L'angle de la rue Pastorelli et de l'avenue de la Gare fin XIXe

Nice, Vie des quartiers – Pastorelli

Parallèle au Paillon, cette rue très vivante issue au XIXe siècle du plan régulateur sarde de la ville de Nice, mène de la rue Delille à l’avenue Jean-Médecin – elle s’est un temps prolongée au-delà de la traverse Longchamp et jusqu’au boulevard Carabacel.

Elle a pris dès l’origine le nom de Pastorelli (parfois orthographié Pastorelly) nom italien très fréquent à Nice, diminutif de pastore (le berger) qui était celui du conseiller municipal Dominique Pastorelli, receveur particulier de l’œuvre Rossetti, décédé en août 1860.

Sous le macadam passe aujourd’hui le tunnel de la ligne 2 du tramway dans sa partie souterraine qui dessert la rue et le quartier à la station « Durandy ».

 

Le square Durandy en 1973 , photographie couleurs, Ville de Nice (Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1973)

Dominique Durandy (1868-1922) et le Petit Niçois

Par délibération du conseil municipal en date du 9 juin 1922, la Ville a en effet décidé de rebaptiser le jardin Rambourg, derrière la bibliothèque municipale [aujourd’hui Romain-Gary], en lui donnant le nom de Dominique Durandy « pour perpétuer le souvenir du fin lettré et du délicat écrivain qu’était notre éminent concitoyen », décédé 5 mois plus tôt, le 3 janvier 1922.

Docteur en droit, l’avocat Durandy était un littérateur à qui on doit, notamment, L’âne de Gorbio : poussières du Midi (1910), Poussières d’Italie : carnets d’un automobiliste (1914), La ceinture de Vénus : collines et paysages de mon pays (posth., 1923). Il avait également, par tradition familiale – il était le fils du président du Conseil général Joseph Durandy et le gendre du député Alfred Borriglione – entamé une carrière politique en se faisant élire conseiller général du canton de Villefranche-sur-Mer.

Mais Durandy était surtout un journaliste, directeur du Petit niçois de 1893 à 1910. Le quotidien niçois avait son siège à l’angle de la rue Blacas et du 35 rue Pastorelli. Fondé par le député-maire Alfred Borriglione, il parut du 1er août 1880 jusqu’au 26 août 1944. Il eut plusieurs sous-titres : « journal des dépêches, politique », puis « journal républicain quotidien », et, enfin « journal républicain indépendant ». Ce fut l’un des plus importants quotidiens de province, avec son radicalisme affirmé (qui se modèrera au fil du temps…), très impliqué, à l’instar de son concurrent L’Éclaireur de Nice et du Sud-Est, dans la vie politique locale.

Nice – Salle des dépêches du Petit Niçois, carte postale allégorique éditée vers 1905 par A. Raveu.
(Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 803).

Victoire du Front populaire : défilé avec pancartes « Vive Léon Blum » sous les fenêtres du journal Le Petit Niçois, rue Pastorelli, mai 1936 (Archives Nice Côte d’Azur, 3 Fi 9/1)

Hôtels et habitat urbain

Idéalement situé entre la gare et la mer, le quartier accueille de nombreux hôtels pour une clientèle de touristes, de voyageurs de commerce ou d’hommes d’affaires.

À l’angle des rues Alberti et Pastorelli, J. Bermond gérait en 1901 l’hôtel d’Europe, aujourd’hui hôtel Vendôme, agrandi par Vermeulen dans l’entre-deux-guerres mais resté typique de la villégiature niçoise avec son jardin et sa ceinture de boutiques à un seul niveau.

Au 44 rue Pastorelli, c’était l’hôtel d’Orléans, aujourd’hui Crillon. Au 39 rue Pastorelli, s’élevait en 1902 l’hôtel du Rhône de Charles Ecklé, aujourd’hui hôtel Nice Riviera.

A l’angle des rues Pastorelli et Saint-Michel (Gustave-Deloye), un hôtel existait déjà au XIXe siècle, rénové sous le nom d’hôtel des Négociants par Joseph Arezzo en 1901-1902.

 

Palais Marie Lévy. Architecte : M. Dalmas. Planche parue dans L’Architecture du littoral (Côte d’Azur) par M. P. Planat, Paris : Librairie de la construction moderne (L’Impression d’art), [ca 1911].

A côté de ces hôtels, la rue s’orne d’un habitat urbain de grande qualité édifié sous le Second Empire et à la Belle Epoque, dont le « Palais Marie Lévy » de Charles Dalmas (1905), à l’angle de la rue Blacas, un cossu immeuble de rapport avec ses bow-windows portés par des consoles à cul de lampe, ses cartouches, ses pilastres et de grands balcons, ou son voisin, au n° 30 (1912), que l’on doit à Adrien et Marthe Rey avec un programme décoratif peut-être dû au statuaire Michel de Tarnowsky.

