Immeuble l’Empire sur le boulevard Dubouchage, photographie noir et blanc, mai 1949. (Service des Archives Nice Côte d’Azur, fonds du service photographique de la Ville)

Nice, Vie des quartiers – Dubouchage

Le service des Archives vous y conte l’histoire du quartier

Le boulevard Dubouchage relie le boulevard Carabacel à l’avenue Jean-Médecin. Il était appelé anciennement rue puis boulevard de l’Empeyrat ou Empeirat (route empierrée en provençal). C’est lors des grands travaux urbanistiques du XIXe siècle que la municipalité perce cet axe majeur, bordé de platanes comme le sont les quais du Paillon et l’avenue de la Gare.

Portrait du comte du Bouchage,
huile sur toile (Musée Masséna, Nice)

Le Préfet Marc Joseph du Gratet, Comte du Bouchage (1746-1829)

Marc Joseph du Gratet, comte du Bouchage, était un Grenoblois, que l’Empire français nomma en 1803 préfet des Alpes-Maritimes. C’est lui qui, sans heurts, assure la passation de pouvoirs en 1814 avec l’intendant général Fighiéra lors de la restauration sarde. Il avait gardé dans son administration des Niçois estimés tels Benoît Bunico, son secrétaire général, ou Jean-Baptiste Sauvaigo, conseiller de préfecture, et a donc laissé aux Niçois le souvenir d’un gestionnaire à l’écoute des préoccupations locales. Les rois de France le nommèrent ensuite préfet de la Drôme en 1815 puis conseiller d’État en 1823.

Ambiance studieuse à la bibliothèque

En 1923, la Ville de Nice rachète la villa édifiée en 1875 sur le boulevard pour M. Rambourg, un industriel parisien. Elle la fait entièrement restructurer en 1924-1925 pour y implanter la bibliothèque municipale, trop à l’étroit rue Saint-François de Paule. Sa salle de lecture est décorée d’une grande composition d’Édouard Fer (1887-1959) sur des thèmes régionalistes.

Le 3 juin 2005, pour ses 80 ans, la bibliothèque a pris le nom de l’écrivain Romain Gary. Cependant, les Niçois continuent de l’appeler « bibliothèque Dubouchage ».

Devant la bibliothèque, square Durandy, durant de longues années, s’est tenu le dimanche matin un marché aux cartes postales et de pièces de monnaie et une bourse aux timbres.

La salle de lecture de la bibliothèque Dubouchage [Romain-Gary], photographie noir et blanc, 1974.

La jeunesse lycéenne : Calmette et Sasserno

La loi sur l’enseignement secondaire des jeunes filles entre en vigueur en juillet 1883 et l’ouverture officielle du lycée des jeunes filles de Nice a lieu le 1er octobre 1887. En 1962, le ministère de l’Éducation nationale décide de baptiser le lycée du nom du célèbre médecin bactériologiste né à Nice, Albert Calmette (1863-1933), dont le nom reste attaché à la lutte contre la vaccination antituberculeuse et plus particulièrement au BCG. Parmi ses anciennes élèves, citons Simone Veil, Michèle Cotta, Michèle Mercier, Marie-France Pisier, Marie-Paule Belle… À la rentrée 1969, 33 garçons sont accueillis à Calmette, début de la mixité et, en 1972, l’établissement perd ses classes de collège.

Dans le quartier Dubouchage, les lycéens de Calmette côtoient ceux du lycée privé Sasserno. Laïcisée après la loi de 1886 sur les congrégations, l’école catholique Saint-Louis quitte alors le Vieux-Nice pour s’installer dans la villa Bottero, appartenant à la famille Sasserno, et où la poétesse niçoise romantique Agathe-Sophie Sasserno (1810-1860) avait vécu. La villa servant de logement à la communauté et aux jeunes filles, un immeuble neuf fut construit pour l’accueil des classes de garçons sur la partie sud et la rentrée de l’institution Saint-Louis eut lieu le 5 octobre 1891. En 1927, le diocèse prit la direction de l’école et un nouveau bâtiment fut édifié au sud-ouest avec un internat.

Ambiance festive

Il y a un siècle, le quartier abritait plusieurs établissements entretenant une vie nocturne et artistique active. Le 27 boulevard Dubouchage devint à partir de 1910 le lieu de réunion du « cercle de l’Artistique », fondé en 1885 et dont le projet était de promouvoir artistes et écrivains niçois. La villa fut, en 1911, augmentée d’un petit théâtre et accueillit de grandes manifestations culturelles comme, en 1908, l’exposition Fragonard, en 1912, une représentation de Pelléas et Mélisande de Maurice Maeterlinck, en 1913, une exposition d’aquarelles de G.-A. Mossa…

Après avoir présenté quelques spectacles amateurs, le théâtre doit fermer à la fin des années 1970 avant de renaître sous une nouvelle forme comme lieu d’exposition municipal dans le cadre du « Septembre de la photographie » qui investit la salle de spectacle, avec sa scène, ses boiseries et ses cheminées. Autour de cette manifestation temporaire se constitue le Théâtre de la photographie et de l’image, Charles Nègre. Il devient récemment le Musée de la Photographie Charles Nègre, désormais implanté sur la place Pierre Gautier.

Dans un autre registre, l’Eldorado, music-hall et café-concert, rue Pastorelli, était un des établissements les plus fameux de Nice, accueillant jusqu’à 2 000 spectateurs, classes moyennes niçoises mais aussi hivernants venus s’encanailler dans ce « temple du rire ». Ancien « Grand Cirque de Nice » (1882), il avait été racheté par le célèbre Paulus (1845-1908) en 1889. On y donnait des « nouveautés » et des « revues » avec de jeunes femmes en tenue légère. Aux entractes des pièces comiques, surgissaient des acrobates, magiciens, gymnastes et clowns musiciens aux noms exotiques dont les prestations alternaient avec celles des pousseurs de romances, des fins diseurs et des chanteuses de genre…

Le théâtre de l’Artistique, vue intérieure, photographie Giletta, Nice, début XXe.
(Musée de la Photographie, Nice)

Revue au casino l’Eldorado, carte postale, éd. Cauvin, Nice, début XXe.
(Collection particulière)