les traits : les soldats évoquent le plaisir évident de se retrouver entre « pays », toutes générations confondues. Les anciennes solidarités sont renforcées en ces temps de grands brassages et d’angoisses. Le particularisme cependant ne passe pas par l’usage de la langue régionale (le nissart était-il d’ailleurs encore si vivace à l’oral ?) puisque les lettres sont toutes rédigées en français avec l’effort de se mouler dans les cadres – orthographe et style – que l’école a rendus familiers.

Nombreuses sont les annotations sur la vie du corps : la crasse, la fatigue, voire l’épuisement, les maladies (les bobos, la dysenterie, etc.) et les blessures ; sur la vie matérielle avec ses rares passe-temps (comme le petit concert du typographe Sibon) et ses périodes de repos ; sur les échanges avec la famille ; le colis hebdomadaire, où la nourriture prend une si grande place, concrète et symbolique, mais aussi les cadeaux qu’envoie le soldat, menus objets fabriqués avec le matériel récupéré sur place.

Les sentiments avoués sont complexes et contradictoires, mélange de patriotisme, illusion de la victoire, espoir de la fin de la guerre, résignation, etc. Très présentes les inquiétudes relatives à la famille et à la maison : le paysan (tel Caraveo, de Bellet) continue à gérer à distance son exploitation, le père de famille (tel Louis Chambon), l’éducation de ses enfants.

Le fonds Caraveo des Archives de Nice est tout particulièrement intéressant : Rosalinde Caraveo ne se prive pas de dénoncer à sa famille les injustices (permissions réservées aux pistonnés) ; au lancement des emprunts patriotiques, il déconseille formellement à son père de changer son or et son argent contre des billets de banque sans valeur, etc.

 

Voici une sélection de ces lettres classées par grandes typologies.

 

 

 

 

II.2. La lettre testament

 

Le 3 septembre 2014, Louis Chambon (1882-1914) remet à sa femme une enveloppe cachetée « à n’ouvrir qu’appret la guerre »

Nice, le 3 septembre 2014

Ma bien chère Tine et mes enfants.

Me voici obliger de partir rejoindre mes amis qui sont partis avant moi pour le théâtre de la guerre. Je suis bien en peine de ne pas pouvoir vous embrasser avant de partir mes il faut être fort et je vez te faire s’est quelques recommandations qui sont peut-être les dernières : je regrette bien ma chère Tine de te lesser dans c’est état mais tu m’an excuseras pour l’amour que je te voue, je panserait toujours attoi jusque le dernier de mes moments que j’oirais à vivre. Fait élever les enfants, qu’il ne leur arrive rien, dit leur que leur père les a toujours aimé, comme toi-même et ne tan sépare pas si tu le peut, élève les dans le travail et évitte de trop leur donner de liberté, toi tu et encore jeune ; je te laisse libres. Je te souhaite que tu sois toujours soyer comme tu la été, mes parents te veule tous du bien et  si tu a bessoin de quelque chose, nésite pas à le leur demander. Tout se que laisse ne t’appartien ca toi et tout ce qui peut m’issoir je te le donne.

Je t’embrasse comme je t’aime

Fait à Nice le trois septembre 1914

Chambon Louis

Lettre donnée en 2014 par son petit-fils Michel Chambon aux Archives Nice Côte d’Azur (11 S 8)

 

Le dernier fils de Louis et Ernestine est né le 29 novembre. Louis est tué à La Mère-Henry sur la ligne bleue des Vosges, le 30 décembre 1914. Il repose à la nécropole nationale de Senones et figure sur le monument aux morts de Nice.

II.3. La lettre bravache

 

Le soldat Joseph Ménardi (1882-1914), conducteur à la compagnie Tramways Nice Littoral, soldat au 311e de ligne, 4e compagnie, écrit à sa femme la lettre suivante :

C’est dans une forêt que j’écris ma lettre. Nous faisons comme le Juif- Errant, toujours à la chasse de l’ennemi, le jour comme la nuit.

Il faut avoir l’œil bon et les mollets solides. C’est très dur. Car avec la guerre nous avons eu dix jours de pluie.

Le soir l’on se couche pendant quelques heures là où l’on se trouve, quelques fois dans les greniers des paysans, avec de la paille, s’il y en a. Tu sais on n’est pas à la maison, et c’est là où l’on voit les hommes.

Nous avons rencontré l’ennemi pour la première fois le 1er septembre. Depuis, presque jour et nuit, on se bat. La guerre, c’est terrible. Quel massacre !!! Pauvres « Boches », qu’est-ce qu’ils prennent pour leur rhume !!! Enfin, voilà 28 jours que je soutiens la lutte, et je m’en porte pas mal. Naturellement je suis un peu fatigué, car nous dormons presque toujours habillés et prêt à faire face à l’ennemi auquel plus que très souvent, nous infligeons des pertes cruelles. De notre côté, j’ai perdu quelques amis et moi, grâce à Dieu, je suis encore debout et j’espère aller jusqu’au bout et apporter à Nice le souvenir de nos belles victoires qui nous coûtent tant de sacrifices ! Nous avons fait des quantités de prisonniers allemands et tous ne cessent de répéter : « Vous, les Français, vous n’avez qu’une chose de plus que nous, c’est le courage. Que vous êtes terribles quand vous attaquez à la baïonnette. Vous êtes admirables !! »

Paroles d’ennemi qui disent bien la vérité. Pour mon compte. J’ai déjà fait un prisonnier bavarois. J’étais sentinelle avancée devant l’ennemi. Il était caché dans un buisson. Quand il me vit, il chercha son fusil, mais je l’avais déjà en joue et le sommai de se rendre. C’est ce qu’il fit immédiatement. Je l’emmène au poste où je reçois des félicitations de mes officiers et de mes camarades. Quelques minutes après j’étais de nouveau à mon poste d’observation.

Cette nuit là il pleuvait à torrents. Quelques jours avant, un boulet allemand éclate à 10 mètres de moi et un éclat me déchire la manche gauche sans me blesser.

