Nice accueille la coupe du monde de rugby

Dans le cadre des olympiades culturelles Paris 2024, les Archives Nice Côte d’Azur s’associent à la Grande collecte des archives du sport sur le territoire de la Métropole Nice Côte d’Azur. #GrandeCollecteSport

Vous avez des documents sur le rubgy à Nice : confiez-les nous !

La capitale azuréenne accueille, du 16 au 24 septembre 2023, plusieurs nations phares du rugby mondial qui se retrouveront au Stade de Nice.
C’est au stade des Arboras que l’équipe d’Ecosse a choisi d’effectuer, en juin et en août, ses stages pour la préparation de son match contre le XV de France.

Pour autant, la Côte d’Azur n’est pas une terre de rugby. Si les Niçois se passionnent pour le football, pratiquent tennis, cyclisme ou natation, le rugby n’y est pas aussi populaire que chez nos voisins toulonnais ou chez les Britanniques qui étaient nombreux à hiverner sur la Côte d’Azur au XIXe siècle, tel un certain Révérend William Webb Ellis (1806-1872), inventeur du rugby, mort à Menton et enterré au cimetière du Vieux-Château.

Michel de Tarnowsky (1870-1946), Prise de rubgy, vers 1900 (Archives Nice Côte d’Azur, 55 S 46, fonds Michel de Tarnowsky).

Le statuaire niçois d’origine russo-américaine a également réalisé un groupe de joueurs de basket, à l’époque où il séjournait aux Etats-Unis. Ces oeuvres sont sans doute conservées outre-Atlantique.

C’est en 1912 seulement, soit quarante ans après le décès d’Ellis, que le ballon ovale fait son entrée à Nice sous la bannière du Racing Rugby Club de Nice (RRCN).

Clubs niçois

 

Le Racing Rugby Club de Nice (RRCN)

Dans les années 1920, le RCC Nice présidé par Georges Olivier connaît quelques succès, par exemple en 1929 contre l’Ambrosiana de Milan. A l’époque, les frères Cenac, sélectionnés pour faire partie de l’équipe de France militaire, sont les meneurs du jeu niçois. En avants, les Niçois alignaient alors Pujade, Lavail, Boulvert, Bailbé ; en trois-quarts, Viala, Martignolles, Amouroux, Maders…

En championnat du littoral, le club affronte régulièrement le RC Toulon, une des quatre meilleures formations françaises du moment. Nice accueille aussi Bordeaux, Narbonne, Périgueux, Lyon, les Arlequins de Perpignan…

L’Eclaireur du dimanche, 1926

Le bijoutier Joseph Odet (1872-1970), président des Volontaires, société d’éducation physique et de préparation au service militaire, adjoint aux Sports de Jean Médecin de 1928 à 1941, va travailler avec le nouveau président du club, le médecin varois Adolphe Tourtou (1896-1943), à développer le rugby à Nice, y compris à l’international, par exemple en accueillant en 1930 l’équipe d’Oxford-University, ou en organisant des rencontres régulières contre des équipes italiennes.

Affiche de la rencontre Nice / Milan (Amatori) au stade du Bois-de-Boulogne, septembre 1933, placard imprimé (Archives Nice Côte d’Azur, 41 S 51, fonds du Comité des fêtes)

Portrait de Joseph Odet, adjoint aux Sports, L’Eclaireur du dimanche, 14 avril 1929

Le rugby amateur au travers d’un album photographique familial

Début 2023, les héritiers d’un couple de Niçois ont donné à la Ville de Nice un lot d’albums photographiques familiaux qui retracent la vie d’une famille « ordinaire » des années 1930 aux années 1970.

On y trouve notamment plusieurs portraits en rugbyman du fils de la famille, Claude Merighi (1939-2017), ainsi que des scènes d’entraînement, sur le stade Saint-Augustin, ou de matchs, notamment sur le stade du Ray, en 1959-1960, avant son départ pour le service militaire en Algérie.

Claude Merighi en 1959 (Archives Nice Côte d’Azur, 3 Fi 350, don Brun-Fighiera)

En 1971, l’arrivée d’un fort contingent toulonnais (les frères André et Daniel Herrero, Ballatore, Vadella, Sappa, Hache, Irastorza, Carreras, Fabien et Giabbiconi) en conflit avec leur club, suite à la défaite en finale du Bouclier de Brennus face à Béziers, propulse le RRC Nice du président Alfred Mearelli dans une nouvelle dimension. Les années 1970 à Nice, c’est l’époque où le football de Mario Innocentini, le rugby d’Alfred Mearelli, le basket-ball de Flo Bravi et René Pietruschi tiennent le haut de l’affiche sportive française.

