Passants endimanchés dans la rue principale de Gilette

Gilette, village perché de l’Estéron

Population légale (2017) : 1.596 habitants
Altitude : 425 m.
Superficie : 10,18 km²

Ancienne intercommunalité : communauté de communes de la vallée de l’Estéron

Périmètre du parc naturel régional des Préalpes d’Azur

LES ALPES-MARITIMES. VALLÉE DE L’ESTERON.

A MADAME LA COMTESSE D’ACHIARDI DE SAINT-LÉGER.

Après m’être reposé quelques jours, je voulus parcourir la vallée de l’Esteron, pour compléter mes connaissances sur l’ancien comté. Je pris la voiture qui me conduisit à l’endiguement du Var, jusqu’au pont Charles-Albert. J’avais eu le soin de prévenir M. Vial, le digne et excellent maire de Gilette, de m’envoyer un guide et un mulet au pont, que je trouvai. Je montai sur le mulet et nous nous élevâmes insensiblement jusqu’à Gilette, par une belle grande route qui serpente autour du mont et offre, aux yeux du voyageur, les plus beaux points de vue. Les campagnes ne sont qu’une forêt de gigantesques oliviers et de vignes. Gilette est à cheval entre l’interstice de deux collines ; on voit encore les ruines de l’ancien château des comtes Caïs ; ce village soutint un siège lors des guerres de la révolution. Dans les temps anciens, il s’appelait Gallita ; elle était bâtie au quartier de la Sinegoragio, détruite par les barbares ; les habitants vinrent se réfugier au milieu de ces deux rocs. Nous dînons chez Drogoul, où nous sommes mal servis.

Nous continuons notre chemin sur la nouvelle grande route. Nous laissons Tourette, Revest, où le comte de Bœuil fut pendu à une fenêtre, par ordre du duc de Savoie. Nous traversons des forêts de chênes verts, des oliviers et des vignes ; la grande route cesse à Conolobello ; nous poursuivons notre chemin dans un sentier rempli de pierres souvent effondré ; nous voyons à notre droite, au-delà de l’Esteron : Dosfières, Ste-Marguerite, Bouyon, Fougacières, Les Fers et Cousegudes, qui présentent des collines arides et pelées, parsemées de nombreux oliviers. A notre gauche, nous laissons Pierrefeu, la Cainée, Roudon, ces pays aux anciennes légendes.

Nous arrivons à Roquesteron, assis ou plutôt à cheval sur la rivière, puisqu’elle sépare le pays en deux ; les piles du pont ont été bâties par les Romains. Nous allons loger chez l’excellent curé Casella, qui nous reçoit comme des amis. Le lendemain, par un chemin rocailleux, nous montons à Cigale, anciennement Sigarda. Ce pays, dans les temps anciens, était très important, il était entouré d’un double mur et avait deux forts ; on en voit encore les ruines : son église a été construite par les templiers. A la chapelle de Notre-Dame-des-Vignes, on admire d’anciennes peintures à fresque très bien conservées ; sur la droite de l’Esteron et proche de la Clue du Pallis (gorge de Pallis), entre les deux ponts, est une grotte vaste, ayant deux étages ; elle servait de refuge aux habitants lors de l’invasion des barbares ; ils y cachaient ce qu’ils avaient de précieux lors des guerres de la révolution. A gauche de la rivière, est le roc de St-Martin, qui a aussi une grotte dans laquelle est une fontaine d’une rare limpidité, où nous déjeunâmes. En remontant la rivière, à sa droite, on voit les ruines de l’ancienne Galberis. ll n’y a plus qu’une chapelle où l’on va dire la messe le jour de la Saint-Laurent.

Roquesteron et Cigale possèdent de superbes forêts, sur le versant nord du Cheiran, qui leur offrent un revenu assuré. Nous suivons toujours la rivière ; nous nous trouvons en présence d’une cascade formée par le Ray, qui a plus de 300 mètres de hauteur. Ensuite, Aiglun à droite, Nas à gauche ; dans cet endroit le torrent de la Gironde se jette dans l’Esteron. Nous continuons notre route, nous avons à notre droite les Nugols, Salla, Griffon, Collouga et Gars, où l’on trouve une source d’eau thermale jaillissant au pied du roc. Enfin le Brianconnet.

