Beaulieu-sur-Mer

Population légale (2017) : 3.715 habitants
Altitude : de 0 (la plage) à 189 m
Superficie : 0,95 km², la plus petite commune de la Métropole

Ancienne intercommunalité : communauté d’agglomération de Nice Côte d’Azur (CANCA)

Les hameaux de Beaulieu-sur-Mer et de Saint-Jean-Cap-Ferrat dépendant de la commune de Villefranche-sur-Mer ont été détachés et érigés en communes autonomes, respectivement en 1891 et en 1904.

Beaulieu fête donc son 130e anniversaire en 2021.

La première excursion que les étrangers doivent faire dans les environs de Nice est celle de Villefranche ; car il n’en est pas qui donne l’occasion de contempler de plus beaux points de vue, surtout quand on suit la nouvelle route taillée sur le flanc de la montagne. A peine a-t-on dépassé la villa Smith que déjà l’on aperçoit la pointe extrême du cap de Fer, gardant l’entrée de la rade. Bientôt après on perd de vue la ville et le château de Nice, la baie des Anges, la bouche du Var, le cap d’Antibes, les îles de Lérins et les monts de l’Esterel mais en revanche, on voit se développer graduellement l’admirable péninsule de Saint-Jean aux collines d’une forme si harmonieuse, puis l’isthme étroit de Beaulieu, revêtu d’une forêt d’oliviers, puis encore le pittoresque amphithéâtre des maisons de Villefranche. (…)
A l’est de Villefranche et de sa rade s’allonge, à 4 kilomètres en mer, une presqu’île dont les contours et le relief forment un ensemble d’une incomparable harmonie. La montagne de la Corniche, qui, partout ailleurs, incline brusquement ses pentes vers le rivage, s’affaisse par degrés et projette dans la Méditerranée une étroite langue de terre que recouvre une magnifique forêt d’oliviers. (…)
En moins d’une heure on peut se rendre de Villefranche à Beaulieu. Le sentier, frayé sur les escarpements à travers les ronces, les agaves et les caroubiers, contourne l’extrémité de la rade à une certaine hauteur au-dessus des flots, puis il s’engage dans la belle forêt d’oliviers à laquelle l’antique cité d’Olivula devait probablement son nom. Plusieurs des arbres qui composent cette forêt sont d’une grosseur gigantesque. L’un d’eux, situé près du hameau de Beaulieu, offre, d’après M. Émile Négrin, qui l’a mesuré lui-même, une circonférence de 7 mètres 30 centimètres à la hauteur de 1 mètre 15 centimètres du sol. Au-dessus de terre, les énormes saillies des racines accroissent encore ces dimensions de plusieurs mètres. Autour de ce doyen de la forêt s’étendent des plantations de violettes de Parme.
Beaulieu est un petit groupe de maisons occupant, ainsi que son nom l’indique, une position des plus charmantes. Il est situé entre deux baies arrondies, à l’extrémité d’un promontoire qu’ombragent des oliviers et que défend une redoute récemment construite. En creusant le sol qui devait recevoir les fondations de la redoute, on a découvert plus de cinq cents squelettes humains, des lampes et des urnes sépulcrales, des monnaies frappées à l’effigie de Constance. Ces vestiges de l’antiquité prouvent que les Romains avaient su apprécier la beauté du site où sont éparses aujourd’hui les villas de Beaulieu.
Au nord du gracieux hameau se développe une anse mollement arrondie, bordée dans tout son pourtour d’une énorme quantité d’algues accumulées en couches épaisses de plusieurs mètres, et tellement compactes que les vagues y ont creusé de véritables grottes et taillé des falaises. En suivant cette plage, on atteindrait en quelques minutes la base des rochers escarpés de la Petite-Afrique, ainsi nommés à cause de la température presque tropicale produite en cet endroit par la réverbération des rayons solaires sur les parois rougeâtres de la montagne. Les talus d’éboulement qui s’appuient sur la partie inférieure des escarpements sont encore verts d’oliviers ; mais plus haut on voit seulement quelques caroubiers aux troncs déformés et des touffes de plantes sauvages. Un sentier des plus fatigants escalade ces rochers et va rejoindre, par la crête de l’Olivetta, la route de la Corniche et le chemin d’Éza. Un autre sentier suit le bord du golfe mais, arrivé au pied du grand promontoire de Baous Rous (Rocher Rouge), il est brusquement interrompu. Pour continuer sa route vers les plages de la mer d’Éza il faut prendre un bateau.

Les villes d’hiver de la Méditerranée et les Alpes maritimes
Élisée Reclus (1864)

Oliviers et violettes de Parme

Avant 1860, si les ressources économiques de Villefranche-sur-Mer étaient principalement liées à la présence militaire et à l’activité portuaire, le reste du territoire était encore très rural, la population tirant l’essentiel de ses revenus de l’élevage ou de la pêche.

