L’ancien directeur de l’Opéra de Nice, Pierre Médecin (1935-2026), vient de s’éteindre.
On lui doit notamment la « Diacosmie », outil de production de l’Opéra, dans la plaine du Var.
Sa vision exigeante du répertoire et de la troupe le place parmi les grands directeurs d’opéra français de la fin du XXe siècle.
Un musicien issu d’une grande famille niçoise
Lorsque Pierre vient au monde en 1935, son père, l’avocat Jean Médecin, a déjà effectué un premier mandat comme maire de Nice. Il est également député et conseiller général des Alpes-Maritimes.
Quant à sa mère, Amélia dite « Lita » Meyer (1897-1993), elle est la fille d’un couple d’hôteliers, Henrich Meyer et Madeleine Magnico.
L’Éclaireur du dimanche, 18 novembre 1923
Portrait de Jean Médecin, maire de Nice, photographie Ramalli parue dans L’Éclaireur du dimanche, 9 décembre 1928
Une formation wagnérienne
Après avoir étudié la direction d’orchestre avec Georges Lauweryns (1884-1960), Pierre Médecin, d’origine allemande par son grand-père maternel, devient assistant metteur en scène de Wieland Wagner (1917-1966) à Bayreuth en 1957.
Nice d’ailleurs partage cet amour pour le compositeur allemand puisqu’avant même la fin officielle de la Deuxième Guerre mondiale, au printemps 1945, on y donne Lohengrin et que Siegfried et Lohengrin y reviendront en 1948, berçant ainsi l’adolescence du jeune Pierre.
Conseiller artistique de Ferdinand Aymé
Pierre Médecin entre en 1959 à l’Opéra de Nice comme conseiller artistique du directeur Ferdinand Aymé (mort à Nîmes en 1982). Il est également professeur à l’Académie de musique de Nice.
Ses premières mises en scène sont pour les scènes estivales de la villa Valrose (Blaise le savetier en 1961) ou des Arènes de Cimiez (Die Meistersinger von Nürnberg en août 1961, avec des décors et costumes de Wladimir Jedrinsky). Il est aussi chorégraphe, avec le ballet Résurrection en quatre tableaux d’après Tolstoï, sur une musique d’Alexandre Tansman (1962).
Bientôt, il se voit confier la mise en scène de plusieurs productions sur le plateau du vénérable théâtre de l’Opéra, qu’il partage avec Léon Ferly.
On lui doit, dès 1963, un Pelléas et Mélisande ; en 1969, un Don Carlos et une Damnation de Faust. En 1970, il monte ses chers Wagner, une Walkyrie et un Siegfried. En 1972, le public niçois découvre son Don Juan ; en 1973, les Contes d’Hoffmann, l’Hérodiade et l’Annonce faite à Marie. C’est l’époque où Jean Blancon règne sur les ateliers de décors de l’Opéra de Nice, alors installés bien à l’étroit place du Pin.
Costumes de Jean Blancon pour La Damnation de Faust (mise en scène de P. Médecin), 1969.
Archives Nice Côte d’Azur, 2 R 19/1 à 6 (archives de la Diacosmie)
Eliane Manchet, photographie Liseg (Paris), s.d.
Archives Nice Côte d’Azur, 3 Fi 73/171
Son épouse, la soprano Eliane Manchet (1937-2008), figure régulièrement dans la distribution aux côtés, par exemple, de la mezzo niçoise Freda Betti (1924-1979).
Musicalement, Pierre Médecin plaide pour ouvrir le répertoire à la modernité : c’est donc à lui qu’on doit les premières françaises de Chostakovitch et Janacek.
Quant à ses mises en scène, alors révolutionnaires, elles sont axées sur une lecture psychanalytique et politique des œuvres. En 1977, il est hué par le public niçois pour avoir transposé le Mefistofele d’Arrigo Boito dans le Chicago des années 1930…
Directeur de l’Opéra de Nice (1983-1994)
Succédant à F. Aymé, Pierre Médecin œuvre pour hisser l’Opéra de Nice aux premiers rangs de la scène lyrique de France et faire de son orchestre philharmonique un ensemble instrumental renommé, tout en participant à une démocratisation du genre comme en témoigne, par exemple, l’organisation de cours d’amateur à l’Opéra.
