Labellisée « Architecture remarquable du XXe siècle » par le ministère de la Culture en 2006, la villa Barbéris constitue un témoignage majeur de l’œuvre de l’architecte Guy Rottier (1922-2013) et de l’architecture moderne sur la Côte d’Azur.
Le projet Villa-b a pour objectif d’explorer différentes pistes de réhabilitation et de valorisation de ce bâtiment emblématique, tout en sensibilisant le public à son histoire architecturale et patrimoniale.
À l’occasion des Journées nationales de l’architecture et de la Quinzaine de la photographie « Voyages en territoires habités », la Villa accueille une exposition consacrée à l’évolution de l’habitat dans les années 1940-1960. À travers documents d’archives, photographies et témoignages, cette présentation met en lumière les transformations des modes de vie, les innovations architecturales de l’après-guerre et les expérimentations qui ont marqué cette période.
Dépositaires du fonds d’archives de Guy Rottier, les Archives Nice Côte d’Azur sont heureuses de contribuer à cette initiative, qui participe à la connaissance, à la préservation et à la transmission d’un patrimoine archvistique et architectural remarquable au sein du réseau culturel départemental et régional.
Où ?
Villa Barbéris
Avenue Logis de Bonneau
06270 Villeneuve-Loubet
Quand ?
Dates : 16 octobre-22 novembre 2026
Vernissage le 15 octobre à 18 heures
Qui ?
Commissariat de l’exposition :
Isabelle Barbéris
La villa Barbéris est née de l’amitié entre le tout jeune architecte Guy Rottier et l’entrepreneur Charles Barbéris.
L’Unité d’habitation de Marseille
Les deux hommes se rencontrent sur le chantier de l’Unité d’habitation de Marseille de Le Corbusier.
Dessins de Guy Rottier sur le chantier de Marseille, 1948-1949
Archives Nice Côte d’Azur, 19 Fi 65 (fonds Rottier)
Le menuisier corse
Le chantier de la Cité Radieuse de Marseille marque une rencontre aussi improbable que déterminante entre deux hommes issus d’univers très différents : Le Corbusier (1887-1965), déjà reconnu comme l’un des plus grands architectes du XXe siècle, et Charles Barbéris (1908-1980), menuisier installé à Ajaccio. Animé par une forte ambition professionnelle et sociale, ce dernier parvient, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, à intégrer ce chantier d’envergure exceptionnelle grâce à l’obtention d’une caution lui permettant de répondre aux marchés publics.
La collaboration est un succès. Charles Barbéris réalise les menuiseries, les portes, les fenêtres ainsi qu’une partie du mobilier intégré des Unités d’habitation de Marseille, puis de celles qui suivent. Son savoir-faire, son exigence de qualité et son attention portée au travail du bois lui valent rapidement la confiance de Le Corbusier.
Cette relation privilégiée atteint son point culminant lorsque l’architecte lui confie la réalisation de son célèbre cabanon de vacances à Roquebrune-Cap-Martin. Pour ce projet très personnel, Barbéris applique les mêmes méthodes rigoureuses que pour les grands chantiers : le cabanon est entièrement assemblé dans son atelier afin d’en contrôler chaque détail, avant d’être démonté puis transporté sur son site définitif pour être réinstallé.
Cette commande fait entrer le menuisier dans l’entourage proche de Le Corbusier et contribue à sa reconnaissance professionnelle. Fort de cette réussite et du développement de son activité sur le continent, Charles Barbéris choisit ensuite de s’installer dans les Alpes-Maritimes, sur la mythique route nationale 7. Ce parcours exceptionnel fera de lui un acteur important de l’architecture moderne de l’après-guerre et favorisera par la suite sa collaboration avec Guy Rottier, dont il deviendra l’un des principaux partenaires et amis.
L’architecte néerlandais
De son côté, après des études techniques à La Haye, Guy Rottier (1922-2013) avait poursuivi son apprentissage à l’École des Beaux-Arts de Paris. C’est à cette époque qu’il rejoint l’atelier de Le Corbusier, installé rue de Sèvres, une expérience décisive dans son parcours.
Pour participer à l’un des projets majeurs de l’architecte franco-suisse, Guy Rottier s’installe alors à Marseille, où il suit, en 1948-1949, une partie du chantier de la première Unité d’Habitation. Cette réalisation emblématique, conçue comme une « ville verticale » réunissant logements et services, marque profondément le jeune architecte.
L’expérience marseillaise constitue ainsi une étape fondatrice dans la carrière de Guy Rottier, dont les réalisations conserveront souvent l’héritage de Le Corbusier tout en développant une expression architecturale résolument personnelle.