Pour le rugby niçois, c’est une décennie de succès et de ferveur avec, en point d’orgue, trois titres en challenge de l’Espérance (1974, 1976, 1978), deux quarts de finale (1974, 1980) et une demi finale (1977) du championnat de France perdus, à chaque fois, face à Béziers.

Au début des années 1980, l’équipe niçoise est emmenée par une nouvelle génération (Buchet, Catoni, Orso, Charpentier, Pédeutour…), sous la conduite de Jean-Claude Ballatore. Le RCCN atteint, en 1983, la finale du championnat, une rencontre perdue 6-14 face à Béziers au Parc des Princes. En 1985, le club niçois décroche le challenge Du Manoir après avoir sorti le Stade Toulousain en demi-finale puis l’AS Montferrand lors du match décisif.

Présidé par Gaby Desgeorges et entraîné par Eric Buchet, le RRCN continue son aventure au sein de l’élite hexagonale.

Les années 1990 sont celles du déclin : le club redescend en Elite 2 puis en Promotion Nationale, avant d’être placé en liquidation judiciaire.

L’équipe du Racing Rugby Club de Nice (RRCN) en août 1978, cliché du service photographique de la Ville de Nice (Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1978/3435)

Le Racing Rugby Club de Nice à l’entraînement sur le stade Mearelli en mai 1983, cliché du service photographique de la Ville de Nice (Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1983)

Le Racing Rugby Club de Nice à l’entraînement sur le stade Mearelli en mai 1983, cliché du service photographique de la Ville de Nice (Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1983)

Le Racing Rugby Club de Nice posant sur le stade Mearelli en mai 1983, cliché du service photographique de la Ville de Nice (Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1983)

Photo de groupe de l’équipe du Racing Rugby Club de Nice sur le stade Mearelli en mai 1983, cliché du service photographique de la Ville de Nice (Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1983)

Le Racing Rugby Club de Nice à l’entraînement sur le stade Mearelli, 1983, cliché du service photographique de la Ville de Nice (Archives Nice Côte d’Azur, 1046 W 19)

Le Racing Rugby Club de Nice à l’entraînement sur le stade Mearelli, 1983, cliché du service photographique de la Ville de Nice (Archives Nice Côte d’Azur, 1046 W 19)

Plaquette publicitaire du Racing Rugby Club de Nice Côte d’Azur (RRCNA), années 1990 (Archives Nice Côte d’Azur, 874 W 29)

Le Nice Université Club

Après la liquidation judiciaire du Racing Rugby Club de Nice en janvier 2001, le Nice Université Club, fondé en 1967, s’associe au Nice Rugby Club pour constituer le Rugby Nice Côte d’Azur (RNCA). Le club passe de la division Honneur à la Fédérale 1, avant que de nouveaux ennuis financiers ne sonnent le glas de la structure en juin 2012

Le Stade niçois

Fondé en 2012, le Stade Niçois rejoint en juin 2018 l’élite du Rugby amateur. Il termine troisième de sa poule lors des deux premières saisons et intègre en 2020 le nouveau championnat de Nationale.

Violences et « mafia du rugby »

De graves incidents marquent, le dimanche 1er octobre 1972, le match Lavelanet (Ariège) / Nice, arrêté à la soixante-cinquième minute. La commission de discipline de la Fédération française de rugby (F.F.R.) réunie à Paris sanctionne les joueurs et les deux clubs mis en cause : trois joueurs du Racing Club de Nice (la deuxième ligne Sappa, la troisième ligne Hache et le talonneur Vadella) voient leur licence retirée jusqu’à nouvel ordre ; deux autres équipiers niçois (le demi d’ouverture Claude Lacaze et l’ailier Saint-Laurent) sont privés de leur licence respectivement pour deux et un matches. Les quinze joueurs niçois sont suspendus pour trois matches avec sursis et les quinze joueurs de Lavelanet pour un match avec sursis. La responsabilité de l’arrêt de la partie ayant été attribuée par la commission de discipline au club niçois, celui-ci est pénalisé de quatre points, privé de sa part sur la recette réalisée, non remboursé de ses frais de déplacement et de séjour à Lavelanet.

Après les sanctions prises à l’encontre de son club, le président du R.C. Nice, Alfred Mearelli, annonce sa démission pour protester contre « la mafia du rugby ». Pour Midi-Olympique, cette rencontre marque l’apothéose du « rugby western ».

