Eté 1720 – Nice devient sarde !

On parle à Nice de « Restauration sarde » pour nommer la période 1814-1860 et le palais préfectoral est encore appelé par certains « palais sarde ».  D’où vient ce qualificatif ?

 

Les événements

« La paix [Traité de Londres], signée le 16 janvier 1720, donna les Royaumes de Naples et de Sicile à Charles VI, Empereur d’Autriche ;  celui de Sardaigne à Victor-Amédée, et les Duchés de Toscane, de Parme et de Plaisance à l’Infant D. Carlos.

Le Duc de Savoie destina aussitôt le Comte Alexandre Doria del Maro, en qualité de Vice-Roi, pour aller prendre possession de la Sardaigne. Ce seigneur, distingué par son rang et par ses services, arriva à Nice le 3 juillet 1720, et s’embarqua quelques jours après à Villefranche sur l’escadre anglaise de l’Amiral Bing, conduisant avec lui un corps de 3.000 hommes de troupes choisies, presqu’entièrement composées de Suisses. Dès qu’il eut débarqué à Cagliari, le Prince Octavien de Médicis lui fit immédiatement la remise des forts, et les insulaires se soumirent sans répugnance aux lois d’un nouveau Souverain, qui leur faisait espérer un meilleur gouvernement.

Victor-Amédée prit cette même année  le titre de Roi de Sardaigne ; ses illustres descendants  ont depuis-lors porté avec gloire ce diadème qu’ils ont fait briller par l’éclat de leurs vertus.

La ville de Nice ne prit aucune part à ces événements rapides ; l’acquisition d’un Royaume, qui doublait les ressources maritimes du Souverain, lui inspira d’abord quelque ombrage : elle ne tarda pourtant pas à reconnaître, que l’île de Sardaigne gouvernée par la Maison de Savoie, pouvait ajouter aux avantages de son commerce et du pavillon national, sans diminuer la sollicitude et la prédilection du Monarque, dont elle jouissait depuis long-tems.

Des alarmes plus sérieuses troublèrent à l’époque le repos de ses habitans. La peste, depuis le mois de mai 1720, faisait à Marseille des ravages épouvantables. »

Louis Durante, Histoire de Nice : depuis sa fondation jusqu’à l’année 1792, Turin : J. Favale, 1823-1824, pages 47 à 49.

Le baron niçois Louis Durante (1781-1852) a été secrétaire général du gouvernement du Comté de Nice auprès de la couronne (1814-1822) puis inspecteur royal des bois et forêts à partir de 1824. Il a passé sa vie entre son palais baroque du Vieux-Nice et les villages des montagnes niçoises et piémontaises, s’intéressant à leurs traditions médiévales. On lui doit une large collection de livres historiques en français et en italien, dont son œuvre majeure, une fresque historique qui nécessita plus de dix années de recherches et d’écriture, La chorographie du comté de Nice, depuis sa fondation jusqu’à l’année 1792, dédiée au roi Charles-Albert de Savoie et parue en 1847. Une avenue, reliant la gare de Nice au quartier des Musiciens, porte son nom.

Ce que Louis Durante nous conte ici, c’est la fin de guerre de Succession d’Espagne. La Sardaigne était en effet rattachée à la couronne d’Aragon et passée avec cette dernière dans la monarchie espagnole au XVIe siècle. Après la guerre de succession d’Espagne, en 1714, elle devient possession des Empereurs, les Habsbourg d’Autriche, qui l’échangent en 1718 contre la Sicile avec le duc de Savoie. La paix de La Haye en 1720 confirme la défaite espagnole. Les ducs de Savoie, suzerains des Niçois, vont donc porter le titre de « roi de Sardaigne » du 8 août 1720 jusqu’à la proclamation du royaume d’Italie le 17 mars 1861.

Nice et Villefranche étant, en 1720, les débouchés maritimes des États de Savoie, c’est donc là qu’embarque le 3 juillet le futur Vice-Roi de Sardaigne, Alessandro Doria (1678-1726), marquis di Cirié e del Maro, et l’amiral George Byng (1663-1733). Mais, comme le fait remarquer l’historien Durante, cet épiphénomène diplomatique passe inaperçu de la population et des dirigeants niçois légitimement inquiets face à la Grande Peste de Marseille.

 

Cartographie des États de Piémont-Sardaigne

Une carte sarde

La carte dressée par « l’obéissant et très fidèle » ingénieur sarde François de Caroly est la plus connue des représentations des États de son maître, le roi de Sardaigne, duc de Piémont. On la trouve tout autant dans les archives et bibliothèques italiennes ou anglaises que dans les archives de la Secrétairerie d’État française.

Cependant, de l’avis de Carlo Denina dans son Guide littéraire pour différents voyages, si elle est fort détaillée, elle n’est « ni bien exacte dans toutes ses parties ni bien gravée ». Il recommande de se fier davantage aux travaux de l’abbé Lirelli, géographe de l’Académie de Turin et déjà auteur d’une carte de la Sicile.

La topographie a encore en effet de grands progrès à faire au XVIIIe siècle, notamment en ce qui concerne le calcul des longitudes.

François de Caroly. Carta degli Stati di S.M. Il Re di Sardegna e parte de paesi ad essi confinanti. Turin, 1779.
Archives Nice Côte d’Azur, 2 Fi 113

Une carte française des Lumières

Abbé Clouet. États du Roi de Sardaigne. Paris, Mondhare. 1787.
Archives Nice Côte d’Azur, 2 Fi 112

Dans les années 1770-1780, on doit à l’abbé Jean-Baptiste-Louis Clouet, membre de l’Académie royale de Rouen, des cartes de tous les continents divisés en leurs empires et royaumes.

Profondément Européens, les Penseurs des Lumières se familiarisent avec les mœurs étrangères pour mieux analyser leurs propres institutions et coutumes et sollicitent l’avis des autres Européens pour confirmer la justesse de leurs vues. Sans l’Europe, pas de Lumières. L’Europe des Lumières n’est plus pensée en tant qu’unité – celle de la religion, celle de l’empire – mais en tant que pluralité, espace à la fois un et multiple, où circulent librement les idées.