1923 : un club-house pour le Lawn tennis club de Nice

Dans le cadre des olympiades culturelles Paris 2024, les Archives Nice Côte d’Azur s’associent à la Grande collecte des archives du sport sur le territoire de la Métropole Nice Côte d’Azur. #GrandeCollecteSport

Alors que la saison des grands tournois de tennis de l’hémisphère nord débute, retour sur la construction d’un des plus prestigieux clubs de tennis de la Côte d’Azur, le Lawn Tennis Club de Nice, il y a cent ans.

Le tennis sur la Côte d’Azur

On attribue l’origine de la pratique du tennis sur la Côte d’Azur aux frères britanniques Ernest et William Renshaw, hivernants réguliers à partir de 1880 pour avoir la possibilité de jouer au tennis à une période de l’année où il faisait trop froid pour jouer à l’extérieur en Grande-Bretagne. L’origine anglaise du tennis ne fait aucune doute et les premiers clubs de tennis sont tous des lawn tennis clubs tenus par la communauté britannique, que ce soit à Cannes, Nice, Monaco ou Menton.

Vu de France, le lawn-tennis est un sport de demoiselles :

LE LAWN-TENNIS

Un doux nom, un sport de demoiselles. Il convient à merveille aux blondes misses de keepsake qui l’ont importé dans les plages françaises et qui en font un agréable intermède entre deux parties de flirt.

Le costume de lawn-tennis est de tous les costumes de sport celui qui sied le mieux à la femme. Il laisse voir la jambe sous un jour dix fois plus inspirant que la gymnastique ou la natation. La jambe nue ou la jambe pantalonnée est sans charme, il faut le bas ou le maillot, c’est le secret des ballets qui parlent tant à l’imagination. Je ne sais combien de mariages se sont ébauchés au lawn-tennis.

Jeunes femmes se préparant à une partie de tennis familiale, plaque de verre stéréoscopique, début XXe (Archives Nice Côte d’Azur, 13 Fi 294, fonds Baudoin)

Comme règle de jeu, le lawn-tennis est assez simple. C’est un diminutif du jeu de paume caractérisé par le filet qui sépare les deux camps.

Lorsqu’il se joue à deux, le servant envoie la balle à coups de raquette ; l’autre, le receveur, la renvoie également de sa raquette, en la prenant de volée ou à son premier bond et ainsi de suite jusqu’à ce qu’elle soit manquée par un des joueurs, ou qu’elle tombe dans le filet, en dehors des limites.

Le lawn-tennis se pratique également à trois ou à quatre. A trois, il y a un servant pour deux receveurs.

Le Figaro. Supplément littéraire du dimanche, 13 juin 1885

Le Lawn-tennis de Monaco, carte postale Giletta (Nice), 1902 (Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 3796)

Les tennis de Monaco et le Monte-Carlo Beach dans l’entre-deux-guerres, carte postale (Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 3931)

Publicité pour le magasin G. Pérot à Nice, rue de l’Hôtel-des-Postes, spécialisé dans les articles sportifs. L’Eclaireur du dimanche, janvier 1925.

La pratique du tennis (sur herbe) se démocratise dès les années 1910 et se répand alors hors de la colonie britannique.

Raquette de tennis et cannes de golf : motif décoratif d’un cache-radiateur de la villa Les Palmiers remaniée pour Edouard Soulas, 1924-1926 (cliché Eric Bertino-Ville de Nice, 2018)

Les débuts du Lawn tennis club de Nice

Le Nice Lawn Tennis Club (LTC) s’honore d’avoir été créé dès 1890, soit six ans seulement après la codification du tennis en Angleterre et trois ans après le premier tournoi officiel organisé à Wimbledon. Il se considère donc à la fois comme un berceau du tennis français et comme une véritable institution du sport azuréen.

Les premiers terrains de tennis sont implantés place Mozart, sous les fenêtres de l’hôtel Continental, dans un quartier où est accueillie une clientèle de riches sportsmen venus du monde entier. Puis, le quartier des Musiciens s’urbanisant de plus en plus, de nouveaux terrains sont loués sur la colline du Parc-Impérial.

