La Trinité et Notre-Dame de Laghet

Population légale (2017) : 10.077 habitants
Altitude : de 47 m. (lit du Paillon) à 700 m.
Superficie : 15,1 km²

La Trinité-Victor jusqu’en 1951

Ancienne intercommunalité : communauté d’agglomération de Nice Côte d’Azur (CANCA)

Vous prendrez, à votre gauche, un chemin tracé au fond d’une vallée aride et descendrez au couvent de Notre-Dame-de-Laghette ; Charles Félix a fait construire cette route en 1826. Chaque année, le jour de la Trinité, le jour de la fête de saint Pierre et surtout le jour de la fête de Notre-Dame-de-Carmel, titulaire du sanctuaire, elle est couverte de nombreux pèlerins qui viennent des villages de Provence, de la Rivière de Gènes et même des plaines du Piémont.

La route franchit le ravin sur un pont d’une seule arche à l’extrémité duquel s’élève une grande construction carrée qui renferme des cellules, une petite église et une galerie encombrée d’ex-voto ; la Vierge y est représentée guérissant les malades, tirant ses fidèles de tous genres de périls. Le monastère de Laghette a été élevé au XVIIe siècle sur l’emplacement d’une ancienne chapelle romaine qui, alors, tombait en ruines ; une Monégasque, Camille Porta, ayant été guérie d’une grave maladie grâce à l’intercession de Notre-Dame-de-Laghette, fit réédifier la chapelle auprès de laquelle on éleva, quelques années après, un couvent où s’établirent les Carmes déchaussés. Le monastère fut ruiné par les Français en 1792 ; la statue de la Vierge échappa seule au pillage elle fut conservée à La Turbie jusqu’en 1802.

Devant le monastère on a élevé une colonne tronquée qui rappelle le souvenir du passage à Notre-Dame-de-Laghette du chevaleresque Charles Albert. L’illustre souverain venait d’être vaincu à Novare, il avait abdiqué la couronne, et allait quitter pour toujours sa patrie ; il passa une partie de la nuit en prières devant l’autel de la Madone, lui demandant des forces pour l’accomplissement de son sacrifice, des consolations pour son exil. Notre-Dame-de-Laghette est depuis lors, pour les Italiens, un lieu de pèlerinage patriotique.

Autour du monastère quelques pauvres masures servent d’auberges ; attardez-vous un instant à contempler le cirque de montagnes sauvages qui vous entourent et le sombre ravin où court le torrent de Laghette qui se jette dans le Paillon au village de La Trinité-Victor un sentier pittoresque suit ses rives, côtoyant parfois les petites lagunes petit lac, laghetto, qui ont donné leur nom au ruisseau d’abord, au monastère ensuite.

Gustave Simons, Au pays des enchantements : d’Antibes à San Remo, 1893

 

Naissance d’une ville autour du Paillon

C’est en 1818 que le hameau de La Trinité, qui s’était peu à peu développé au fil des siècles le long de l’ancienne voie romaine menant de La Turbie à Cimiez, est détaché du territoire communal d’Eze, sous le nom de La Trinité-Victor en hommage au souverain Victor-Emmanuel Ier. En 1865, une nouvelle rectification des frontières communales avec la ville de Nice est opérée.

Distribution des eaux du Paillon, 1862. Liste des propriétaires de la Trinité ayant droit à des heures d’irrigation.
Archives Nice Côte d’Azur, O 5 /25

Jusqu’au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le val du Paillon, peu à peu aménagé et endigué afin d’éviter les inondations dévastatrices pour la ville de Nice, reste occupé par une campagne de polyculture et de prairies, marquée par un habitat rural dispersé d’où émergent les modestes noyaux encore villageois de La Trinité et Drap, en amont de la plaine de l’Ariane, laquelle ne sera urbanisée qu’après-guerre.
Dans les années 1850-1860, de grand propriétaires niçois, comme Bermond, y possèdent terres et moulins à blé et à huile et se partagent, avec les propriétaires des quartiers de Roquebillière, de Saint-Pons, de l’Arbre et de l’Ariane, les heures d’irrigation pour une distribution équitable des chiches eaux du Paillon. Parmi ces cultivateurs, relevons les noms des familles Arnulf, Bottau, Baudoin, Guillon, Véran…

Le patrimoine religieux

L’église paroissiale de la Trinité (ancienne chapelle de la Sainte-Trinité) et le sanctuaire de Notre-Dame de Laghet sont protégés au titre des monuments historiques.

