Enchères : deux affiches publicitaires pour les Archives

Les Archives de Nice procèdent à une veille régulière sur les catalogues de vente des libraires d’ancien afin de faire rentrer dans leurs collections iconographiques des documents (affiches, estampes, photographies) susceptibles de venir enrichir les fonds d’archives publics ordinairement versés par les services de la Ville et de la Métropole.

C’est ainsi que deux affiches ont pu être acquises en vente aux enchères « à Drouot » au printemps 2025. Elles viennent documenter l’histoire de « Nice, la ville de la villégiature d’hiver de riviera ».

Loger les hivernants : l’hôtel Astoria

Construit pour Louis Wulfson, très probablement sur les plans de l’architecte François Aubert, en lieu et place de deux villas existantes (villa Camille et villa Rosa), l’hôtel Astoria – ou Grand Hôtel Astoria – ouvre ses portes en 1908, avenue des Fleurs, et est doté, dès 1909, de deux annexes, côté avenue des Orangers (ces bâtisses ont été démolies en 1974, remplacées par des petits immeubles collectifs). En 1937, le vaste édifice est converti en appartements par son nouveau propriétaire Alfred Teperino d’Orsy et devient le Palais Astoria.

L’hôtel, ouvert durant la saison d’hiver, est dirigé par l’Alsacien Alphonse Uhring (1881-1954).  L’été, toute l’équipe et leurs clients rejoignent le Royal-Hôtel d’Houlgate (Calvados). Fondateur du Grand-Palais à Cimiez en 1911, Uhring dirigera ensuite, en 1913, le William’s Hôtel (rue Hôtel-des-Postes) puis, en 1914, le Windsor (rue Cotta, auj. Maréchal-Joffre).

Hotel Astoria Nice / Avenue des Fleurs / Avenue des Orangers / A. Uhring / L’été : Royal Hôtel Houlgate.  Affiche chromolithographiée, A. Trüb & Cie (Aarau-Lugano), [1910-1925].
Archives Nice Côte d’Azur – Ville de Nice, 7 Fi 1366

L’affiche publicitaire est une chromolithographie que l’on doit aux établissements suisses August Trüb & Cie, lesquels, depuis les bords du lac de Lugano, à Aarau, exportaient dans toute l’Europe des emballages en papier, des étiquettes, des prospectus ou des affiches illustrées constituant l’arsenal publicitaire de l’hôtellerie internationale de la Belle Époque et de l’entre-deux-guerres.  Plusieurs artistes œuvraient pour l’entreprise, dont L. Edel, Mario Borgoni, Jakob Nohl, P. Tanner, E. Lutz et K. Frey et Otto Ernst, qui allait bientôt devenir le spécialiste de la conception d’affiches et d’étiquettes d’hôtels.

Grand Hôtel Astoria avenue des Fleurs. Carte postale, A. Trüb & Cie, vers 1909
Archives Nice Côte d’Azur – Ville de Nice, 10 FI 371

L’hôtelier avait également, dès son ouverture, passé commande de cartes postales pour la correspondance de ses clients à la maison Trüb.

Les hôteliers de Cannes, Antibes et Bordighera proposent le même type de produits à la même époque.

 

Comme souvent dans ce type de représentations à visée publicitaire, l’édifice est surdimensionné, de même que les espaces verts qui l’entourent (un modeste jardin urbain et non pas un vaste parc), et la proximité de la mer doit à l’imaginaire de l’artiste plus qu’à la réalité. 

Martine Tabeaud et Alexis Metzger, « Les paysages touristiques dans l’imagerie des affiches suisses (fin XIXe siècle-milieu XXe siècle) », Diacronie [En ligne], n° 36, 4 | 2018.

Les divertir : le palais de glace du parc Chambrun

Cette création d’Albert Guillaume (1873-1942), éditée vers 1907 pour la promotion de l’éphémère « Palais de glace » de Nice, a été fortement influencée par le style de l’affichiste Jules Chéret à qui on devait, en 1895, une semblable réalisation pour le Palais de glace de Paris. Graphiste tant pour le théâtre que pour la publicité, Albert Guillaume est surtout célèbre pour ses dessins satiriques publiés dans des magazines humoristiques parisiens comme Gil Blas, Le Rire, Le Frou-frou, L’Assiette au beurre, Le Figaro illustré et Le Pays de France.

La pratique du patin à glace en extérieur, possible dans l’arrière-pays niçois, reste soumise aux aléas climatiques.  Les virtuoses de la glace rêvent alors de glace artificielle, ce que va permettre la révolution du froid industriel, arrivé en Angleterre dès 1876.

Vingt ans après la création du Palais de glace sur les Champs-Élysées, Nice se dote donc d’une patinoire en intérieur, à l’orée du lotissement du Parc-Chambrun, dans le quartier Saint-Maurice, sans doute à l’initiative d’un investisseur, le casinotier belge Georges Marquet (1866-1947).  Édifiée par l’architecte nisso-corse François Fratacci (1867-1938) sur l’ancienne propriété du comte de Chambrun (décédé en 1899), devenue résidence d’hiver de l’entrepreneur d’Ostende, cette patinoire ouvre en 1907 pour un public de riches hivernants en quête de divertissements.  On doit à Fratacci, à la même époque, divers immeubles du centre-ville, dont les hôtels de Calais et Masséna.

Albert Guillaume (1873-1942). Palais de Glace de Nice au Parc Chambrun. Affiche chromolithographiée, impr. Ch. Wall & Cie (Paris), vers 1907.
Archives Nice Côte d’Azur – Ville de Nice, 7 Fi 1365

La guerre arrivant, la patinoire Chambrun, après sept ans d’existence seulement, est transformé en hôpital complémentaire pour contagieux au tout début de la Première Guerre mondiale. Finalement, abandonnant ce projet en décalage avec le nouveau contexte socio-économique de l’après-guerre, Marquet fait lotir le domaine par les soins de l’architecte André Jacob à partir de 1925.