Quelle veine : à l’autre le 25, une balle brise mon fusil pendant que je tirais. Cette fois c’est le fusil qui m’a sauvé. C’est vraiment de la veine ! Malgré tout cela, je continue à faire tout mon devoir et très tranquillement, je t’assure.

Joseph Ménardi

Lettre publiée par Le Petit niçois du 25 octobre 1914.

Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 7898

Joseph Ménardi est tué à Rupt-de-Mad, dans la Meuse, le 12 décembre 1914. Il avait 42 ans. Il figure sur le monument aux morts de Nice.

II.4. Les tranchées

 

Trouvez-vous pas que ces villas transpirent le vrai confort moderne ?

Archives Nice Côte d’Azur, 11 S 45. Don Claire Giraudy, 2018.

Un bleu aux tranchées

Lettre [réelle ou fictive ?] d’un jeune fonctionnaire niçois arrivé au front.

Le 7 avril 1915

Je n’ai pu, jusqu’à présent, vous donner de mes nouvelles. C’est que l’initiation à la vie guerrière est assez longue, et les tâtonnements du début m’ont privé jusqu’à aujourd’hui du plaisir de vous écrire.

Eh ! bien, je me suis assez vite fait à ma nouvelle existence, et je suis bien près de devenir le parfait type du poilu des tranchées. Certes, c’est un changement considérable avec la vie de caserne et même avec la vie civile !… Mais c’est si nouveau, si prodigieusement varié, si rempli d’à-coups et d’imprévus, qu’on n’a pas le temps de songer au passé, ni à la fatigue. On vit dans une sorte de griserie, de tension des nerfs et de la volonté qui rend le corps léger et l’esprit lucide. On rit, on chante, on frôle les dangers avec mépris et insouciance, on est gai et content. Et le débutant, le bleu qui, comme moi, arrive ici avec une appréhension, un peu naturelle, a vite fait de s’adapter à cette manière de vivre.

Oh ! ces tranchées ! c’est prodigieux et inimaginable, et c’est bien loin de toutes les légendes qui courent à ce sujet. Je suis arrivé par un temps assez clément, et mes débuts n’ont pas été trop pénibles. La nuit, on veille, debout sur la tranchée, l’arme au poing, l’œil fouillant les ténèbres avec, autour de soi, le bourdonnement et le sifflement des balles. Puis, au jour, on se terre, on rentre dans de véritables terriers où, à tour de rôle, on repose. Et, parfois, on a la désagréable surprise de voir arriver de tonnantes marmites qui passent sur nos têtes avec un bruit infernal et éclatent, de ci, de là, avec un vacarme formidable. Dans ces cas là, la seule ressource est de s’aplatir dans la boue, en se faisant tout petit, tout petit… La première fois, l’arrivée de ces incommodants personnages m’a fait un certain effet. Heureusement, j’avais à côté de moi un vieux poilu de huit mois qui m’a rassuré et m’a appris à esquiver, dans la mesure du possible, les effets du terrible 130. Maintenant, à l’abri de la tranchée, tout au plus fais-je une inclinaison de tête machinale au passage de ces bolides, qui ont toujours le bon goût d’aller éclater au diable. Peu à peu, ainsi, on se trempe et l’on découvre, un beau jour, qu’on est courageux. Et tel, qui dans la vie civile était douillet et frissonnait pour un rien, se promène pendant des heures, maintenant, dans les tranchées, et fait tranquillement son café à 100 mètres des boches, et montre seulement un peu d’énervement lorsque le bombardement a lieu à l’heure de la soupe. Car nous sommes admirablement ravitaillés et, ma foi, quand elle n’est pas trop troublée, c’est l’heure exquise !

 

Mais quand arrive le courrier, c’est du délire. Chacun lit et relit la lettre qui nous parle de la maison, et le Petit Niçois qui nous rappelle le pays !

Et quand on a mené cette vie pendant trois jours, on va au repos, à quelques kilomètres de là, dans un charmant village. On recommence, trois jours plus tard, la vie de tranchées.

Ma santé est excellente et le moral est solide. Ce sont là les vertus nécessaires à un troupier qui veut aller jusqu’au bout en faisant son devoir en bon et courageux Français.

Lettre parue dans Le Petit niçois du 19 avril 1915.

II.5. Patriotisme

 

Lettre d’Émile Gasiglia à son ancien instituteur

 

7 septembre 1914, 8 h du matin

Mon cher instituteur,

C’est bien loin et appuyé sur un petit bout de planche que je pense à vous adresser ces courtes lignes en témoignage de mon affection.

Tout d’abord, ma santé est parfaite et le moral excellent.

Mon cher Maître, nous sommes sur le champ de bataille et jamais lorsqu’en classe nous étudions dans l’histoire de France les anciennes guerres, je n’aurais pu m’imaginer ce que c’était. Maintenant je suis en face de l’ennemi je m’en rends compte et c’est avec une angoisse dans le cœur que je vous dis que c’est horrible et sublime à la fois. Nous n’avons qu’à penser, bien cher Maître. Qu’il le faut, que c’est pour la Patrie, pour notre drapeau, qu’il faut les défendre et, coûte que coûte, nous les défendrons.

Depuis le 2 août, jour de la mobilisation, nous nous sommes déjà battu quatre fois : en Belgique et sur les bords de la Meuse ; depuis hier nous livrons un combat acharné à l’ennemi que nous déterrons. Le canon tonne en ce moment même où je vous écris cette ligne et le terrain tremble sous les pieds : l’ennemi nous est signalé tout proche, sur les bords de la Marne ; il va falloir le repousser. Nous sommes sûrs d’être vainqueurs et nous ferons tout notre devoir envers la Patrie.

Je ne puis pas, mon cher Maître, vous donner le détail de nos combats ; mais je serais heureux, si, grâce à Dieu, je reviens auprès de vous en faire le récit de vive voix.

 Votre élève, dévoué serviteur de la Patrie.

Émile GASIGLIA,

22e colonial en guerre.

