Décor du Faust monté par Gabriel Monnet au centre dramatique national de Nice

Cinquante ans d’archives du Théâtre National de Nice

Le 15 mars 2022, les équipes du Théâtre National de Nice (TNN) quittent la Promenade du Paillon pour le bâtiment de l’Aigle d’or, dans l’ancien ensemble conventuel des Franciscains.

A l’occasion de ce déménagement, la direction du TNN a souhaité déposer ses archives aux Archives Nice Côte d’Azur, depuis l’inauguration du centre dramatique national en 1969 jusqu’à la dernière programmation d’Irina Brook en 2019.

Ainsi, ce sont 117 caisses qui ont pu rejoindre nos fonds : collection d’affiches, programmes, revues de presse, photographies et documents administratifs vont ainsi permettre de retracer l’histoire de cinquante saisons théâtrales.

Les archives dans les locaux du TNN…

… et après leur prise en charge par les Archives Nice Côte d’Azur

Les prochaines étapes ?

  • Le classement, l’inventaire et le conditionnement en boîtes d’archives  sont achevés : le fonds est désormais doté d’un répertoire détaillé (décembre 2022).
  • En juin 2023, ce répertoire, doté d’un copieux index des titres de spectacles et des auteurs, a été mis en ligne sur notre portail de recherches Bach.
  • Petit à petit, nous procédons à la numérisation d’une sélection de documents dans le respect des droits de propriété intellectuelle des auteurs dramatiques, des photographes, etc.
  • Dans le cadre du festival de créations 2023, les Archives proposent au TNN (dans le foyer de la Cuisine) une exposition sur les trois premiers directeurs du centre dramatique national, leur équipe, leurs créations.
  • Ce fonds d’archives est librement consultable dans notre salle de lecture. N’hésitez pas !

Trois maisons en cinquante ans

Le « centre dramatique national Nice-Côte d’Azur »  – qui porte successivement le nom de  « Théâtre de Nice » (TDN) puis « Nouveau théâtre de Nice » et enfin « Théâtre national de Nice » (TNN) – a connu plusieurs maisons depuis 1970…

1970-1988 : « une usine grise et bleue »

X. Carnoy et Igor Hilbert, Volume de recherche théâtrale à rapport scène – salle variable, 1969 (Archives Nice Côte d’Azur, 484 W 13)

Le centre dramatique est créé à Nice en 1969 par Gabriel Monnet ; les premiers spectacles sont montés dans diverses salles (notamment le Palais de la Méditerranée) ou sous chapiteau avant de s’installer Esplanade des Victoires, le long du boulevard Risso dans un immense hangar conçu par l’architecte lorientais Xavier Carnoy (1926) et le scénographe Igor Hilbert. Il s’agit d’un « volume de recherche théâtrale à rapport scène-salle variable », inspiré par la pensée de Gordon Graig (« Le théâtre doit être un espace vide avec seulement un toit, un sol, des murs ») et de Roger Planchon (« Nous supprimons la scène et la salle qui sont remplacées par une sorte de lieu unique, sans cloisonnement ni barrière d’aucune sorte, et qui deviendra le théâtre même de l’action »). Ce bâtiment n’a jamais été considéré comme provisoire et il sert de logo au Nouveau Théâtre de Nice de Jean-Louis Thamin, troisième directeur du centre dramatique.

Le projet de théâtre modulable des architectes suisses Pascal et Claude Häusermann n’est pas retenu.

En savoir plus

Pascal et Claude Haüsermann. Projet de théâtre modulable pour Nice, janvier 1969. Cliché Ville de Nice (Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1969/129)

Le chantier de construction, 9 décembre 1969. Cliché Ville de Nice. Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1969

La fin du chantier et les « Puces du Paillon » dans les baraques en tôle, 25 février 1970. Cliché Ville de Nice. Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1970

Le mobile de Calder, Stabile Mobile, devant le théâtre, janvier 1971. Cliché Ville de Nice. Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1971

Le Stabile Mobile, Caliban II, d’Alexandre Calder est créé pour l’occasion et installé devant le théâtre. L’identité graphique actuelle du TNN continue de s’inspirer de l’œuvre du sculpteur aujourd’hui rentrée dans les collections du musée d’Art moderne et d’Art contemporain (MAMAC) et actuellement présentée sur le parvis nord du musée Matisse.