Le Lawn Tennis Club sur la place Mozart en 1901, photographie de J. Juhel (Archives Nice Côte d’Azur, 3 Fi 8/3)

Les courts sont fréquentés par le roi Gustave V de Suède (1858-1950), le tennisman Max Decugis (1882-1978) ou la célébrissime Suzanne Lenglen.

 

Suzanne Lenglen, légende du tennis féminin

L’histoire de Suzanne Lenglen (1899-1938) et celle de la Côte d’Azur des Années folles se confondent parfois, ainsi dans le ballet russeLe Train bleu, autour de la figure de la championne de tennis sur une musique de Darius Milhaud, un livret de  Jean Cocteau, avec des décors de Pablo Picasso et des costumes de Coco Chanel. Quand Perlouse et Beau-Gosse prennent le train bleu pour venir sur la Côte d’Azur disputer des parties de tennis, de golf, ou dévaliser de riches héritières… peut-être au Lawn tennis club de Nice !

Dès janvier 1914, la joueuse picarde avait été sollicitée par le champion du monde néo-zélandais Anthony Wilding pour faire équipe en double mixte à l’occasion des tournois hivernaux de Nice et Cannes au Beau-Site et au Carlton, compétitions qu’elle remporte également en simple.
L’entrée en guerre précipite son installation à Nice : la famille Lenglen doit en effet quitter Marest-sur-Matz (Oise) avant l’arrivée des troupes allemandes et se réfugier, comme tant d’autres Picards ou Lorrains, à Nice, avenue Auber, là où la famille avait l’habitude de passer les hivers. Suzanne y perfectionne son jeu avec son père et Joseph Negro, professeur niçois réputé, sur les courts du Nice LTC. Elle habitera ensuite la villa Ariem située juste en face du club.

Première star internationale du tennis féminin, Suzanne Lenglen a remporté 241 titres, une série de 181 victoires et un pourcentage de 98 % de matches gagnés (341-7). Elle s’est imposée deux fois aux Internationaux de France, six fois à Wimbledon et a remporté la médaille d’or olympique du simple dames aux Jeux d’Anvers 1920. Le deuxième court principal du stade Roland-Garros porte son nom tout comme la voirie bordant les courts du Lawn tennis club de Nice, ancienne avenue de Russie rebaptisée avenue Suzanne-Lenglen.

En 1922, elle est au faite de sa gloire lorsque le comité des fêtes de Nice confie aux carnavaliers Alexis (1870-1924) et César (1891-1962) Sidro la réalisation du char Tout au sport dont elle constitue la figure de proue.

Carnaval de Nice. Sidro père et fils et le sculpteur César Chiavacci devant le char Tout au sport figurant la joueuse de tennis Suzanne Lenglen. L’Eclaireur du dimanche, février 1922

Carnaval de Nice. La figure de Suzanne Lenglen et le char de Sa Majesté dans le hangar des carnavaliers. L’Eclaireur du dimanche, février 1922

1923-1928 : la modernisation du club

La renommée de ses adhérents, les performances sportives d’une Suzanne Lenglen, rehaussent très nettement le prestige du club qui s’implante définitivement au Parc-Impérial dans l’immédiat après-guerre. Le nombre d’adhérents augmente, leur besoin de confort aussi. Sur le modèle anglais, les membres du LTC souhaitent donc se doter d’un club-house, espace de convivialité permettant de se restaurer, se désaltérer et nouer diverses alliances qui vont en faire un lieu de sociabilité privilégié des habitants comme des hivernants de la Nice de l’entre-deux-guerres.