Lettre publiée par Le Petit Niçois, 22 octobre 1914

Originaire de Contes, Joseph Émile Gasiglia (1887-1914) a été tué à l’ennemi le 30 septembre 1914 à Jaulnay (Meuse).

Détail d’une enveloppe utilisée pour la correspondance militaire en 1915 : une petite Alsacienne brandit le drapeau tricolore.

Archives Nice Côte d’Azur, 43 S

Détail d’une carte lettre utilisée pour la correspondance militaire en 1915 : drapeau tricolore avec devise Vaincre ou Mourir.

Archives Nice Côte d’Azur, 11 S 45

II.6. Fraternité

 

Don Anne-Marie Ortis (petite-fille de Joseph Asso), novembre 2018.

Archives Nice Côte d’Azur, 3 Fi 252

Amour fraternel / Le Départ 1914 / Le Retour,  [1914]-[1916]

Portrait des deux frères Asso : Charles (1894-1916), tombé à Vadelaincourt (Meuse) et son frère Joseph (1882-1960), revenu blessé. Charles Asso figure sur le monument aux morts de Nice.

Le soldat Jean Bovis, du 311e de ligne, 1er bataillon, 1e compagnie, écrit à son frère la lettre suivante empreinte d’une belle énergie.

 

La famille Bovis habite à Cimiez ; elle a deux fils à l’armée.

 

 23 septembre 1914

Cher frère,

Je viens de recevoir à l’instant ta lettre et j’ai eu un réel plaisir à vous savoir tous en bonne santé. Il ne faut pas vous étonner de n’avoir pas reçu de mes nouvelles depuis une quinzaine de jours. Pensez au nombre incalculable de lettres qui voyagent à travers la France dans ce moment de malheur.

Cher frère, pas besoin de t’alarmer sur mon sort. Je suis en très bonne santé. Jeudi dernier j’ai eu un commencement d’entérite et de dysenterie ; ça a duré trois jours et m’a fait bien souffrir ; mais mon énergie et ma force de caractère ont eu le dessus de ce bobo : cela ne m’a pas empêché de faire mon service comme les autres, non sans peine toutefois, et plus d’un de mes camarades ne croyait pas me revoir dans les rangs le lendemain. Mais je n’ai pas voulu me faire porter malade et j’ai surmonté le mal. Depuis quatre jours nous sommes dans les bois comme soutiens d’artillerie, pendant que les autres camarades combattent sans cesse et font rebrousser chemin à cette soldatesque allemande que je voudrais piétiner comme une vipère, et qui est la cause de ce grand désastre, de cette hécatombe de morts et de blessés. Une grande bataille est engagée depuis quatre jours, l’ennemi est en fuite, notre 75 a bombardé les nouvelles casernes où les Allemands étaient venus s’établir, et hier soir elles étaient en feu. Nous venons de recevoir, au 311e, des territoriaux du 114e d’Antibes. Il y a bon nombre de Niçois, entre autres : Louis Maiffret, de Saint-Pons, le mari de Mme Navello, la fille de M Bonifassi (Viroulet) : M. Tordo, l’épicier de la Vieille Ville, et presque tous les Mentonnais qui étaient venus faire leurs 28 jours à Cimiez. Ceux-là sont presque tous dans ma compagnie ; nous avons jusqu’à des hommes de 43 et 45 ans et père de 3 ou 4 enfants ; il y en a qui sont aussi blancs de cheveux que papa et cela fait que tous les âges sont représentés, et l’on ne s’en porte pas très mal. Ils font tous leur possible pour faire leur devoir.

Tu diras à parrain que je l’ai dépassé ! Je puis t’assurer que mes chefs, et cela sans me flatter, sont bien contents de moi et je fais mon devoir de tous mon cœur.

 

Voilà déjà quatre jours que je n’ai plus revu ni Jean, ni le cousin Louis Boutteau ni Beccassino ; mais ils étaient en bonne santé, quoique tous un peu fatigués par ces rudes épreuves journalières, longues marches, gros service, incessants combats, pas beaucoup de repas, et surtout le froid glacial qu’il fait ici. Mais, bah ! un peu de repos et nous voilà remis de nos fatigues ! Voilà exactement 40 jours, depuis notre départ d’Antibes, que nous couchons sur la dure, sur la terre. Sauf 12 ou 14 nuits que nous avons passées, couchés sur la paille. Je te dirais que, si ce n’était le froid et l’humidité. Je préférerais coucher sur la terre que sur la paille, j’y suis plus habitué. Durant quelques jours nous n’avons cessé d’être trempés jusqu’aux os et continuellement dehors nuit et jour et tout cela avec un vent glacial, ce qui venait mettre le comble à cette bonne vie en plein air !… mais l’homme, je crois bien, est fait pour cette vie et nous n’avons jamais eu le moindre découragement. Nous supportons vaillamment ces intempéries et ces combats : c’est la guerre ! Souhaitons, néanmoins, qu’elle soit bientôt finie par notre victoire et que nous puissions être réunis…

Nous avons eu des nouvelles de Nice par des territoriaux et nous en avons éprouvé une grande joie ! Pense donc ! Nous étions devenus presque sauvages avec nos figures halées et nos airs de brigands. Heureusement que le moral est toujours bon !

Je te dirais que je viens d’être nommé caporal ! Dans ma prochaine lettre, je t’annoncerai, peut être, ma nomination de … général !…

Ton frère : JEAN

 

 

Lettre publiée dans Le Petit Niçois du 12 octobre 1914 avec comme phrase d’accroche :

Voilà comment se battent contre le « Boches » et contre les intempéries, qui ne sont pas moins redoutables. Ces soldats du 15e corps, dont on essaya, vainement de ternir l’honneur. 

 

 

Le sergent Joseph Sibon du 111e d’infanterie, ancien typo du « Petit Niçois », écrit à la date du 23 octobre [1914], à son frère, qui fait également partie de l’équipe de nos linotypistes.

