L’exposition d’Amandine Mohamed-Delaporte, Les Falaises artificielles, se termine le 3 novembre 2023. Cependant, ce long cycle d’expositions et de recherches sur la voie rapide ne se conclut pas immédiatement pour le service des Archives qui réalise jusqu’au mois de janvier 2024 un projet pédagogique et artistique avec les élèves de Première en spécialité arts plastiques du lycée Honoré d’Estienne d’Orves. La preuve que la thématique continue d’intéresser les artistes d’hier, d’aujourd’hui et de demain.
Vue de l’exposition Les Falaises artificielles, accrochage des œuvres de Gabriele Basilico (2023)
Gabriele Basilico (Milan, 1944 – 2013)
L’exposition Les Falaises artificielles a bénéficié du prêt de quatre photographies de Gabriele Basilico en provenance des collections du musée de la photographie Charles-Nègre
Saint Augustin
Tirage argentique sur papier baryté, 1994. Collection Musée de la Photographie Charles-Nègre – Nice
Rue de l’Abbé Grégoire
Tirage argentique sur papier baryté, 1994. Collection Musée de la Photographie Charles-Nègre – Nice
Avenue Raymond Comboul
Tirage argentique sur papier baryté, 1994. Collection Musée de la Photographie Charles-Nègre – Nice
Gabriele Basilico étudie l’architecture à l’école polytechnique de Milan de 1963 à 1973 et débute ses recherches photographiques en 1969, en Ecosse. Son premier projet Milano ritratti di fabbriche (1978-1980) dépeint le secteur industriel milanais. Son regard sera par la suite entièrement tourné vers l’architecture des villes et la complexité des phénomènes urbains. Qu’elles soient meurtries aux immeubles éventrés (reportage sur Beyrouth en 1991), en reconstruction (Projet Back to Beyrouth, 2003) ou en mutation (reportage sur la réhabilitation d’un quartier de Milan en 2012), l’intérêt est toujours porté sur les bâtiments et rares seront les reportages laissant apparaitre la figure humaine.
Photographier une ville nécessite de faire des choix typologiques, historiques et émotionnels. Il s’agit souvent de rechercher des lieux significatifs et de construire des histoires et des relations, parfois avec des lieux lointains stockés dans la mémoire, voire des lieux imaginaires.
Son travail se rapproche ainsi du mouvement de la photographie documentaire : une image se voulant réaliste et tendant vers la neutralité. Ce qui n’empêche pas un sens de l’esthétique car Gabriele Basilico arrive à valoriser même les lieux les plus abandonnés notamment par une grande importance donnée au cadrage et une attention portée à la finesse des détails.
La mission photographique de la DATAR (1984-1985)
Entre 1984 et 1985, Gabriele Basilico participe à la mission photographique de la Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale (DATAR). Il s’agit d’une importante initiative du gouvernement français à l’occasion des vingt ans de la DATAR et dont le thème est la représentation du paysage national dans les années 1980.
Cette vaste commande artistique photographique, placée sous la direction de Bernard Latarjet (Paris, 1941), commissionne initialement douze photographes dont Gabriele Basilico est le seul italien invité à participer. Il aborde alors pour la première fois la thématique du rapport mer-paysage. Les bords de mer, les ports et plus précisément leur activité industrielle resteront des sujets de prédilection pour le reste de sa carrière.
Il expose en 1990, dans le cadre du Mois de la Photo (Paris), un ensemble de vues prises entre 1982 et 1988 dans divers ports européens ce qui lui vaudra le Grand Prix International du Mois de la Photo. En 1992 il publie Bord de mer, un recueil de 37 images synthétisant les moments clés de son expérience lors de la mission de la DATAR.
A l’époque, il était très novateur qu’une institution publique non culturelle comme la DATAR choisisse pour ses missions techniques de s’adresser à des artistes pour leur regard d’artiste, et non pas seulement pour documenter une réalité. Nous étions convaincus que ce qui fait la qualité et la force du medium photographique réside dans sa double dimension à la fois documentaire et artistique, qui permet de créer des représentations de valeur.
Nizza incontrocampo (1994)
Les quatre photographies ainsi que le catalogue présentés aux Archives Nice Côte d’Azur jusqu’au 3 novembre, proviennent d’une commande réalisée au photographe par la Ville de Nice et de Cuneo à l’occasion des 30 ans de jumelage des deux municipalités en 1994.
Le projet a conduit à la réalisation d’une série de photographies exposées au musée Matisse du 16 septembre au 17 octobre 1994 mais également, comme la plupart des reportages du photographes, à l’édition d’un catalogue dont la préface est confiée au critique et romancier Roberto Baravello (Cuneo, 1948) et où Gabriele Basilico explique sa démarche.
