Le Gym’ a 120 ans

Retour sur plus d’un siècle d’histoire du football à Nice alors que le stade Allianz Riviera s’apprête à accueillir six matchs olympiques :

  • Mercredi 24 juillet, à 17 h : Guinée – Nouvelle Zélande (hommes)
  • Jeudi 25 juillet, 21 h : Etats-Unis – Zambie (femmes)
  • Samedi 27 juillet, 21 h : France – Guinée (hommes)
  • Dimanche 28 juillet, 19 h : Australie – Zambie (femmes)
  • Mardi 30 juillet, 17 h : Maroc – Irak (hommes)
  • Mercredi 31 juillet, 21 h : Colombie – Canada (femmes)

et que l’OGC Nice fête son 120e anniversaire

Dans le cadre des olympiades culturelles Paris 2024, les Archives Nice Côte d’Azur s’associent à la Grande collecte des archives du sport sur le territoire de la Métropole Nice Côte d’Azur. #GrandeCollecteSport

Vous avez des documents sur le football à Nice : confiez-les nous !

L’Eclaireur du dimanche, 4 septembre 1927

Aux origines du football niçois

Si le Gymnaste Club de Nice (GCN) a été fondé il y a 120 ans, le 9 juillet 1904, c’est quatre années plus tard seulement  qu’une section football est créée.

D’autres clubs de football avaient préexisté à Nice, notamment le pionnier, le Football Vélo Club de Nice –FVCN, né en 1897. En 1899, le club se dote des couleurs rouge et noire. Il prend ensuite le nom de Football Club Libertas (1912), puis Football Athlétic Club (1913) avant de fusionner avec le Gallia Sports de Nice pour devenir Gallia Football Athlétic Club de Nice – GFAC, au début de l’année 1919.

De son côté, en 1904, le GCN est un club omnisports. Quatre ans plus tard, le 6 juillet 1908, il se divise en deux entités distinctes : la section « boules » qui conserve le nom et reste affiliée à la Fédération Sportive des Alpes Maritimes – FSAM ; et toutes les autres sections, qui vont adhérer à l’Union des Sociétés Françaises de Sports Athlétiques – USFSA, sous le nom de Gymnastes Amateurs Club de Nice – GACN.

L’USFSA, après avoir attiré en son sein tous les clubs de football de la région, a pu mettre sur pieds un championnat local. En maillot bleu et noir, les footballeurs du GACN entraînés par Louis Maria, participent à ce championnat. Il faudra quatre saisons aux footballeurs pour pouvoir atteindre la première série, qui était alors la plus haute division locale. Après une interruption liée à la guerre, le développement du Gym se poursuit et il devient le plus puissant club omnisports de Nice et de ses environs, absorbant, en septembre 1919, le vieux Gallia et adoptant ses couleurs rouge et noire.

A l’époque, le district de la Côte-d’Azur dépend de la Ligue du Sud-Est de la Football-Association et comprend 25 sociétés, capables de mettre sur pied quelque 70 équipes, soit près de 800 joueurs. A Nice, le football ne cesse de prospérer avec six clubs (Football Amateur Club – FAC, International Football Club de Nice – IFCN, Avant-Garde Gauloise de Nice – AGGN, Jeune France de Nice, etc.) même s’il est encore bien moins populaire que le cyclisme.

Le 19 septembre 1920, le Gym débute en Coupe de France, seule épreuve nationale alors organisée, par une victoire 4-1 sur l’Herculis de Monaco. Le 22 décembre 1924, le club rajoute « Olympique » à son nom et devient donc OGC Nice.

L’équipe gagnante face à l’Olympique lyonnais, L’Eclaireur du dimanche, 7 novembre 1926
Les « rouge et noir » sont alors entraînés par Maurice Goëtschel, manager. Parmi les joueurs : F. Barnoin, les internationaux Nyul et Mistral, Anelli (ailier-droit). 

Défaite de l’OGC Nice menée par Crut, face à Marseille, L’Eclaireur du dimanche, 8 décembre 1929

L’équipe de l’OGC Nice, L’Eclaireur du dimanche, 4 octobre 1925

Enfants jouant au foot sur le stade Bob-Rémond à Saint-Roch, 1983

L’équipe de l’OGC Nice au stade Saint-Maurice, L’Eclaireur du dimanche, 10 avril 1927

En quête de terrain

Les débuts du football sont difficiles à Nice. Les premières rencontres ont lieu sur les champs de tir, les vélodromes (Vallon des Fleurs, Chambrun) ou de petits terrains à l’ouest de Nice (Var, Californie), qu’il faut aussi disputer aux rugbymen.

C’est dans l’entre-deux-guerres qu’explose le nombre de clubs de football et de licenciés. L’aménagement de nouveaux terrains est autant le fruit d’initiatives privées de clubs que de réalisations municipales, à la faveur d’une politique sportive affirmée, sous l’impulsion du bijoutier Joseph Odet, adjoint aux Sports de Jean Médecin de 1928 à 1941, puis de Laurent Brun, instigateur des CSEP sous le régime de Vichy.

