De nombreux documents prêtés par le service des Archives de Nice Côte d’Azur sont à voir au musée d’art et histoire Masséna dans l’exposition Héroïque Catherine Ségurane, figure légendaire de Nice, commémorant le 480e anniversaire du siège de Nice en 1543.
Où ?
Musée Masséna
65 rue de France / 35 Promenade des Anglais
06000 NICE
Tél : +33(0)4 93 91 19 10
Quand ?
Dates : 13 octobre 2023 au 7 janvier 2024
Vernissage le jeudi 12 octobre à 18 h
Au début des années 1540, la guerre se rapproche dangereusement du duché de Savoie, malgré la Paix de Nice de 1538 signée entre le roi de France François Ier (1494-1547) et l’empereur Charles-Quint (1500-1558).
Reprochant à son oncle maternel, le duc Charles II de Savoie (1486-1553) de l’avoir spolié de son héritage maternel, le roi de France s’allie à l’ennemi juré de l’empereur, le sultan Soliman le Magnifique (1494-1566), et envoie ses armées mettre le siège devant Nice à partir du mois de juin 1543.
Au mois d’août, l’enfer se déchaîne. Face à 600 cavaliers, 500 lansquenets, 6 compagnies d’arquebusiers, 50 fantassins, 500 miliciens et 200 citoyens volontaires commandés par André Odinet de Monfort, les assaillants alignent 20 000 soldats sous les ordres du comte d’Enghien, 120 galères ottomanes et 40 galères françaises, 40 galiotes et 4 mahonnes. Le combat s’engage à pratiquement un contre dix… Durant presque trois semaines, les Franco-Ottomans attaquent les murailles et bombardent la ville sans relâche grâce à des batteries d’artillerie disposées autour de Nice.
Après avoir lancé un assaut général contre les murs nord, les assiégeants auraient été repoussés, si l’on en croit la tradition, grâce à l’apparition de la Vierge Marie et à la bravoure d’une femme du peuple, Catherine Ségurane. Malgré cet acte de résistance, la ville est prise mais son château résiste. Craignant l’arrivée d’une armée de secours envoyée par le Saint-Empire et voyant l’hiver approcher, les Français et les Ottomans se retirent.
À la suite de ce terrible siège, le nouveau duc de Savoie Emmanuel-Philibert (1528-1580), marié en 1559 à la fille du roi de France Henri II, accélère la militarisation complète du château de Nice. La population de la ville haute quitte les lieux pour s’installer définitivement dans la ville basse. Une chaîne défensive voit le jour, constituée de la citadelle de Villefranche, la tour de Saint-Hospice et le fort du Mont-Alban.
A voir dans l’exposition du musée Masséna
Le protocole mis en place pour la signature de la Paix de Nice (1538)
La paix de Nice, également appelé trêve ou congrès de Nice, est un traité signé le 18 juin 1538 dans le couvent des Franciscains de la Sainte-Croix, situé hors les murs (à l’emplacement de la Croix-de-Marbre), par le roi François Ier et l’empereur Charles-Quint, sous les auspices du Pape Paul III, afin de mettre fin à la huitième guerre d’Italie.
Le roi de France vient à Nice avec sa deuxième épouse, sœur de Charles-Quint, Eléonore de Habsbourg (1498-1558).
La France conserve ses conquêtes – la Bresse, le Bugey et une grande partie du Piémont – et l’Empire germanique devient maître de la totalité du Milanais et des deux tiers du duché de Savoie. Charles II de Savoie ne possède plus que la vallée d’Aoste et le comté de Nice…
Une trêve de dix ans est ensuite décrétée entre les deux belligérants pour le salut de la Chrétienté en mettant à bas « la superbia del perfido & maledetto Turcho ». Le souverain pontife cherche en effet à empêcher toute alliance de circonstance du « roi très chrétien » avec l’Empire ottoman contre le Saint-Empire romain germanique, dans un contexte marqué par l’expansionnisme du sultan Soliman le Magnifique.
Les trois blasons qui ornent cette page sont, dans l’ordre, celui du Saint-Empire à l’aigle bicéphale, celui la Papauté (clés de saint Pierre et tiare papale) et celui du royaume de France reconnaissable aux fleurs de lys.
L’ordine, pompa et modo successo per la venuta della Santita di. N.S. & della Ces. Majesta e del Re Christianissimo & della illustriss. Regina sua consorte alle Citta di Nizza per trattar la pace [pompe honorifique pour la venue à Nice de Sa Sainteté le Pape, de l’Empereur, du roi et de la reine de France], impr. 1538.