En 1987, on célèbre ses 30 ans de carrière.
Portrait de Pierre Médecin, 1988, photographie Ville de Nice
Archives Nice Côte d’Azur, 1046 W 32/78 (fonds du service photographique municipal)
Pierre Médecin à l’œuvre, 1984, photographie Ville de Nice
Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1984/2606 (fonds du service photographique municipal)
Pierre Médecin avec Jacques Dacqmine, 1987, photographie Ville de Nice
Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1987/6797 (fonds du service photographique municipal)
Nuit à Venise en 1988 (mise en scène P. Médecin), photographie Ville de Nice
Archives Nice Côte d’Azur, 1044 W 44 (fonds de l’Opéra)
Fidelio en 1990 (mise en scène P. Médecin), photographie Ville de Nice
Archives Nice Côte d’Azur, 1044 W 50 (fonds de l’Opéra)
Wozzeck en 1990 (mise en scène P. Médecin), photographies Ville de Nice
Archives Nice Côte d’Azur, 1044 W 61 (fonds de l’Opéra)
La Flûte enchantée en 1991 (mise en scène P. Médecin), diapositives, Ville de Nice
Archives Nice Côte d’Azur, 1046 W 21/67 (fonds du service photographique municipal)
La Flûte enchantée en 1991 (mise en scène P. Médecin), photographies Ville de Nice
Archives Nice Côte d’Azur, 1044 W 67 (fonds de l’Opéra)
Cosi fan tutte en 1991 (mise en scène P. Médecin), photographies Ville de Nice
Archives Nice Côte d’Azur, 1044 W 66 (fonds de l’Opéra)
Costume de Ferdinando Bruni pour Dona Elvira dans Don Giovanni, 1991 (mise en scène : Louis Erlo)
Archives Nice Côte d’Azur, 1156 W 7/15 (archives de la Diacosmie)
Pierre Médecin défend des projets d’envergure, comme le Ring de Wagner, qu’il avait souvent mis en scène et qu’il choisit de confier en 1988 au jeune Daniel Mesguich (né en 1952). Avec lui, pour le bicentenaire de Mozart en 1991, l’Opéra de Nice présente au public la quasi intégralité des opéras du compositeur autrichien, cycle ambitieux et mémorable.
Ayant réformé l’orchestre, Pierre Médecin réussit à convaincre son vieil ami bavarois Wolfgang Sawallisch (1923-2013) de venir le diriger et c’est aussi lui qui fait débuter, en France, le chef britannique Jeffrey Tate (1943-2017).
L’outil de production de l’Opéra : la Diacosmie
La construction de l’outil de production de la « Diacosmie » dans la zone d’aménagement de la plaine du Var était le préalable indispensable à ce renouveau de l’Opéra de Nice. Du mot grec « diakosmos » qui signifie « décor », le bâtiment est inauguré le 18 juin 1987.
Directeur exigeant, capable de tonner en cas de désaccord, Pierre Médecin connaît tous les métiers d’un théâtre lyrique, parlant d’égal à égal avec le machiniste, le choriste comme le musicien d’orchestre. Pour la conception de ce centre de production de l’Opéra de Nice, regroupant dans un même bâtiment les fonctions d’étude, de construction, de création, de stockage et de répétition, il s’est appuyé sur l’expérience de ses équipes et, notamment, sur les conseils du chef décorateur Jean Blancon.
Complexe de 22.000 m², unique en France, la « Diacosmie » est donc le laboratoire de création de l’Opéra. Elle regroupe les ateliers de fabrication de décors, de costumes et d’accessoires de scène, un bureau d’études, des studios de répétitions pour les musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Nice, les artistes du Chœur de l’Opéra et les danseurs du Ballet Nice Méditerranée.