Comte S.-F. DE TOLNA (15 mars 1864)

 

Frontière et confluent

Au confluent du Var et de l’Estéron, son dernier affluent avant la mer, Gilette est également à la frontière entre le royaume de France et les terres savoyardes.
Avant 1760, cette frontière, héritière des conflits de succession du comté de Provence au XIVe siècle, est très compliquée de part et d’autre de l’Estéron. Par le traité de Turin du 24 mars 1760, dit « traité des limites », qui régularise la frontière entre les deux États dans le pays de Gex également, elle est rectifiée et établie le long de l’Estéron.

La nouvelle frontière, bornée en 1761 du pont de Roquestéron au col de Pelouse, est fixée sur la ligne de partage des eaux entre Var et Verdon, puis sur le Var, l’Estéron jusqu’à Aiglun et enfin à nouveau sur le Var. La vallée de la Roudoule retourne au royaume de Sardaigne ; Roquestéron est coupé en deux avec la création de la commune de Roquestéron-Grasse. Guillaumes passe à la Savoie, Entrevaux, emplacement stratégique contrôlant les communications entre le haut et le bas Var, reste au royaume de France.

Dans le comté de Nice, la Savoie gagne à cet échange : 3.600 personnes deviennent savoyardes, contre 1.800 qui deviennent françaises. Le traité entre en vigueur en octobre 1760, le temps de démanteler le château de Guillaumes fortifié par Vauban. Les deux pays voient les communications facilitées. Toutefois l’évêché de Glandèves est à moitié français, à moitié sarde ; les litiges entre communautés sont plus nombreux qu’avant, du fait de la coupure de certains terroirs en deux ; et la contrebande de sel se maintient.

Carte de la partie méridionale du comté de Nice relative aux mouvements faits par l’armée combinée de France et d’Espagne depuis le 1er octobre 1746 jusqu’au 6 novembre de la même année, gravure coloriée, vers 1747. Partie supérieure gauche.
Archives Nice Côte d’Azur, 2 Fi 205

Carte géométrique du cours du Var et de l’Esteron, depuis le ruisseau de Riolan jusqu’à la Mer, Pour servir à la nouvelle limitation du Comté de Nice et de la Provence. 1760, par le Sr Villaret.
Bibliothèque nationale de France, Collection d’Anville

Les ruines du château, carte postale Giletta (Nice), début XXe.
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 1843

Vue générale du village perché et de son château, carte postale, début XXe.
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 1832

Une forteresse médiévale

Le château de l’Aiguille, dressé sur un sommet rocheux dominant le village de Gilette, remonte au XIIIe siècle voire avant.
Le château de Gilette est au cœur de la trahison des Grimaldi de Bueil qui s’étaient engagés à livrer le comté de Nice au roi de France en 1526 puisqu’ils en délogent le seigneur Honoré Laugier, avant d’y être eux-mêmes assiégés par le duc de Savoie. Le château est ensuite occupé par les troupes françaises entre 1536 et 1544 puis revient en terres savoyardes et passe aux familles Orserio et Caïs.

Il est alors agrandi pour occuper toute la place disponible, obligeant le village à se développer sur le col.

Pont, tramway et chemin de fer

Pour franchir le Var, Pierre Gioffredo conseille au XVIIe siècle dans sa Chorographie des Alpes-Maritimes d’utiliser « la barque que l’on tient toujours entre les confins de Nice et le village de Saint-Laurent, ainsi qu’à Gilette et à Bonson ». Il évoque un pont de pierre, fort utile à la circulation, qui aurait été abattu par les inondations de 1684. Un nouveau pont, du type « pont en fil de fer », commencé en 1837, est achevé en 1852 et dénommé Charles-Albert en hommage au roi de Piémont-Sardaigne.

Le pont Charles-Albert devient en 1892 un des arrêts de la ligne de chemin de fer de Nice à Puget-Théniers. Prévue par le plan Freycinet de 1879, cette portion de voie ferrée inaugurée en 1892 a été conçue à l’origine comme une ligne autonome dont l’objectif était de désenclaver la sous-préfecture en la reliant à Nice. A partir de 1883, avec la décision de relier Saint-André-les-Alpes à Puget-Théniers, la ligne Nice – Puget-Théniers est devenue une extrémité de la ligne Nice – Digne ; elle est reliée à Saint-André-les-Alpes et donc à Digne depuis 1911.