Archives Nice Côte d’Azur, 46 S 43/1 (don Paul Castela)
Des recueils de privilèges accordés par les ducs de Savoie à la Ville de Nice aux XVe et XVIe siècles
Statuts et privilèges concédés par Amédée VIII et confirmés par son fils Louis Ier (1423-1457), 1474-1477 (Archives Nice Côte d’Azur, AA 9)
Près d’un siècle après la conquête de la Provence orientale par la Maison de Savoie, le duc offrit à la Ville un recueil des privilèges qui lui avaient été « concédés », manière de faire valoir son autorité de suzerain.
Cette copie manuscrite des Statuta Sabaudiæ, dérivée du texte établi par Thomas de Meruel, a gardé sa couverture originale de bois, recouverte sur ses plats externes par un cuir sommairement décoré, sur lequel restent les fragments d’une ancienne fermeture en fer.
Dans le décor floral, l’écu à la croix d’argent sur champ de gueules de la maison de Savoie est accosté par deux autres blasons, postérieurs et de facture maladroite, ayant remplacé une ancienne marque de propriété, aux aigles de gueules affrontés sur trois collines d’azur, peut-être la plus ancienne représentation connue des armes de la Ville de Nice.
Ce manuscrit constitue l’un des plus beaux exemplaires de la riche collection de recueils juridiques médiévaux des Archives municipales de Nice.
Premier recueil de privilèges, XVe siècle
Archives Nice Côte d’Azur, AA 9
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Avec Florie Varitille et Henri Bottin
Liber secundus privilegiorum contenant les actes relatifs au différend avec l’abbaye de Saint-Pons (1330-1556) et les minutes des transactions passées par la Ville de Nice avec Villefranche et Monaco, 1556 (Archives Nice Côte d’Azur, AA 12)
Ce registre est connu sous le nom de Codici Leopardo, à cause des léopards servant de supports aux armoiries du duc de Savoie.
On retrouve la devise de la Maison de Savoie, FERT, ou « FERT, FERT, FERT », dans sa forme longue, aurait été adoptée sous le règne d’Amédée VI, dit le « Comte Vert ».
De nombreuses interprétations de la devise ont été faites tout au long des siècles. La plus connue est celle du sigle reprenant la locution latine Fortitudo Eius Rhodum Tenuit, c’est-à-dire « Par son courage il [Amédée de Savoie] conquit Rhodes ».
Mais « Fert » est aussi la troisième personne du singulier de l’indicatif présent du verbe irrégulier latin « porter ». La devise savoyarde pourrait alors se comprendre comme une addition à l’écu de Savoie et signifier « il porte la croix », en référence au Christ.
Des documents contemporains du siège de 1543
Ces documents donnent un aperçu des conséquences des opérations militaires dans l’après-guerre : tout d’abord la volonté politique de réaffirmer la suzeraineté de la Maison de Savoie, bien mise à mal par les guerres d’Italie. Charles II s’y emploie pendant une petite dizaine d’années mais c’est surtout son fils, Emmanuel-Philibert, qui va reconstruire les Etats de Savoie après 1553. La remise en ordre politique passe également par la réintégration dans le corps social des vassaux qui avaient fait le choix de la France et non celui du Saint-Empire romain-germanique (grâces et amnistie).
La guerre a coûté cher : même si, peut-être, les civils, Niçois et Niçoises, ont contribué à la défense de la cité, il a fallu faire appel à des soldats de métier, comme ce capitaine Bassani, et donc les rémunérer.
Vient ensuite le temps de la reconstruction (ponts détruits pendant le siège) puis de l’aménagement, sous Emmanuel-Philibert, d’une nouvelle ceinture défensive, les fortifications médiévales ayant montré leur vulnérabilité face à l’assaut franco-turc.
Compte des sommes versées aux journaliers ayant travaillé à la reconstruction du pont [Pont-Vieux] sur le Paillon, 1545 (un des très rares documents en niçois conservés)
Archives Nice Côte d’Azur, DD 44/2
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Avec Léo Imbert
Une histoire de Nice par Joseph Scaliero, 1799
Divers opuscules à la gloire de Catherine Ségurane, XIXe-XXe
Dans son histoire de Nice, Joseph Scalier, ou Scaliero, historien de Nice, né vers 1730, reprend des citations d’événements antérieurs à son temps comme le fameux « geste » d’une citadine appelée « Maufacia » lors du siège franco-turc de Nice en 1543.
Manuscrit de Scaliero, brouillon, fin XVIIIe-début XIXe
Archives Nice Côte d’Azur, 48 S 4
Un projet de monument à Catherine Ségurane (1901)
L’auteur du projet de 1901, le statuaire Fabius Maxime Hugues Stecchi, né en 1855 à Urbino, étudie à Florence puis Paris et s’installe à Nice où il meurt en 1928.
On lui doit diverses compositions en marbre ou en bronze, notamment un buste de Gustave Eiffel (1896), conservé au musée d’Orsay. Les Niçois connaissent bien son monument à l’aviateur Ferber érigé à Carras en 1911. Il est également l’auteur de La Seine et La Méditerranée, au casino de Monte-Carlo.
