Changement d’heure

Changement d’heure : dimanche 29 mars, passons à l’heure d’été et profitons-en pour partir à la découverte des horloges publiques à travers les âges.

Diviser la journée

L’origine de la synchronisation de la vie sociale par la mesure du temps remonte à l’antiquité. Le système romain divise la journée en deux fois douze heures. Au Moyen-âge, les cloches des églises sonnent les « heures canoniales », soit une journée divisée en quatre temps

    • prime (lever du soleil),
    • tierce (3e heure après le lever du soleil),
    • sexte (6e heure, c’est-à-dire midi),
    • none (9e heure),
    • vêpres (coucher du soleil)
  • et même la nuit :
    • complies (3e heure de la nuit),
    • vigile (durant la nuit).
    • matines (aurore ou avant) 

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Tours de l’horloge

Saint-Dominique

À Nice comme ailleurs, les cloches ont une double fonction, civile et religieuse. Dès 1414 les consuls font un emprunt auprès de Jean de Montenigro, orfèvre, pour le règlement de la fourniture de six quintaux de bronze et deux d’étain, nécessaires à la construction de l’horloge communale.
Puis les heures ne se sonnent plus : elles s’affichent. Les premiers cadrans apparaissent en Europe au début du XVe siècle sur les horloges publiques avec une seule aiguille. Une variante du cadran est le « dyal », où c’est un disque cadran qui tourne derrière une aiguille fixe. La Ville de Nice reçoit des devis en 1755 pour les cadrans de l’horloge.

En 1716-1717, elle obtient une subvention de 4.000 livres de la Couronne pour la construction d’une nouvelle tour de l’horloge dont la hauteur est tributaire de celle des fortifications.

En 1813, et de nouveau au début des années 1860, la Ville paie des travaux de réparations à l’horloge de cette tour Saint-Dominique, seule tour faisant office d’horloge publique dans la ville.

Dessin accompagnant le devis pour un cadran à l’horloge communale, 1755
Archives Nice Côte d’Azur, D 8/4

Caserne Saint-Dominique [palais Rusca], au début du XXe siècle. Carte postale Catala (Paris)
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 116 (don Louis Cappatti)

Saint-François

Au début des années 1830, la tour Saint-François est très délabrée. Aussi le conseil communal décide-t-il en 1836 d’affecter un crédit de 2.000 livres à la restauration de la tour avec l’adjonction d’une horloge. C’est l’architecte de la Ville, Joseph Vernier, qui est chargé de transformer le clocher en 1837. La couverture est démolie. Les baies du dernier étage sont modifiées. Le décor des chapiteaux et pilastres est repris. Un étage couvert en terrasse pour les horloges et un campanile (clocher formant un édicule sur le faîte d’un bâtiment) pour la cloche sont ajoutés.
En 1839, l’achat d’une cloche est décidé et, après quelques péripéties, c’est finalement la fonderie génoise Pagano et Boero qui la livre le 16 avril 1841 (environ 1.600 kg). Y est inscrit, entre autres : « Pour sonner au loin les heures ». Le surcoût, augmenté du renforcement des systèmes de suspension, est couvert par les dons de quatorze particuliers parmi lesquels on dénombre cinq aristocrates et le banquier Isaac Avigdor.

Travaux à faire pour la tour Saint-François, 1837.
Archives Nice Côte d’Azur, D 37, folio 368

Le Paillon et la tour Saint-François, photographie, carte postale Lévy fils & Cie (Paris), vers 1890-1910.
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 585 (don Louis Cappatti)

Tour Saint-François, photographie, 1973.
Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1973/3110 (fonds du service photographique municipal)

Palais communal et son horloge, photographie, 1973.
Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1973/3111 (fonds du service photographique municipal)

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… et autres horloges publiques

La question de définir une heure précise prend de l’importance avec l’arrivée du train (1865 à Nice). C’est de cette époque que date l’installation d’un cadran solaire sur la façade de l’Opéra. En 1876, le conseil municipal débat de la restauration des horloges publiques et du canon de midi. La tour Saint-Dominique est jugée trop basse et le conseil municipal demande à la faire exhausser. On installe ensuite une horloge pour la poste, une autre pour le lycée.