A la même époque, un club-house voit le jour pour les joueurs de tennis et de golf qui fréquentent la station thermale de Saint-Honoré-les-Bains (Nièvre). Celui du tennis-club d’Aix-les-Bains (Savoie) a été construit entre 1912 et 1914, sur les plans de l’architecte Francis Crochon. Le golf-club de Dinard (Ille-et-Vilaine) fait édifier son club-house de style art-déco en 1927. François André construit en 1928 celui du Tennis Country Club de La Baule (Loire-Atlantique)…

1923 : une esthétique néo-provençale

L’ensemble réalisé par les Dalmas père et fils est constitué d’un bâtiment principal (deux niveaux) au nord du porche d’entrée et d’un petit bâtiment au sud (un niveau). La structure en béton armé est recouverte d’un enduit ocre rouge. Une cour anglaise permet l’éclairage de l’étage en sous-sol. La majorité des toitures est constituée d’une terrasse ciment ; les espaces intérieurs sont largement ouverts vers l’extérieur au moyen de grandes baies et loggias.

Le style est ouvertement néo-provençal : génoise, tuiles rondes, loggias, garde-corps avec claustras de tuiles, jarres. Des éléments régionalistes (jarres décoratives) ont disparu au fil du temps. Il semblerait qu’il s’agisse de l’un des tous premiers exemples de ce style dans la ville, porteur à l’époque de l’idée de modernité.

Charles Dalmas (1863-1938), qui avait énormément construit à Nice durant les années 1890-1910 – on lui doit par exemple le manoir Belgrano, l’hôtel Ruhl, le Riviera et le Winter Palace… – , s’est associé après la guerre à son fils Marcel (1892-1950), gueule cassée. Ensemble ils réaliseront le Palais de la Méditerranée dont ils déposent le permis de construire en 1927.

Plan des bâtiments du Lawn, façade nord, 1923 (Archives Nice Côte d’Azur, 2 T 350/582)

Le petit bâtiment au sud correspond au secrétariat et à l’accueil. La distribution du club-house proprement dit comprend : au sous-sol, les vestiaires homme, les cuisines et annexes. Le rez-de-chaussée est constitué d’un hall, bar, grande salle servant aux réunions et au restaurant. Le dernier étage comprend les vestiaires femme et de larges espaces extérieurs : porche abri prolongé d’une pergola avec végétation et grande terrasse découverte.

Plan des bâtiments du Lawn, côté cour, 1923 (Archives Nice Côte d’Azur, 2 T 350/582)

1924 : un petit pavillon supplémentaire

Doté de ce nouvel équipement, le Nice LTC peut accueillir dignement les joueurs qualifiés pour son tournoi international de tennis ou les championnats militaires et scolaires de tennis ou les championnats régionaux de la Côte d’Azur. Il doit toutefois compter avec la concurrence du Carlton Tennis Club de Cannes, organisateur de la coupe Bristol.

Le LTC connaîtra encore l’adjonction d’un vestiaire en 1933 puis plusieurs extensions et transformations entre 1968 et 1981.

Pavillon, 1924 (Archives Nice Côte d’Azur, 2 T 365/322)

Les clubs de la Côte d’Azur entièrement dirigés par des Français sont assez rares. Le plus important d’entre eux est indiscutablement le L. T. C. de Nice qui, dès 1892, avait pu installer quatre courts sur une place publique que lui louait la municipalité. C’était à l’époque un club exclusivement anglais ; on hissait le dimanche l’Union Jack au haut d’un mât et on ne jouait pas ce jour-là.

Petit à petit, l’élément français du club de Nice devint de plus en plus important. Après la guerre, des Français entrèrent au comité et, malgré l’opposition de leurs collègues anglais, louèrent un terrain au parc impérial. Le parc tire son nom de la propriété où est mort, en 1869, le jeune tzarevitch, qui est inhumé dans une chapelle construite sur une partie du parc maintenant disparu.

Un premier tournoi fut organisé sur les courts du parc impérial ; son succès fut si grand que le comité se détermina à porter ses efforts de ce côté, car, sur les courts de la place Mozart, il n’était plus possible de jouer de grands matches, par suite de l’ombre projetée par les importants immeubles qui avaient été construits.

