La rue Vernier en 1961, photographie noir et blanc

Nice, Vie des quartiers – Vernier-Trachel

Le n° 38 (mars-avril 2019) du journal Nice, Vie des quartiers était consacré au quartier Vernier-Trachel.

Le service des Archives vous y contait l’histoire du quartier

Entre Libération et Parc-Impérial, le quartier Vernier-Trachel est délimité à l’ouest par le boulevard Gambetta, à l’est par l’avenue Malausséna et au sud par la voie ferrée dont les rues Vernier et Trachel constituent des parallèles.

Joseph Vernier, l’architecte de la ville

La rue Vernier porte le nom de l’architecte niçois Joseph [Giuseppe] Vernier, né en 1800 lors de la première annexion de Nice à la France, meurt à cinquante-neuf ans, juste avant le Rattachement de 1860. On lui doit notamment l’église de la Sainte-Trinité à La Trinité (1848), l’église de l’Immaculée-Conception (Notre-Dame du Port) à Nice (1853) ou l’hôpital Saint-Roch (1859), dans le style néo-classique seyant alors aux édifices publics. En tant qu’architecte de la Ville, il a supervisé les travaux d’urbanisme et d’embellissement de Nice dans les années 1840-1850, proposant notamment en 1845 le réaménagement de la colline du château concédée à François [Francesco] Clerissi depuis 1832.

Portrait du peintre Hercule Trachel

Le peintre Hercule Trachel, portrait photographique par A. Liébert, Paris, deuxième moitié du XIXe siècle
Archives Nice Côte d’Azur, 30 S 6

Les Trachel, artistes niçois

La voirie rend hommage à d’autres célébrités niçoises avec les artistes de la famille Trachel, le plus célèbre d’entre eux étant le peintre Hercule [Ercole] Trachel (1820-1872), dont les œuvres sont nombreuses dans les églises et au musée des Beaux-arts de Nice. Hercule était le fils ainé du peintre en bâtiment Louis-Hyacinthe Trachel. Formé à l’école municipale de dessin puis à la Reale Accademia Albertina de Turin (1837-1839), il devint un excellent paysagiste ; ses aquarelles, assez proches de celles de Turner jeune, étaient très appréciées de la nombreuse colonie anglaise qui emportait en fin de saison dans ses bagages une de ses vues de Nice. En 1853 et 1857, il se rendit d’ailleurs en Angleterre avec deux hivernants, le général Charles Fox et son épouse Mary, et réalisa à leur domicile londonien un important programme de décors peints. Au milieu du XIXe siècle,  il était aussi le principal peintre de sujets religieux en activité à Nice : on  lui doit des décors pour la chapelle de la Miséricorde, le monastère de Cimiez, la chapelle Sainte-Croix, la chapelle Saint-Isidore, des retables à la cathédrale,  à l’église Saint-François-de-Paule, etc. Il était par ailleurs très proche du milieu régionaliste niçois, par son amitié avec le poète nissart François Guisol. Ses frères et sœur, Fanny, Dominique, Antoine, ont également marqué le paysage artistique niçois de leur empreinte.

Du faubourg Saint-Étienne aux entrepôts de marchandises

Saint-Étienne, grand faubourg rural de la ville peuplé d’une centaine d’habitants, était depuis la fin du Moyen-âge constitué de jardins, champs, pâtures et cannaies. Le quartier commença à se lotir dans les années 1880-1890 lorsque le tissu urbain devint trop dense au sud de la voie ferrée.  Les premiers immeubles d’habitation y côtoyaient des activités artisanales (ateliers, hangars et baraques de toute sorte) profitant de la proximité de la gare : ainsi, en 1899 lorsque Charles Grassi construisait des entrepôts et des magasins entre la rue Vernier et la rue Trachel tandis que l’architecte Aaron Messiah faisait édifier un bel immeuble avec bossage de pierres sur les rues Vernier et de Dijon, un exemple parmi d’autres de la grande qualité architecturale du patrimoine bâti de Vernier-Trachel.

