De 2022 à 2023, les Archives ont travaillé avec un géographe puis une artiste sur le sujet « voie rapide » à travers deux expositions.
Afin de clôturer cette programmation, un partenariat a été mis en place avec les élèves de Première en spécialité arts plastiques du lycée Honoré d’Estienne d’Orves encadrés par leur professeur Fabienne Martinetti.
Afin de mener ce projet, les élèves – voisins de l’entrée Saint-Philippe – ont été accompagnés par l’artiste Amandine Mohamed-Delaporte et le personnel des Archives pour visiter leur exposition Les Falaises artificielles, être guidés dans les archives de la voie rapide et enfin mettre en espace leurs œuvres plastiques.
Les travaux des élèves sont présentés jusqu’au 23 février 2024 dans les salles de la Villa Les Palmiers et sont d’autant de points de vues sur la voie Pierre-Mathis qu’ils vous invitent à découvrir…
L’histoire d’un chantier sans fin
En découvrant nos fonds, les lycéens ont particulièrement été marqués par la quantité de documents d’archives au sujet de la voie rapide. Le travail d’Emma Cuperly et Maëlys Houze-Pietri aborde particulièrement cette idée d’un chantier sans fin qui continue de se poursuivre par le prolongement de la voie vers l’autoroute A8.
Les fonds du service photographique de la Ville de Nice et les photographies contemporaines des lycéens se mêlent sur l’œuvre d’Emma Cuperly et Maëlys Houze-Pietri
Nous avons réalisé une vitrine rassemblant quatorze éléments qui montrent l’évolution de la voie rapide dans le temps en passant par le passé, le présent puis le futur. Le déroulement du temps se fait de bas en haut, pour atteindre le futur sur l’étagère du haut. Les éléments témoignent du fait que la voie rapide se prolonge constamment, que sa construction va toujours plus loin. De plus, les voitures ne s’arrêtent jamais d’avancer, de rouler. Nous avons ajouté un tas de déchets qui montre l’envers de la voie rapide qui n’est pas toujours très belle. Elle est polluée par ses propres utilisateurs.
Les traces visibles ou invisibles de l’être humain sur la voie rapide
La voie rapide peut paraitre déshumanisée, on y voit du béton et des voitures filant à toute vitesse. Mais les archives ont révélé aux étudiants le travail accompli durant des décennies par l’être humain (de l’ingénieur à l’ouvrier) pour réaliser l’ouvrage d’art.
L’ installation d’Ilona Carre-Royer, Mathilde Curreri & Cécile Tarquin, d’apparence naïve, nous présente des petits personnages réalisés à la pate à modeler durcissant puis colorés de peintures vives. Cependant, elle délivre un message bien plus profond sur les conditions dans lesquelles s’est construite la voie rapide.
Les lycéens ont présenté leurs oeuvres lors du vernissage de l’exposition auprès de leurs familles et enseignants.
Notre réalisation évoque le début de la voie rapide, le moment des travaux. Nous mettons en avant les personnes qui sont souvent oubliées et leur travail difficile durant la construction de la voie. Mais ils restent en partie cachés par la voie, qui est placée au-dessus d’eux, sur la vitrine. Le visiteur doit donc se pencher pour les découvrir dans « l’ombre de la route ».
L’installation Hidden way d’Eden Rose Alvez, Camille Berger, Maëlys Gimmi et Medina Nurmatova s’intéresse aux deux aspects de la voie : ce que l’on voit et ce qu’on ne voit pas. Le dessus où circulent les voitures et qui propose des points de vues pittoresques sur la ville et le dessous, bruyant, souvent mal entretenu et non esthétique.
Cette installation participative et immersive nous invite à découvrir les dessous de la voie…
L’impact de la voie Pierre-Mathis sur son environnement
Lors de leurs recherches, les élèves ont consulté des dossiers d’expropriation et ont souhaité souligner dans leurs projets comment la voie rapide est venue s’imposer au milieu de la ville, des immeubles et des maisons qui sont toujours à l’ombre de ce colosse de béton.
Dans nos trois réalisations, nous avons voulu transmettre le point de vue des habitants depuis leurs domiciles donnant sur la voie rapide. On a opté pour la reproduction par le dessin de trois photographies prises lors de la séance de captation. Le paysage est fait avec plusieurs nuances de gris obtenues à l’aide de mine de plomb et d’une estompe. Le seul élément de couleur est la voie rapide que nous avons décidé de mettre en rouge pour la faire ressortir et créer un contraste flagrant. Chaque dessin a sa propre technique de mise en évidence de la voie rapide : du collage, de l’aquarelle et des crayons de couleur. Sous nos dessins, nous affichons trois photographies issues des fonds des Archives qui nous montrent la proximité entre la route et les logements au moment de la construction dans les années 1970. C’est une confrontation marquante dans les rues de Nice, une… rencontre choc.
