Nice, Vie des quartiers – Jean-Jaurès et Félix-Faure

Le n° 40 du journal Nice, Vie des quartiers (juillet-août 2019) est consacré au quartier Jean-Jaurès Félix Faure.

 

Le service des Archives vous y conte l’histoire du quartier

 

Le boulevard Jean-Jaurès et l’avenue Félix-Faure sont les deux anciens quais rive droite et rive gauche du Paillon, fleuve (et aujourd’hui promenade) qui sépare symboliquement le Vieux-Nice, au pied du Château, de la nouvelle ville du XIXe siècle.

 

Jean Jaurès et Félix Faure, deux politiciens français de la IIIe République

Rendant hommage à deux hommes politiques français de la IIIe République, la toponymie porte ici la volonté de la ville de Nice de s’ancrer à l’histoire nationale française.

Le boulevard du Pont-Vieux, dominé par la tour Saint-François, et dont le tracé reprenait celui de l’ancienne fortification du Vieux-Nice, était devenu boulevard Mac-Mahon (du nom du premier président de la IIIe République française en 1873) puis des Italiens en 1915, lors de leur entrée en guerre aux côtés de la France. En 1945, la municipalité socialiste de Jacques Cotta punit les Italiens, alliés aux Allemands durant la deuxième guerre mondiale, en donnant leur boulevard au socialiste tarnais Jean Jaurès (1859-1914). Philosophe et journaliste, il s’était notamment illustré par son pacifisme et son opposition au déclenchement de la Première Guerre mondiale. Sa dépouille repose au Panthéon depuis 1924.

Le président de la République Félix Faure (1841-1899) est quant à lui mort dans des circonstances moins glorieuses, au palais de l’Élysée, dans les bras de sa maîtresse… La ville, que le Président avait visitée en 1896, lui fait cependant l’honneur de donner son nom à l’ancien quai Masséna.

 

 

La ville médiévale fortifiée

Les travaux de construction de la ligne 1 du tramway ont permis de redécouvrir, sous la place Garibaldi et le boulevard Jean-Jaurès les traces d’une ville fortifiée oubliée des Niçois : désormais, c’est dans les entrailles de la « crypte archéologique » (entrée par la place Toja) que sont visibles les nombreux vestiges des anciennes fortifications : tour Pairolière, murailles et fossés, aqueduc…

Hercule Trachel, Le Pont-Vieux. Dessin à la plume, encre noire et sépia sur papier bistre, XIXe (Musée Masséna).

 

Le pont Saint-Antoine, sans doute en bois à l’origine, puis en pierre au XIIIe siècle, se situait dans l’axe de la rue du Pont, qui accueillait des échoppes médiévales. La présence d’une porte-péage sur le pont permettait de contrôler l’accès au Vieux Nice et de percevoir un droit sur les marchandises qui entraient en ville. L’histoire de ce pont est très mouvementée : les sièges de la ville de Nice et les crues violentes du Paillon l’ont plusieurs fois détruit, jusqu’à sa disparition complète en 1921.

Le Paillon, des lavandières aux jeux d’enfants

Oublié aussi le fleuve urbain, le Paillon, peu à peu recouvert jusqu’à son embouchure aux XIXe et XXe siècles. Pendant longtemps ce torrent méditerranéen ne fut franchi que par cet unique pont Saint-Antoine. C’est en 1824 seulement que les trois arches en pierres de taille d’un nouvel ouvrage d’art relièrent la place Charles-Albert et la future place Masséna : ce pont royal Saint-Charles fut bientôt appelé « Pont-Neuf » tandis que l’ancien pont Saint-Antoine devenait « Pont-Vieux ».

Dans le lit du Paillon, le plus souvent à sec – on disait qu’il servait surtout à faire sécher le linge ! –, des « bugadières » travaillaient, à la hauteur des Pont-Neuf et Pont-Vieux ou dans la mer, sur la plage des Ponchettes. Ces lavandières niçoises ont fait le tour de l’Europe ainsi immortalisées par la lithographie, puis la photographie et la carte postale à la belle époque de la villégiature d’hiver à Nice.

La couverture du fleuve est la plus importante et la plus spectaculaire des opérations d’urbanisme et d’assainissement entreprise par la Ville de Nice : les propriétaires et pensionnaires des hôtels donnant sur ses berges réclamaient en effet, à la place de cet « oued fétide », un dégagement arboré sous leurs fenêtres à l’instar des établissements concurrents situés au bord de la mer ou du Jardin public. C’est ainsi que, dès 1867, sur  les plans de l’ingénieur Joseph Durandy on lança une couverture de 106 m de long sur cinq travées face au Grand-Hôtel, entre les rues Alberti et Gubernatis, avec un square complanté entre deux voies charretières reliant le quai Saint-Jean-Baptiste et le boulevard du Pont-Neuf. Le 15 août 1869, sous la présidence du général Reille, petit-fils d’André Masséna, on y inaugura la statue de son aïeul, due au sculpteur Albert Carrier-Belleuse. Le square fut nommé Masséna depuis ce jour, puis square du général Leclerc en 1948 (square des Maréchaux de 1983 à 1986).