Le mobile de Calder, Stabile Mobile, devant le théâtre, 1972. Cliché couleurs, Ville de Nice. Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1972

« Trois lunes de couleurs se balancent sur le grand totem qui voisine et signale le Théâtre de Nice […] dressant son bec tendu vers le ciel, un fétu de métal et trois pétales livrés aux hasards du vent. »

Gabriel Monnet

Sous la direction de Gabriel Monnet (1969-1975), venu du réseau d’associations d’éducation populaire « Peuple et Culture », le théâtre part à la conquête des publics scolaires et fait jouer Brecht, Dostoïevski, Molière, Aristophane, Audiberti, Sean O’Casey, Shakespeare, Tchekhov, Sophocle…

Le travail dans les écoles et quartiers est poursuivi par les ateliers-créations de Jean-Claude Bussi (1940-1997) jusqu’à la fin des années 1970.

Le Poète assassiné. Photographie noir et blanc (vers 1972). Archives Nice Côte d’Azur – fonds du TNN, 15 S 304

Oedipe roi, dans des décors de Jean Saussac. Photographie couleurs (vers 1975). Archives Nice Côte d’Azur – fonds du TNN, 15 S 304

Travail scolaire de Christine Parodi, Le Burlimaglouf. Photographie couleurs (années 1970). Archives Nice Côte d’Azur – fonds du TNN, 15 S 303

Atelier création de Jean-Claude Bussi avec les enfants du quartier des Moulins : Lou Pantaï, octobre 1978. Négatif noir et blanc. Archives Nice Côte d’Azur – fonds du TNN, 15 S 303

Directeur du théâtre et auteur dramatique, Jean-Pierre Bisson monte à Nice, en 1975, Cesare 1950 et Barbe-bleue et son fils imberbe, reprend, en 1976, son spectacle Sarcelles-sur-Mer avec une affiche de Folon, puis crée Encore un militaire.

Jean-Louis Thamin lui succède en 1978. Avec lui, Molière, Marivaux, Rossini sont à l’honneur mais aussi les contemporains : Eduardo Manet, Jacques Audiberti ou Jean-Paul Aron.

Le 23 avril 1988, à 20 h 30, Monte-Cristo sera la dernière représentation dans ce bâtiment surnommé l’« usine grise et bleue » par le comédien Jacques Weber qui reprend la direction du théâtre de 1986 à 2001.

Affiche pour le spectacle L’Echange (Paul Claudel) monté par Jean-Louis Thamin. Archives Nice Côte d’Azur – fonds du TNN, 15 S 306

1989-2022 : un « pot de yaourt » de marbre

Permis de construire déposé par la SOREHA en 1986. Architectes : Henri Vidal et Yves Bayard, La Colle-sur-Loup (Archives Nice Côte d’Azur, 881 W 16)

En 1989, sous l’impulsion de Jacques Weber, le théâtre s’installe dans un nouveau bâtiment qui participe du projet global de couverture du Paillon confié par la Ville de Nice à la SOREHA (société d’économie mixte de réhabilitation de la ville de Nice).

La construction, de forme octogonale, est une œuvre des architectes Henri Vidal (1924-2007) et Yves Bayard (1935-2008) qui s’inscrit dans le programme architectural dit de la Promenade des Arts incluant, depuis 1990, le MAMAC et, depuis 2002, la bibliothèque municipale à vocation régionale et ses bureaux installés dans une Sculpture Monumentale Habitée inspirée de l’œuvre de Sacha Sosno (1937-2013), dans le prolongement des Jardins suspendus du Paillon réalisés par les mêmes architectes en 1973.

Le chantier de construction du TNN. Vue sur la future salle Brasseur. Cliché couleurs, Ville de Nice. Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1988

Le chantier de construction du TNN. Vue sur le futur parvis reliant le TNN et le MAMAC. Cliché couleurs, Ville de Nice. Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1988

Le chantier de construction du TNN. Cliché couleurs, Ville de Nice. Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1988

Yves Bayard aurait sélectionné lui-même le marbre de Carrare dans la célèbre carrière toscane afin d’en recouvrir les façades de ce théâtre « à l’italienne », originellement constitué d’une salle de 963 places (salle Pierre Brasseur), d’un amphithéâtre de 318 places (Michel Simon) et d’une salle de répétition rendant possible la représentation de toutes les formes de théâtre.

