Il y a cent ans, du 26 mars au 2 avril 1922, à l’initiative de l’aéroclub de la Côte d’Azur (A.C.C.A.), Nice accueillait sur l’aérodrome de la Californie un grand meeting d’aviation mettant à l’honneur les as de la Première Guerre Mondiale.
Alors que le public s’émerveillait au début du XXe siècle des prouesses des pionniers de l’aviation, ainsi à Nice avec le capitaine Ferber (1862-1909) ou lors du meeting d’aviation de 1910, cette curiosité se mue en admiration lors de la Grande Guerre. Les aviateurs sont vus comme des « chevaliers du ciel » domptant leur monture, avec toutes les valeurs associées à l’esprit chevaleresque : honneur, respect de l’adversaire, codes.
Caudron G. 3, vers 1910-1915 (Archives Nice Côte d’Azur, 13 Fi 78, fonds Baudoin)
D’après les décomptes de l’armée, l’aviation française a compté 175 as de nationalité française dans ses rangs pendant la Grande Guerre. Représentant environ 3 % des pilotes de chasse formés en France, ils ont totalisé 1 322 victoires homologuées sur un total général homologué de 2 817.
La semaine d’aviation de Nice peut s’honorer d’accueillir le capitaine René Fonck (75 victoires homologuées), le capitaine Charles Nungesser (43 victoires homologuées) – qui disparaîtra avec l’Oiseau blanc le 8 mai 1927 -, le capitaine Georges Madon (41 victoires homologuées) – qui se tuera dans un accident de vol le 11 novembre 1924. Sont également présents à Nice des as italiens tels le capitaine Pier Piccio (24 victoires) ou belges comme le capitaine Willy Coppens de Houthulst (37 victoires) – Coppens avait été descendu et avait perdu une jambe mais sa prothèse ne l’empêchait pas de voler.
A côté de ces grands héros, d’autres aviateurs célèbres de la génération du feu participent à la manifestation niçoise du printemps 1922. Citons Auguste Maïcon (1891-1974), né à Villefranche-sur-Mer, qui, enthousiasmé par le meeting aérien d’avril 1910 à Nice, obtient son brevet de pilote en 1911. Il s’est rendu célèbre le 24 août 1919 en passant à deux reprises aux commandes de son Caudron G.3 sous le pont Napoléon-III entre Nice et Saint-Laurent-du-Var.
Signalons également la présence au meeting du Franco-américain Henry Farman (1874-1958), cycliste et coureur de fond puis aviateur et enfin constructeur d’avions et d’automobiles avec ses frères. Ou celle de la journaliste et aviatrice Louise Faure-Favier, pionnière de l’aviation commerciale, qui établit un record de vitesse pour un vol entre Paris et Dakar en 1919 avec Lucien Bossoutrot, également invité à Nice.
Une de L’Éclaireur du dimanche et La Vie pratique, Courrier des étrangers, 19 mars 1922, reprenant l’affiche de la Grande Semaine internationale de Nice dessinée par V.-E. Bellanger.
Une semaine nous sépare de la grande Semaine d’Aviation de Nice qui constituera une des plus belles manifestations aériennes auxquelles il nous ait jamais été donné d’assister. On sait, en effet, que c’est du 26 mars au 2 avril que se déroulera cette fête de l’Air, qui nous réserve d’intéressantes surprises. Citons quelques-uns des « as » qui prendront part à ce meeting : le capitaine Fonck, le lieutenant Nungesser, le capitaine Madon, le lieutenant-colonel Piccio, le lieutenant Willv Coppens, Henry Farman, Louis Paulhan, Léon Bathiat, Sadi-Lecointe, Arturo Ferrarin, Fronval, Ferdinand d’Or, L. Bossoutrot, J.-C. Bernard, Brackpapa, Auguste Maïcon, G. Sardier, Flachaire, Le Boucher, Dominici, etc.
Bien que non encore absolument officiel, voici, dans ses grandes lignes, le programme qui probablement subira certaines modifications :
Dimanche 26 mars :
• À 10 heures. — Réception officielle par les autorités.
• À 13 h. 45. — Première journée du Meeting devant la Promenade des Anglais.
• À 20 heures. — Grand gala et fête de nuit au Negresco.
Lundi 27 mars :
• À 15 h. 30. — Salle du Petit-Théâtre du Casino Municipal : Conférence de Mme Louise Faure-Favier sur « L’Aviation et la Femme » et du capitaine René Fonck sur « L’Aviation Militaire ».
Mardi 28 mars :
• À 15 heures. — Au Jardin-Public, concours enfantin d’Aviation (Rallye-Ballon, cartes postales, modèles d’avions volants et non volants).
