Nice, Vie des quartiers – Lyautey et Gendarmerie

Le n° 41 du journal Nice, Vie des quartiers (octobre-novembre 2019) est consacré au quartier Lyautey-Gendarmerie.

Le service des Archives vous y conte l’histoire du quartier

 

Au bas de la colline de Cimiez, le quartier Lyautey-Gendarmerie appartenait à l’agreste campagne niçoise s’étendant le long de la rive droite du Paillon. Dès le XVIIe siècle, ses eaux attirent moulins et ateliers au milieu de propriétés agricoles (oranges, figues, olives). Au fil du temps, cette plaine alluviale devient hétéroclite avec des cultures maraîchères et fruitières au milieu de petits pavillons bas et, surtout de nombre d’ateliers et entrepôts, aux portes de la ville.

Le quartier conserve encore aujourd’hui la trace de ce passé et de ses multiples vocations : banlieue niçoise, chantier semi-industriel, résidence populaire.

 

La campagne aux portes de la cité

L‘extension urbaine de Nice se fit d’abord à l’est, sur l’ensemble des secteurs bordant le Paillon. Aussi, ceux de « la Gendarmerie » et de « l’Arbre » connurent-ils un développement rapide et disparate. Les grandes propriétés (comme l’orangeraie Laurenti) et les petites exploitations agricoles disparaissent. Des petites industries persistent telles les huileries dont les moulins tournent grâce aux eaux de Paillon. D’autres connaissent un développement accéléré, en lien avec le boom de la construction à Nice sous la IIIe République : carrières – exploitées jusqu’en 1870 –, plâtrières, puis fabriques ou entrepôts de céramiques, de carreaux et de ciment.

Et surtout, les activités bruyantes ou nauséabondes des établissements semi-industriels dits « insalubres » qu’on tente de dissimuler à la vue des hivernants puis des touristes commencent à se fixer au milieu de cette campagne sur des terrains relativement plats, peu coûteux et surtout éloignés du centre ville, des hôtels et des promenades.

L’Eau-Fraîche

« Aiga fresca », en niçois, la dénomination de ce secteur rappelle une source sortant au faubourg de « l’Aubre » (l’Arbre) et dirigée via un aqueduc jusqu’à la « Bourgada », appellation ancienne du quartier Saint-Jean-Baptiste.

Le lieu jouissait d’eaux pures et qui s’écoulaient en relative abondance en opposition avec l’aridité du Paillon, ce « fleuve sec » ; cette eau de qualité, où l’on pouvait pêcher des anguilles, était utilisée pour la fabrication notamment de pâtes alimentaires (Albertiny, Olivari). La fabrique Albertiny connut son heure de gloire, et occupait une surface importante jusqu’après la Libération ; fondée en 1856, elle avait sa principale entrée face au Paillon (aujourd’hui avenue Maréchal-Lyautey) et ses magasins annexes rue de la Gendarmerie ; le personnel entrait par la rue de l’Eau-Fraîche. Désormais des immeubles ont remplacé cet ancien site agro-alimentaire.

Papier à en-tête de la manufacture de pâtes alimentaires Olivari, 1914 (Archives Nice Côte d’Azur, 1 L 3/31)

Des établissements à éloigner du centre ville

Dans ce faubourg niçois vont être édifiés dans les années 1880 les grands équipements militaires, pénitentiaires ou médico-sociaux dont la ville a besoin mais qu’elle ne souhaite pas voir.

A partir de 1883-1884, une caserne est construite au quartier de l’Arbre-Inférieur pour abriter les gendarmes et la petite ruelle qui desservait le terrain est rebaptisée « rue de la Gendarmerie ». Ce bâtiment structure le quartier en l’ouvrant, avec sa façade et son porche face au Paillon. En 1930, la rue est dotée de trottoirs. Elle voit s’élever ses premiers H.L.M. en 1956.

Puis viennent « les Nouvelles Prisons » ou « Maison d’Arrêt, de Justice et de Correction », dénomination initiale que l’on pouvait encore lire il y a quelques années au-dessus de la porte d’entrée. Ouvertes en 1887, au milieu des olivaies vendues par le docteur Balestre, « dans les meilleures conditions d’isolement », ces vastes bâtiments modernes ceinturés par un chemin de ronde étaient bordés, à l’ouest, par la voie de chemin de fer. En installant les prisons dans ce quartier, la municipalité cherchait à écarter la population carcérale du cœur d’une cité en pleine expansion touristique. D’architecture fonctionnelle, à l’intérieur de hauts murs avec un chemin de ronde, les bâtisses se répartissent en étoile autour d’une rotonde centrale, devant permettre une surveillance efficace.