En 1674, suite au décès du prêtre Jacques Fighiera, Charles-Emmanuel II demande aux syndics de Nice d’aider les Carmes déchaussés à s’installer à Laghet, où, depuis le début du XVIIIe siècle, se trouve une petite chapelle dédiée à la Vierge. En 1652, ce prêtre d’Eze avait fait restaurer la petite chapelle ; aussitôt, des prodiges s’y étaient accomplis : 22 miracles sont authentifiés dès 1654 et, devant l’ampleur du phénomène, l’évêque de Nice, Monseigneur Palletis, se déplace à Laghet puis organise canoniquement le culte de Notre-Dame de Laghet, conformément aux prescriptions du concile de Trente. En 1654, le premier pèlerinage officiel parcourt à pied, la distance entre la cathédrale de Nice et la chapelle de Laghet.

Les Carmes vont rester à Laghet jusqu’en 1901. La Révolution les voit ponctuellement se réfugier dans le Piémont, emportant avec eux le trésor de Laghet. Les révolutionnaires saccagent le sanctuaire et le couvent est déclaré bien national mais ne trouve pas d’acquéreur, contrairement aux terres qui l’entourent. En 1795, le sanctuaire est rendu au culte. Les Carmes reviennent à Laghet sur invitation du roi Victor-Emmanuel en 1816.

Charles-Emmanuel II demande aux syndics de Nice d’aider les Carmes déchaussés à s’installer à Laghet, 1674.
Archives Nice Côte d’Azur, GG 14/1

Excursion familiale à Notre-Dame de Laghet, mars 1901, photographie J. Juhel.
Archives Nice Côte d’Azur, 3 Fi 8/12

Pèlerinages et guérisons

On évalue à plus de 6.000 le nombre d’ex-voto conservés au sanctuaire de Notre-Dame du Laghet, pour la plus grande part, sous forme de tableaux : peinture à l’huile, dessin (pastel, fusain, sanguine, encre, etc.). Les grands thèmes ayant motivé la commande d’un ex-voto sont classiques : accidents, catastrophes naturelles, maladie, ex-voto marins, ex-voto liés à la guerre, actions de grâce (figuration des orants devant l’intercesseur divin)…

La chapelle Notre-Dame-des-Grâces au Laghet, carte postale, Lévy-Neurdein (Paris), fin XIXe-début XXe.
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 1999

Pendant la première moitié du XIXe siècle, le malade est représenté dans sa chambre, chez lui, entouré de sa famille. Ces intérieurs domestiques avec, en général, l’apparition de la Vierge de Laghet, sont, dans leur conception, très proches des béatilles ou boîte de couvent que les sœurs fabriquent dans les couvents et que l’on peut admirer notamment dans les collections du Museon Arlaten d’Arles. Ils suivent une représentation typée que l’on retrouve dans d’autres collections d’ex-voto provençales, telle que celle de la collégiale d’Hyères par exemple. A partir de la fin du XIXe siècle, le cadre domestique cède la place aux intérieurs d’hôpitaux.

Quant aux scènes d’accidents, elles donnent à voir l’évolution du cadre urbain et de la circulation (charrettes, tramways hippomobiles puis électriques, autocars, voitures, motocyclettes, etc.) tout au long des XIXe et XXe siècles.

Fixé sous verre : accident de la circulation, 1826.
Cliché Région Provence-Alpes-Côte d’Azur – Inventaire général

Demande de guérison d’une malade du choléra, Seraphina Gavassa, 1835.
Cliché Région Provence-Alpes-Côte d’Azur – Inventaire général

Le fort de la Drette

Le fort de la Drète ou de la Drette est un fort de ceinture type 1874, adapté au site montagneux, et constituant un des quatre principaux piliers du périmètre défensif du « camp retranché » de Nice, entre la rive gauche du Paillon et Monaco, en liaison à vue directe, à sa gauche, avec le Mont Chauve d’Aspremont.

L’ouvrage, un petit fort de 180 m x 90 m, est d’abord une grosse batterie d’artillerie, dont les douze emplacements de pièces ont pour mission de battre le cours moyen et inférieur du Paillon, l’arrivée de la route du col de Tende par le Braus, et certaines positions dangereuses de la place, comme les pentes sud du Macaron, l’Ubac, etc. Ses feux s’ajoutent, à gauche, à ceux de la batterie des Feuillerins et du fort de la Revère. Pour s’adapter aux contraintes du terrain, son plan dessine un trapèze très allongé.

Après l’entrée en guerre de l’Italie aux côtés des Alliés (1915), la place de Nice est dissoute par décret du 5 août 1915. Par la suite, le fort n’est plus guère utilisé que comme casernement et dépôt : encore occupé jusqu’aux années 1970 par le centre d’instruction du bataillon de chasseurs alpins de Nice, il est aujourd’hui propriété du Département des Alpes-Maritimes.

Artillerie alpine en manœuvres. Carte postale Sauvaigo (Nice), première moitié du XXe siècle
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 2214

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