Sur cette section, après avoir quitté l’agglomération niçoise, la ligne part vers le nord et suit le cours du fleuve côtier Var jusqu’aux gorges de la Mescla où elle bifurque vers l’ouest. Les gares de cette portion, bâtiments isolés édifiés à proximité du lit du fleuve, semblent éloignées de toute activité humaine. Les villages qu’elles desservent (Gilette, Bonson, Utelle, La Tour, Massoins ou Malaussène) en sont assez éloignés : situés en altitude, ils dominent en effet de plusieurs centaines de mètres la voie ferrée.

Le Var et le pont (en fer) Charles-Albert, photographie J. Juhel, août 1901.
Archives Nice Côte d’Azur, 3 Fi 8/33

L'ancien pont Charles-Albert sur le Var

La Nouvelle ligne de Nice à Puget-Théniers. L’ancien pont Charles-Albert, article de Joseph Gubert, illustré par un dessin, extrait de L’Illustration, 25 juin 1892, p. 534.
Archives Nice Côte d’Azur, 5 S 1/13

A partir du pont, le rail permet ensuite de desservir la vallée de l’Estéron.

La déclaration d’utilité publique de la ligne de tramway Pont Charles-Albert / Roquestéron date du 10 février 1906 et la mise en service intervient dix-sept ans plus tard, le 29 juillet 1923, avec deux trains quotidiens dans chaque sens et un parcours de 2 heures et 40 minutes.
Le pont en fer sarde n’étant pas conçu pour accueillir une voie métrique et ses lourds convois, il a fallu le reconstruire en 1913 en béton armé, comme le pont de la Mescla sur la ligne de la Tinée.
Après avoir traversé le Var, la voie s’élevait en accotement de la route GC 17 en rampe de 40 % permettant de passer l’altitude de 123 m. à celle de 458 m. On dit que, par les raccourcis, les gens arrivaient à Gilette avant le tramway. Dans le village, la voie passait dans la rue principale (rue de la Fontaine), serpentant entre maisons et falaise avant d’arriver à la gare, aujourd’hui bureau de poste.

La voiture individuelle et les lignes d’autocars se sont substituées au rail après la Deuxième guerre mondiale.

 

 

L’olive

De tous temps, l’olivier a été très cultivé dans la région littorale et moyenne des Alpes-Maritimes. Aux bonnes expositions, il s’élève dans les vallées jusqu’à 700 mètres et plus et il occupe souvent des sols en pente étagés en terrasses. L’huile est souvent le seul produit rémunérateur qui permette d’accéder au marché. Pour se protéger contre les maladies de l’olivier et surtout contre la concurrence,  la création d’un moulin coopératif a été la solution dès le début du XXe siècle.

Entre 1906 et 1945, une quinzaine de coopératives oléicoles furent créées dans les Alpes-Maritimes, principalement dans les moyennes vallées du Var et de la Vésubie, les abords de la Roya, de la Bévéra et du Paillon et, à l’ouest, la région de Grasse. Celle de Gilette a été créée en 1912 ; en 1989 la mairie a racheté le premier étage pour y installer une salle polyvalente. Le bâtiment a été rénové en 1990-1991. En 1991, la coopérative regroupait 28 adhérents actifs et avait traité 6.945 kilos d’olives pour une production de 1.583 litres d’huile.

Ces coopératives oléicoles sont installées dans des bâtiments de structure simple, celle d’une maison villageoise à deux niveaux. L’espace de l’étage doit avoir un accès indépendant pour qu’on y entrepose les olives, et une trappe d’où elles tombent dans la salle du moulin. Actuellement, la salle de l’étage est abandonnée à Gilette : la récolte arrive directement dans la salle de travail. Dans la salle du rez-de-chaussée, les olives sont lavées, triturées, pressées. Un fourneau et des bassins de décantation complètent l’équipement. Bien que sa réalisation reste rustique et naïve, la coopérative oléicole de Gilette témoigne d’une volonté de décor architectural, unique dans les moulins coopératifs du département. Son bâtiment est en effet le seul dans les Alpes-Maritimes à faire preuve d’une conception décorative d’ensemble : une façade rythmée de pilastres plats, en pierres au rez-de-chaussée, en briques à l’étage ; des portes et fenêtres cintrées également soulignées du même motif. Ce bâtiment est aussi le seul à porter une inscription en façade.

 

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