Un saint martyr et son abbaye
Les formes Dalmace, Dalmazzo, Dalmace de Monza, Dalmatius font référence au saint évangélisateur Dalmace de Pavie, né dans une famille païenne de Monza (Lombardie), converti au christianisme puis parti prêcher en Gaule et en Italie du Nord. Ce miles Christi serait l’évangélisateur des vallées de la Haute-Tinée, de la Roya, de Valdeblore, de la Stura et du Gesso. Il aurait désigné son disciple Bassus comme premier évêque de Cimiez (Nice). Passant par le col de Fenestre, il aurait été, aux alentours de 254, arrêté par des brigands qui l’auraient décapité au bord du Gesso. Le martyr aurait alors pris sa tête et traversé la rivière pour mourir sur l’autre rive. Les brigands terrifiés auraient placé son corps sur un chariot tiré par deux génisses qui se seraient arrêtées à Pedona.
C’est à l’évêque de Cimiez Valérien que l’on doit, au Ve siècle, le récit des miracles de saint Dalmas, célébré le 5 décembre, dont le parcours n’est pas sans rappeler celui des autres « saints légionnaires » – Martin et Georges, les plus connus, Besse dans le Val d’Aoste… et surtout Maurice d’Agaune, protecteur des États de Savoie. Ce théonyme ne fait donc référence ni au saint Dalmas, abbé à Constantinople († 437), ni au troisième évêque de Rodez (vers 525-580), fêté le 3 novembre.
L’abbaye bénédictine de San Dalmazzo da Pedona, aujourd’hui Borgo San Dalmazzo (province de Cuneo) aurait été édifiée sur le lieu du martyre de saint Dalmas. Théodelinde de Bavière, épouse du roi lombard Agilulf, aurait favorisé le développement du monastère vers 610-614. Robert d’Anjou (vers 1278-1343), comte de Provence, y était très attaché. En 1310, Bernard, prieur du monastère de la Garde d’Ascros, devient abbé de Saint-Dalmas de Borgo.
A l’époque moderne, comme nous l’apprend la chorographie de Pierre Gioffredo, Nice est reliée à l’abbaye par la principale route vers le Piémont : celle-ci conduit de Nice à L’Escarène d’où, en prenant à gauche, on monte à Lantosque, à Roquebillière et à Saint-Martin puis, par les montagnes de Fenestre, on rejoint Entracque, Valdieri, Andonno et Borgo San Dalmazzo [route de la Vésubie]. Mais si on prend à droite à L’Escarène, par Touët et la montagne de Braus on descend sur Sospel, puis par celle du Brouis sur Breil, Saorge, Tende, et enfin par celle du Corno à Limone, Vernante, Robilante, Roccavione et on atteint le susdit Borgo San Dalmazzo [route de la Roya].
Dans les Alpes-Maritimes le patronyme de ce saint lombard est porté par trois paroisses, anciens prieurés de l’abbaye de Pedona, dont deux sur le territoire de la Métropole Nice Côte d’Azur. L’abbaye comptait encore d’autres prieurés sur le versant occidental des Alpes : Lieuche, Salagriffon, Sauze dans les Alpes-Maritimes, Castellet-lès-Sausses, Saint-Benoît et Thorame-Haute dans les Alpes-de-Haute-Provence…
En savoir plus
Visiter le musée de l’abbaye de Pedona
Lire :
- Isnart Cyril. Insignifiance et vertu des saints légionnaires. In: Le Monde alpin et rhodanien. Revue régionale d’ethnologie, n° 3-4/2004. p. 49-68.
- Thirion Jacques. L’influence lombarde dans les Alpes françaises du Sud. In: Bulletin Monumental, tome 128, n° 1, année 1970. p. 7-40.
- Tosco Carlo, Vescovi Michele Luigi, Arnauld François, Vergnolle Éliane. L’architecture romane en Piémont et dans le Val d’Aoste. État des questions. In: Bulletin Monumental, tome 174, n° 1, année 2016. L’art roman en Italie septentrional. État des questions. p. 21-34.
Saint-Dalmas-le-Selvage
Population légale (2019) : 108 habitants
Altitude moyenne : 1 480 m., la plus haute commune du département (point culminant : 2 916 m)
Superficie : 81 km²
Ancienne intercommunalité : communauté de communes des stations du Mercantour (CCSM)
Aux portes du parc national du Mercantour
LES ALPES-MARITIMES. (Troisième article.) VALLÉE DE LA TINÉE.
A MADAME LA COMTESSE D’ACHIARDI DE SAINT-LÉGER.
Je résolus de monter le col de Pal et de descendre à Saint-Étienne, pour visiter la vallée de la Tinée. Je pris une mule et un guide.