Plateau de répétition pour l’orchestre à la Diacosmie, 1987
Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1987/2812 (cliché du service photographique municipal)
Les décors
Deux ateliers de 40 m x 40 m permettent de passer, dans les meilleures conditions, du projet à la réalisation des décors des ouvrages lyriques et chorégraphiques. Situés l’un au dessus de l’autre, ces plateaux sont équipés de machines performantes, d’un outillage très moderne et d’un dispositif automatique d’aspiration de sciures et de copeaux.
À chaque niveau, des ateliers annexes sont reliés à ces plateaux : au rez-de-chaussée, la menuiserie lourde et la ferronnerie ; au niveau supérieur, la menuiserie légère, la sculpture, la tapisserie et le laboratoire de peinture appelé « la Sorbonne ».
Au rez-de-chaussée, la hauteur sous plafond de 7,50 m permet, dans l’atelier de fabrication, l’assemblage sur les structures fer des châssis bois, tandis que l’atelier de peinture, de même surface et de 5 m de haut, est utilisé pour peindre des fonds de grandes dimensions.
Les planchers en bois facilitent la fixation au sol des toiles à peindre. Des passerelles franchissent les ateliers et donnent une vue d’ensemble sur le travail en cours. Les escaliers en volute relient les deux niveaux. Aucun pilier de soutènement n’arrête le regard. La façade vitrée assure un éclairage naturel.
Atelier des décors à la Diacosmie, 1987
Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1987/2810 (cliché du service photographique municipal)
Atelier des décors à la Diacosmie, 1987
Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1987/2809 (cliché du service photographique municipal)
Peinture de décors à la Diacosmie, 1996
Archives Nice Côte d’Azur, 859 W 26125 (cliché du service photographique municipal)
Les costumes
La Diacosmie compte, en outre, deux ateliers de fabrication de 130 m² chacun.
Le premier espace, situé au niveau des scènes de répétitions, est destiné à la coupe, à la mise aux mesures des costumes, ainsi qu’aux transformations nécessaires aux reprises d’anciennes productions.
Le second espace, à l’étage supérieur, permet de poursuivre la confection des nouveaux costumes. Dans ce lieu, de nombreuses machines piquent, cousent, ourlent et boutonnent. C’est ici qu’exerce la modiste, réalisant avec plumes et toiles fortes les coiffes, chapeaux ou diadèmes. La passementerie est conservée dans de grands tiroirs spécialement aménagés.
Plus haut encore, un atelier accessoires, une buanderie, un atelier de perruques et sa réserve complètent l’ensemble.
Une envergure nationale
Pierre Médecin quitte Nice en 1994 pour prendre la direction de l’Opéra-Comique à Paris, remplaçant Thierry Fouquet. Le nouveau directeur ouvre le théâtre parisien à des productions venues d’opéras de province, s’applique à y faire inviter un nombre significatif de jeunes chanteurs français et à y abriter des coproductions d’opéras baroques. C’est une scène qu’il connaissait pour y avoir monté Béatrice et Bénédict en 1966 ou Katia Kabanova en 1968.
Dès les années 1960, Pierre Médecin avait joué sur cette complémentarité entre scènes en région (maison de la Culture de Grenoble, Grand Théâtre de Bordeaux, Théâtre des Arts de Rouen, Théâtre de Nancy, Opéra de Lille, etc.).
Ayant pris sa retraite de directeur d’opéra, il poursuit sa carrière de metteur en scène avec, notamment, en 2005, à la Scala de Milan un Pelléas et Mélisande de Claude Debussy puis, en 2006, un Arabella de Richard Strauss au Capitole de Toulouse.
Son carnet d’adresses lui a valu de présider la Chambre professionnelle des directions d’opéra (CPDO) à partir de 1999 ou encore le Conseil national de la scénographie.
Pierre Médecin aux Archives de Nice
- Le fonds du service photographique municipal
- Les affiches d’opéra
- Les archives de l’Opéra de Nice :
- première partie et ateliers des décors avant 1983
- deuxième partie, depuis 1983
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