« C’était avec Nice à Lavelanet, en 1972. Nous sommes tombés dans un véritable guet-apens. J’ai vu des gestes qui dépassent l’entendement, comme ces coups de pied donné à un de mes coéquipiers qui quittait le terrain, allongé sur une civière… Elle a duré soixante-cinq minutes, cette bagarre, du coup d’envoi jusqu’à ce que l’arbitre arrête ce match ! Nous avons aussi été agressés par le public et, en quittant le stade, notre bus a été caillassé. Nous avons dû coller nos sacs de sport contre les vitres pour éviter qu’elles n’explosent ! »

Jean-Claude Ballatore

Les derbys de la Côte d’Azur 

Après la défaite de 1971 du RC Toulon face à Béziers, les frères Herrero tout comme Ballatore avaient fait partie du groupe de dix joueurs qui quittèrent le club toulonnais pour signer au Racing Rugby Club de Nice. Herrero y reste jusqu’en 1976 puis, de 1976 à 1987, il enseigne à l’université de Nice. En 1983, il revient au RC Toulon en tant qu’entraîneur et conduit le club à un deuxième titre de champion de France en 1987.

Dans les années 1980, le derby entre les frères de la Côte d’Azur représentait une très grande affiche : le Nice de Jean-Claude Ballatore, finaliste en 1983, demi-finaliste en 1984, vainqueur du Challenge Du-Manoir en 1985, face au Toulon de Daniel Herrero.

C’est ainsi que le quart de finale Toulon-Nice au stade Vélodrome en 1985 sera choisi par le chaîne cryptée Canal Plus pour retransmettre son premier match en direct, commenté par un duo inédit : Charles Biétry et Patrick Sébastien. Les Niçois Orso, Buchet, Chabowski, François, Pédeutour, Trémouille… y affrontaient les Toulonnais Gallion, Champ, Diaz, B. Herrero, Doucet, Bianchi… Nice était le favori logique, bien que fragilisé par un match éprouvant contre Toulouse. Pieds nus sur le bord de touche, Daniel Herrero, criait à ses joueurs : « Soyez des diables ! Soyez des diables ! ». Nice sera le grand perdant de ce match et n’atteindra plus jamais ce niveau de compétition.

 

Daniel Herrero entraîneur du RC Toulon, lors d’un match au stade du Ray, cliché Philippe Emportès, Nice-Communication (Archives Nice Côte d’Azur, 1046 W 39)

Daniel Herrero entraîneur du RC Toulon, lors d’un match au Ray, cliché Philippe Emportès, Nice-Communication (Archives Nice Côte d’Azur, 1046 W 39)

Joueurs niçois

Le Toulonnais Jean-Claude Ballatore

Pilier français né à Toulon en 1947, Jean-Claude Ballatore, 1 m 82, a disputé la finale du Championnat de France avec Toulon en 1971 avant de rejoindre Nice où il finit sa carrière de joueur en 1979 avant de devenir l’entraîneur et directeur sportif du club, qu’il quitte ensuite pour rejoindre Toulon.

Diffusée sur Antenne 2 à partir de 1980, la série animée japonaise connue à l’international sous le nom de Captain Harlock, doit son titre français d’Albator à Ballatore. C’est l’auteur et interprète du générique, Eric Charden, qui est allé chercher dans le monde du rugby un nom plus évocateur pour le public français, rendant ainsi hommage au rugbyman toulonnais, « bien plus fort que la mort… ».

Eric Buchet

Né à Nice en novembre 1957, 1 m 90, assureur de métier, ce troisième ligne aile a atteint avec le Racing Rugby Club de Nice la finale du championnat de France en 1983 aux côtés de son frère Philippe.

Il a également été sélectionné cinq fois en équipe nationale (1980 et 1982).

Jean-François dit Jeff Tordo

Enfant de la Madeleine, né à Nice en 1964, 1 m 85, le talonneur Jeff Tordo, formé à Nice, joue deux ans au RC Toulon (1988-1990) puis revient, de 1990 à 1998, au RRC Nice afin de rejoindre, de 1998 à 2000, le CS Bourgoin-Jallieu qu’il entraîne ensuite pendant deux ans. « Le Frisé » est également sélectionné quinze fois en équipe nationale de 1991 à 1993. C’est l’entraîneur Pierre Berbizier qui l’intronise capitaine du XV de France (6 sélections). Vainqueur du Tournoi des Cinq Nations 1993, il est malheureusement, lors du premier match de la tournée de l’équipe de France en Afrique du Sud, blessé lors d’un regroupement par le pilier Gary Pagel, qui lui écrase le visage.