Paysanne de Beaulieu. Carte postale Léon & Lévy (Paris), vers 1903.
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 1125

Le roi des oliviers. Carte postale, Giletta (Nice), fin XIXe-début XXe.
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 1167

Le territoire de Beaulieu, situé sur la frange maritime, bénéficie d’un climat chaud et humide avec un fort ensoleillement, favorisant la culture de l’olivier et l’horticulture. Dans le quartier de la Petite-Afrique, où la chaleur est parfois étouffante, seules les cactées et figuiers de Barbarie survivent.

 

Les temps modernes

Le rattachement est affirmé en 1860 par le lancement d’une campagne de grands travaux destinés à désenclaver cette portion de territoire encore isolée. La construction de la ligne de chemin de fer (créée en 1869 par la compagnie P.L.M.), puis celle de la route de la Basse Corniche (ouverte en 1883 pour irriguer les stations du bord de mer : Villefranche-sur-Mer, Beaulieu-sur-Mer, Eze-sur-Mer et Cap-Ferrat), donnent le coup d’envoi d’une longue période d’urbanisation liée au développement du tourisme. La gare, construite sur le même modèle que celle de Cap-d’Ail, dans l’axe de l’avenue Maréchal-Joffre, est constituée d’un corps principal, rectangulaire, avec un étage carré, prolongé du côté sud et nord par des ailes rectangulaires, en rez-de-chaussée. La façade Ouest du corps principal était ornée de tables polychromes et sa toiture était couronnée d’un lignolet en céramique. Sur la façade Est, toutes les baies du rez-de-chaussée qui ouvrent sur le quai sont surmontées d’un auvent en métal.

Beaulieu voit aussi l’établissement précoce d’une ligne télégraphique car James Gordon Bennett, éditeur du New York Herald et hivernant de Beaulieu, avait besoin d’être informé en temps réel de tout ce qui se passait en Europe et Outre-Atlantique

La Gare, carte postale Munier (Nice), entre-deux-guerres
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 1129

Un commerce anglophone Wines & Grocery, sur le boulevard Marinoni, carte postale Munier (Nice), entre-deux-guerres
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 1126

Le désenclavement du territoire entraîne dès les années 1880 l’apparition d’activités nouvelles liées au tourisme hivernal. Le dernier quart du XIXe siècle est marqué par la construction d’imposantes villas et de luxueux hôtels, destinés à une clientèle riche et cosmopolite, issue des grandes capitales européennes. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la promotion faite autour des sports de plein air et des bains de mer suscite l’émergence de la villégiature d’été. Depuis les années 1950, c’est un tourisme de masse qui s’est développé, entraînant la multiplication d’immeubles et de résidences hôtelières. Enfin, la spéculation immobilière qui s’exerce sur Monaco pousse, depuis 1975, les nouveaux arrivants à s’installer dans les communes voisines et voit la transformation de nombreuses villas de villégiature en résidence principale.

Vue générale. Le Cap Ferrat et la Pointe Saint-Hospice (côté Est). Carte postale Lévy & Neurdein réunis (Paris), entre-deux-guerres.
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 1195

Vue sur Beaulieu entre les pins, carte postale Giletta (Nice), fin XIXe
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 1164

Hôtels et restaurants de luxe

Les deux plus anciens hôtels de Beaulieu sont le Beau-Rivage et l’hôtel Beaulieu-Richemond, construits sous le Second Empire.

En 1880, Pierre Lottier ouvre en bordure de mer la Réserve, un restaurant aménagé dans une maison et une remise. Vers 1893, une véranda vient abriter la salle de restaurant à l’avant de l’établissement. Vers 1905, un garage est construit de l’autre côté de la route et le restaurant, remplacé par un bâtiment plus vaste, comprenant une dizaine de chambres de luxe ; les travaux sont confiés à l’architecte parisien Guérin. En 1911, la salle à manger isolée est agrandie et reliée à l’hôtel par un portique, puis, vers 1920, par une galerie vitrée. Le restaurant accueille la plupart des grands mariages des notables niçois de l’entre-deux-guerres. Vers 1950, l’établissement est agrandi et remanié par l’architecte monégasque Pierre Veunevot puis encore agrandi dans les années 1990 par l’ajout d’une aile en retour, puis d’une piscine et d’un port, dans le prolongement du vivier transformé en salle de restaurant.

En 1891 Charles Ferrand – après une carrière comme maître d’hôtel à Lyon, employé au London House et au Café Foy, à Nice, puis au Grand Hôtel de Monte-Carlo – et Henri Ferrari, ancien maître d’hôtel au restaurant La Réserve, achètent les parcelles de terrain sur lesquelles existaient un ancien hôtel, le Bellevue, et un moulin à huile, grâce à un prêt d’Hippolyte Marinoni. L’hôtel Métropole est inauguré en 1892 : c’est le premier établissement de luxe à Beaulieu.