Le bâtiment destiné à un nouvel hôtel des Postes et Télégraphes pour la ville de Nice est construit par un particulier, l’avocat niçois Arthur Malausséna, place des Platanes [Wilson], afin d’être mis à la disposition de l’administration des Postes. Les architectes en sont Horace Grassi et Annibal Carlo. Le bas-relief sommital accompagnant l’horloge (1888) représente deux figures, une féminine (allégorie de la France ?) et le messager Hermès avec caducée et pétase.

Élévations, dessin à l’encre rehaussé d’aquarelle, anonyme, janvier 1887.
Archives Nice Côte d’Azur, 2 T 109/16

Carte postale Picard (Nice), début XXᵉ.
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 339

Façade de l’angle, vue du bas-relief en position centrale du fronton avec date portée (1888).
Cliché Ville de Nice, Christophe Prédal

En 1888, la Ville passe commande au fabricant d’horloges publiques jurassien Louis-Delphin Odobey  de deux nouvelles horloges, dont celle de l’église du Port. Vers 1905, la Ville achète 14 horloges à une autre société jurassienne, Cretin-L’Ange & Cie. On trouve désormais des horloges sur la place Rossetti, à l’église Saint-Roch, au quartier Saint-Isidore ou à l’église Notre-Dame.

Plus nombreuses, ces horloges sont bientôt électrifiées. Les nouveaux édifices publics construits au XXᵉ siècle sont tous dotés d’horloges, à l’instar du nouveau lycée Masséna ou des abattoirs édifiés sur la route de Turin après la deuxième guerre mondiale.

La tour de l’horloge du lycée Masséna conçue par l’architecte Henri Ebrard constitue comme une sorte de belvédère sur la promenade du Paillon, face à la tour Saint-François qui lui répond en vieille ville. L’horloge est doublée d’un cadran solaire sur laquelle est inscrite la devise latine « Horas ne numerem nisi serenas » : « Je souhaite ne compter que les heures heureuses ».

Entretien et modernisation des horloges

Au XIXe, l’entretien des horloges est assuré par A. Gilly, par les Davin et par l’horloger-mécanicien Paul Guisol-Chansot, qui dépose en 1884 le brevet d’invention d’un système pour la marche d’horloges.
En 1883, la Ville reçoit la proposition de Flotron pour le placement d’horloges électriques.

Les principaux fournisseurs d’horloges publiques de la Belle Époque sont jurassiens.

Louis-Delphin Odobey (1827-1906) crée en 1858 à Morez ce qui deviendra l’une des plus importantes maisons d’horlogerie d’édifice de France. À la fin du XIXe siècle et au début du XXe, l’entreprise se développe de façon considérable. Au total, environ 5.000 horloges seraient sorties de ses ateliers : l’entreprise aurait donc fabriqué une centaine d’horloges par an à l’apogée, diffusées dans toute la France mais majoritairement dans le quart sud-est. Les horloges Odobey sont typiques des horloges moréziennes horizontales avec un mouvement triangulaire : les rouages pour le mouvement des aiguilles sont pris dans deux hautes platines. Le système de sonnerie est à râteau.

Autre fournisseur franc-comtois, Arsène Cretin-l’Ange, à Morbier, est à la tête d’une affaire fondée en 1830. En 1877, il crée sa propre manufacture d’horloges monumentales qui est acquise en 1906 par Léon Labrosse. C’est lui qui assure en 1910, « les travaux de remplacement des horloges électriques de la ville par des horloges à poids et l’installation de nouvelles horloges ». Au cours des travaux, la Ville « complète les prévisions relatives à l’horloge du casino municipal en y adaptant un cadran spécial et une sonnerie des quarts d’heure sur deux petites cloches ». 

