La Bataille des Beaux-arts

Art et politique à Nice au XIXe siècle

Le service des Archives de Nice Côte d’Azur a prêté son concours au musée des Beaux-arts Jules-Chéret pour l’exposition retraçant l’histoire de sa création, intimement liée au rattachement de Nice à la France.

En effet, lorsque Napoléon III visite la cité en 1860, l’activité artistique reste le fait d’initiatives privées. Aucun établissement muséal d’ampleur ne permet de structurer les collections et les manifestations. L’Empire met alors en œuvre une politique volontariste, empreinte de bienveillance envers les territoires nouvellement rattachés. Très vite, le projet du musée des Beaux-Arts est porté par des personnalités dont les origines, activités et positions politiques diverses nourrissent un débat passionnant mêlant les dimensions esthétiques et sociales aux questions d’identité et de revendications territoriales.

Voir l'expo

Musée des Beaux-arts Jules-Chéret
33 avenue des Baumettes
06000 NICE
Tél : +33(0)4 92 15 28 28

Quand et Qui ?

Dates : 19 mai-31 octobre 2021
Commissariat : Johanne Lindskog, Jean-Paul Potron et Marion Duvigneau
Production : Johanne Lindskog

Cycle de conférences

28 septembre à 15 h, Salons et galeries de peinture de la Restauration sarde à l’annexion française, par Jean-Paul Potron, conservateur en chef des bibliothèques, responsable de la Bibliothèque du chevalier de Cessole, Nice.

29 septembre à 15 h, La création d’un enseignement artistique à Nice au XIXe siècle, par Jeanne Pillon, assistante de conservation, responsable des expositions, de la documentation et des archives au musée des Beaux-Arts Jules Chéret, Nice.

30 septembre à 15 h, La retraite niçoise d’un puissant marchand d’art : Ernest Gambart à la villa Les Palmiers, par Marion Duvigneau, conservatrice en chef du patrimoine, cheffe du service des Archives Nice Côte d’Azur, Nice.

1er octobre à 15 h, Alexis Mossa, un artiste engagé pour le développement des arts à Nice, par Johanne Lindskog, conservatrice du patrimoine, directrice du musée des Beaux-Arts Jules Chéret, Nice.

Archives à voir dans l’exposition du musée des Beaux-arts

L’Annexion à la France

Le 24 mars 1860, l’Empereur Napoléon III et le roi Victor-Emmanuel II signent le traité de Turin prévoyant le rattachement de Nice et la Savoie à la France, sous réserve de l’adhésion des populations : le 1er avril, le roi Victor-Emmanuel II délie ses sujets de leur serment de fidélité ; le référendum est organisé les 15 et 16 avril dans l’arrondissement de Nice.

Placard imprimé. Vote sur la réunion du Comté de Nice à la France, 7 avril 1860
Archives Nice Côte d’Azur, K 44/1

Adresse de Victor Emmanuel. Aux habitants de la Savoie et de Nice, 1er avril 1860
Archives Nice Côte d’Azur, K 44/3

Portrait du peintre Hercule Trachel

Portrait photographique d’Hercule Trachel, [vers 1860-1870)
Archives Nice Côte d’Azur, 30 S 6

Le rôle des artistes niçois

Parmi les artistes niçois les plus impliqués dans le mouvement des Beaux-arts à Nice au XIXe siècle l’exposition met en valeur la famille Trachel (artistes, enseignants et mécènes du musée).

La Ville leur a dédié une rue, dans le quartier Saint-Étienne.

Les salons : des initiatives associatives

Les sociétés, au premier rang desquelles la société des Beaux-Arts de Nice et, plus tard, l’Artistique, jouent un rôle capital dans l’organisation d’expositions temporaires à Nice. Les Archives Nice Côte d’Azur conservent une importante collection des catalogues de ces manifestations.

Un marchand d’art d’envergure internationale

C’est à Nice que le mondialement célèbre marchand d’art Ernest Gambart (1814-1902), protecteur de Rosa Bonheur ou Lawrence Alma-Tadema, vient prendre sa retraite, construisant un temple des arts sur la colline de Fabron, la villa Les Palmiers.

Portrait de Ernest Gambart

Portrait photographique d’Ernest Gambart qui vient d’être promu officier de la Légion d’honneur, 1894
Archives Nice Côte d’Azur, 3 Fi 92/6

Une école nationale des arts décoratifs à Nice

Charles Dalmas. Projet de façade pour l’École nationale d’art décoratif, 23 janvier 1904
Archives Nice Côte d’Azur, 1 W 232/1 (prochainement recoté en série M)

L’école nationale des arts décoratifs (ENAD) de Nice créée en 1881 est logée à partir de 1904 dans un bâtiment dédié, rue Tonduti-de-l’Escarène qu’on doit à l’architecte niçois Charles Dalmas (1863-1938). Elle est l’ancêtre de la Villa Arson.