Les terrains municipaux

Seul terrain municipal au début des années 1920, le terrain de la Californie, au lieu-dit des Grenouillères, est doublé d’un second stade municipal, toujours à l’ouest, stade Saint-Augustin-du-Var [aujourd’hui stade Mearelli], à proximité de la gare ferroviaire de Saint-Augustin.

C’est en octobre 1927 que la Ville fait l’acquisition du terrain Bonfils, près de la cité Nice-Jardins, pour y bâtir ce nouveau stade municipal qui comprendra des courts de tennis, une piste d’athlétisme, un terrain de football et un terrain de basket. Le stade Saint-Augustin est le terrain du Football Amateur Club de Nice, notamment durant la courte période professionnelle du club lors de la saison 1933-1934. Il bénéficie d’une tribune latérale couverte ainsi que des gradins populaires, pour une capacité d’environ 3 000 personnes.

En 1935, les terrains de Saint-Roch et du vallon de l’Oli [sur La Trinité] dotent l’est de la commune de deux nouvelles aires de jeu. En centre-ville, la place du XVᵉ Corps est réaménagée en terrain de sports [futur stade Jean-Bouin].

Jeunes footballeurs sur le stade de l’Oli en octobre 1976. Cliché du service photographique de la Ville de Nice.
Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1976/4113

Enfants jouant au foot sur le stade Bob-Rémond à Saint-Roch, 1983

Animation sportive municipale sur le stade Bob-Rémond à Saint-Roch en avril 1983. Cliché du service photographique de la Ville de Nice.
Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1983/2155

Les terrains privés des clubs

Face à la pénurie de terrain d’entraînement, les clubs aménagent leurs propres stades : en 1919, l’International Football Club de Nice à l’Arénas ; en 1921, l’Avant-Garde Gauloise de Nice sur l’ancien Vélodrome du Vallon des Fleurs ; en 1925, la Jeune France de Nice, le stade du Bois-de-Boulogne, sur la route de Grenoble.

De plus en plus à l’étroit au stade de la Californie et déplorant le mauvais état chronique de ce terrain, les dirigeants de l’OGC Nice entreprennent de trouver pour leur club une enceinte sportive conforme à leurs ambitions. Ils obtiennent en 1926 une subvention municipale afin de construire, dans le quartier Saint Maurice, sur l’ancienne propriété de l’horticulteur Auguste Hyacinthe Gal, leur propre stade, qui est inauguré le 30 janvier 1927. 
Le choix de cet emplacement, à proximité du Parc Chambrun et le long de la route du Ray, trouve un écho favorable auprès des Niçois jusqu’alors habitués à se déplacer à l’ouest de la cité pour assister aux matches de football comme de rugby. Le stade est desservi par deux lignes de tramways et des services d’autobus. Le terrain est doté sur sa partie ouest d’une tribune en ciment armé de 300 places. Afin d’accueillir convenablement les spectateurs, des gradins sont installés tandis que, sous la tribune, de spacieux vestiaires avec douches, lavabos et des salles de secrétariat sont réalisés.

En 1934, un projet grandiose de stade-vélodrome sur l’avenue Gravier reste sans suite. 

Demande de permis de construire un stade vélodrome avenue du Ray, avenue Gravier, quartier Saint-Maurice, 1934 (Archives Nice-Côte d’Azur, 2 T 756/94 n° 2)

Demande de permis de construire un stade vélodrome avenue du Ray, avenue Gravier, quartier Saint-Maurice, 1934 (Archives Nice-Côte d’Azur, 2 T 756/94 n° 5)

Le stade du Ray : temple du football niçois

Après guerre, la Ville devient propriétaire du stade de Saint-Maurice rebaptisé stade Léo-Lagrange en 1947, nom officiel qui ne s’imposera jamais puisque c’est sous celui de stade du Ray que l’enceinte du Gym est connue. Les services municipaux y réalisent des aménagements considérables qui coïncident avec le retour du Gym dans l’élite du football professionnel français et avec la décennie glorieuse des années 1950 : une tribune d’honneur couverte de 3 000 places est édifiée sur la partie est, avant que la tribune ouest ne fasse l’objet d’une reconstruction quelques années plus tard. La tribune Ouest est encore reconstruite dans les années 1970 portant la capacité du stade à 28 000 places. Cependant, le stade vieillit mal avec les années et la tribune est être sérieusement mise à mal par les « bombes agricoles » des supporters corses lors du match Nice-Bastia en 1990. La tribune est ainsi détruite en 1994 pour laisser finalement place à quatre modules en tubulaires, dont la mise en place est achevée en 1996. Enfin, en 2002, une partie haute, en tubulaires également, est ajoutée à la tribune nord, portant ainsi la capacité du stade à 18 500 places.