Nous traversons le bourg de Châteauneuf, ensuite les Fours, le pays le plus élevé du département ; nous escaladons le mont. Arrivé à son sommet, nous trouvons une prairie baillée de mille fleurs. Il arrive souvent, sur ces hauteurs, que les seigles sont couverts de neige avant qu’ils soient coupés. Nous descendons à Bousièges, hameau de Saint-Dalmas-le-Selvage, dans notre parcours, nous sommes à l’abri des ardeurs du soleil, par les hauts arbres de mélèzes. Nous arrivons à Saint-Dalmas aux prairies magnifiques. Les hommes valides de ce bourg s’expatrient tous le lendemain de la Toussaint, après avoir entendu la messe ; ils vont parcourir les principales villes de l’Europe, se créant diverses industries pour amasser quelque pécule, qu’ils rapportent au village, lors du retour de la belle saison. Les femmes, les enfants et les vieillards mangent, travaillent, dorment avec le bétail. Leur maison est couverte par la neige ; ils filent, tissent la laine, dont ils tricotent des bas et font des étoffes grossières. Allez visiter ce village en été, vous entendrez parler toutes les langues de l’Europe.
février 1864
Dans la partie basse du village, l’église Saint-Dalmas était originellement celle d’un prieuré de l’abbaye bénédictine de San Dalmazzo avant de devenir église paroissiale et de donner son nom à la commune. L’édifice roman a été reconstruit à la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe siècle en style baroque montagnard. L’ancien clocher avait été abattu en 1716 sur ordre d’Erigio Emeric, acquéreur du fief de Saint-Dalmas-le-Selvage avec le titre de comte en 1702. Le nouveau clocher a été construit après l’achèvement de l’église, en 1718, montrant la permanence des clochers de type roman alpin, avec une tour carrée coiffée par une haute pyramide.
L’église est précédée d’un porche-auvent. La façade a été décorée d’une représentation de saint Dalmas à cheval, en légionnaire romain évangélisateur. L’église fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le 29 février 1988.
A l’entrée du village, pour conjurer les épidémies qui pourraient se propager sur cet axe très fréquenté, une croix de Saint-Sébastien veille sur la population.
Vue générale et vallon de Gialorgues. Carte postale éditée par l’hôtel-restaurant des Alpes de Saint-Dalmas-le-Selvage, vers 1949.
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 5051 (don Louis Cappatti)
L’église de Saint-Dalmas. Photographie noir et blanc, vers 1929
Bibliothèque de Cessole, fonds du chevalier Victor de Cessole (plaque n° 7342)
L’église de Saint-Dalmas. Photographie noir et blanc, vers 1929
Bibliothèque de Cessole, fonds du chevalier Victor de Cessole (plaque n° 7312)
Adresses utiles
- Le site de la commune de Saint-Dalmas-le-Selvage
- Plan de Saint-Dalmas sur la cartothèque de la Métropole
- Chiffres détaillés sur le site de l’INSEE
En savoir plus
Documentation patrimoniale :
- Saint-Dalmas-le-Selvage sur la Plateforme Ouverte du Patrimoine
- Saint-Dalmas-le-Selvage aux Archives Nice Côte d’Azur
Archives :
- Archives anciennes de la commune de Saint-Dalmas-le-Selvage aux Archives départementales
Pédaler
- Le Grand Tour Alpi Marittime-Mercantour en passant par le col de la Bonette (2802 m. d’altitude)
- La cascade de Gialorgues à VTT (11 km, 503 m. de dénivelé positif, 2 h 15)
Marcher
- Le GR5
- La Grande Traversée du Mercantour (GTM), étapes 2 et 3
- Le circuit du bois d’Anelle, 4 heures, 630 m. de dénivelé
- Le col de Gialorgues, 4 heures, 600 m. de dénivelé
- La pointe de Colombart, 2 heures, 200 m. de dénivelé
- Le circuit de Gianto, en raquettes, 3 heures, 420 m. de dénivelé
- Le plateau d’Anelle, en raquettes, 3 heures 30, 330 m. de dénivelé
Skier
Saint-Dalmas est très connue des amateurs de ski de randonnée partant à l’assaut des cols de la Braïssa (2599 mètres d’altitude) ou de la Moutière (2454 mètres d’altitude), du Mont-Aunos (2514 mètres d’altitude) ou encore de la croix de Carlé (2529 mètres d’altitude).
Pour les pratiquants de ski de fond, la station entretient le circuit d’Anelle et le circuit de Lavourette.
Saint-Dalmas de Valdeblore
Hameau de la commune de Valdeblore connu sous l’Ancien régime sous le nom de Saint-Dalmas-le-Plan.
Ancienne intercommunalité : communauté de communes de la Tinée (CCT)
Périmètre du parc national du Mercantour
Autre prieuré de l’abbaye San Dalmazzo de Pedona, dans le val de Blore, l’église de l’Invention de la Sainte-Croix avec son clocher carré latéral est un magnifique édifice roman dont les peintures murales sont les plus anciennes du département des Alpes-Maritimes. Elle a été édifiée aux alentours de l’an 1000.