Mercredi 29 mars :
• À 11 h 30. — Départ devant l’A. C. C. A., 7, promenade des Anglais.
• À 12 h. 30. — Réception et lunch organisés et offerts par le Président du National Sporting-Club de Monaco, suivis d’une causerie de M. P.-E. Flandin, Président de l’Aéro-Club de France.
• À 16 h. 30. — Excursion au Golf du Mont-Agel.
• À 20 heures. — Gala suivi de soirée dansante, organisé par la Section Monégasque de l’A.C.C.A. de Monte-Carlo.
Jeudi 30 mars :
• À 13 h. 45. — Deuxième journée du Meeting. Devant la Promenade des Anglais, grandes manœuvres aériennes avec le concours des « as » de la Grande-Guerre et des aviateurs des Centres maritimes de Saint-Raphaël et d’Aubagne.
• À 20 heures. — Gala suivi du Grand Bal de l’Aviation dans les salons du Ruhl, présidé par les aviateurs engagés dans le Meeting et les officiers de la Marine, pilotes des Centres de la Côte-d’Azur.
Vendredi 31 mars :
• À 15 h. 30. — Garden-party à l’Aérodrome de la Californie avec vente de charité dans les hangars des avions.
• À 20 h. 30. — Grande représentation de gala au Casino Municipal.
Samedi 1er avril :
• À 10 h. 30. — Départ de l’A. C. C. A., 7, Promenade des Anglais, pour l’excursion à La Turbie et à Menton.
• À 12 heures. — Réception officielle à la Mairie de Menton.
• À 13 heures. — Lunch à l’Amirauté, offert par la Section de l’A. C. C. A. de Menton.
• À 16 heures. — Conférences du capitaine Fonck et de M. R. Saladin, au Casino Municipal.
• À 20 heures. — Dîner offert par la Municipalité.
• À 22 heures. — Gala au Casino Municipal.
Dimanche 2 avril :
• À 14 h. 45. — Troisième et dernière journée du Meeting devant la Promenade des Anglais.
• À 20 heures. — Gala de clôture et fête de nuit au Savoy.
Tous les jours, exposition et visite des avions, ainsi que vols avec passagers à l’Aérodrome de la Californie.
A cette occasion, un hommage fut rendu aux aviateurs morts pour la France, parmi lesquels deux frères niçois, Gaston et Robert Giudicelli, qui figureront tous deux sur le monument aux morts de Nice, inauguré en 1928.
Une stèle en l’honneur de l’aviation est également présente sur le parvis du monument.
Photographie Christophe Prédal – Ville de Nice, 2019
Souvenir amical offert à Gaston et Robert Giudicelli, morts pour la France, par les aviateurs du meting (sic) de Nice, 1922 (Archives Nice Côte d’Azur, 3 Fi 255, don Henri Delessert, novembre 2018)
Lors de la Grande Collecte 1914-1918, ces trois émouvants documents ont été remis aux Archives Nice Côte d’Azur par M. Henri Delessert.
Veuve d’un commerçant corse, François Constantin Giudicelli, ayant perdu ses deux fils à la Guerre et avec de petits moyens, Mme Giudicelli, née Rosa Gabetti, une modiste piémontaise, connut une fin de vie difficile et aurait dépéri sans la solidarité de son voisin, le charcutier-traiteur niçois Delessert, rue Masséna. Elle lui légua donc, en remerciement, ce qu’elle avait de plus cher : les portraits de ses fils, entourés des dédicaces de tous les as présents au meeting de 1922.
Gaston Giudicelli, né le 12 janvier 1889 au 8 quai Masséna, s’était marié en 1912 à Nancy avec Marie Marguerite Frantz et vivait en Lorraine lors de la déclaration de guerre.
D’abord dans les tranchées avec le 5e Hussards, il s’engage dans l’aviation (2e groupe d’aviation), à la suite de son frère. Il est tué le 9 avril 1916 à Vaux-devant-Damloup (Meuse), à l’âge de 27 ans. Sa mort héroïque – deux mois après le décès de son jeune frère – est relatée dans le Petit Niçois : combat contre 5 avions, chute terrible de 2.000 mètres… Il reçoit la médaille militaire à titre posthume en 1921 et a également été porté sur le livre d’or 1914-1918 de Nancy.
Robert Giudicelli était né le 16 mars 1896 au 8 avenue Masséna. Il s’engage dans le 2e groupe d’aviation et meurt le 10 février 1916 à Nice, d’une maladie contractée en service, à la veille de ses vingt ans.
Pour en savoir plus
- Damien Accoulon, René Fonck. As des as et pilote de la Grande Guerre, Privat, 2018
- Serge Pacaud, L’aviation durant la Grande Guerre 1914-1918, Marivole Éditions, 2019