Allégorie de la presse d’information régionale intitulée Salle des dépêches du Petit-Niçois, début XXe

Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 833

Je te remercie des félicitations à l’occasion de ma nomination comme sergent, et pour te rassurer, je te dirais de suite que, depuis plus d’un mois, aucun officier ou sous-officier, ne porte de galons en campagne. C’est un ordre qui a été donné, car on a su que des compagnies de franc-tireur étaient constituées chez les Boches et avaient pour mission de tirer sur les gradés. Je puis même ajouter que j’ai été le seul sous-officier non blessé sur quatre qui sont allés en patrouille dans un bois occupé par eux juste en face de leurs cantonnements. Mes galons tiennent par deux boutons et je les enlève dès que nous quittons le cantonnement.

Te dire avec quel calme nous vivons en ce moment, tu ne le croirais point. Notre vie se passe en deux phases bien distinctes. La première, celle du repos. C’est-à-dire au cantonnement, ou l’on se croirait accomplir une période d’instruction, tellement le moral de tous est bon. On s’est même la fantaisie, l’autre soir, d’organiser un petit concert, sous les yeux des quelques habitants ébahis qui avaient l’air de se demander si vraiment nous étions en guerre. Chacun y a roucoulé sa petite chanson, ton frère lui-même y a été de son petit morceau.

 

L’autre phase se passe dans les tranchées. La vie est peut-être plus dure à cause du froid et du brouillard, qui ne nous quittent jamais, mais l’entrain est le même. On y vit une vie normale sous le va-et-vient des canons français et allemands ; c’est un autre concert, celui-là, qu’on n’écoute pas si attentivement, mais qui nous laisse quand même bien indifférent, malgré le danger, tellement on y est habitué. On connaît les uns et les autres, leur sifflement est plus aigu que les nôtres et le coup au départ est plus court. Cela fait que nous allons et venons comme si rien n’était sous cette pluie de mitraille. Nous devinons même si l’obus arrive vers nous : c’est alors que nous nous blottissons comme des taupes les uns contre les autres, mais te dire que cela nous épouvante je ne dirais pas vrai ; on accomplit ce geste machinalement.

 

Lettre publiée par Le Petit Niçois, 3 novembre 1914

 

II.7. Blessé

 

Photographie déposée par Georges et Mireille Samitier, ses petits-enfants, sur le site centenaire.nice.fr

Blessé au bras et à l’avant-bras gauche par éclats d’obus et balles au cours de la bataille de Verdun au lieu-dit “La Côte du Poivre”  le 29 juin 1916, le Niçois Emmanuel Cotto échappe par miracle à l’amputation et passe 16 mois en convalescence à Châtel-Guyon (Puy-de-Dôme).

 

Archives départementales de la Haute-Vienne, 46 Fi 5298

Alexis André, soldat au 255e régiment d’infanterie, a été blessé à la jambe en 1915. Une fois remis sur pied, il sera renvoyé au front et y meurt, un an plus tard.

 

Lettre d’Alexis André à sa nièce Louise, depuis l’hôpital auxiliaire n° 9 du Dorat (Haute-Vienne), installé dans l’ancienne école primaire supérieure.

 

Le Dorad, Hte Vienne

19 juillet 1915

Ma chère petite Louise,

Me voici arrivé à l’hôpital ce matin. Malgré un voyage un peu long, suis arrivé au bon port et me porte pas trop mal.

J’ai été blessé le 16 après midi dans l’Argonne au bois de la Grurie par un obus à balle. J’ai reçu une balle dans le mollet, ont me la extraite le 17. Ont ma bien fait soufrir mais cela ne fais rien, le même obus a tué deux de mes camarades qui étaient avec moi. Tu vois que j’ai de la chance.

Je pense que vous avez dû recevoir ma lettre du 17. Je suis dans un hôpital de la Croix rouge soigné par des dames et des docteurs civil il sont très gentils. C’est une toute petite ville près de Limoges gentil pays il ne fait pas très chaud. Je pense que vous n’avais pas été trop effrayé quand vous avais reçu ma carte vous annonçant ma blessure ne vous faites pas de bille, je pense avoir au moins un mois avant d’être guérie et après j’irais passer quelques jours de permission parmi vous, il faudra engraisser un beau lapin pour moi, et j’aurais le plaisir de goûter les bonnes anchois que tu as salé.

Je pense pense que Maman a dû rentré à la maison la petite vagabonde qui laisse sa fille toute seule à la maison.

Pas autres choses à te dire pour le moment car je t’écris de couché et on me défent de me lever je suis bien fatigué. Je termine ma lettre c’est 2 heures de l’après-midi. J’ai sommeil et là dessus je vais dormir un peu. Bien des choses à tous les amis et embrasse Marie pour moi.

Vous embrasse tous bien tendrement.

Ton oncle qui t’aime pour la vie.

 Au revoir
André

Voici mon adresse :

André Alexis

Hôpital auxiliaire n° 9 – salle 2

Le Dorad – Haute-Vienne

 

 

Lettre conservée aux Archives Nice Côte d’Azur : fonds André (11 S 45), donné par Mme Claire Giraudy, novembre 2018.

 

II.8. Démoralisé

 

Les Archives Nice Côte d’Azur conservent un ensemble exceptionnel, celui de la correspondance envoyée pendant plus de deux ans à sa famille par un futur déserteur niçois.

Fils d’honorables cultivateurs de Bellet – son père a été distingué du mérite agricole -, d’un bon niveau d’instruction générale (dont témoigne le style de ses lettres) Rosalinde Caraveo (1886-1922) a fait son service militaire en 1907-1909 dans le 4e régiment de zouaves en Tunisie, puis au Maroc et enfin en Algérie. Il se marie en 1912 avec Sophie Plesent (1891-1966), de Colomars. Incorporé comme soldat à la compagnie de mitrailleurs du 311e régiment d’infanterie, il part dès le 2 août 1914. Après deux ans et demi de combats, la naissance de son fils Jacques à l’hôpital Saint-Roch de Nice le 18 août 1916, c’est la mort de sa mère, Marie Lucrèce Rosalie Bensa, qui est le déclencheur : déclaré manquant à l’appel de son régiment le 21 février 1917, il est arrêté par les gardes-champêtres de Nice le 9 septembre 1918, jugé pour désertion le 2 novembre 1918 puis écroué à Collioure (Pyrénées-Orientales). Il bénéficiera d’une remise de peine par décret du 1er juin 1920 et est amnistié l’année suivante (article 16 de la loi du 29 avril 1921). Libéré définitivement pour cause de tuberculose pulmonaire par la commission de réforme le 29 octobre 1921, il meurt peu après, le 18 février 1922.

