Il y a soixante ans, disparition de Jean Médecin

Cyril de la Patellière, Portrait de Jean Médecin, 1998 (Archives Nice Côte d’Azur, 32 Fi 30, don de l’artiste)

Le maire de Nice Jean Médecin s’est éteint le 18 décembre 1965, dans sa propriété de l’Aire-Saint-Michel, il y a soixante ans. Il repose au cimetière de Gairaut dans le caveau de famille de cette dynastie niçoise. La principale artère de la ville, avenue du Prince-Impérial puis de la Gare, puis de la Victoire, porte son nom depuis 1966, au lendemain de son décès.

Cet avocat avait été maire de Nice (1928-1943 et 1947-1965), député (1932-1939 et 1945-1962), sénateur (1939-1944), président du conseil général des Alpes-Maritimes (1951-1961), conseiller municipal (1925-1928), conseiller général du canton de Sospel (1931-1944) puis du 4ᵉ canton de Nice (1945-1961).

Jean Médecin a accompagné plusieurs générations de Niçois. Sous ses différents mandats, Nice aura connu de profondes mutations socio-économiques et culturelles, fruits d’un essor démographique sans précédent (184 440 habitants en 1926, 219 550 en 1931, 244 360 en 1954 et enfin 322 540 en 1968).

L’alliance du barreau et de l’hôtellerie

Jean Médecin est issu d’une vieille famille niçoise de la paroisse Sainte-Réparate, sa branche paternelle étant venue à Nice depuis Villefranche-sur-Mer dans le deuxième quart du XIXᵉ siècle. Il est notamment apparenté aux négociants Gautier, bâtisseurs de la place Cassini (Île-de-Beauté), au médecin Alexandre Baréty ou au journaliste Dominique Durandy. Son père, Alexandre Médecin (1852-1911), maire de Villefranche-sur-Mer, était lui aussi avocat (il a été bâtonnier de Nice) et investi dans l’action publique : une place de Nice-Nord, quartier dont il était conseiller général, porte son nom. Jean et ses deux frères sont de la « génération du feu », celle à jamais meurtrie par la Première Guerre mondiale. Xavier, de trois ans son aîné, est tombé dès le début de la guerre à Malancourt dans la Meuse et son nom figure sur le monument aux morts de Nice. Jean a été décoré de la Légion d’honneur et de la Croix de guerre pour sa conduite exemplaire au feu.

Monument aux morts : la Guerre, sculpture d’Alfred Janniot. Photographie années 1930.
Archives Nice Côte d’Azur, 3 Fi 14/41

Nice – William’s Hotel (rue Hôtel-des-Postes). Carte postale Arts graphiques (Nice) • [1920-1940]

Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 364

À l’instar de son prédécesseur à la Chambre, Édouard Grinda, Jean Médecin a épousé en 1923 une hôtelière, Amélia dite « Lita » Meyer (1897-1993). Son beau-père, le Saxon Heinrich Ferdinand Wilhelm Meyer (1850-1941), était arrivé à la fin du XIXᵉ siècle à Nice où il avait épousé la fille d’un boucher, Madeleine Magnico (1867-1954), et fondé le Palace-Hôtel, rue Alphonse-Karr. Citoyen français et propriétaire d’hôtel dès 1890, il abandonne bientôt son patronyme germanique pour sa traduction anglaise, William. Début XXᵉ, il achète l’hôtel Millet, rue Cotta (aujourd’hui : Maréchal-Joffre), qu’il rebaptise William-Palace Hôtel ; en 1912-1913, il aménage le Palace Hôtel, place Magenta/rue Alphonse-Karr, avec « tout le confort moderne » ; en 1925, il dirige l’hôtel Métropole avec son épouse. Après le décès de leur fils Henri (1891-1928), leur fille Lita Médecin devient l’unique héritière de l’ensemble hôtelier familial.