L’inauguration du nouveau théâtre de Nice, décembre 1989 : vue sur le parvis sans doute depuis une grue du chantier de construction du MAMAC. Cliché couleurs, Ville de Nice. Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1989

Programme de la saison 1989-1990. Archives Nice Côte d’Azur, fonds du TNN, cotation en cours

Dernières installations avant l’inauguration de la salle Brasseur en décembre 1989. Cliché Ville de Nice (Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1989).

Inauguration officielle du TNN : le maire avec Jacques Weber. Cliché Ville de Nice, 1989 (Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1989).

L’intérieur est décoré par Jacqueline Morabito qui associe stucco veneziano et mobiliers dans les tons rouges et or, clin d’oeil aux codes des salles de théâtre à l’italienne.

L’inauguration officielle a lieu le 19 décembre 1989 après une première représentation du Misanthrope le 12 décembre dans laquelle Emmanuelle Béart joue le rôle de Célimène. La plus petite des deux salles avait quant à elle accueilli du 1er au 9 décembre Fabrice Luchini pour Voyage au bout de la nuit de Céline.

 

En savoir plus

En 2002, Daniel Benoin succède à Jacques Weber à la direction du TNN où il restera jusqu’à la fin de l’année 2013. Il mettra notamment en scène La Cantatrice Chauve d’Eugène Ionesco, pièce pour laquelle il sera nommé pour le prix du Molière du Théâtre en région en 2007.

Programme des soirées de l’absurde organisées autour de la représentation de La Cantatrice Chauve (création D. Benoin/E. Ionesco), 2006.

Archives Nice Côte d’Azur, fonds du TNN, cotation en cours

Plaquette de présentation de La Cantatrice Chauve, création de Daniel Benoin/Eugène Ionesco, 2006.

Archives Nice Côte d’Azur, fonds du TNN, cotation en cours

Nomination au Molière du Théâtre en région pour La Cantatrice chauve, 2007.

Archives Nice Côte d’Azur, fonds du TNN, cotation en cours

C’est Irina Brook qui, pour cinq ans (2014-2019), succède à Daniel Benoin, créant notamment un Festival Shakespeare. Depuis 2019, le TNN est dirigé par Muriel Mayette-Holtz avec le souhait de mettre en valeur les grands textes du répertoire de l’Europe de la Méditerranée.

 

Printemps 2022 : inauguration de la salle des Franciscains

 

Dans le but de continuer à végétaliser le centre ville, la Ville de Nice décide en 2020 de prolonger la coulée verte de la Promenade du Paillon en créant 8 hectares de parc urbain supplémentaires, ce qui nécessite la démolition du théâtre de Nice, à partir de février 2022.

Le 8 janvier 2022, le TNN donne donc son ultime représentation dans le bâtiment inauguré en 1989, pour ré-ouvrir dans l’ensemble Saint-François datant du XIIIe siècle.

Le 26 avril 2022, la nouvelle salle des Franciscains, salle modulable de 214 à 304 places, a ouvert ses portes aux spectateurs. Un théâtre de 600 places, « La Cuisine », ancien théâtre éphémère de Carouge (Suisse), implanté près du stade Charles-Ehrmann, à l’ouest de la ville, a accueilli sa première représentation le 20 mai suivant.

Les agents du nettoiement à l’œuvre devant la bourse du travail sur la place Saint-François.
Carte postale Piard, début XXe (Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 7946)

L’ensemble monastique de la place Saint-François, dans le Vieux-Nice, a connu mille vies.

Durant la Révolution, le couvent et l’église sont vendus comme bien national et connaissent des changements de destination (caserne, habitat, hôtel, cinéma ou encore discothèque) qui ont profondément modifié l’aspect des bâtiments. La municipalité acquiert la salle à la fin des années 1990 pour y installer la Direction de la collecte des ordures ménagères jusqu’en 2016.

La restauration des espaces permet de sauvegarder la richesse patrimoniale du lieu (dont une fresque du XIXe siècle tout récemment découverte) tout en permettant l’installation d’un équipement culturel moderne.

Pour en savoir plus

Entrée du cinéma Alhambra, rue de la Tour, 1932. Archives Nice Côte d’Azur, 2 T 693-573/3

Réfection des façades du Vieiux-Nice : Brasserie Tivoli et cinéma Le Capitole dans l’ancien ensemble conventuel Saint-François, cliché Ville de Nice, novembre 1984. Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1984

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