Un drame musical (1960)
Cette pièce a sans doute été créée dans le cadre des festivités du centenaire de l’Annexion de Nice à la France (1960).
L’auteur en est le Félibre Jules Lairis dit Jacques Barjac (1896-1974) du nom de son village natal (Gard), auteur de pièces de théâtre, poésies, chansons, etc.
Blessé en Serbie pendant la Première guerre mondiale, il est resté gravement handicapé toute sa vie. Attaché au cabinet du ministre de la Marine, du Commerce, puis conseiller de préfecture, il termine sa carrière au tribunal administratif de Nice, résidant à Cimiez.
Jacques Barjac. Catherine Ségurane, livret en trois actes. 1960
Tapuscrit, 27 x 21 cm
Archives Nice Côte d’Azur, Delta Grand in-8° 131 (don Louis Cappatti)
Le programme des commémorations
- Spectacles, conférences, expositions à retrouver ici
Ségurane et l'identité niçoise
- Cais de Pierlas, E. Chronique niçoise de Jean Badat (1516-1567). In: Romania, tome 25 n° 97, 1896. p. 33-79.
- Gasiglia Rémy. Louis Andrioli (1766-1838), « rencontré entre deux siècles ». In: Cahiers de la Méditerranée, n° 55, 1, 1997. Destins niçois [Actes du colloque de Nice, 13-14 décembre 1996], p. 113-130.
- Isoart, Paul et Malaussena, Paul-Louis. L’identité niçoise et l’Académia Nissarda (1904-1944). In: Cahiers de la Méditerranée, n° 43, 1, 1991. L’identité niçoise [Actes du colloque de Nice, juin 1991], p. 191-218.
Comprendre la géopolitique de 1543
- Aranda, Olivier, Guinand Julien et Le Mao, Caroline. Atlas des guerres à l’époque moderne. Autrement, 2023.
- Brogini, Anne. 1565. Malte dans la tourmente. Le « Grand Siège » de l’île par les Turcs. Éditions Bouchène, 2011.
- Brogini, Anne. La Méditerranée au prisme des rivages. Menaces, protections, aménagements en Méditerranée occidentale (XVIe-XXIe siècles). Éditions Bouchène, 2015.
- Brogini, Anne et Butaud, Germain. « Les aléas de l’entre-deux. Le comté de Nice et les Grimaldi durant le conflit franco-espagnol (1524-1544) », Histoire, économie & société, vol. 40, n° 4, 2021, pp. 67-83.
- Calafat, Guillaume. Une mer jalousée. Contribution à l’histoire de la souveraineté (Méditerranée, XVIIe siècle). Le Seuil, 2019.
- D’Amico, Juan Carlos et Danet, Alexandra. Charles Quint. Un rêve impérial pour l’Europe. Perrin, 2022.
- Fighiera, Jean-Philippe. Les incursions turques dans la région niçoise en 1543. In: Cahiers de la Méditerranée, n° 28, 1, 1984. Vienne 1683, l’Empire Ottoman et l’Europe [Actes du colloque], p. 77-93.
- Guinand, Julien. La guerre du roi aux portes de l’Italie. Presses universitaires de Rennes, 2023.
- Jouanna, Arlette. La France du XVIe siècle, 1483-1598. Presses Universitaires de France, 2012.
- Le Fur, Didier. Une autre histoire de la Renaissance. Perrin, 2018.
- Le Gall, Jean-Marie et Michaud, Claude. Comment la confiance vient aux princes. Presses universitaires de France, 2023.
- Nardelli-Malgrand, Anne-Sophie et Pialoux, Albane. L’arbitre de l’Europe ? Penser, fixer, contester les hiérarchies politiques en Europe, du XVIe au XXe siècle. Presses universitaires Savoie Mont Blanc, 2022.
- Nordman, Daniel. Tempête sur Alger. L’expédition de Charles Quint en 1541, Éditions Bouchène, 2011.
- Ruscio, Alain et Laffitte, Roland. « Intérêt paradoxal pour l’Islam, l’autre tradition française », In : Ruscio, Alain, éd., Regards français sur l’Islam. Des Croisades à l’ère coloniale. Éditions du Croquant, 2021, p. 89-102.
- Solnon, Jean-François. L’Empire ottoman et l’Europe. Perrin, 2017.
- Vissière, Laurent. « XII. Psychologie des populations assiégées (XVe-XVIe siècles) », In : Baechler, Jean, éd., Guerre et Psychologie. Éditions Hermann, 2018, p. 155-169.
Apprendre à lire les écritures du XVIe siècle
- Un exercice de palographie « niveau débutant » : déchiffrer le compte des dépenses pour soutenir le siège de de Nice dans les archives comptables de la Maison de Savoie











