L’éducation physique des élèves niçois sous le régime de Vichy

Dans le cadre de l’année olympique 2024, le service des Archives Nice Côte d’Azur s’est lancé dans la reprise du classement des dossiers d’installations sportives au sein du fonds de la Direction des Bâtiments.

A cette occasion, un ensemble de dossiers relatifs aux CSEP (centres scolaires d’éducation physique) en 1941-1943 a attiré l’attention des archivistes. Ces archives permettent aussi de mieux comprendre les clichés pris par le service photographique municipal sur ces stades. Une opération de mise à plat et numérisation des plans a été programmée.

Vichy et l’éducation générale et sportive

En 1940, la victoire éclair des Allemands sur les forces françaises questionne le système de formation. Le commandement militaire, pour ne pas avoir à rendre compte de ses propres erreurs, s’accorde à blâmer les instituteurs [socialistes] de n’avoir pas su imposer l’esprit de sacrifice et de patriotisme à la jeunesse française. Ainsi, l’origine de la défaite militaire de juin 1940 serait le fruit d’une politique éducative qui a négligé l’effort, l’action et les exercices physiques. Dans un message à la jeunesse du 29 décembre 1940, le maréchal Pétain fustige « l’atmosphère malsaine dans laquelle ont grandi beaucoup de vos aînés a détendu leurs énergies, amolli leur courage et les a conduits par les chemins fleuris du plaisir à la pire catastrophe de notre histoire. »

C’est pour remédier à ce manque que, dorénavant, tous les jeunes Français seront soumis à une éducation intégrale qui donne une large place à la formation du corps afin d’en faire « une jeunesse forte, saine de corps et d’esprit » (Philippe Pétain, allocution du 13 août 1940).

Le gouvernement de Vichy confie donc au champion de tennis basque Jean Borotra (1898-1994) le Commissariat général à l’Éducation générale et aux Sports (CGEGS) dont les objectifs éducatifs sont de « développer la santé, la formation du caractère et de l’énergie morale et physique, le goût de l’action et le sens de l’altruisme ».  Borotra entend « donner au pays une jeunesse robuste, à l’âme bien trempée » et complète notamment le dispositif de formation des enseignants d’éducation physique en créant un corps de moniteurs, inspiré du modèle allemand. Cet engouement pour le corps se répercute au sein de l’école, sous la forme d’une nouvelle discipline, l’éducation générale et sportive.

L’instruction officielle du 1er juin 1941 aux éducateurs est claire :

ÉDUCATEURS ,

La décadence d’un peuple commence lorsque ses élites, perdant le rude contact des hommes et des choses, ne sont plus capables de tendre toutes leurs forces corporelles et spirituelles vers l’action.

En complétant les disciplines de la classe par les disciplines du grand air, en faisant pratiquer à vos élèves et en pratiquant avec eux les activités d’Éducation générale qui doivent être liées au sport comme elles le sont à l’enseignement intellectuel, vous formerez des hommes robustes et équilibrés, vous serez les meilleurs artisans de la rénovation française.

La déclinaison niçoise des directives nationales

Depuis 1928, c’est le bijoutier Joseph Odet (1872-1970), président des Volontaires, société d’éducation physique et de préparation au service militaire, qui est l’adjoint aux Sports du maire de Nice. Durant les deux premiers mandats de Jean Médecin (1890-1965), il avait déjà beaucoup œuvré en faveur du sport à Nice, soutenant les clubs, notamment de rubgy, et favorisant la construction de stades. Le « projet d’organisation de la vie physique de la jeunesse française »  rédigé en août 1940 par le conseiller technique aux sports de la Ville de Nice, Laurent Brun (1893-1989), préparateur militaire, animateur de l’Union des sociétés sportives de Nice et ancien capitaine de la section water-polo du Gymnaste Club de Nice, est d’ailleurs une des sources d’inspiration de Borotra à la tête du CGEGS.

Le conseil municipal adopte donc le 10 février 1941 une délibération visant à la création de « centres scolaires d’éducation physique »  (CSEP) pour l’ensemble des bassins scolaires du territoire communal en application de la circulaire ministérielle du 20 janvier 1941.

Nice compte alors 109 écoles communales, deux écoles primaires supérieures et trois lycées représentant une population scolaire d’environ 25 000 élèves dans le public, auxquels viennent s’ajouter les quelque 3 000 élèves du privé.

