Nice, Vie des quartiers – Arson

Le n° 42 du journal Nice, Vie des quartiers (janvier 2020) est consacré au quartier Arson.

Le service des Archives vous y conte l’histoire du quartier

 

À l’est de Nice, la rue Arson mène du port à la gare de Riquier…  ou l’inverse, croisant au passage le boulevard dédié au Général Louis Delfino (1912-1968), héros de la Deuxième Guerre mondiale, un enfant du quartier.

 

Les jardins du chevalier Pierre-Joseph Arson (1778-1851)

Rue et place Arson doivent leur nom à un homme d’affaires du Comtat-Venaissin, Pierre-Joseph Arson. Né à L’Isle-sur-la-Sorgue dans une famille originaire de Montpellier, négociant et banquier à Bâle puis Paris, celui-ci cesse ses activités marchandes à l’âge de 33 ans, fortune faite, pour se consacrer pleinement à la science et à la philosophie. Il s’installe définitivement à Nice au début du XIXe siècle et y fait l’acquisition d’un patrimoine foncier considérable, notamment, en 1810, au nord de la ville, le domaine agricole qui porte encore son nom autour de la Villa Arson, devenue école supérieure d’art, puis, en 1813, à l’est, de vastes jardins dans le quartier Riquier. En 1836, il était ainsi l’un des dix contribuables les plus imposés de la ville.

L’assimilation réussie de Pierre-Joseph Arson au sein de la bonne société niçoise lui vaut son élévation, dès 1824, au rang de commandeur dans l’ordre des Saints-Maurice-et-Lazare par le roi de Sardaigne, Charles-Félix, lequel lui confère également le titre de comte de Saint-Joseph. En à peine plus de dix ans, le banquier avignonnais a donc réussi une exceptionnelle transition sociale entre l’élite commerçante et la noblesse du royaume de Piémont-Sardaigne. Entré au conseil de la ville en 1827, le commandeur Arson est même nommé Premier Consul de la Ville de Nice par le souverain pour l’année 1830.

La maison du chevalier Arson le long de la route de Villefranche, années 1840 (Archives Nice Côte d’Azur, O 4/4 page 193)

Les cigalusa de la Manufacture des Tabacs

La ville de Nice donnera son nom à une rue et une place dans le quartier du port en remerciements des terrains de la route de Villefranche, complantés d’oliviers et d’orangers, cédés par ses héritiers à la commune permettant le déplacement, en 1858, de la Manufacture des Tabacs, après la désaffectation de l’ancien établissement situé rue Saint-François-de-Paule.

Pour rouler les cigares, cette entreprise d’État employait 270 ouvrières avant le rattachement, 640 en 1867, 700 vers 1900, souvent des immigrées italiennes de fraîche date, apprenties, trieuses, « robeuses », « époulardeuses » et « pousseyères », receveuses ou maîtresses cigarières. Tout un petit monde grouillait autour de l’usine : des menuisiers qui confectionnaient les caisses devant contenir les cigares, des tonneliers qui fabriquaient les tonneaux pour stocker les jus de tabac – les horticulteurs utilisaient ce sous-produit, très chargé en nicotine, pour lutter contre les pucerons –, les vanniers qui confectionnaient de petits paniers où étaient déposés les cigares usinés, les aiguiseurs qui affûtaient les couteaux des cigarières…

Les ouvrières du « capage » autour de leur contremaître à la Manufacture des tabacs, extrait d’un album d’entreprise imprimé, début XXe

(Archives Nice Côte d’Azur, don Huguette Peirano).

A côté des cigarillos, ninas et senoritas, la manufacture de Nice produisait également dans les années 1930 des cigarettes de Scaferlati.

 

L’urbanisation et l’industrialisation de Riquier

C’est sous la municipalité Borriglione que Riquier devient le quartier industriel de Nice. De grands axes rectilignes sont alors ouverts : les rues Arson et Caïs de Pierlas en 1882, les boulevards de Riquier et de Sainte-Agathe à partir de 1883, complétés par le maillage des rues perpendiculaires facilitant l’implantation et la desserte d’usines, de fabriques, de hangars et d’immeubles de rapport.

C’est ainsi qu’on voit, place Arson, s’implanter dans les années 1890 l’usine D. Michel, entreprise de menuiserie mécanique, et, plus tard, dans l’entre-deux-guerres, la Brasserie de Nice [Rubens] de Charles Preisig.

 

Ouvrier au travail sur une piqueuse à l’usine Michel, place Arson, Le Petit niçois, 18 juin 1899.

Cafés et boules de bois

Haut lieu de la culture bouliste niçoise, la place Arson accueille le concours international de boules de bois de l’Eclaireur de Nice à partir de 1894 ou, plus modestement, les joueurs de pétanque du quartier. La Fédération Sportive des Alpes-Maritimes organise également des « championnats de boules, de tir et de pointage », rue Arson, durant la première moitié du XXe siècle.

Pour abreuver les champions, les estaminets se multiplient dans la rue, tels  le « Café-Bar des Alpes – Vin du Var et du Gard » de Barthélemy Fighiera en 1901 ou le « Bar-Restaurant à la Milanaise » de Giovanni Suppo en 1903. Coiffeurs, bouchers, tailleurs, souvent d’origine italienne s’installent également dans ce quartier bien achalandé.

 

Autour de ce temple de la boule on pouvait rencontrer de vraies stars comme « Gé » Gallaratto dont Charles Ehrmann raconte qu’il s’entraînait à tirer en visant de sa boule une tête d’épingle luisant au soleil… Pour eux, la municipalité inaugure en 1951 un petit stade appelé « cadre d’honneur de la place Arson ».

Grand concours international de boules en bois, place Arson, croquis de Jan dans L’Eclaireur du dimanche, 28 juin 1925.

Le général Delfino, un enfant du quartier

Parmi les enfants du quartier, citons un certain Louis Barthélemy Delfino né en octobre 1912 au 23 rue Arson, fils d’un ébéniste qui va mourir à la guerre. La Ville lui a, non loin de sa maison natale, donné le boulevard anciennement Sainte-Agathe en témoignage de reconnaissance pour ses exploits d’aviateur à la tête de l’escadrille franco-russe Normandie-Niemen.

Le général Louis Delfino (1912-1968), photographie noir et blanc, E.C.P. Armées, années 1950 (Archives Nice Côte d’Azur, 33 S 3).

Pupille de la Nation, Louis Delfino entre en 1931 à l’école militaire de Saint-Cyr. D’abord pilote de reconnaissance, il obtient son affectation au GC I/4 comme commandant en second peu avant la guerre. Le 17 mai 1940, il est nommé commandant de la 4e escadrille du GC II/9.  Après l’armistice, il retrouve son ancien groupe à Dakar avant de rejoindre l’escadrille Normandie-Niemen. En mai 1961, il est nommé commandant de la défense aérienne du territoire.

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