En 1923, le L. T. C. de Nice quitta définitivement la place Mozart pour l’installer au parc impérial. Actuellement, il y a 21 courts, tous aux dimensions réglementaires. Grâce à un don généreux de 100.000 francs de M. de Astoreca, un Espagnol hôte de Nice, on construisit un club house d’un joli style provençal, avec salle de thé et de danse, vestiaires confortables au premier étage pour les dames, moitié au rez-de-chaussée et au sous-sol pour les hommes. Ce vestiaire, bien aéré, muni de cabines séchoirs, et où chaque case peut recevoir les effets déployés des joueurs, est un des mieux conçus qui existent en Europe, et même en Amérique. Le Nice L. T. C. compte maintenant près de 600 membres, en grande majorité français, comme le sont les membres de son comité.

La municipalité de Nice, comprenant l’intérêt qu’il y a pour les hivernants à aider un groupement qui n’a aucun caractère commercial, a acheté le terrain et le loue au Club. Les dirigeants du Nice L. T. C., dégagés ainsi de toutes préoccupations, vont pouvoir se consacrer exclusivement à l’organisation sportive de la société et à celle des tournois qui, annuellement, réunissent d’excellents joueurs français et étrangers.

Le Figaro (27 novembre 1926)

Les champions des années 1960-1980

Les années 1960 sont marquées par une forte progression de l’équipe masculine du club jusqu’à la montée en première division en 1970, avec Jean-Claude Molinari (1931-1999), Robert Haillet (1931-2011), Pierre Darmon (1934) et Jean-Noël Grinda (1936). De 1977 à 1980, le club est champion de France de tennis par équipe. En 1980, il devient champion d’Europe par équipe, avec dans ses rangs : Patrice Beust (1944), Bernard Paul (1944), Jean-Louis Haillet (1954), Dominique Bedel (1957), Christophe Casa (1957), Gilles Moretton (1958) et, bien sûr, Yannick Noah (1960).

En 1971, le club crée l’Open de Nice, un tournoi de tennis masculin qui se tiendra jusqu’en 1995 avant d’être relancé, en 2010, en catégorie World Tour 250 sous le nom d’Open de Nice Côte d’Azur.

Le Nice LTC a aussi accueilli et coorganisé le premier Tennis Etude national, en partenariat avec le collège-lycée du Parc-Impérial. C’est là qu’a été formé le dernier vainqueur français du tournoi de Roland Garros, Yannick Noah, jusqu’en 1978. Grâce à sa popularité le Nice LTC est devenue le premier club français de province en termes de nombre de licenciés. D’autres grands sportifs ont été formés au LTC, tel Henri Leconte (né en 1963).

Yannick Noah sur les courts du LTC, Nice, 1979. Cliché du service photographique de la Ville de Nice (Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1979/1237)

Henri Leconte à l’Open Swatch Nabisco Grand Prix organisé au Lawn tennis club, Nice, 11-17 avril 1988, cliché du service photographique de la Ville de Nice (Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1988)

Henri Leconte à l’Open Swatch Nabisco Grand Prix organisé au Lawn tennis club, Nice, 11-17 avril 1988, cliché du service photographique de la Ville de Nice (Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1988)

Henri Leconte vainqueur de l’Open Swatch Nabisco Grand Prix organisé au Lawn tennis club, Nice, 17 avril 1988. L’adjoint aux Sports Christian Estrosi lui remet la coupe au nom du Maire de Nice. Cliché du service photographique de la Ville de Nice (Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1988)

Guy Forget à l’Open Swatch Nabisco Grand Prix organisé au Lawn tennis club, Nice, 11-17 avril 1988, cliché du service photographique de la Ville de Nice (Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1988)

Guy Forget à l’Open Swatch Nabisco Grand Prix organisé au Lawn tennis club, Nice, 11-17 avril 1988, cliché du service photographique de la Ville de Nice (Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1988)

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Open Ladies de Nice : Nathalie Tauziat et Isabelle Demongeot, 12 juillet 1988, cliché du service photographique municipal (Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1988/7010)

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