Nous avons voulu rendre hommage aux habitations niçoises qui cohabitent avec la voie et montrer que la voie Pierre-Mathis est un lieu où différents croisements sont possibles.
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Les cordes et pinces à linge représentent les balcons niçois vus de la voie rapide. Cette création vise à activer la mémoire des spectateurs n représentant l’environnement caché qui les entoure. Elle a aussi pour intention de démontrer les éventuelles différences de tonalités d’une ville méditerranéenne.
La question de l’impact environnemental de la voie rapide est bien entendu un sujet qui revient comme un fil rouge dans la plupart des créations des élèves. Cette préoccupation est particulièrement mise en avant dans l’oeuvre d’Ilan Ortet Vieira et Marco Zirano intitulée Pollutions
Cette oeuvre représente la voie Pierre-Mathis dessinée de manière irréelle avec de grands virages, montrant la façon dont elle sepente à travers toute la ville. (…) Le fusain a servi à évoquer les fumées donc la pollution des véhicules. Puis nous avons imprimé des photos prises lors de l’atelier de captations d’images afin de montrer les déchets qui envahissent de nombreux espaces délaissées sous la structure.
Révéler la voie rapide
Les travaux des élèves sont parfois oniriques et nous permettent d’appréhender la voie sous un nouveau jour.
Comme Amandine Mohamed-Delaporte le soulignait par son œuvre Follow-me, en filmant de nuit une coureuse sur une voie rapide déserte, le travail d’Adam Diop, Roneth Hewawasam et Clarissa Hila, met particulièrement en avant le côté cinématographique de l’autoroute urbaine lorsqu’elle est appréhendée de nuit. Leur travail présente en recto/verso des vues photographiques et des peintures de la voie de jours et de nuits pour d’autant plus accentuer cet effet contrastant.
Adam Diop, Roneth Hewawasam et Clarissa Hila, Chaque moment du temps a sa beauté (face nuit)
Adam Diop, Roneth Hewawasam et Clarissa Hila, Chaque moment du temps a sa beauté (face jour)
Autre vision onirique de la voie, celle d’Hermione Lauck et Sylvain Buzzo qui font flotter des nuages au-dessus d’une reproduction photographique des arches qui nous paraissent monumentales au-dessus de la voie qui perd de sa grandeur.
Notre objectif avec cette réalisation est de mettre en valeur les arches décoratives parfois oubliées et présentes au carrefour du boulevard Grosso, en les représentant dans un paysage de nuit, illuminées, surplombanjt la route en contrebas pour créer un contraste et un jeu de lumière permettant d’attirer le regard du spectateur qui est habituellement focalisé sur la route, le redirigeant ainsi sur les arches.
Laura Andreu, Tom Maunoury et Zoé Prou ont quant à eux proposé une nouvelle vision des garde-corps. Ces barrières métalliques entourant la voie perdent de leur usage protecteur pour devenir décor…
Chaque membre du groupe a créé son module. Grâce à la sculpture cartonnée et les motifs décoratifs, nous avons transformé ces structures fonctionnelles en pièces artistiques cartonnées, plus fragiles que le métal. Notre objectif est de susciter l’intérêt pour des éléments souvent négligés et de jouer sur la dualité entre solidité du métal et fragilité du carton.
Enfin, Fabio Boccardo, Enzo Gras et Lou-An Jot, proposent de révéler les dessous de la voie en mettant en avant les lignes graphiques qui la composent.
Notre projet consiste en deux éléments distincts : une structure en carton recouverte de bandes de plâtre, peinte en vert et une peinture sur une feuille format grand angle. Le but est de représenter la répétition des structures de la voie rapide précisément celles de la partie souterraine de cette dernière que l’on voit très peu.

Le travail des étudiants, mené sur un temps court (de novembre 2023 à janvier 2024), leur a permis d’expérimenter toutes les facettes du travail artistique : de la recherche d’un concept jusqu’à la présentation en salle d’exposition en passant par la recherche sur le terrain et la conception de son œuvre. Mais plus qu’une expérience, ce projet s’insère dans le cadre de leur contrôle continu.
Pour en savoir plus sur les actions pédagogiques des Archives :
- Notre offre de médiations
- Nos expositions itinérantes
- Nos dossiers pédagogiques