L’Éclaireur du dimanche, 18 novembre 1923

L’entre-deux-guerres

Portrait de Jean Médecin, photographie Ramalli parue dans L’Éclaireur du dimanche, 9 décembre 1928

Ami des arts et des lettres

Alexandre Mari, Pierre Martin et Jean Médecin, détail du trombinoscope de la nouvelle municipalité paru dans L’Éclaireur du dimanche, 10 mai 1925

Aux élections municipales de mai 1925, Jean Médecin figure sur la liste d’Alexandre Mari. Le maire en fait son adjoint aux Beaux-Arts à une période où la Ville fait l’acquisition de plusieurs villas destinées à devenir les grands établissements culturels qui faisaient défaut à la cité : villa Rambourg (bibliothèque municipale), villa Thompson (musée des Beaux-Arts), villa Masséna (musée d’art et d’histoire).

Un de ses fils, Pierre, sera musicien : la famille baigne dans une solide culture classique.

Musée des Beaux-Arts. Façade. Carte postale Giletta
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 543 (don Louis Cappatti)

Musée des Beaux-Arts. Vestibule. Carte postale Giletta
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 528 (don Louis Cappatti)

Musée des Beaux-Arts. Salle Fenaille. Carte postale Giletta
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 521 (don Louis Cappatti)

Musée Masséna. Salle des portraits. Carte postale Giletta
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 543 (don Louis Cappatti)

Musée Masséna : collection de costumes niçois. Carte postale Giletta
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 528 (don Louis Cappatti)

Façade nord du musée Masséna, carte postale Giletta
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 521 (don Louis Cappatti)

Édouard Fer, décoration de la bibliothèque municipale de Nice.
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 10 (don Louis Cappatti)

Aménagement de la villa Rambourg en bibliothèque municipale
Archives Nice Côte d’Azur, série M (cotation en cours)

Une fois devenu maire, Jean Médecin continuera à défendre la vie intellectuelle niçoise. C’est ainsi que, en 1933, il soutient le projet des universitaires Louis Trotabas et Maurice Mignon à l’origine du Centre universitaire méditerranéen (CUM), puis, dans les années 1960, l’éclosion de l’université de Nice (facultés de droit, puis de lettres, de médecine, de sciences). Une résidence universitaire porte son nom pour célébrer son attachement au développement d’une vie estudiantine à Nice.

Le 27ᵉ congrès national des étudiants de France, 1938
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 287 (don Louis Cappatti)

La salle des actes du centre universitaire méditerranéen
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 271 (don Louis Cappatti)

De l’hôtel de ville au Palais-Bourbon

Alexandre Mari ayant essuyé une cuisante défaite aux cantonales d’octobre 1928 face au fils du promoteur Alfred Donadei, il est contraint de démissionner de son fauteuil de maire et c’est son adjoint, Jean Médecin, qui lui succède, avant de mener sa propre liste aux municipales de 1929. En 1935, Médecin entame un deuxième mandat à la tête de la mairie de Nice.

Entre temps, il a été élu député au siège du médecin Grinda. Cependant, le maire de Nice, absorbé par la gestion locale, participe peu au travail parlementaire – il sera député, puis sénateur, de 1932 à 1962 – et n’accomplit pas une grande carrière ministérielle.

Un farouche anticommuniste

Les élections législatives de 1936 sont marquées, à Nice comme ailleurs, par une irruption de la gauche dans le paysage politique, incarnée par l’élection du candidat communiste Virgile Barel (1889-1979) qui bat, au second tour, le docteur Vidal-Revel, tandis que Cannes élit son camarade Henri Pourtalet (1899-1974). 

Face à la montée du « péril communiste », Jacques Doriot (1898-1945) fonde, le 28 juin 1936, à Saint-Denis le Parti populaire français (PPF), qui connaît un succès notable dans les Alpes-Maritimes avec sept sections actives : 5 000 adhérents à Nice (« fédération A » en rive gauche du Var) et plus de 7 000 à Grasse (« fédération B » en rive droite). L’appui donné au parti naissant par le député-maire de Nice et le grand quotidien conservateur L’Éclaireur de Nice traduit le trouble de la droite niçoise effrayée par la victoire du Front populaire.