L’École nationale d’art décoratif, planches parues dans La Construction moderne, 1er avril 1905
Archives Nice Côte d’Azur, Delta Grand in-4° 11/14

… et des initiatives privées

L’enseignement artistique est également assuré par des écoles privées qui assurent la préparation aux concours de l’école nationale des arts décoratifs ou des Beaux-Arts de Paris.

Ce projet de Maison des arts de la rue Puget en est, tout comme pendant la guerre, les enseignements dispensés villa Saqui.

Projet pour une Maison de l’Art, rue Puget, quartier de Saint Maurice, déposé par E. Ferrante, mars 1919
Archives Nice Côte d’Azur, 2 T 310/17 n° 6

Un premier musée : la galerie Portallier

Les premières collections municipales avaient été exposées dans un appartement de la rue Saint-François-de-Paule. C’est une initiative privée, celle de l’antiquaire Portallier, qui permet la construction d’une première galerie d’exposition monumentale, en rive droite du Paillon, sur le boulevard Dubouchage, spécifiquement dédiée à l’exposition d’œuvres d’art. Elle sera louée par la Ville entre 1899 et 1902, avant le déménagement du musée vers l’avenue Notre-Dame.

Demande de Portallier pour construire une maison boulevard Dubouchage, 1er septembre 1874
Archives Nice Côte d’Azur, 2 T 44/200

Un pastiche de musée

Ludovic Spitalieri de Cessole (1870-1941) descendant d’une famille niçoise renommée, a étudié l’architecture à Paris – il fréquente aux Beaux-Arts son contemporain niçois, le sculpteur Michel de Tarnowsky (1870-1946). On trouve aux Archives de Nice des projets architecturaux de jeunesse, peut-être des travaux d’étudiant, avec l’humour potache qui caractérise les inscriptions portées à l’antique au fronton.

La famille Spitalieri, originaire de Barcelonnette, est une famille de négociants connue depuis le XVIe siècle à Nice. C’est Jean-Joseph Spitalieri qui, en 1775, obtint des lettres de noblesse et fut inféodé du lieu de Cessole en Piémont, avec le titre de comte.

Ludovic Spitalieri, comte de Cessole, est un de ses descendants et un cousin du chevalier Victor de Cessole, alpiniste et photographe, dont le legs est à l’origine de la constitution de la riche bibliothèque patrimoniale du musée Masséna à Nice.

Ces documents sont inédits.

Ludovic de Cessole (1870-1941), Planches d’architectures : façade extérieure d’un bâtiment monumental avec inscriptions (Gabillot, Lapin, Murier, Blot, Griselle) sous la forme d’un pastiche de musée des Beaux-arts, encre, aquarelle et gouache sur papier contrecollé sur papier, 1892
Archives Nice Côte d’Azur, 18 Fi 3 et 5

L’enseigne du musée municipal sur l’avenue Notre-Dame, début XXe
Archives Nice Côte d’Azur, 1 W 237 (prochainement recoté en série M)

Le musée à l’angle de l’avenue Notre-Dame

En 1901, la Ville signe un bail de location pour la réinstallation du musée des Beaux-Arts dans un immeuble de rapport érigé par Jean Lambert à l’angle de l’avenue Notre-Dame et de la rue Hancy. Ouverte tous les jours de 9 h à 16 h excepté le dimanche après-midi, lundi et « jours de grandes fêtes » , l’institution, dont l’entrée est gratuite, se hausse petit à petit à la hauteur des attentes des amateurs des beaux-arts à Nice.

L’installation dans l’ancienne villa Thomson

En 1878, la princesse ukrainienne Élisabeth Kotschoubey se rend propriétaire d’un terrain de plus d’un hectare, aux Baumettes non loin du quartier d’élection de l’importante colonie russe. Elle entreprend alors la construction d’une villa qui débute le 30 mai 1878 et qu’elle cède le 18 avril 1883 à l’Américain James Thomson. Il confie à l’architecte niçois Constantin Scala (1843-1904) l’achèvement de cet édifice : le palais est décoré de fausses fresques pseudo-pompéiennes et ceinturé d’un grand jardin anglais. Les plus célèbres hivernants de la Côte d’Azur sont invités aux fastueuses réceptions organisées dans le palais par le couple Thomson. C’est en 1925 que la Ville de Nice en fait l’acquisition pour la transformer en musée des Beaux-Arts, sous le nom de « Palais des Arts Jules-Chéret ». L’inauguration a lieu le 7 janvier 1928.

D. Freuler, Photographe, 195, rue de Vaugirard (Paris). Album photographique de la villa Thomson, vers 1885
Archives Nice Côte d’Azur, 26 Fi