 

Portrait de Joseph Odet, adjoint aux Sports, L’Eclaireur du dimanche, 14 avril 1929

Détail de l’en-tête d’un rapport sur l’éducation physique dans les écoles niçoises, juillet 1941 (Archives Nice Côte d’Azur, 4 M, cotation en cours)

Le stade du XVe-Corps

En 1941, seul le stade du XVe-Corps peut être considéré comme un véritable CSEP, les autres terrains ne comportant que des plateaux d’évolution et des jeux de football, basket et tennis.

Construit en 1937 le long du Paillon, sur la place du XVe-Corps, ce stade en avait également pris le nom, avant d’être renommé stade Jean-Bouin en 1951. Il a, depuis, laissé la place à la sortie de la voie Mathis et au complexe sportif Jean-Bouin.

Ce CSEP permettait d’accueillir les élèves de l’établissement privé Don-Bosco immédiatement voisin, ceux du lycée Masséna et les écoliers de Risso et Pauliani.

Les abords du stade du XVe-Corps [Jean-Bouin] et le Paillon en 1943, cliché du service photographique municipal (Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 6)

Séance d’éducation physique sur le stade du XVe-Corps [Jean-Bouin] en 1943. A l’arrière, Don-Bosco, cliché du service photographique municipal (Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 6)

Séance sur le stade du XVe-Corps [Jean-Bouin] en 1943, cliché du service photographique municipal (Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 6)

Le stade du XVe-Corps [Jean-Bouin] et le collège Don-Bosco en février 1968, cliché du service photographique municipal (Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1968/6)

Le stade du XVe-Corps [Jean-Bouin], le collège Don-Bosco et le Palais des Expositions en février 1969, cliché du service photographique municipal (Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1969/721)

Le stade du XVe-Corps [Jean-Bouin] en décembre 1969, cliché du service photographique municipal (Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1969/2353)

Le stade du XVe-Corps [Jean-Bouin] en décembre 1969, cliché du service photographique municipal (Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1969/2355)

Les nouveaux centres scolaires d’éducation physique

Pour compléter le dispositif, le projet de février 1941 prévoit la création de grands centres :

  • sur la propriété Véran à Pasteur,
  • au Ray, près du stade Saint-Maurice,
  • derrière le lycée du Parc-Impérial,
  • boulevard Franck-Pilatte,
  • à Saint-Roch,
  • à Saint-Augustin,
  • et sur le vallon de l’Oli.

Ces petits stades d’athlétisme doivent tous comporter des terrains pour les sports collectifs, notamment basket-ball, des plateaux d’évolution, des sautoirs (saut en hauteur et en longueur), un portique et un bloc vestiaires et sanitaires.

Des terrains plus modestes seront également aménagés au Château (pour les élèves de Saint-François-de-Paule, La Condamine et des Terrasses), sur la place Arson (élèves de Barla, Papon et Emmanuel-Philibert) et à La Madeleine-Supérieure (élèves des écoles de la Madeleine et de Saint-Pierre-d’Arène).

Le projet va évoluer au fil des difficultés ou des opportunités rencontrées, notamment lors des acquisitions foncières. On trouvera ainsi des terrains à Caucade, Saint-Isidore, Roland-Garros, Valrose ou Saint-Sylvestre, non cités dans le projet initial. 

 

Le CSEP du Parc-Impérial

Au nord et au sud du lycée du Parc-Impérial, dans le prolongement des acquisitions menées par la Ville au début des années 1920 pour l’implantation des terrains du Lawn Tennis Club, est prévu un vaste terrain de sport : sur l’emprise envisagée on retrouve l’actuel terrain du lycée mais également les bâtiments et la cour de récréation du collège.

Les abords du lycée du Parc-Impérial en 1941, cliché du service photographique municipal (Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 1)

Projet de CSEP au Parc-Impérial, 1941 (Archives Nice Côte d’Azur, 4 M, cotation en cours)

Le CSEP de la Californie

C’est à l’emplacement de l’actuel parc Phénix qu’est envisagé le grand complexe sportif scolaire de l’ouest de la ville, destiné à desservir l’ensemble des écoles jusqu’à l’école des Baumettes boulevard François-Grosso, distante de plus de 3,5 kilomètres.