Victoire du Front populaire : défilé du Parti communiste, section Nice-Saint-Roch. – Laugier Charles. Reporter-photographe, 8 avenue Félix-Faure, Nice • 1936
Archives Nice Côte d’Azur, 3 Fi 9

S’il n’adhère pas lui-même, Jean Médecin aide en effet de tout son poids le jeune parti et place à la tête de la « fédération A » un de ses amis, Robert Viers (1896-1973), président du syndicat de la petite et moyenne hôtellerie. Il encourage ensuite son entourage politique à rejoindre le PPF, conseil suivi par de nombreux employés municipaux, dont Francis Palmero, ou le secrétaire général de la mairie, François Sattegna. Le bureau fédéral comprend les avocats Georges Bensa et Jacques Rouffet, le docteur Faraut, les hommes d’affaires Paul Letainturier et Paul Camous. La première grande réunion du Parti populaire français a lieu le 12 juillet 1936 à Nice, au Palais des Fêtes. Les anciens Croix-de-Feu adhèrent en masse après la dissolution de la Ligue en 1937.

Extension et embellissement de la ville

Les projets de développement urbain, portés par la nouvelle municipalité élue en décembre 1928, se heurtent à trois questions préoccupantes en matière d’hygiène : l’extension de la distribution d’eau jusqu’aux limites de la commune, l’assainissement des quartiers suburbains et celui de la baie des Anges (indispensable pour promouvoir le tourisme estival !) et enfin la suppression des fumées. Sur les conseils de Vincent Arnaud, ancien directeur des services techniques de la Ville et ancien président et administrateur-délégué des Tramways niçois, la Ville recrute successivement comme directeurs généraux des services techniques deux polytechniciens, ingénieurs des Ponts et Chaussées, Georges Sainflou (1891-1936) puis Marcel Kirchner (1893-1948).

C’est la municipalité de Jean Médecin qui doit mener à bien les travaux du plan d’extension et d’embellissement dit « Cornudet ».

Plan de zonage avec indication des espaces libres et édifices publics. • 1931
Archives Nice Côte d’Azur, 1 Fi 7/2

Le Paillon : de l’embouchure au Palais des Expositions

La couverture du Paillon est un projet de longue haleine mené depuis le XIXᵉ siècle. Après-guerre, les travaux reprennent ; l’esplanade entre le boulevard Risso et la place du XVᵉ Corps est inaugurée en 1931. Mais le projet de Palais des Expositions de Labbé et Nénot n’aboutit pas et il faut attendre le 9 mars 1957 pour visiter la XIIIᵉ Foire de Nice en son nouvel édifice dédié sous les voûtes de béton (275 000 m²) conçues par les architectes Richard et Michel Laugier.

Projet de Paul Labbé et Gaston Nénot pour un palais des Expositions sur le Paillon, années 1930.
Archives Nice Côte d’Azur, 1 Fi 264

Sur l’espace intermédiaire, achevé en 1893, Jean Médecin vient inaugurer, le 3 janvier 1934, une gare des autobus marquant la fin de l’âge du tramway au profit du transport routier.

La nouvelle gare des autobus. Carte postale Munier.
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 589 (don Louis Cappatti)

Le chantier des voûtes du Paillon en 1953.
Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W (fonds du service photographique municipal)

Le littoral et l’essor du balnéaire

Cédant aux sirènes de la modernité, Nice renouvelle son offre touristique et s’ouvre très largement aux visiteurs américains en proposant désormais une saison d’été en sus de la traditionnelle saison d’hiver. Seul un élargissement des voies de circulation va permettre d’accueillir le flot des voitures automobiles : la Promenade des Anglais est amputée d’une dizaine de mètres, et se trouve, à partir de 1931, de plain-pied avec la chaussée, ornée d’un mobilier urbain entièrement repensé (pergolas, fontaines lumineuses, candélabres). C’est à une véritable « ville-boulevard » ou Beach-boulevard que la promenade maritime donne alors naissance, forme urbaine originale fondée sur un urbanisme spéculatif, qui rappelle la logique du square et du boulevard, conduisant à une urbanisation rapide et linéaire du littoral. Ainsi, le milliardaire Jay Gould construit un nouveau casino, le Palais de la Méditerranée, déclassant d’emblée la vieille Jetée-Promenade tandis que plusieurs immeubles d’architecture Art déco s’élèvent le long de la mer et des grandes artères de la cité. 