Papier à en-tête de la société Odobey, fabricant d’horloges à Morey (Jura), 1888
Archives Nice Côte d’Azur, 1 M (cotation en cours)

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Horloges candélabres

Dans les années 1930, la Ville investit dans des « horloges-candélabres » que les services techniques viennent positionner au centre des places (Rossetti, Goiran, Saluzzo…) ou aux carrefours des principaux axes routiers (nationale 7 à Carras ou sur la Corniche, boulevards Gambetta, de Cessole, Gorbella, etc.). En 1933 la Ville procède à l’installation de deux horloges candélabres sur le boulevard Joseph-Garnier et au square Saint-Étienne. Le carrefour du boulevard de Cessole et de l’avenue Cyrille-Besset est même connu sous le nom de « carrefour de l’Horloge ».

Pour ces nouvelles horloges, le fournisseur est la maison parisienne Brillié. Fondée en 1897-1898 à Levallois (boulevard de Villiers) par Charles Vigreux (1861-1908) et Lucien Brillié, sous la forme d’une société en nom collectif Vigreux et Brillié, celle-ci devient Brillié Frères au début du XXe siècle. Elle est renommée pour avoir réalisé une horloge électrique vers 1910, la première horloge parlante optique de l’Observatoire de Paris en 1933 puis la première horloge parlante magnétique, et a fourni la plupart des grandes administrations, SNCF notamment. Comptant près de 300 personnes dans le troisième quart du XXe siècle, elle se scinde en deux entités en 1981 : la société anonyme Brillié Systèmes à Levallois (qui disparaît en 1987) et la Scop Brillié à Montbrison (Loire), reprise en 1996 par la société Gorgy Timing (créée en 1974).

Ces horloges sont visibles sur les photographies des années 1940-1960 sans en constituer le motif principal. Les grands travaux d’élargissement de voirie des années 1970-1980 les ont souvent fait disparaître. Les automobilistes sont désormais tous dotés de montres-poignet et, bientôt, le tableau de bord de leur voiture donnera l’heure, puis la température et l’itinéraire à suivre…

Les horloges de gare

Il ne faut pas manquer son train. L’arrivée du premier train de la compagnie des chemins de fer Paris-Lyon-Méditerranée en gare de Nice (1865) déclenche ce besoin d’avoir l’heure exacte, à la minute près !

La compagnie Paris-Lyon-Méditerranée

Conçue par l’architecte Louis-Jules Bouchot, la gare de Nice (Nice-Thiers) se compose de deux bâtiments parallèles réunis par une charpente métallique recouverte d’une verrière au-dessous de laquelle circulent trois voies ferrées. La façade principale en briques rouges et pierres de taille est coiffée d’un pavillon central orné d’une grande horloge. 

Façade principale de la gare de Nice, construite par M. Bouchot, architecte en chef des chemins de fer de Paris à la Méditerranée. Bois de bout illustrant un article du Journal illustré, 1865.
Archives Nice Côte d’Azur, 5 S 18

Omnibus et fiacres devant la gare

Omnibus et fiacres devant la gare PLM (Thiers), carte postale Nodet, début XXe-.
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 7987 (don Daniel Bourandy)

Voitures et palmiers devant la gare PLM (Thiers)

Voitures et palmiers devant la gare PLM (Thiers), carte postale E. Le Deley, début XXe-.
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 338

La gare du Sud, planche d'architecture

Planche d’architecture parue dans La Construction moderne. Gare de Nice [Gare du Sud]. Arch. Bobin
Archives Nice Côte d’Azur, Delta Grand in-8° 11

Les chemins de fer du sud de la France

La Gare du Sud, principale gare de la ligne des chemins de fer du Sud de la France, servait de terminus à deux lignes de chemin de fer : le central Var et la ligne Nice-Puget-Théniers. Elle fut construite par l’entreprise Pécout frères et inaugurée en juin 1892. Le bâtiment des voyageurs a été dessiné par l’architecte Prosper Bobin, ancien élève d’Hittorff. Certains de ses éléments architecturaux (écusson, pomme de pin, globe, horloge et consoles) ont été sous-traités à une entreprise de sculpture niçoise, vraisemblablement l’entreprise Vals et Gatté.