Plan de situation du stade Saint-Augustin / Californie, 1941 (Archives Nice Côte d’Azur, 4 M, cotation en cours)

Basket, volley et piste d’obstacles, 1941 (Archives Nice Côte d’Azur, 4 M, cotation en cours)

Hand-ball, agrès, poutres, 1941 (Archives Nice Côte d’Azur, 4 M, cotation en cours)

Piscine, 1941 (Archives Nice Côte d’Azur, 4 M, cotation en cours)

Jardin des petits, 1941 (Archives Nice Côte d’Azur, 4 M, cotation en cours)

Le projet de CSEP : perspective avec au nord la piscine et au sud les jeux, avril 1942 (Archives Nice Côte d’Azur, 4 M, cotation en cours)

Le stade de l’Ariane

Ce stade est établi sur le vallon de l’Oli à La Trinité à destination des élèves de l’Ariane, du Mont-Gros et de Bon-Voyage.

Projet de portique avec agrès fixes et agrès mobiles pour le stade de l’Ariane, avril 1941 (Archives Nice Côte d’Azur, 4 M, cotation en cours)

Le portique sur le stade de l’Ariane le 22 mars 1943, cliché du service photographique municipal (Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 7)

Séance d’éducation physique sur le stade de l’Ariane le 22 mars 1943, cliché du service photographique municipal (Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 7)

Séance d’éducation physique sur le stade de l’Ariane le 22 mars 1943, cliché du service photographique municipal (Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 7)

Séance d’éducation physique sur le stade de l’Ariane le 22 mars 1943, cliché du service photographique municipal (Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 7)

Séance d’éducation physique sur le stade de l’Ariane le 22 mars 1943, cliché du service photographique municipal (Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 7)

Le stade de l’Ariane le 22 mars 1943, cliché du service photographique municipal (Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 7)

Projet de CSEP à Saint-Isidore, juillet 1942 (Archives Nice Côte d’Azur, 4 M, cotation en cours)

Un projet à Saint-Isidore

Un CSEP était prévu également à Saint-Isidore. La vue perspective conservée dans les archives est très similaire à la photographie des enfants sur le stade de l’Ariane avec entraînement martial devant le drapeau tricolore. On peut imaginer la classe entonnant Maréchal nous voilà…

Le CSEP de Saint-Sylvestre

Le terrain d’entraînement près du groupe scolaire de Saint-Sylvestre, avenue de la Passerelle, était déjà en projet en 1937. Sur le modèle classique des CSEP niçois, il comporte un plateau d’évolution avec drapeau tricolore, des terrains de basket, volley, saut en hauteur et en longueur, poutres d’équilibre, échelles de suspension, portiques et vestiaires.

Le CSEP de Saint-Sylvrestre, 1941 (Archives Nice Côte d’Azur, 4 M, cotation en cours)

Le stade de Valrose

Chemin de Valrose, à proximité immédiate du terrain cédé par la Ville à la Cité des aveugles de guerre, un terrain de sports est aménagé.

L’accès au stade de Valrose en 1943, cliché du service photographique municipal (Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 8)

Le stade de Valrose en 1943, cliché du service photographique municipal (Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 8)

Le stade de Valrose en 1943, cliché du service photographique municipal (Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 8)

Le stade de Valrose en 1943, cliché du service photographique municipal (Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 8)

Le stade de Valrose en 1943, cliché du service photographique municipal (Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 8)

Le stade de Valrose en 1943, cliché du service photographique municipal (Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 8)

Le terrain Roland-Garros

Un CSEP voit également le jour sur ce qui deviendra le plateau sportif du collège Roland-Garros, à Cimiez-Carabacel. On y reconnaît le portique standard avec ses agrès.

Le stade Roland-Garros en février 1949, cliché du service photographique municipal (Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 44)

Le stade Roland-Garros en février 1949, cliché du service photographique municipal (Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 44)

Le stade Roland-Garros en février 1949, cliché du service photographique municipal (Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 44)

Le stade de la place Arson

Prévu place Arson pour les enfants des écoles du port et de l’arrière-port (Port, Barla, Garneray, Papon, Emmanuel-Philibert), ce terrain sur lequel le conseiller technique Laurent Brun rêvait d’édifier un petit stade à la fois athlétique et nautique, se voit finalement amputé de deux plateaux d’évolution au profit de deux terrains de boules, sous la pression des clubs boulistes…

Note du conseiller technique Laurent Brun au secrétaire général de la Ville de Nice, avril 1941 (Archives Nice Côte d’Azur, 4 M, cotation en cours)

Plusieurs de ces stades ont perduré après la Libération. La Ville de Nice a réussi à la faveur du grand plan de 1941 à faire avancer certains projets d’installations sportives déjà lancés dans les années 1920-1940.

Et, dès 1946, sur l’initiative du Conseil national de la Résistance, un Congrès national des sports et du plein air tiendra ses assises à la Sorbonne afin de donner une place centrale à la question sportive dans le cadre de la reconstruction citoyenne de la Nation.

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