Demande de la société immobilière Lichtenstein pour construire un immeuble (auj. Le Forum), à l’angle du boulevard Gambetta et de la promenade des Anglais. Façade sur la Promenade. • décembre 1931
Archives Nice Côte d’Azur, 2 T 668/111

Élargissement de la Promenade des Anglais sous la direction de l’ingénieur Georges Sainflou. Cliché Gilletta, 1930.
Archives Nice Côte d’Azur, 1 OP 1

Nice – La Promenade des Anglais. Carte postale Belles Editions Françaises (Nice) – A.D.I.A. (Nice) • [ca 1933]
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 859

Les quartiers périphériques

Face à l’accroissement démographique, la ville s’étend vers le nord et l’est de la ville. L’automobile s’impose comme moyen de transport et il faut donc adapter la nouvelle voirie aux contraintes de la circulation des véhicules individuels se démocratisant peu à peu, mais aussi et surtout celle des poids lourds qui assurent le transport des marchandises et des voyageurs. C’est ainsi que sont percés les grands boulevards (Saint-Roch, Cessole…) et que l’ensemble des artères est élargi.

Parfait symbole des transformations du paysage niçois, le boulevard central de Saint-Roch, percé en 1936 au travers de la plaine Saint-Roch, est décrit comme l’« épine dorsale d’un quartier au développement incessant », « la voie de pénétration par excellence », « le grand débouché nord-sud du quartier », enclavé entre deux routes nationales, celle de Turin et celle de Gênes.

« Le nouveau boulevard est en quelque sorte « l’épine dorsale » de ce quartier de Saint-Roch, dont la population a augmenté considérablement et qui va en se développant chaque jour. Le boulevard constitue la liaison naturelle entre les quartiers de l’Est de la ville et de la vallée du Paillon. Cette artère comprend deux sections distinctes : une grande ligne droite de 800 mètres, prolongeant le boulevard Bischoffsheim, puis au-delà d’une vaste place encore en achèvement, une autre ligne droite de 500 mètres légèrement inclinée vers l’ouest, soit au total 1 300 mètres. De jeunes plants de platanes ont été disposés sur toute la longueur du boulevard. Pour lui donner plus d’allure, deux chaussées ont été aménagées dans la première section. Deux trottoirs de 6 mètres bordent les chaussées à droite et à gauche. C’est donc un ensemble de 30 mètres qui fait du boulevard Saint-Roch l’artère la plus large de Nice. Dans la deuxième section, la largeur de la chaussée unique est de 12 mètres, mais l’ensemble reste d’une largeur de 30 mètres, car on a prévu deux trottoirs de 9 mètres qui seront ombragés par deux rangées d’arbres. Par ailleurs dans le sous-sol du boulevard Central de Saint-Roch a été prévu tout un réseau d’égouts, aqueducs, canalisations d’eau, de gaz et d’électricité. »

Le Petit Niçois, 22 juin 1937

Le sport

C’est dans l’entre-deux-guerres qu’explose le nombre de clubs de football et de licenciés tandis que le cyclisme, le rugby ou la natation continuent d’attirer de nombreux pratiquants.

L’aménagement de nouveaux terrains est autant le fruit d’initiatives privées de clubs que de réalisations municipales, à la faveur d’une politique sportive affirmée, sous l’impulsion du bijoutier Joseph Odet, adjoint aux Sports de Jean Médecin de 1928 à 1941, puis de Laurent Brun, instigateur des centres scolaires d’éducation physique sous le régime de Vichy.