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Les horloges privées

Dès le XIXe, siècle des particuliers se mêlent de donner l’heure aux Niçois. Ainsi, Thomas Coventry, astronome britannique, installe, lors de ses séjours à Nice (1861-1865), une horloge sous les arcades de la place Masséna et entre en conflit avec A. Gilly, l’horloger en charge des horloges communales de Saint-Dominique et Saint-François – Coventry est plus connu des Niçois pour avoir financé le fameux « canon de midi ».

Plus tard, c’est François Ouvière qui vient installer en front de mer, sur le Paillon, son « cosmographe » rappelant que Nice n’est pas à l’heure parisienne.

Deux hommes devant le cosmographe de François Ouvière (méridien de Nice), à l’embouchure du Paillon. • [1906-1920]
Archives Nice Côte d’Azur, 28 Fi 94 (fonds Baylone)

Au XXe siècle, sur le modèle des grands édifices publics, certains bâtiments privés ornent également leurs frontons d’horloges monumentales. Citons, à Nice, l’immeuble Le Forum sur la promenade des Anglais, ou les grands magasins À la Riviera sur l’avenue de la Gare [Jean-Médecin].

Grands magasins « À la Riviera ». Agrandissement sur immeuble Giraud, façade développée sur avenue de la Victoire rue Emma. Tirage d’un plan de Jules Febvre, janvier 1922.
Archives Nice Côte d’Azur, 2 T 327/223

Casimir Caraveu (1870-1937), propriétaire d’un magasin de confection et nouveautés sur l’avenue Notre-Dame, s’inspire du magasin parisien « Au Bon Marché » pour s’associer au début des années 1910 à la société Paris-France afin d’élever un grand magasin, « La Riviera », à l’emplacement de sa boutique. L’édifice bâti par l’architecte Jules Febvre, abritant aujourd’hui la Fnac, a perdu les dômes qui terminaient les angles ainsi que les vases d’amortissement du couronnement et les horloges des frontons.

Le Forum, conçu par l’architecte Georges Dikansky en 1932, est un immeuble de sept niveaux de style art déco tardif inscrit en tête d’îlot pour faire face à la mer. Les deux éléments verticaux principaux de la façade mer comportaient à l’origine à leur sommet une horloge et un baromètre.

Palais de la Promenade [Le Forum]. Façade. Tirage d’un plan de l’architecte G. Dikansky, 1932.
Archives Nice Côte d’Azur, 2 T 668/111


Immeuble le Forum sur la promenade des Anglais. Carte postale B.E.F., [1933-1955].
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 735 (don Louis Cappatti)

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Et ailleurs…

Dans le Var voisin

Les Arcs. – Rue de l’Horloge. Carte postale, XXe
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 2549 (don Louis Cappatti)

Draguignan. – Tour de l’Horloge. Carte postale Villy (Draguignan) • [ca 1923]
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 3206 (don Louis Cappatti)

Puget-sur-Argens. – Tour de l’Horloge. Carte postale Dragnant (Puget-sur-Argens) • [ca 1929]
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 4728 (don Louis Cappatti)

Ailleurs en France

Rouen. – La Grosse Horloge. Carte postale N.G. , fin XIXe-début XXe
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 4867 (don Louis Cappatti)

Châteauroux. – Porte de l’Horloge à Déols. Carte postale MTIL, fin XIXe-début XXe
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 3105 (don Louis Cappatti)