Stades

Du Bois-de-Boulogne aux Arboras

Pendant longtemps, le club niçois se contente d’un modeste terrain marécageux le long du Paillon.

Puis la Ville cherche à développer des équipements sportifs à l’ouest du territoire.

D’une part, en 1926, elle loue le terrain Fantino-Long, plus à l’ouest pour y implanter un terrain de rugby. C’est ainsi que, durant l’entre-deux-guerres, le RCC Nice foule le « ground » de ce stade du Bois-de-Boulogne.

D’autre part, elle rachète en octobre 1927 le terrain Bonfils, près de la cité Nice-Jardins, pour y bâtir le stade municipal de Saint-Augustin du Var et y implanter des courts de tennis, un stade, un terrain de football et un terrain de basket. 

Le stade Saint-Augustin est le terrain du Football Athlétic Club de Nice, notamment durant la courte période professionnelle du club lors de la saison 1933-1934. Il est doté d’une tribune latérale couverte ainsi que des gradins populaires, pour une capacité d’environ 3 000 personnes.

En 1975-1976, alors que le quartier Saint-Augustin connaît une urbanisation rapide, la Ville entreprend de moderniser les équipements sportifs de l’ouest niçois. Une piscine voit le jour près du stade du Bois-de-Boulogne et le stade Saint-Augustin devient la résidence du Racing Rugby Club de Nice. Il est rebaptisé stade Alfred-Mearelli, en hommage à l’ancien président du club décédé en septembre 1976.

 

Le stade Saint-Augustin sur la route de Grenoble en 1975, cliché du service photographique de la Ville de Nice (Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1975/4125)

Le Rugby Bar sur la route de Grenoble : prêt à accueillir la troisième mi-temps en 1972, cliché du service photographique de la Ville de Nice (Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1972/3769)

Tribune du stade Mearelli sur la route de Grenoble en 1996, cliché joint au permis de démolir (Archives Nice Côte d’Azur, 596 W 1)

Entrée du club au Stade Mearelli sur la route de Grenoble en 1996, cliché joint au permis de démolir (Archives Nice Côte d’Azur, 596 W 1)

En 1996, la Ville se lance dans la construction d’un stade dédié, aux Arboras, dans la plaine du Var. Ce nouveau stade accueille, depuis 2001, le Stade Niçois Rugby ainsi que l’équipe de football américain des Dauphins de Nice.

Le stade de Nice

D’une capacité de 35 983 places, l’antre de l’OGC Nice, club de football de Ligue 1, le Stade de Nice, inauguré en 2013, a été l’hôte de matchs de l’UEFA Euro 2016 et de la Coupe du Monde Féminine de la FIFA 2019TM.

Le 17 août 2019, l’enceinte accueille un test-match de rugby, en préparation de la Coupe du Monde de Rugby 2019 : un succès 32-3 de la France face à l’Écosse, avec notamment deux essais inscrits par Maxime Médard.

En voisin, le RC Toulon y dispute régulièrement des rencontres délocalisées de Top 14.

Quatre matchs de la Coupe du Monde de Rugby 2023 se joueront au Stade de Nice : Pays de Galles / Portugal, Angleterre / Japon, Italie / Uruguay et Écosse / Tonga.

Carnaval roi de la très grande mêlée

D’après Danilo Paparelli (1956), Sa Majesté Carnaval, Roi de la très grande mêlée, 2007 (photographie Annie Sidro) : le Président Jacques Chirac, supporter de la coupe du monde de rugby

En 2007, les organisateurs du 123e carnaval de Nice rendent hommage au président de la République Jacques Chirac en le nommant « Roi de la Très Grande Mêlée », symbolisant à la fois l’élection présidentielle – qui verra, le 6 mai 2007, son Premier Ministre, Nicolas Sarkozy, l’emporter au second tour contre la socialiste Ségolène Royal – et la coupe du monde de rugby à XV qui se déroule sur le sol français à l’automne 2007.

Portant le maillot du XV de France, ballon ovale dans la main gauche et soda dans la main droite, la poupée géante imaginée par l’Italien Danilo Paparelli, montée sur un des vingt chars du carnaval, est accompagnée de moulages comiques figurant l’épouse du Président, Bernadette Chirac, ou encore les candidates à l’élection présidentielle, Ségolène Royal (P.S.) et Arlette Laguiller (F.O.).

D’autres chars de la même édition évoquent l’araignée, les podiums, la troisième mi-temps, les blessures, etc. dans un imaginaire enchevêtrant mêlées rugbystiques et démêlés politiques.