La création du stade Jean-Bouin, place du XVᵉ Corps, dote le centre-ville du plateau sportif qui lui manquait.

Pour rappeler son attachement à la pratique sportive, la Ville a d’ailleurs donné le nom de « Jean-Médecin » à la piscine édifiée, à partir de 1962, sur le site de l’ancien vélodrome Magnan.

Stade du XVᵉ Corps. • 1943
Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 6 (fonds du service photographique municipal)

Portrait de Joseph Odet, adjoint aux Sports, L’Éclaireur du dimanche, 14 avril 1929

Nice et Vichy : la « fille aînée de la Révolution nationale »

1940 – la défaite : adhésion au maréchalisme

Le 10 juillet 1940, le Parlement réuni à Bordeaux en pleine débâcle militaire vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain qui a succédé à Paul Reynaud comme président du Conseil le 16 juin. Pour les Alpes-Maritimes, les députés Léon Baréty et Jacques Bounin et les sénateurs Louis Louis-Dreyfus et Jean Médecin votent pour ; seul le député Jean Hennessy vote contre. Trois députés ne peuvent prendre part au scrutin (le socialiste Édouard Jonas et les communistes Virgile Barel et Henri Pourtalet).

La « Révolution nationale », portée par le régime qui se met en place à Vichy à la faveur de ce coup d’État, déploie une idéologie nationaliste en premier lieu « négative » (antisémite, anticommuniste, antiparlementariste, antirépublicaine, xénophobe, anticapitaliste et antidémocratique) mais promeut également des valeurs « positives », censées renvoyer à ce qui fait la « vraie » France. Au cœur des politiques et des représentations de Vichy, on retrouve ainsi le travail [manuel] (artisanat et paysannerie), la famille [nombreuse] (cellule de base de la société, sous l’autorité du père) et la patrie, teintée de militarisme avec la mise en place de la Légion française des combattants. L’école doit être libérée de l’influence des instituteurs républicains pour inculquer la nouvelle discipline et préparer la jeunesse, comme le pays, à un avenir plus heureux.

Sous la houlette de son maire, Nice devient « la fille aînée de la Révolution nationale » et travaille à appliquer le programme de Vichy.

« Notre dévouement ne va pas seulement au Maréchal Pétain, mais à son Gouvernement, à son programme. Il ne fait qu’un.
Notre adhésion est entière, car l’intérêt national le commande comme il commanderait de le défendre sans faillir contre les derniers incrédules et les agents malveillants. »

Jean Médecin, maire de Nice, devant le conseil municipal réuni le 22 juin 1941

Rue du Vieux-Nice pavoisée avec des portraits du maréchal Pétain à l’occasion de la fête de Jeanne d’Arc, mai 1941. Cliché Dulac (Nice)
Archives Nice Côte d’Azur, 3 Fi 10

Place Masséna, effigie de Jeanne d’Arc, mai 1941. Cliché Dognibene (Nice)
Archives Nice Côte d’Azur, 3 Fi 10

Centre sportif d’éducation physique de l’Ariane, 1943
Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 7 (fonds du service photographique municipal)

Le procès-verbal d’installation du nouveau conseil municipal de Nice et l’allocution du préfet régional Marcel Ribière le 22 juillet 1941 prouvent l’adhésion pleine et entière de la Ville de Nice aux orientations politiques du nouveau régime et la volonté de profiter de la situation privilégiée de la cité, en zone libre, pour devenir actrice de cette révolution nationale. Certaines lois, comme celle du 15 juin 1943, rejoignent les préoccupations niçoises d’avant et d’après-guerre en matière d’urbanisme.

