Freda Betti (1924-1979), mezzo-soprano niçoise

Née dans une modeste famille des Ponchettes

Il y a cent ans, le 26 février 1924 naissait, au 52 rue des Ponchettes, dans une famille modeste du Vieux-Nice, une artiste lyrique de premier plan : Frédérique Thérèse Augusta dite « Freda » Betti. Son père, Pietro, originaire d’Emilie-Romagne, est un peintre en bâtiment naturalisé deux ans avant sa naissance ; sa mère, Madeleine Suaut, est une revendeuse de poisson niçoise, fille d’un pêcheur et d’une blanchisseuse.

Bien que née à deux pas de l’Opéra de Nice, la petite fille ne semblait donc pas prédestinée à y mettre un jour les pieds, moins encore à s’y produire en public.

Bateaux de pêcheurs devant les Ponchettes, quai du Midi, début XXe. On, aperçoit, en arrière-plan, l’Opéra de Nice. Carte postale La Civette parisienne (Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 700)

Poissonnières niçoises, début XXe. Carte postale Giletta (Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 1140)

Mouvement orphéonique et conservatoire de musique

Et pourtant, comme ses frères aînés François et Ange [le compositeur Henri Betti, accompagnateur de Maurice Chevalier], elle a la chance de pouvoir bénéficier des cours de solfège de l’Union chorale de Nice, boulevard Mac-Mahon [Jean-Jaurès], présidée dans l’entre-deux-guerres par le plombier Auguste Icart (1884-1942). Sous les auspices du conseiller municipal Auguste Laurenti plusieurs sociétés musicales niçoises se sont en effet dès 1922 constituées en une fédération des sociétés musicales et orphéoniques de Nice, dont les « Enfants de Nice », l’« Union chorale » ou encore le « Conservatoire », permettant l’accès des enfants des familles populaires à la pratique musicale : les élites considèrent en effet la musique comme un « divertissement sain pour la classe laborieuse de notre ville ».

Les résultats du concours de solfège de l’Union chorale de Nice. L’Eclaireur du dimanche, 2 août 1925

Adeleine Bailet et ses élèves du conservatoire de Nice. L’Eclaireur du dimanche, 19 décembre 1926

Freda peut ensuite suivre, au conservatoire de Nice fondé par la pianiste Adeline Bailet et dirigé par le compositeur Ismaël Michalon, l’enseignement du baryton niçois Édouard Rouard (1876-1962) ; elle se voit décerner un premier prix de chant en 1943.

Rouard, baryton de l’Opéra de Paris. L’Eclaireur du dimanche, 7 septembre 1924

Carrière à l’Opéra

L’Opéra de Monte-Carlo. Carte postale, début XXe (Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 4058)

Après-guerre, elle fait ses débuts à l’Opéra de Monte-Carlo en 1947 dans le rôle du travesti Siébel pour le Faust de Charles Gounod.

Entre 1952 et 1964, elle chante le plus souvent sous la direction de Jules Gressier (1897-1960) : avec l’Orchestre radio-lyrique de la Radiodiffusion française, dans des spectacles parfois diffusés à la télévision, avec l’Orchestre de l’Association des Concerts Lamoureux, avant de devenir sociétaire de l’Opéra-Comique.

Aux côtés des grandes sopranos de l’époque, notamment Mady Mesplé, Freda Betti se produit sur les principales scènes françaises (Bordeaux, Nantes, Nice, Rouen, Strasbourg, Toulouse), à l’Opéra de  Monte-Carlo, à La Scala de Milan ainsi que lors des festivals d’art lyrique d’Aix-en-Provence, Avignon, Bayreuth ou Orange. Elle a interprété Carmen plus de 150 fois. On la retrouve aussi dans un répertoire plus populaire (Vincent Scotto, Gilbert Bécaud…).

Programme de la Cavalleria Rusticana de Mascagni à l’Opéra de Nice, 22 et 24 janvier 1965 (Archives Nice Côte d’Azur – fonds de l’Opéra de Nice, 942 W 5)

Programme de Faust de Gounod  à l’Opéra de Nice, 14 et 17 janvier 1965 (Archives Nice Côte d’Azur – fonds de l’Opéra de Nice, 942 W 5)

Programme de Rigoletto de Verdi à l’Opéra de Nice, 10 janvier 1965 (Archives Nice Côte d’Azur – fonds de l’Opéra de Nice, 942 W 5)

Programme de Mireille de Gounod à l’Opéra de Nice, 3 janvier 1965 (Archives Nice Côte d’Azur – fonds de l’Opéra de Nice, 942 W 5)

Le Prince de Madrid à l’Opéra de Nice.
Affiche, 1969 (Archives Nice Côte d’Azur, 7 Fi 3071)

Roméo et Juliette à l’Opéra de Nice
Affiche, 1969 (Archives Nice Côte d’Azur, 7 Fi 224)

Rigoletto à l’Opéra de Nice
Affiche, 1975 (Archives Nice Côte d’Azur, 7 Fi 220)

C’est seulement au XIXe que le mezzo-soprano, une voix intermédiaire à la tessiture parfois aussi étendue que celle d’un soprano, mais au timbre plus velouté, émerge véritablement. Le courant romantique s’accompagne d’un déplacement de l’ensemble des voix vers l’aigu et le mezzo-soprano connaît son avènement avec les opéras de Verdi. Capable de chanter certains rôles destinés à un soprano ou à un contralto, les mezzo-soprano bénéficient ainsi d’un répertoire étendu.

Sa voix a donc permis à Freda Betti d’interpréter les rôles de mezzo-sopranos dramatiques, des femmes de caractère, à la personnalité tourmentée et complexe, à qui leur puissance vocale permet de lutter face à un orchestre symphonique, des Carmen (Bizet) ou des Dalila (Saint-Saëns). Souvent rivale de l’héroïne, incarnée par un soprano, la mezzo est une séductrice, une traîtresse, une ennemie. Mais elle peut également être sa confidente telle Flora, l’amie de Violetta dans la Traviata.

Après avoir quitté la scène, Freda Betti se consacre à l’enseignement du chant au conservatoire de Monaco dirigé par Fernand Bertrand (1915-2011). A l’Opéra de Nice, le public a encore pu l’entendre entre 1968 et 1977 dans Mireille, La Toison d’or, Le bon roi Dagobert, La Traviata, Rigoletto, Lakmé, Le Barbier de Séville,  L’Annonce faite à Marie, etc. Elle a également enregistré les « chansons niçoises » du musicien folkloriste Georges Delrieu (1905-1966) : Le Mois de mai à Nice, Sous l’olivier niçois ou Nice d’autrefois.

Elle meurt à Nice le 13 novembre 1979, à l’âge de 55 ans, et repose dans le caveau familial au cimetière du Château.

Le 20 février 2024, dans la série « chanteurs d’opéra », l’Office des timbres de la principauté de Monaco a tiré 36 000 exemplaires d’un timbre-poste Freda Betti dessiné par Cyril de La Patellière et gravé en taille-douce par Claude Jumelet, d’une valeur faciale de 3 euros. Le timbre fait figurer un portrait de la chanteuse, et, en arrière-plan, la façade de la salle Garnier de l’opéra de Monte-Carlo où l’artiste débuta en 1947. 

Ecouter

Retrouvez la voix de Freda Betti sur le site de la Bibliothèque nationale de France ou sur Spotify

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