Son père est mort un mois après son arrestation, à l’âge de 79 ans, le 10 octobre 1918.

Don de Mikdat et Fabienne Siraay dans le cadre de la Grande Collecte 2014.

Lettre de Rosalinde Caraveo à ses parents et sa femme Sophie, à Bellet

Saint-Dizier, le 23 octobre 1916

 

Mon épouse bien aimée

Mon cher Papa et Maman

La présente est pour vous dire que le départ s’approche. S’est ce soir à 9 heures que je dois rejoindre mon régiment. Je devaient déjà partir hier mais je vois que beaucoup de camarades retarde leur départ et j’en effet autant surtout que l’on parle qu’il y a eu de grande attaque du côté de Verdun par nous alors il ne fait pas bon à s’y approcher si vitte. Et ce qui paraient quelle non pas réussi alors les journaux n’en parle pas mais des milliers de pauvres malheureux sont encore rester pour ne plus revoir ceux qui leur sont cher.

Voila chers parents les résultat la destructions du pauvre diable, et puis encore avec l’Hiver qui s’annonce cela va être terrible.

Il fait un froid de loup ici et deux matin qu’il glace avec une forte gelée blanche.

Alors ma chère épouse que ce doit pas être dans les trancher les souffrance qu’il faudra endurer.

Ah ! si Dieu me permet de retourner encore une fois à la maison je saurait à quoi m’en tenir. Et personne ne me fera changer didées.

Falloir laisser toute sa famille pour aller se faire tuer bêtement cela ne puis me rentrer dans la tête tandis d’autre gagne des sommes fabuleuses et reste en arrière.

Je termine ma chère épouse car j’en dirait de trop. Soigne toujours bien notre cher petit Jacques pour qu’un jour peut-être il puisse te secourir Sophie car je ne s’est pas si je men tireraient les pattes moi.

Je termine bien chers parents en vous embrassant de tout mon cœur. Quant à toi chère épouse reçois les plus doux baisers ainsi que les plus tendre caresses pour le petit.

 Caraveo R.

 
La décision de déserter apparaît en filigrane dans cette lettre.

Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 236

II.9. Les nouvelles de l’arrière

 

L’oncle

 

Jacques Paul Olivier (1897-1918), originaire de Cannes, était pupille du Département des Alpes-Maritimes. À sa mort, cette lettre d’un oncle de Massoins (à 45 km de Nice) a été retrouvée dans ses effets personnels.

Soldat au 60e régiment d’infanterie, Olivier est mort à Montmirail (Marne), à l’âge de 21 ans, le 7 septembre 1918, près d’un mois après cette lettre.

Massoins, le 4 août 1918

Cher Ollivier

C’est avec plaisir que nous avons reçu ta lettre qui nous apprend que tu as fait un bon voyage ; mais tu nous dis que tu étais un peu dérouté à ton arrivée. Sûrement la vie change tout à fait de Massoins au front, mais que veux-tu il faut prendre patience en attenant que cela prendra fin bientôt.

Je t’envoie ci-joint deux des trois photographies qu’Edmond m’a remises. Je garde la troisième pour vous.

Il fait toujours chaud ici aussi nous avons une grande sécheresse.

Malbéqui Jean est reparti pour Marseille ce matin.

Il est arrivé hier soir le papa d’Émilie en permission de 17 jours et Remusati pour 10 jours.

C’est avec émotion que tu apprendras la mort de Vial Charles survenue le 13 juin dans une ambulance à Salonique, survenue à la suite de fortes blessures reçues au front. Cette nouvelle a été officiellement confirmée. C’est bien regrettable à cet âge !

 

Valentin va un peu mieux actuellement, il se lève mais il n’est pas encore sorti.

Il y a beaucoup de monde actuellement, surtout des dames et demoiselles.

Notre santé est bonne. En espérant qu’il en sera de même  pour toi au reçu de la présente.

Bien des compliments de ma part et de ta tante ainsi que de la famille Lamy et Valentin.

Ton oncle

Mélani

Lettre conservée aux Archives Nice Côte d’Azur : objets non restitués aux familles (3 H 36)

 

Effets personnels de Jacques Olivier renvoyés en mairie de Nice après sa mort. Archives Nice Côte d’Azur, 3 H 36

La bonne amie

Lettre envoyée par la Niçoise Lucie à Antoine Gerbaudo

L’adolescence d’Antoine Gerbaudo (1891-1918), originaire de Cuneo mais grandi à Riquier, dans l’arrière-port de Nice, a été cahotique, au point de lui valoir condamnation pour vol et expulsion vers l’Italie. La guerre est l’occasion pour lui de se racheter, d’abord au service de la France avec les Garibaldiens de 1914, puis dans l’armée italienne où il va s’illustrer comme caporal maggiore à la 4e compagnie automobile. Il meurt à 27 ans, des suites de la grippe espagnole, à l’hôpital militaire de Padoue le 21 novembre 1918. Joli cœur, on retrouve dans son portefeuille des lettres de ses conquêtes françaises et italiennes.