Jean Médecin inscrit donc les programmes de la municipalité dans la politique de « redressement national » portée par le gouvernement de Vichy : travaux routiers, d’assainissement, de construction d’équipements sportifs, etc. C’est en 1940 que Marcel Kirchner, directeur général des services techniques, prend la décision de faire construire une voie de dégagement vers le nord et l’ouest, future autoroute urbaine sud, connue sous le nom de « voie Pierre-Mathis » par les Niçois qui l’empruntent au quotidien. Sont réalisés, en 1940, des travaux de raccordement du vallon de la Bornala à la route nationale de Grenoble et, entre 1941 et 1943, les premiers travaux d’aménagement du cimetière de l’Est ; la couverture du Paillon et celle du Magnan se poursuivent à la même époque ; un système séparatif eaux usées/eaux pluviales se met en place en 1941 ; on commence la construction de l’aqueduc de la plaine du Var en 1942 (chantier Contesso), etc.

1942 – l’occupation italienne, une désillusion

« Nizza a noi ! ». Le 10 juin 1940, du haut du balcon du palais Venezia à Rome, Mussolini annonce l’entrée en guerre de l’Italie aux côtés de l’Allemagne d’Hitler contre la France et l’Angleterre, espérant ainsi conquérir Nice, la Savoie, la Corse et la Tunisie, qu’il considère comme italiennes. Un deuxième front s’ouvre alors dans les Alpes. Très nombreux dans les Alpes-Maritimes, les Italiens et descendants d’Italiens, qui avaient combattu aux côtés de la France entre 1915 et 1918, sont partagés face à ce « coup de poignard dans le dos ». Après la défaite française, l’Italie annexe Menton (mais pas Nice).

« L’Italie que nous avons aidée à conquérir ses libertés ; l’Italie unie à la France par des origines communes et d’innombrables liens de culture et de sang, l’Italie qui, depuis 50 ans, nous envoyait le trop-plein de sa population laborieuse ; l’Italie dont nous avons traité les enfants comme nos frères, leur accordant les mêmes avantages, la même protection, les mêmes droits à l’assistance sous toutes ses formes. »

Jean Médecin, maire de Nice, lors du conseil municipal réuni le 6 juillet 1940 en séance extraordinaire

Lorsque la 4ᵉ armée italienne du général piémontais Mario Vercellino (1879-1961) vient occuper Nice et les Alpes-Maritimes en novembre 1942, à la suite de l’opération « Torch » et du débarquement allié en Afrique du Nord, c’est une franche hostilité qui s’installe entre l’officier et l’élu.
En juillet 1943, les autorités d’occupation dénoncent « sa solidarité à l’égard des adversaires de l’Axe et sa résolution de contrecarrer toute initiative de collaboration », le rendant responsable des coups de main de la Résistance.

Comando 4ª Armata. Bando. Dispositions relatives à la sécurité militaire et à l’ordre public signées du général Mario Vercellino, 1943. Placard imprimé bilingue (détail)
Archives Nice Côte d’Azur, 7 Fi 306

Jean Médecin est alors destitué par le gouvernement de Vichy, assigné à résidence, d’abord à Avignon puis à Annot (Basses-Alpes), et enfin arrêté puis transféré dans une forteresse de Belfort d’où il est libéré par l’avance des alliés en septembre 1944 – ce qui lui vaudra d’être blanchi par le comité départemental de la Libération des accusations de collaboration et lui permettra de revenir en politique après-guerre.

Les années 1950-1960 : le « Roi Jean »

Ayant retrouvé ses mandats de député et de conseiller général et repris la mairie à la faveur des élections de 1947, Jean Médecin est également, entre 1951 et 1961, président du conseil général des Alpes-Maritimes. On commence alors à le surnommer « le Roi Jean ». De mars 1955 à janvier 1956, il est secrétaire d’État à la présidence du Conseil, chargé des rapports avec le Parlement, dans le gouvernement Edgar Faure II. Mais c’est bien dans la gestion des affaires locales qu’il préfère s’investir.

Jean Médecin, années 1950-1960
Archives de la Ville de Nice (fonds du protocole)

Le tourisme

La municipalité Cotta avait déjà travaillé à relancer la machine touristique indispensable au relèvement économique de la ville. Jean Médecin va y consacrer toute son énergie dès son retour au pouvoir, tant à la tête de la Ville qu’à la tête du Département, mais aussi, au niveau national, comme président de l’éphémère Centre national du tourisme (1949-1952) puis président délégué du Conseil supérieur du tourisme. Il est ainsi l’organisateur du congrès national du tourisme à Nice en mars 1952. Il avait déjà constaté, dans les années 1930, le renouvellement de la clientèle touristique au profit d’une clientèle « moyenne » et de touristes « nationaux ».