L’aventure des cabanons de vacances
À la fin des années 1950, Rottier s’installe à Nice et entame une collaboration déterminante avec Barbéris. Ensemble, ils développent un ambitieux projet de maisons de vacances préfabriquées, conçues pour être produites en série et proposées à un coût accessible.
Présentés lors de la Foire de Nice, ces prototypes suscitent un réel intérêt. Plusieurs modèles sont imaginés et largement diffusés à travers des brochures commerciales. Mais seules quelques réalisations voient le jour de manière ponctuelle, avant que le projet ne soit finalement abandonné.
Le cabanon pour enfants témoigne de cette période d’expérimentation et d’innovation. Il incarne une idée forte partagée par Rottier et Barbéris : offrir un maximum de confort et de qualité avec un minimum de moyens, grâce à une architecture simple, ingénieuse et reproductible. Cette démarche répond alors aux nouvelles aspirations des familles des Trente Glorieuses, marquées par l’essor des loisirs et du tourisme.
Au-delà de son caractère expérimental, ce projet illustre la volonté des deux hommes de repenser les modes de construction traditionnels en explorant les possibilités de la préfabrication et de la production en série. Même si cette aventure ne rencontre pas le succès espéré, elle reste un épisode majeur dans le parcours de Guy Rottier et dans l’histoire de l’architecture légère et modulaire de l’après-guerre.
Comme le résumera plus tard l’architecte avec humour et affection : « Charles Barbéris m’a appris la modénature, la patience et la modestie. Nous avons réalisé ensemble, avec passion, des maisons en bois totalement invendables. »
Les cabanons développés par Guy Rottier avec les Menuiseries Barbéris, années 1950.
Archives Nice Côte d’Azur, 19 Fi 59 (fonds Rottier)
La villa Barbéris : une œuvre emblématique de Guy Rottier
Au début des années 1960, Charles Barbéris confie à son ami la transformation de sa maison familiale à Villeneuve-Loubet. Face aux difficultés à moderniser la bâtisse existante, les deux hommes choisissent finalement de la démolir pour construire une villa entièrement nouvelle.
La maison devait accueillir la famille Barbéris, un logement pour le gardien, un espace destiné aux amis ainsi qu’un vaste garage. Le chantier débute en 1962 mais connaît de nombreuses interruptions liées aux difficultés financières de l’entreprise Barbéris. Après le décès de Mme Barbéris en 1965, les travaux sont arrêtés. Seul le rez-de-chaussée est progressivement rendu habitable et la villa reste inachevée jusqu’en 1987, lorsque François Barbéris, fils de Charles, relance le projet avec Rottier.
La villa Barbéris témoigne de l’influence de Le Corbusier sur l’œuvre de Guy Rottier, tout en affirmant une écriture architecturale très personnelle. Son organisation repose sur un vaste espace de vie fluide et ouvert, structuré par des volumes géométriques qui regroupent les fonctions principales de la maison. Les espaces s’articulent librement grâce à des cloisons courbes et à un mobilier intégré, créant des perspectives et des volumes surprenants.
À l’extérieur, la maison se distingue par sa silhouette en « boomerang », ses façades animées par des jeux de décalages et de saillies, ainsi que par l’alternance de surfaces enduites et de béton brut. Un escalier en spirale mène au toit-terrasse, conçu comme un espace de dialogue entre l’architecture, le paysage et le ciel.
Œuvre majeure de l’architecture moderne sur la Côte d’Azur, la villa Barbéris illustre la créativité de Guy Rottier et son exploration d’une architecture à la fois fonctionnelle, expressive et profondément liée à son environnement.
La villa Barbéris, du chantier à l’œuvre aboutie, 1962
Archives Nice Côte d’Azur, 19 Fi 937 (fonds Rottier)
En savoir plus sur la villa Barbéris
- Le site du projet Villa-b
- La façade de la villa Barbéris sur le site du Forum d’urbanisme et d’architecture
- La villa Barbéris labellisée Patrimoine Architecture Remarquable, sur le site de la DRAC
... et sur Guy Rottier
- Unité d’habitation de Marseille et Cabanons pour enfants sur le site du Forum d’urbanisme et d’architecture
- Maisons de vacances, à la manière de Guy Rottier
- L’exposition de la villa Noailles Une chambre ailleurs (2019)
- L’exposition du Forum d’urbanisme et d’architecture Variations Arman (2020)
- L’exposition du Forum d’urbanisme et d’architecture Jeux d’ArTchitecture (2023)

