Carte postale coquine retrouvée dans les effets personnels d’Antonio Gerbaudo renvoyés en mairie de Nice après sa mort. Archives Nice Côte d’Azur, 3 H 36

Nice, le 26 septembre 1914

Mon cher Antoine adoré

J’ai lu ta charmante lettre dans laquelle tu ma beaucoup peiné et mis dans la tristesse la plus profonde en sachant que tu dois partir pour la guerre. Mais que veux tu s’est un devoir que tu es obligé d’acomplir. Mon bien aimé prend paciente et bon courage. [morceau illisible] s’étais toi ma seule consolation mais si tu par j’espère bien que tu n’ira pas au feu car si je savais une chose pareille je deviendrai folle car crois moi mon chéri que je t’aime et je souffre lorsque je reste deux ou trois jours sans te voir car apresent s’est à toi seul que [morceau illisible] cœur et personne d’autre qui l’aura que toi oui toi seul mon Antoine chéri aimé. Sur je comprends bien que si tu m’aime comme je crois ce n’est pas bien agréable de quitter s’est être chéri s’est être adoré cajolé par toi mais que veux tu si s’est forcé on se fait courage avec l’espérance de ton retour au plutôt oui mon adoré que des pleurs que je vais versé pendant ton absence surtout de peur que tu sois blessé mais crois le mon aimé que si jamais ta le malheur d’être blessé n’importe ou je serais toujours ta petite Lucie bien aimée si tu veux. Car je crois vraiment que tu m’aimes et je ne te ferais pas la moindre peine au contraire je veux pouvoir te voir dimanche et te rendre heureux et satisfait et te laisser le cœur content car moi il me semble à te voir que tu ne crois pas que je t’aime et pourtant tu es adoré, chéri et aimé par ta petite Lucie qui espère devenir ta petite femme adoré et qui souffre de voir le danger qui court devant elle. Mon chéri tu m’excusera de t’écrire si mal, je nais pas beaucoup de temps car pour toi je ne cesserais jamais d’écrire mais que veux tu le travail me comble. Si dimanche à 3 heures tu n’est pas là j’irai chez la cuisinière et de retour j’irai te voir au jeu de boules.

 

Je te quitte à regret car je suis trop occuper. Reçoit de celle qui ta toujours aimé et qui toujour t’aimera toute la vie mille baisers et tendre carresse de celle qui espère devenir ta petite femme chéri.

[dans un cœur] L’espérance de ton retour m’adoucit les regret de ton abcence. Mille baisers de tout cœur.

[dans un cœur] Pour la vie, Antoine et Lucie

 

Lettre conservée aux Archives Nice Côte d’Azur : objets non restitués aux familles (3 H 36)

 

La mamma

Margherita Florenzi, une Italienne installée rue Arson à Nice, écrit, parfois tous les jours, à son fils Adolfo (1889-1918). À la mort de ce dernier, ses dernières lettres ont été retrouvées dans ses effets personnels.

Soldat au 101e régiment d’infanterie de marche, Florenzi est mort en Albanie, à l’âge de 29 ans, le 4 octobre 1918.

Carissimo figlio

Nizza 28/7/18

 

Ricevute tutte tue cartoline di viaggio e queste ultime come vedi con indirizzo, godiamo che sei bene, come al presente è di noi, io pure un po’, un po’ meglio, ma pazienza, tutto ha fine, nella vita travagliata e breve, ma per me è stata lunghissima e travagliatissima, e dubito lo sia ancora per lungo tempo, speriamo un po’ almeno il contrario, prima di morire, tutto ha un limite, forse non verrà meno nemmeno per me: coraggio, pazienza, rassegnazione, ma troppa oramai ne occorre, speriamo o in una fine, o migliore avvenire.

Il Barnesca venne subito a trovarmi, dicendomi che era allegro ecc con mosse da mezzo ciuchettone tanto eri contento di tornare a destinazione per la cara nostra nazione, che passavi per Macerata, Bari, Brindisi, come ne ricevemmo cartoline, da Ventimiglia e tutto in fine, così siamo contenti del tuo felice viaggio sperando in un miglior sempre avvenire. Di Fernando non abbiamo avuto ancora altre notizie, non appena le avremo ti scriveremo.

Guarda se puoi scrivere a tuo zio qualche cosa, da parte mia no, ma di tuo, da fargli comprendere qualcosa sull’andamento della famiglia, di quanto sono stata e sono affaticata, benché meglio fargli raccomandata e subito, scrivendo con molta riflessione e non parole sconce, so che è sempre il medesimo indirizzo, ma per tante cose io di qui non posso scrivere, che si faccia almeno vivo con dar notizie.

Fai attenzione non mancare, che posso star meglio, come peggiorare, sono dovuta andare allo spedale e sono sempre a far cure, poi capire ma stai tranquillo che mi faccio coraggio più che mi è possibile, però non mancare da fare quanto ti comando. Se colla cura sarò sempre meglio ti scriverò sempre da me.

Ricevi i saluti di tutti che ti ricordano e contraccambiano con gran piacere; in particolare da tutti noi con baci e la Santa Benedizione di Dio.

Tua Affini Madre,

Margherita

Lettre conservée aux Archives Nice Côte d’Azur : objets non restitués aux familles (3 H 36)

 

Effets personnels d’Adolfo Florenzi renvoyés en mairie de Nice par l’armée italienne après sa mort. Archives Nice Côte d’Azur, 3 H 36

Le neveu

 

Virginie André avait conservé les effets personnels de son beau-frère, notamment cette lettre écrite par son fils, Henri, à son oncle blessé. Le petit garçon de 10 ans avait été envoyé chez un oncle à la campagne, dans les Basses-Alpes, moins impactées par les restrictions alimentaires que la Côte d’Azur.

Après cette première blessure à la jambe en 1915, Alexis André, soldat au 255e régiment d’infanterie, repart au front et meurt le 16 juillet 1916 à l’ambulance 3/15. Il est inhumé dans la nécropole nationale de Ville-sur-Cousances (Meuse) et figure sur le monument aux morts de La Turbie où vivaient sa belle-sœur et ses neveux.

Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 5540

Ubaye, le 31 juillet 1915

Cher Oncle

[Annotation postérieure : à 10 ans, quelle âme a ce pauvre Henri]

 

J’ai apris avec tristesse que tu as été blessé à la guerre. J’ai pleurait.

Hier j’ai écrit à Maman une lettre. Cher Oncle, moi et tante dimanche nous avons fait 200 francs.

L’orsque tu retournera en permission, je serais bien content de te voir mes je suis avec Tante, si tu a beaucoup de permission tu viendras voir moi et Tante à Ubaye des ses beaux pays des Alpes.