Affiche Nice Soleil Fleurs éditée par le Commissariat général au tourisme, 1962.
Nice. Bibliothèque municipale

Dans la lignée de la commande passée à Matisse par l’UMAM en 1949, Médecin propose à Marc Chagall de créer une affiche pour la ville. Le peintre représente la baie des Anges, plongée dans une lumière azuréenne. Au-dessus de la ville, veille, telle une déesse tutélaire, une gracieuse sirène tenant un flamboyant bouquet de fleurs. Sous l’image, figurent ces quelques mots manuscrits : Nice Soleil Fleurs accompagnés de la signature de l’artiste. Éditée en 1962 par le Commissariat général du Tourisme, l’affiche, « la plus belle carte de visite que pouvait désirer Nice », selon Jean Médecin, a été diffusée dans les pays étrangers afin de promouvoir Nice et la Côte d’Azur. Le magistral ensemble de gouaches préparatoires est exposé en 1962 au musée Masséna.

Le développement urbain

Le brutal décès de Marcel Kirchner en 1948 n’interrompt pas la politique de modernisation de la cité. Entre 1947 et 1952, un nouveau schéma directeur est établi pour l’aménagement de la ville, connu sous le nom de « plan Aublet », du nom de l’urbaniste Louis Aublet (1901-1980). En 1956, un nouvel ingénieur X-Ponts est recruté pour diriger les services techniques : Pierre Mathis (1908-1994). L’aménagement du Palais des Expositions sur le Paillon puis des nouveaux abattoirs, à l’est, de l’aéroport et du marché d’intérêt national, à l’ouest, marquent l’empreinte des « Trente Glorieuses » dans le paysage urbain niçois.

Le Palais des Expositions, fin des années 1950.
Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 293 (cliché du service photographique municipal)

Les abattoirs frigorifiques, 1960.
Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 168 (cliché du service photographique municipal)

L’aéroport de Nice, années 1960.
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 8220

« Jean l’Africain » et les rapatriés d’Afrique du Nord

À la fin de son dernier mandat, Jean Médecin doit faire face à l’arrivée massive de nouveaux habitants : d’abord issus des protectorats du Maroc et de Tunisie, les rapatriés arrivent en masse à Nice après l’indépendance de l’Algérie. Très favorable à leur intégration, au contraire du maire de Marseille, Médecin est surnommé par la presse « Pied-Noir » « Jean l’Africain » : il relaie le combat des rapatriés pour l’amnistie et pour l’indemnisation, s’assurant leur fidélité électorale.

Une de la revue Midi, n° 1, mai 1965
Archives Nice Côte d’Azur, 73 PER 1965

En mai 1965, trois rapatriés font leur entrée au conseil municipal de Nice, élus sur sa liste : l’Oranais Francis Jouhaud (1919-2019), avocat au barreau de Nice ; un autre avocat, Maurice Slama (1913-1993), originaire de Tunis, secrétaire général de l’Association nationale des Français d’Afrique du Nord, d’Outre-mer et de leurs amis, figure en vue de la communauté juive ; et enfin l’expert maritime, capitaine au long cours, Marcel Izembart, né à Alger. Les deux premiers deviennent adjoints au maire.

Parmi les opposants défaits, le général aviateur Louis Delfino, candidat gaulliste.

Après le décès de Jean Médecin, la succession est difficile et, finalement, c’est son fils Jacques, journaliste, qui s’installe à la mairie en février 1966, ayant emporté l’élection contre le colonel Bouvier, ancien adjoint de son père. La presse remarque alors qu’il devient maire à l’âge de 38 ans, l’âge qu’avait Jean lors de sa première élection, en 1928…

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