La Réserve, carte postale Giletta (Nice), fin XIXe
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 1153

Grand Hôtel Métropole, carte postale Giletta (Nice), fin XIXe
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 1159

L’hôtel Victoria (aujourd’hui Mercure) est construit à proximité de la gare vers 1893, pour Daniel Imboden, maître d’hôtel installé à Beaulieu et propriétaire de l’hôtel des Anglais, situé à proximité.

L’hôtel Bristol et ses communs, commandités par le financier anglais John Blundell Maple, ont été édifiés en 1897-1898 sur les plans de l’architecte danois Hans-Georg Tersling. Lors de l’inauguration en janvier 1899, l’établissement possède 400 chambres équipées du confort moderne. Il est dirigé par l’Anglais Kossuth-Hudson. Une annexe, élevée en 1899, abrite environ 30 chambres et des commerces au rez-de-chaussée. En janvier 1904 est inaugurée une aile en forme de rotonde abritant une salle de restaurant. L’établissement a été divisé en appartements après la Deuxième guerre mondiale.
Sur  une parcelle d’environ 12.000 m² acquise par le financier Samama le Panorama Palace est édifié en 1903 sur les plans de l’architecte niçois Legesle. En 1914 il est aménagé en école pour les orphelins de guerre, vendu en 1921 et rebaptisé hôtel Bedford, puis divisé en appartements après la Deuxième guerre mondiale et enfin réaménagé en hôtel de luxe sous le nom de Royal Riviéra.
Afin de divertir les touristes séjournant à Beaulieu, un casino, la Villa des Fleurs, est construit en bordure de mer en 1928 pour le financier anglais Francis Towles par les architectes Louis Poulsey, de Paris, et René Collard, de Reims.

La plage et l’Hôtel Panorama, carte postale Neurdein frères (Paris), début XIXe
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 1132

L’hôtel Victoria, carte postale, Giletta (Nice), fin XIXe-début XXe.
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 1133

Grand Hôtel Bristol, carte postale Giletta (Nice), fin XIXe
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 1158

Les jardins de l’Hôtel Bristol et le Casino, carte postale, La Cigogne (Monaco), entre-deux-guerres.
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 1133

Les villas

Beaulieu-sur-Mer est le parfait exemple de petite cité de villégiature du littoral. On y trouve de vieilles demeures cossues datant souvent du dernier quart du XIXe siècle, et souvent propriété de riches étrangers. Après la première guerre mondiale, leurs valeurs ont parfois centuplé. Italiens, Russes (en exil doré) et Britanniques représentent dans les années 1920 près de 80 % des propriétaires.

Parmi les hivernants les plus riches de Beaulieu, citons l’homme d’affaires new-yorkais James Gordon Bennett junior (1841-1918). Passionné de sports, on lui doit la coupe automobile Gordon Bennett, la coupe aéronautique Gordon Bennett et le trophée d’aviation Gordon Bennett.

Villas de la Côte d’Azur : Façades – Plans – Coupes. – Paris : Ch. Massin, [1926] : Villa Anna à Beaulieu. – Architecte M. Messiah à Nice (Archives Nice Côte d’Azur, in-Folio 6-Pl. 6)

En 1905, l’industriel Hector Simonod, soyeux lyonnais implanté à Moscou, se fait bâtir une villa selon un projet de l’architecte Jean Bovis, également auteur de la villa Mercedes, tandis qu’on doit à Messiah la villa Anna. Les jardins de la Berlugane, propriété de la famille Gautier-Vignal, sont remarquables.

La villa la plus célèbre de Beaulieu est la villa Kérylos, conçue et réalisée entre 1902 et 1908, sur le modèle des maisons nobles de l’Île de Délos (IIe siècle av. J.-C.) par Théodore Reinach (1960-1928), membre de l’Institut de France, juriste, archéologue, numismate, historien, musicologue et mathématicien, député de la Savoie, son propriétaire, et l’architecte Emmanuel Pontremoli.

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Adresses utiles :

 

Patrimoine :

 

Lecture :

  • CANE (André), Beaulieu-sur-Mer, Nice : imp. de l’école professionnelle Don-Bosco, 1937.
  • CANE (André), Histoire de Villefranche-sur-Mer et de ses anciens hameaux de Beaulieu et Saint-Jean Cap-Ferrat, Nice : imp. de l’école professionnelle Don-Bosco, 1960.
  • CANE (André), James Gordon Bennett : hôte prestigieux et fantasque de la Côte d’Azur, Saint-Paul-de-Vence : Bernard de Gourcez, 1981.
  • CANE (André), Anglais et Russes à Villefranche-sur-Mer, Beaulieu-sur-Mer, Saint-Jean Cap-Ferrat, Nice, 1988.

 

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