Ce matin je me suis lever à 5 heures, je suis aller prendre le lait. J’ai déjeuner puis j’ai écrit à tois une belle lettre.

Cher Oncle, mois et Tante nous buvons quatre litres de lait par jour.

Cher Oncle, je termine ma lettre en tembrassent bien fort.

Henri André

Lettre conservée aux Archives Nice Côte d’Azur : fonds André (11 S 45), donné par Mme Claire Giraudy, novembre 2018.

 

II.8. Mauvaise nouvelle

Malheureusement, plus la guerre avance, plus les proches redoutent l’arrivée de la dernière lettre venant du front, celle par laquelle ils apprendront la mort de l’être cher. Elle peut être rédigée par un camarade de combat ou un officier. Moins sèche que le télégramme reçu du ministère de la Guerre, elle fait le récit des derniers moments du combattant. Pour consoler la veuve ou les parents, on leur conte une mort héroïque et sans souffrances, bien éloignée de ces agonies atroces dont les récits d’après-guerre ou la littérature médicale témoigneront.

Fragments de la lettre que le commandant Roussel, du 47e d’artillerie, adresse à sa veuve, à propos de la mort du colonel Tomasini, qui commandait le régiment lors de la bataille de l’Ourcq :

Le 6 septembre à 4 heures du soir, à la bataille de l’Ourcq, sur la croupe Est du village le Bas-Bouillancy, mes trois batteries, qui se trouvaient à environ un kilomètre sur le village d’Acy,dans lequel Français et Allemands se battaient, étaient prises à partie par un feu violent d’obusiers allemands ainsi que par une fusillade nourrie à moins de 500 mètres.

Le colonel qui se trouvait à ce moment au groupe Lascols, à un kilomètre en arrière, n’écoutant que son devoir et entrainé par sa bravoure voulut se rendre compte du danger que nous courrions. Il monta à cheval, et, accompagné de son ordonnance, se dirigea vers nous.

Il a à peine fait 400 mètres qu’il est frappé à la cuisse gauche par un obus qui lui fait une affreuse blessure. Il a la force de faire signe à son ordonnance qui l’aide à descendre de cheval, le pose à terre et lui fait rapidement un lit de paille avec des gerbes de blés qui se trouvaient là. Un fantassin mitrailleur du 35e régiment qui venait ravitailler en cartouches sa mitrailleuse, passe à côté de lui et veut lui porter secours : « Allez, allez vite, lui dit-il, les cartouches ont plus d’importance que moi » puis il ferme les yeux et s’évanouit.

Un officier d’état-major du général Faes, le capitaine Gilquin, passe, s’enquiert et fait chercher un médecin et des brancardiers dans les environs. Ceux-ci arrivent aussitôt mais déjà le colonel ne donne plus signe de vie.

 

 

D’origine corse, le lieutenant-colonel Charles Tomasini (1862-1914), né à Paris, est tombé à Acy-en-Multien (combat de l’Ourcq) le 6 septembre 1914 à l’âge de 52 ans. Chevalier de la Légion d’honneur, il laisse une veuve, Louis Antoinette Angèle Bouchon (1873-1972), domiciliée 10 rue du Congrès à Nice. Il repose dans le carré militaire du cimetière communal d’Acy comme 26 de ses soldats et officiers tués à l’ennemi lors de cette bataille. Il figure sur le monument aux morts de Nice.

Le colonel Tomasini est mort en brave au champ d’honneur et il repose en paix dans un cimetière qui a dû vous être indiqué officiellement.

Depuis le début de la campagne, il faisait l’admiration de tous les officiers du régiment par sa belle bravoure, souvent trop téméraire. Les chefs d’escadron et ses officiers adjoints, le lieutenant de réserve Japy en particulier, lui faisaient souvent observer qu’il s’exposait trop ; mais il ne répondait pas et marchait toujours de l’avant, calme et superbe d’audace : son unique préoccupation était de bien juger de la situation et de placer l’artillerie là où elle devait être le plus efficace.

Deux heures environ avant le coup fatal, nous cherchions ensemble la position que je ferais prendre à mes batteries et je lui faisais remarquer que nous étions trop avancés et sous le feu de l’artillerie ennemie : il s’est légèrement reporté en arrière, comme à regret.

Il m’appartenait et c’était mon devoir de recueillir sa dernière parole, et peut-être sa dernière pensée qui a dû s’envoler vers Nice dans un suprême adieu : le destin ne l’a pas permis.

Je conserverai de lui le souvenir d’un chef énergique et foncièrement bon, d’un homme d’une droiture et d’une vaillance à toute épreuve, d’un ami sûr.

Signé : Commandant ROUSSEL

Lettre publiée dans Le Petit niçois du 14 octobre 1914

 

 

Sépulture du colonel Tomasini à Acy-en-Multien.

Chronologie

1819

Apparition des cavallini sur les cartes lettres éditées par le ministère des Postes de Piémont-Sardaigne.

1840

Émission du Penny black par les postes britanniques.

1849

Premier timbre français (Cérès).

1851

Timbre à l’effigie de Victor-Emmanuel II.

1860

Rattachement de Nice à la France.

1871-1940

IIIe République.

décembre 1872

Loi de finances introduisant la carte postale en France.

1873

Disparition de la poste aux chevaux en France.

1888

Construction de l’hôtel des postes de Nice par Carlo et Grassi.

novembre 1903

L’administration des postes françaises divise le recto des cartes postales en deux.

1er août 1914

Décret prescrivant la mobilisation des armées de terre et de mer.

3 août 1914

Déclaration de guerre de l’Allemagne à la France.

Instauration de la franchise postale entre les soldats et leurs familles.

19-20 août 1914

Bataille de Lorraine. Engagements des 111e et 112e régiments d’infanterie et du 27e bataillon de chasseurs à Bidestroff, Dieuze, et Morhange (Moselle).

5-12 septembre 1914

Première bataille de la Marne. Engagement du 311e régiment d’infanterie à Séraucourt (Meuse).