Chemin de fer et autoroute urbaine

C’est le rail qui est constitutif de l’identité du quartier et lui donne sa coloration semi-industrielle. Depuis 1865 en effet, le viaduc du Paris-Lyon-Méditerranée (aujourd’hui SNCF) menant au triangle ferroviaire de la gare Thiers constitue, comme dans la plupart des villes, une sorte de barrière coupant la communication entre le sud et le nord de la ville. A l’ouest du quartier, la voie unique Sud-France, aujourd’hui Chemins de fer de Provence, relie Nice à Digne et à Meyrargues. Tout naturellement, avec le développement de la circulation automobile dans la deuxième moitié du XXe siècle, lorsqu’il fallut créer une autoroute urbaine, c’est le long de la voie ferrée que cette « voie Mathis » fut construite, avec une bretelle d’accès rue de l’Abbé-Grégoire.

Avant que les poids-lourds ne le détrônent, c’était le train qui ravitaillait la cité en denrées et matériaux nécessaires à son développement, qu’on déchargeait ensuite au nord de la gare – tandis que les passagers étaient, eux, orientés vers le sud de la voie ferrée. Au début du XXe siècle, Joseph Seren avait donc installé ses entrepôts de vin sur les rues Trachel et Miollis tout comme, un siècle plus tard, Ciffréo Bona ses hangars à l’angle de Rouget-de-l’Isle et de la sortie de la voie rapide.​

Photographie des rues Trachel et de l’Abbé-Grégoire en 1970

A l’angle des rues Trachel et de l’Abbé-Grégoire : le bar « Marigny » (aujourd’hui « Dabray ») et l’immeuble « Bellanda », photographie noir et blanc, avril 1970
Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1970

Chantier de construction, photographie noir et blanc

Construction de la « voie Mathis », photographie noir et blanc, 1973
Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1973

Les commerces de la rue Dabray

A l’ouest du quartier, des commerces (coiffeur, boucher, boulanger…) s’implantent sur la rue Dabray et le boulevard Gambetta dès les années 1880. En 1931, une halle est construite, la « cité marchande du passage à niveau », qui se dote en 1937 d’un cinéma, le « Gambetta ». Autour une vraie vie de quartier se développe.

 

L’église Saint-Étienne

Une chapelle de campagne dédiée à Saint-Étienne existait depuis le XVIe siècle à l’emplacement de l’actuelle place du Général-de-Gaulle (Libération) mais il fallut la démolir lors de la forte urbanisation du quartier dans le dernier quart du XIXe siècle. Le lieu de culte fut alors déplacé de 400 mètres, place Galvano aujourd’hui square Colonel-Jean-Pierre, avant qu’une véritable église ne soit construite à partir de 1902, rue Vernier.
Les plans dessinés par les architectes Febvre et Deporta durent cependant être abandonnés car la nature des terrains faits de cressonnières humides et instables avaient nécessité de trop coûteux travaux de fondations. La modeste église Saint-Étienne en 1908 fit donc, sous la direction du chanoine Casimir Ciamin (1860-1955), l’objet d’un premier agrandissement en 1925-1929 avec deux nefs latérales sur les angles des rues Pauline et Pierre-Piétri, puis la construction d’une annexe en 1931, une surélévation de la nef en 1933 et enfin une surélévation du transept en 1943. Il fallu attendre l’après-guerre pour la décoration intérieure et l’achèvement du porche.

L’église Saint-Etienne de Nice : carte postale ancienne

L’église Saint-Etienne, carte postale, XXe
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 322

Le collège Vernier

Plutôt que cet édifice cultuel très composite, c’est donc un établissement scolaire qui constitue le signal architectural marquant du quartier. Le collège international Joseph Vernier occupe les locaux construits en 1896 pour l’école élémentaire Vernier devenue, suite à la réforme de l’enseignement secondaire en France, « collège d’enseignement général » (C.E.G.) (primaire et collège) en 1960 puis, en 1965, « collège d’enseignement secondaire » (C.E.S.). En 1987, le collège s’agrandit avec la construction du bâtiment des  sciences : les écoliers du primaire sont désormais scolarisés rue Clément-Roassal. En 2007, le collège est doté d’une salle polyvalente et en 2013 il devient collège international avec quatre sections internationales (portugaise, russe, arabe et italienne). L’établissement accueille environ 530 élèves d’une quarantaine de nationalités différentes. Parmi ses anciens élèves, citons un certain Christian Estrosi, devenu maire de Nice.