 

La vie nocturne

La face joyeusement festive de la rue s’est estompée de nos jours. Il abritait cependant plusieurs établissements entretenant une vie nocturne très active il y a un siècle.

La rue Pastorelli offrait bien des distractions : bars, restaurants etc. ainsi que les « Bains turcs » ouverts par Fortuné Bensa en 1871.

A l’angle des rues Alberti et Pastorelli, là où s’élève désormais l’ensemble immobilier Nice-Europe édifié par Crovetto en 1959-1960, l’Eldorado, music-hall et café-concert, avec salle de baccara, était un des établissements les plus fameux de Nice, accueillant jusqu’à 2.000 spectateurs, classes moyennes niçoises mais aussi hivernants venus s’encanailler dans ce « temple du rire ». Ancien « Grand Cirque de Nice » (1882), il avait été racheté par le célèbre Paulus (1845-1908) en 1889. Jules Morlay le rénove et le remet au goût du jour au début du XXe siècle. On y donnait des « nouveautés » et des « revues » avec de jeunes femmes en tenue légère. Aux entractes des pièces comiques, surgissaient des acrobates, des magiciens, gymnastes et clowns musiciens aux noms exotiques dont les prestations alternaient avec celles des pousseurs de romances, des fins diseurs et des chanteuses de genre. Ainsi, le musicien niçois d’origine corse F.-M. Mattei y faisait créer à chaque saison (début janvier-mi mai) une rengaine telle, en 1910, L’Explorateur américain, sur d’inoubliables paroles d’A. Mas :

« (…) Je ne vends pas des cacaouettes non !
Du bœuf en daube à l’estouffette non !
Je ne suis pas un anémique,
Mon corps est un’ balle élastique
J’ai reçu dans l’ciboulo
Un grand coup d’marteau
C’est la glac’ du Pôle nord
Qui m’a refroidi les ressorts
Je suis Américain,
Explorateur mondain
J’ai vu l’Afrique
Le Pôle arctique
Pézenas et le Tonkin
Je suis Américain
Explorateur mondain
Je port’ smokinge
J’ai du beau linge
Et n’suis pas un purotin.
Les petit’s femm’s ça me tracasse, yes !
Pour m’posséder faut l’mot de passe, yes ! (…) »

Revue au casino l’Eldorado, carte postale, éd. Cauvin, Nice, début XXe. (Collection particulière)

Revue au casino L’Eldorado, carte postale,début XXe (collection particulière)

 

C’est à l’Eldorado qu’un jeune fantaisiste marseillais, du nom de Fernandel, décrocha son premier contrat en 1922… Le casino est détruit par un violent incendie en mars 1936, rénové en 1948 puis finalement loti.

Il fallait s’éloigner un peu vers la place Masséna pour s’offrir les services des pensionnaires de la maison de tolérance du 8 rue Saint-Michel [Sacha-Guitry].

Dans la même rue, on trouvait le Nouveau Casino : à la fois « café chantant », cercle de jeux et théâtre de comédies, la salle de spectacles de la rue Saint-Michel a plusieurs fois changé de propriétaires et de nom depuis son ouverture la fin des années 1890 : Kristal-Casino avant-guerre, Trianon après l’Armistice, Petit Casino dans les années 1930, Nouveau Casino dans les années 1940, Casino-Club dans les années 1960-1970…

Enfin, au 39 rue Pastorelli (et au 2 rue Voltaire), le Septième Art avait ses adeptes au cinéma L’Excelsior construit en 1912 par J. Allardi, entièrement reconstruit en 1933 par Michaux et Willemsen pour l’adapter aux exigences du parlant.

Cinéma Excelsior, 39 rue Pastorelli, demande de permis de construire, 1912, coupe longitudinale de la salle (Archives Nice Côte d’Azur, 2 T 278/654)

Les Sœurs du Bon-Secours

Congrégation religieuse féminine enseignante et hospitalière dont la maison mère est à Troyes, les sœurs du Bon Secours de Notre-Dame auxiliatrice se sont installées à Nice, 23 rue Pastorelli, juste après l’Annexion. Elles apportaient, dans l’esprit de charité de l’abbé Millet, soins et réconfort aux malades à domicile ou bien les recevaient dans leur établissement.

Au milieu des années 1960, les architectes Châtenet et Gastaud conçurent de nouveaux aménagements pour les Sœurs, édifiant un bâtiment de 18,5 mètres de haut en façade sur la rue Pastorelli, afin de créer un dispensaire (en rez-de-chaussée) et un étage réservé aux futurs pensionnaires ; en 1969, une maison de retraite pour personnes démunies accueillait ses premiers résidents. Le dispensaire a très récemment laissé place à un immeuble d’habitation.

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