Enfin, après 1902, les « Petites Sœurs des Pauvres » de la Bretonne Jeanne Jugan construisent un asile des vieillards qui vient compléter ces bâtiments publics. Après trois ans de rénovation de l’imposant immeuble, l’établissement « Ma Maison » a été ré-inauguré en 1977, avec sa nouvelle entrée rue de la Gendarmerie.

Autour de ces équipements structurants mais dont le caractère imposant contribue à fermer le quartier, les classes populaires s’installent cependant et le quartier s’urbanise. Le quai Pasteur (devenu avenue Maréchal-Lyautey) est ouvert en 1890. Les chemins ruraux et vicinaux qui traversaient le faubourg laissent place dans l’entre-deux-guerres à de petites artères : en 1929, par exemple, naissent les rues Claude-Bernard, Marie-Curie, du 11 novembre…

Les nouveaux logements sociaux de la rue de la Gendarmerie, photographie noir et blanc, 1957 (Archives Nice Côte d’Azur, fonds du service photographique de la Ville).

 

Rue de la Gendarmerie, photographie noir et blanc, 1977 (Archives Nice Côte d’Azur, fonds du service photographique de la Ville).

À la « conquête » du Paillon

En 1868, la municipalité procède à une première couverture du Paillon et y inaugure la statue du maréchal Masséna. Vient ensuite la construction du Casino municipal, en 1884, entre ce square et le Pont-Neuf. En 1891, les travaux se poursuivent vers l’embouchure permettant la réunion des deux parties opposées de la place Masséna, et en 1893, la création de l’actuel jardin Albert-Ier. Après guerre, les travaux reprennent, vers l’est : en 1921, le Paillon est couvert du Casino jusqu’à la rue Tondutti de l’Escarène entraînant la destruction du Pont-Vieux. L’esplanade entre le boulevard Risso et la place du XVe Corps est inaugurée en 1931.

Couverture du Paillon, 1953 (Archives Nice Côte d’Azur, fonds du service photographique de la Ville).

 

Le Palais des Expositions

Après la Deuxième guerre mondiale, la municipalité décide de poursuivre la couverture du Paillon pour y édifier, à partir de 1954, un « Palais des Expositions ». Le 9 mars 1957 est inauguré la XIIIe Foire de Nice en son nouvel édifice dédié sous les voûtes de béton (275.000 m3) conçues par les architectes Richard et Michel Laugier. Cet équipement a accueilli des expositions, des salons, des conventions, des spectacles et des événements sportifs (finale de la Coupe Davis de tennis en 1999, championnats du monde de patinage artistique en 2000 ; le premier concert des Beatles en province le 29 juin 1965, deux Conventions du Rotary international en 1967 et 1995, etc.) et abrite toujours certaines manifestations comme la Foire de Nice, la fête foraine Luna-Park et divers salons.

Le lycée Guillaume-Apollinaire

Autre imposante construction sur le Paillon, le lycée Guillaume-Apollinaire, à l’origine « lycée de l’Est », pendant le long du Paillon du lycée Thierry-Maulnier ou « lycée de l’Ouest » le long du Var. D’une superficie totale de 10.500 m2 sur un terrain de 17.720 m2, dégagé par la couverture de cette partie du Paillon en 1991, il ouvre ses portes le 10 septembre 1992 et comporte plus de 70 salles d’enseignement pour accueillir 1.500 élèves. Ses édifices de trois et quatre niveaux, reliés par une verrière, sont l’œuvre des architectes André Biancheri, Louis Chevalier et Toussaint Del Furia. On lui a donné le nom du grand poète Apollinaire, lequel avait passé sa jeunesse et aimé à Nice.

Le pont Vincent-Auriol 

Inauguré le 4 mai 1970, par la veuve du premier président de la IVe République, le pont Vincent-Auriol, ouvrage à cinq arches de béton 800 mètres en amont du Palais des Expositions, permet, en franchissant le Paillon, de relier l’avenue Lyautey au boulevard Vérany, donnant une nouvelle impulsion au quartier.​

 

 

Inauguration du pont Vincent-Auriol, photographie noir et blanc, avril 1970 (Archives Nice Côte d’Azur, fonds du service photographique de la Ville).