Les lavandières du Paillon et la tour Saint-François. Carte postale, Lévy fils & Cie (Paris), vers 1890-1910 (Service des Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 585).

Entre 1881 et 1885, une nouvelle portion de 170 m de longueur fut lancée entre le nord de la place Masséna et un point situé à 25 m en aval de la rue Alberti à l’initiative du promoteur Omer Lazard qui s’était engagé à recouvrir le Paillon jusqu’à son embouchure en contrepartie de l’édification du Casino municipal en bordure de la place Masséna (construit de 1881 à 1884 par l’architecte Niermans, décoré par Gervais et Labrousse, transformé en 1939-1940, détruit en 1979). Ces travaux engloutirent le Pont-Neuf en décembre 1881.

Sur l’espace intermédiaire, achevé en 1893, Jean Médecin vint inaugurer une gare des autobus le 3 janvier 1934. Elle fut abattue en août 1980, un an après la destruction du Casino municipal, afin que soient créés sur leurs emplacements les parterres fleuris et les bassins de l’Espace Masséna (15 000 m²), achevé en 1983 puis rebaptisé « Forum Jacques-Médecin ».

Ainsi, le fleuve devint un long terrain plat goudronné, encadré de rangées de platanes. Il fut occupé d’abord par des manifestations saisonnières, comme le marché d’été, la foire exposition et la foire d’attractions devant le lycée, la foire aux bestiaux, les cirques, les grands rassemblements gymniques et militaires des années 1930-1940. Puis, il se transforma en parcs pour les véhicules qui envahissaient tous les endroits dégagés, avant que la Promenade du Paillon ne soit érigée à partir de 1973, Acropolis en 1981-1984, et la Promenade des Arts en 1987-1990.

Dans les années 1990, l’entretien difficile, les dégradations, la fréquentation, les squats rendirent le lieu de moins en moins agréable pour les Niçois et les touristes. Depuis 2013, la « coulée verte » de la Promenade du Paillon, un parc urbain allant du Théâtre National de Nice jusqu’à la mer a remplacé les jardins suspendus, leur gare routière et parc-autos, le square Leclerc, l’Espace Masséna et le jardin Albert Ier.

En lisière de la place Masséna, à l’emplacement de l’ancien forum Jacques Médecin, un vaste miroir d’eau de 3.000 m² équipé de 128 jets d’eau offre ses reflets et ses scintillements. Face au lycée Masséna, une baleine, des dauphins, des pieuvres, une énorme tortue… ont élu domicile au cœur du nouveau parc, pour le plus grand bonheur des enfants, dont les cris et les rires ont remplacé le babil des bugadières de la Belle-Époque.

Cafés, brasseries, commerces

Avant sa couverture, le Paillon marquait une coupure nette entre le Vieux-Nice, plus populaire, et la nouvelle ville en rive droite, qui comptait des brasseries et commerces huppés ainsi la maison Andreolis & Poccard (Faïence, porcelaines, cristaux, verreries et poteries) fondée en 1855, au début de l’avenue Félix-Faure. 

En-tête du papier commercial des grands magasins « Aux Trois Quartiers », 4 boulevard du Pont-Vieux (actuellement Jean-Jaurès). Gravure en taille-douce, 1915 (Service des Archives Nice Côte d’Azur).

Le 34 boulevard Jean-Jaurès. Photographie, février 1954 (Service des Archives Nice Côte d’Azur, fonds du service photographique).

Au début du XXe siècle, autour du Casino municipal qui enjambe le Paillon, à la fois salle de jeux et salle de spectacles, la vie sociale bat son plein et de luxueux commerces fleurissent : L. Nodet implante en 1902 un « Grand Bazar parisien » voisin du « Café du Globe » de Vincent Blanchi sous les arcades du casino. Le luxe gagne même la rive gauche avec l’ouverture à la même époque d’une succursale des grands magasins parisiens « Aux Trois Quartiers », spécialisés dans les « nouveautés » (textiles et vêtements), dans un immeuble restructuré par Charles Dalmas à l’angle de la rue Saint-André et du boulevard du Pont-Vieux : la clientèle des hivernants parisiens peut ainsi retrouver à Nice son enseigne favorite.

Les enseignes sont cependant plus populaires sur le boulevard Mac-Mahon et où les Niçois trouvent épiciers, marchands de vin ou quincaillers.

 

 

Café du Globe et Grand Bazar parisien sur le boulevard Mac-Mahon (actuellement Jean-Jaurès). Carte postale, E. Le Deley (Paris), vers 1914 (Service des Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 743).

Le retour du tramway

A la Belle-Époque, le boulevard Mac-Mahon était desservi par le tramway. Détrôné par la traction puis les petites citadines au temps du tout-automobile, le tram’ a fait son retour en novembre 2007 avec trois stations desservant le boulevard Jean-Jaurès : Opéra, Cathédrale-Vieille-Ville et enfin Garibaldi.