Catalogue de l’exposition Nizza incontrocampo par Gabriele Basilico au musée Massena, 1994
L’objectif du photographe n’est pas de montrer la ville telle qu’on la voit dans les cartes postales. Gabriele Basilico documente en 1994 un Nice en négatif, l’arrière, le quotidien, littéralement le contrechamps dont vient le nom de cette série photographique. Finalement, tout ce que la Ville n’a pas l’habitude de montrer et de promouvoir.
Ainsi, Gabriele Basilico extrait l’essence d’une ville en documentant les moyens mis en œuvre afin que celle-ci s’adapte à une population grandissante et par conséquence à une circulation devenue dense avec des vues presque cinématographiques.
Gabriele Basilico, Rue de l’abbé-grégoire, photographie argentique sur papier baryté, 1994.
Collection du musée de la photographie Charles-Nègre, Nice
Gabriele Basilico est l’un des maitres d’Amandine Mohamed-Delaporte dont elle a étudié la photographie lors de ses études à l’Ecole des Beaux-Arts de Lyon. Comme lui, elle continue de travailler à la chambre noire et s’intéresse à la ville et ses mutations. C’est tout naturellement que la plasticienne a choisi de convier dans Les Falaises artificielles les vues du photographe italien qui, 30 ans avant elle, s’est intéressé au sujet « voie rapide » en accordant la même attention qu’elle aux enchevêtrements de routes qui intègrent le paysage niçois. Certaines vues d’Amandine Mohamed-Delaporte font étrangement échos aux cadrages de Gabriele Basilico sans citation directe puisque l’artiste a travaillé à documenter la voie avant de connaitre cette série du photographe.
Ce qui m’intéresse constamment, presque obsessionnellement, c’est le paysage urbain contemporain, phénomène esthétique et social des transformations massives et incontrôlables qui s’opèrent dans les villes de notre planète. Je pense que la photographie a été, et peut-être continue d’être, un outil sensible et particulièrement efficace pour enregistrer cela.
Une recherche artistique sur les pas de Gabriele Basilico et Amandine Mohamed-Delaporte…
Les élèves de Première en spécialité arts plastiques du lycée Honoré d’Estienne d’Orves lors de leur première visite sur le site des Archives le 16 octobre 2023
La fin de l’exposition a marqué le début d’un nouveau projet intitulé : À l’ombre de la route. Exploiter les dessous et les abords de la voie rapide niçoise.
L’architecture, l’aménagement et l’urbanisme sont des sujets pris en compte dans les programmes de lycée. Pourtant, ils restent des sujets peu enseignés à l’école et cependant essentiels pour comprendre la manière dont nos villes se construisent et évoluent.
Ce projet pédagogique propose aux élèves en spécialité arts plastiques du lycée Honoré d’Estienne d’Orves d’être accompagnés par Amandine Mohamed-Delaporte, leur enseignante ainsi que le service des Archives pour visiter l’exposition avant sa fermeture puis suivre un atelier de recherche afin de pouvoir proposer ensuite un ou plusieurs projets de valorisation de la voie rapide.
Une restitution du projet a lieu à la Villa Les Palmiers du 22 janvier au 23 février 2024. Les projets des élèves sont également à découvrir virtuellement sur notre site internet.
Les élèves de Première en spécialité arts plastiques du lycée Honoré d’Estienne d’Orvesdécouvrent l’exposition Les Falaises artificielles
A découvrir aux Archives
À l’ombre de la route. Exploiter les dessous et les abords de la voie rapide niçoise.
Du 22 janvier au 23 février 2024
Villa Les Palmiers
9 avenue de Fabron
06200 NICE
Tél : +33 (0)4 92 19 77 44
Entrée libre
du lundi au vendredi de 8 h 30 à 18 h
Pour en savoir plus…
Sur Gabriele Basilico :
- Base Trésors de Nice
- Le site des archives de Gabriele Basilico
- Autres séries de Gabriele Basilico
- Pour consulter le catalogue Nizza incontrocampo
Sur la DATAR :
- Le site officiel de la mission
- Entretien de la Bnf avec Bernard Latarjet
- Territoires photographiques, FR3, 1989-1990, 12 films, 8min
Série de 13 films Réalisée par quatre jeunes réalisateurs (F. Compain, G. Delavaud, D. Deleskiewicz et O. Guiton) qui retrace l’itinéraire de l’un des photographes de la mission DATAR et montre sa singularité ou l’écart qui peut exister entre un paysage et l’image fixée. L’épisode avec Gabriele Basilico.
Sur le musée de la photographie Charles-Nègre :
Toute sa programmation, des informations sur ses collections et les fonds de sa bibliothèque sont sur son site internet.
