Grande faucheuse du XIXe siècle, la tuberculose a fait des ravages dans le monde et qui rôde toujours…
Il va falloir attendre la mise au point du vaccin bilié des docteurs Albert Calmette et Camille Guérin (d’où l’acronyme BCG pour bilié Calmette-Guérin) en 1928 pour commencer à éradiquer la maladie, qui ne deviendra vraiment un mauvais souvenir, en France, que dans les années 1960, lorsque les campagnes de vaccination massives auront fait leur effet.
Né à Nice il y a 160 ans, Calmette est mort à Paris il y a 90 ans.
« Protégez vos poumons ». Affiche de la 40e campagne du Comité national contre la tuberculose et les maladies respiratoires, 1970.
Archives Nice Côte d’Azur, 7 Fi 1071
Le combat d’un médecin contre les infections
Médecin et bactériologiste militaire, Albert Calmette était né le 12 juillet 1863 à Nice, au palais de la Préfecture, trois ans après l’Annexion de Nice à la France, son père étant le chef de cabinet du préfet. Une plaque apposée sur le bâtiment, rue de la Préfecture, rappelle sa naissance.
En 1890, il suit un stage de bactériologie dans le laboratoire du docteur Émile Roux à Paris. Associé aux recherches de Louis Pasteur, il est chargé par ce dernier de fonder l’Institut Pasteur de Saïgon où il organise la production de vaccins contre la rage. Il se consacre à la toxicologie, qui vient de naître, en liaison étroite avec l’immunologie, et il étudie le venin des serpents et des abeilles, les poisons issus des plantes et le curare. Il organise également la production de vaccins contre la variole et la rage, et mène des recherches sur le choléra et sur la fermentation de l’opium et du riz.
En 1894, il revient en France et met au point les premiers anti-venins contre les morsures de serpent en utilisant des sérums de chevaux vaccinés et immunisés (sérum de Calmette) et participe également à la mise au point du premier sérum immunisant contre la peste bubonique (la peste noire), en collaboration avec Alexandre Yersin (1863-1943), qui avait découvert son agent pathogène, Yersinia pestis. Il se rend au Portugal pour étudier une épidémie à Porto et aider à la combattre.
Le docteur Calmette, caricature par Moloch parue dans la revue satirique Chanteclair, 1909.
À partir de 1895, et pendant 25 ans il assume la direction de l’Institut Pasteur de Lille. Il est élu à l’Académie de médecine en 1919, à l’Académie des sciences d’outre-mer en 1922 et à l’Académie des sciences en 1927. En 1908, il fait partie des membres fondateurs de la Société de pathologie exotique.
Comme tous les pasteuriens, Calmette était un grand défenseur de l’hygiénisme, militant notamment pour l’assainissement des villes, comme le figure cette caricature, la promiscuité dans les centres urbains et les égouts fétides à l’air libre étant des facteurs aggravants de toutes les maladies infectieuses.
Un monument commémoratif face à l’hôpital Saint-Roch
Le savant bactériologiste est mort le 29 octobre 1933 à Paris. Deux ans plus tard, sur l’initiative du docteur Fernand Barbary, membre correspondant de l’Académie de Médecine à Nice, il est envisagé d’ériger un monument à Albert Calmette dans sa ville natale, dont la réalisation est confiée à Louis Maubert (1875-1949).
Surnommé « le sculpteur des rois », le statuaire parisien était déjà l’auteur, à Nice, de la statue de la reine Victoria, devant le Régina à Cimiez, qui, là encore, faisait la belle aux petits Niçois remettant leurs bouquets à la souveraine britannique, de la statue de Gambetta, fondue durant la deuxième guerre mondiale, ou du buste de François Grosso.
Sur le socle du monument en pierre qui sera érigé en 1938 face à l’hôpital Saint-Roch, est inscrit : A ALBERT CALMETTE / SA VILLE NATALE / 8 AVRIL 1938 / SCULPTEUR LOUIS MAUBERT / ARCHITECTE ROBERT. L’originalité de la composition tient au choix de son thème central : les soignantes et non pas le médecin, qui ne figure qu’en médaillon, sous leurs pieds. C’est donc bien la représentation des deux infirmières, l’une tenant un bébé dans les bras, l’autre lui présentant une cuillère, que remarque le passant de la place Defly.
Le monument à Calmette, cliché Archives Nice Côte d’Azur-Eric Bertino, 2013
Journée Calmette, carte postale sans doute éditée au profit de la construction du monument.
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 919
Une carte postale éditée à l’occasion de la « journée Calmette » laisse à voir un projet différent, certainement trop coûteux.
Monument à la reine Victoria, carte postale, première moitié du XXe siècle.
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 481
Buste de François Grosso, cliché du sevrice photographique municipal, 1984.
Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1984/4610
Un nom pour le lycée de jeunes filles de Nice
On a aussi donné son nom au lycée de jeunes filles de Nice en 1962 : parmi ses élèves les plus brillantes, une future ministre de la Santé, Simone Veil (1974-1979 et 1993-1995).
Le lycée de jeunes filles, futur lycée Calmette, cliché du service photographique municipal, 1960.
Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 468
Simone Veil, ministre de la Santé, et ses anciennes condisciples du lycée de jeunes filles, en mairie de Nice, cliché du service photographique municipal, 1975.
Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1975/554
En savoir plus
- Calmette, pionnier de la médecine sociale, sur le site de l’Institut Pasteur
- Noël Bernard, La vie et l’œuvre d’Albert Calmette (1863-1933), Paris, Albin Michel, 1961
- L’interview du docteur Calmette au sujet de son vaccin contre la tuberculose dans l’Eclaireur du dimanche en février 1928.