A l’origine, cette église, de plan basilical, ne comporte que la crypte centrale. Les cryptes nord et sud ont été ajoutées dans la première moitié du XIIe siècle, lorsque le prieuré reçoit la relique insigne de la Sainte-Croix. L’église prend alors alors le nom « d’église dédiée à l’Invention de la Sainte Croix » au cœur du prieuré de Saint-Dalmas, aujourd’hui réduit au seul bâtiment cultuel. Elle connaîtra plusieurs transformations au cours des XVIe et XVIIe siècles.
Il est vraisemblable, qu’au XVIIe siècle, un séisme ait provoqué une coulée de terre venue en partie combler l’église et la crypte nord. La crypte nord est alors transformée en ossuaire ; le niveau du sol étant rehaussé par les éboulements, une nouvelle porte est pratiquée dans la façade et quatre marches descendant au niveau du sol intérieur sont installées. Au XVIIIe siècle, comme le culte des reliques est tombé en désuétude, les villageois comblent entièrement l’église sur 1 mètre 50 environ, de manière à accéder de plein-pied du seuil à l’autel, enterrant les quatre marches de l’entrée, et les sept qui montent à l’autel. La crypte centrale n’est plus accessible que par la crypte sud. On remplace la charpente en bois par une voûte maçonnée, dont le poids trop important pour les piliers, oblige l’ajout de contreforts à l’extérieur. Les murs sont enduits et l’on pose un décor de stuc baroque. Plusieurs autels prennent place dans les bas côtés nord et sud, et on construit à l’entrée de l’église une tribune, aujourd’hui détruite, sur laquelle se trouvait l’harmonium, et où pouvaient prendre place les chorales. Le clocher, probablement effondré lors du séisme, est reconstruit, et l’on ajoute le porche à l’entrée de l’église, sous lequel on peut voir une fresque représentant le martyre de saint Dalmas.
Classée monument historique en 1943, l’église a fait l’objet d’une campagne de fouilles sous la responsabilité de Georges Trubert en 1983-1984. La Commission Supérieure des Monuments Historiques (C.S.M.H.) a ensuite approuvé le plan de réhabilitation du monument et les dégagements de l’église inférieure, selon les plans de l’architecte en chef des monuments historiques.
Saint-Dalmas-Valdeblore. Vue générale et Balma de la Fréma, carte postale éditée par Dhillerin (Saint-Martin-Vésubie), vers 1939
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 5961 (don Louis Cappatti)
L’église de Saint-Dalmas de Valdeblore. Photographie noir et blanc, mai 1900
Bibliothèque de Cessole, fonds du chevalier Victor de Cessole (plaque n° 2065)
Adresses utiles
- Le site de la commune de Valdeblore
- Le site du Parc national du Mercantour
En savoir plus
Documentation patrimoniale :
- Saint-Dalmas de Valdeblore sur la Plateforme Ouverte du Patrimoine
- Saint-Dalmas de Valdeblore aux Archives Nice Côte d’Azur
Ouvrages de référence :
- Thirion Jacques. L’église Saint-Dalmas de Valdeblore. In: Bulletin Monumental, tome 111, n° 2, année 1953. p. 157-171.
- Thirion Jacques. Découvertes récentes à l’église Saint-Dalmas de Valdeblore (Alpes-Maritimes). In: Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France, 1989, 1991. p. 291-293.
Archives :
- Archives anciennes de la commune de Valdeblore aux Archives départementales
Marcher
- Le GR5
- Le Caïre-Gros, 4 heures 30, 800 m. de dénivelé
Pédaler
- Le circuit du Bois-Noir en VTT, 1 heure 30, 11 km, 220 m. de dénivelé
Saint-Dalmas de Tende
Hameau de la commune de Tende, rattachée à la France en 1947 ; hors Métropole Nice Côte d’Azur.
Périmètre du parc national du Mercantour.
Au XIXe siècle, l’ancien prieuré est converti en établissement d’hydrothérapie à destination d’une clientèle britannique.
La douane à Saint-Dalmas de Tende
Carte postale E. Fresia (Cuneo), premier quart du XXe siècle. (Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 5049, don Louis Cappatti)
Vue générale de Saint-Dalmas de Tende
Carte postale E. Fresia (Cuneo), vers 1916 (Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 5052, don Louis Cappatti)
Un patronyme
Du fait de l’influence de l’abbaye et de son saint patron, on trouve énormément de familles portant le nom de Dalmas (forme française), Dalmazzo (forme italienne) ou Dalmasso (forme niçoise) à Nice, dans les Alpes-Maritimes et la province de Cuneo – qui a fourni un contingent nombreux d’immigrés italiens à Nice.
Parmi les célébrités, citons les architectes Charles et Marcel Dalmas.
La Ville de Nice a donné en 1929 le nom d’une rue nouvellement ouverte à Nice-nord à Édouard Dalmas (1828-1904). Ce commissaire à la marine devint administrateur des hospices civils de Nice en 1884. A sa mort, il légua à la Ville un immeuble, le 2 boulevard des Italiens (act. Jean-Jaurès)