12 septembre-15 décembre 1914

Course à la mer. Engagement du 7e bataillon de chasseurs à Ypres (Belgique).

1er décembre 1914

Division des zones de combats en sections postales.

décembre 1914-mars 1915

Bataille de Champagne, combats en Argonne au bois de Malancourt (Meuse). Engagement des 111e et 112e régiments d’infanterie. Première utilisation du lance-flammes par l’armée allemande.

décembre 1914-avril 1915

Appel successif sous les drapeaux de la réserve de l’armée territoriale (classes 1892 à 1888).

19 janvier 1915-8 janvier 1916

Bataille du Vieil-Armand sur le Hartmannswillerkopf dans les Vosges haut-rhinoises. Engagement des 7e, 27e, 47e et 67e bataillons de chasseurs.

avril 1915

Appel sous les drapeaux de la classe 1916.

5 avril-5 mai 1915

Première bataille de Woëvre. Engagement du 163e régiment d’infanterie à Flirey (Meurthe-et-Moselle).

23 mai 1915

L’Italie entre en guerre aux côtés de la Triple-Entente.

30 juin 1915

Le général Joffre instaure un régime de permissions pour tous.

5 septembre 1915-29 septembre 1918

Expédition de Salonique.

25 septembre-6 octobre 1915

Bataille de l’Argonne. Engagement des 112e et 173e régiments d’infanterie au bois de la Gruerie (Vienne-le-Château).

novembre 1915

Lancement du premier emprunt national.

janvier 1916

Appel sous les drapeaux de la classe 1917.

21 février-18 décembre 1916

Bataille de Verdun. Engagement des 112e, 163e et 173e régiments d’infanterie à la Cote 304 (Esnes-en-Argonne), des 141e et 163e régiments d’infanterie à Verdun.

avril 1917

Offensive du chemin des Dames sur les communes de Craonne et Ailles (Aisne) à l’initiative du général Nivelle. Engagement du 163e régiment d’infanterie, des 1er et 33e régiments d’infanterie coloniale, à la tranchée de Franconie et à la ferme Hurtebise.

11 novembre 1918

Armistice marquant la fin des combats de la Première Guerre mondiale.

29 avril 1921

Loi d’amnistie pour faits commis durant la guerre.

T

Pour aller plus loin

Les sources

  • Les témoignages laissés sur le site centenaire.nice.fr
  • Une lettre d’un poilu de Marie (Alpes-Maritimes)
  • Europeana 1914-1918 – histoires inédites et histoires officielles de la Première Guerre mondiale

 

À lire

  • Baconnier (Gérard), Minet (André) et Soler (Louis), La plume au fusil. Les poilus du Midi à travers leur correspondance, Toulouse, Privat, 1985.
  • Bernard (Jean-Pierre) et al., Je suis mouton comme les autres. Du patriote enthousiaste au poilu résigné, 1914-1918. Lettres, carnets et mémoires de poilus drômois et de leurs familles, Valence, Éditions Peuple libre et Notre Temps, 2002.
  • Desbois (Evelyne), Soldats à découvert par temps de guerre. In: Études rurales, n° 118-119, 1990. Météo / Espaces péri-urbains. pp. 121-132.
  • Guéno (Jean-Pierre), Paroles de Poilus, Lettres et carnets du front (1914-1918), J’ai Lu, coll. Librio, 1998.
  • Jeanneney (Jean-Noël). Les Archives des Commissions de Contrôle postal aux Armées (1916-1918). Une source précieuse pour l’histoire contemporaine de l’opinion et des mentalités. In: Revue d’histoire moderne et contemporaine, tome 15 n° 1, janvier-mars 1968. pp. 209-233.
  •  Marty (Cédric). Une prise de parole : soldats du Midi, 1914-1918. In: Annales du Midi : revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale, tome 120, n°262, 2008. Regards du Midi sur la Grande Guerre, sous la direction de Rémy Cazals. pp. 237-248.
  • Rousseau (Frédéric). Paroles de femmes de poilus : jours de guerre au féminin sur le front intérieur languedocien. In: Annales du Midi : revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale, tome 112, n° 232, 2000. 1914-1918. pp. 483-498.
  • Steuckardt (Agnès), dir., Entre village et tranchées. L’écriture de Poilus ordinaires. Uzès, Éditions Inclinaison, 2015, 456 pages.

À voir et écouter

Primaire

Collège

Lycée

En classe

Outils pédagogiques

 

Littérature jeunesse

Primaire

  • Aprile (Thierry), Pendant la Grande Guerre. Rose, France, 1914-1918, Gallimard Jeunesse, collection « Le journal d’un enfant », 2004.
  • Brochard (Philippe) et Grégoire (Fabien), La Première Guerre mondiale, École des loisirs, 2018.
  • Grégoire (Fabien), Lulu et la Grande Guerre, École des loisirs, 2005.
  • Henrich (Stéphane), Sylvestre s’en va-t-en guerre, École des loisirs, 2014.
  • Mirza (Sandrine), Le journal d’un poilu, Gallimard Jeunesse, 2014.
  • Rastetter (Nicole) et Collognat-Barès (Annie), Trois frères dans la Grande Guerre, Hachette, 2018.

 

Collège

  • Bienne (Gisèle), Le Cavalier démonté, École des loisirs, 2014.
  • Bouchet (Paule du), Le Journal d’Adèle, Folio Junior, 2007.
  • Humann (Sophie), Infirmière pendant la Première Guerre mondiale. Journal de Geneviève Darfeuil, Houlgate-Paris, juillet 1914 – novembre 1918, Gallimard Jeunesse, 2012.
  • Morpurgo (Michael), Soldat Peaceful, Folio Junior, 2018.
  • Ténor (Arthur), Il s’appelait… le Soldat inconnu, Folio Junior, 2010.

 

Lycée

  • Colletta (Pascal), Verdunissa. Un gars du pays qui part à la guerre, Mémoires Millénaires, 2017.
  • Gardon (Claudie) et Sautel (Eva), De la poudre aux moineaux, Éditions du Bailli de Suffren, 2014.