Travaux de 1948 (clichés du service photographique municipal)

Le stade en 1960 (clichés du service photographique municipal)

L’éclairage du stade en 1972 (clichés du service photographique municipal)

Le Grand Stade (Allianz-Riviera)

Les années Jacques Médecin voient la réalisation de deux infrastructures sportives majeures : le complexe sportif Jean-Bouin, avec la disparition de l’ancien stade Jean-Bouin, et, à l’ouest, sur la Plaine du Var, la naissance d’un grand parc des Sports, baptisé Charles-Ehrmann en l’honneur du député, adjoint au Maire en charge des Sports. C’est là que l’OGC Nice déménage son siège et son centre d’entraînement en 2017.

Il manquait encore à la fin du XXe siècle un stade de football susceptible d’accueillir de grands événements mondiaux. Les concours lancés par le réaménagement du Ray montrent l’impossibilité du projet sur site ; c’est donc dans cette même plaine du Var, à Saint-Isidore, qu’est édifié l’Allianz Riviera, imaginé par l’architecte français de renommée internationale Jean-Michel Wilmotte. Inaugurée en 2013, l’enceinte de 36 178 places permet de recevoir l’UEFA Euro 2016™, la Coupe du Monde Féminine de la FIFA, France 2019™, le départ de la 3e étape du tour de France 2020, les 1/2 Finales du Top 14 2022, de nombreux matchs internationaux de sélections nationales et de clubs de football et de rugby, des grands concerts, des salons et des séminaires. Pensé tel un « chaudron » anglo-saxon, tout le stade offre une vue exceptionnelle sur le terrain pour le plus grand plaisir des spectateurs ; il a reçu le prix The International Architecture Awards 2014.

Les exploits des années 1950

Les premiers exploits arrivent grâce à la Coupe de France. Deux saisons consécutivement (1930-1931 et 1931-1932), l’OGC Nice parvient en demi-finale et, dans la foulée, adhère au professionnalisme. Sous Vichy, le club devient l’équipe fédérale Nice-Côte d’Azur (dix joueurs niçois, six cannois, trois « hors région »). A deux doigts de disparaître après guerre, l’OGC doit sa survie au maire socialiste de Nice, Jacques Cotta (1908-1971), qui lui rachète le stade Saint-Maurice et débloque une grosse subvention afin de monter une équipe compétitive. Un grand club va naître avec les Amalfi, Belver, Bengtsson, Ben Tifour, Bonifaci, Carré, Courteaux, Firoud, Germain, Pedini, Rossi… Renforcée par Domingo, Nurenberg, Poitevin et Gonzalez, elle va rapporter sa première Coupe de France en 1952 sur la promenade des Anglais. Suivie d’une deuxième en 1954 grâce à l’apport des « nouveaux » : Cuissard, Fontaine, Fronzoni, Hairabedian, Huguet, Mahjoub.

L’ancien joueur argentin Luis Carniglia, passé entraîneur pour deux saisons (1955-1956 et 1956-1957), mène l’OGC Nice à son troisième titre en 1956 avec une équipe renouvelée (Abderrazak, Bonvin, Ruben Bravo, Colonna, Martinez, Milazzo, Ujlaki) pour conforter les « anciens » (Fronzoni, Gonzalez, Nurenberg et Poitevin) toujours fidèles au poste. Jean Luciano, ancien joueur niçois, reprend le flambeau entre 1957 et 1962 et incorpore des jeunes de l’équipe réserve qu’il entraînait. Nouveau succès pour les Alba, Barrou, Chorda, Cornu, Lamia et Scanella qui, complétés par Ferry, Foix, Milazzo, Muro et les « anciens » Gonzalez et Nurenberg, vont donner à Nice son quatrième titre de champion en 1959. Le club est aussi finaliste de la Coupe Latine en 1952 et quart de finaliste de la Coupe d’Europe des Clubs Champions en 1957

Match Nice / Cannes (Archives Nice-Côte d’Azur, 24 Fi)

L’entraîneur Jean Luciano (1921-1997) et ses jeunes joueurs (Archives Nice-Côte d’Azur, 24 Fi)

Victor Nuremberg (1930-2010) (Archives Nice-Côte d’Azur, 24 Fi)

Just Fontaine (1933-2023), 5 avril 1954 (Archives Nice-Côte d’Azur, 24 Fi)

Vestiaire après une victoire (Archives Nice-Côte d’Azur, 24 Fi)

L’équipe à la fin des années 1960 (Archives Nice-Côte d’Azur, 24 Fi)

La fin des années 1960 voient les rapatriés d’Afrique du Nord arriver en masse dans le football niçois. L’OGC Nice attire ainsi Jean-Paul Lacasa, venu du Sporting Club de Bel-Abbès et surtout Yvon Giner, né en 1936 à Arzew, surnommé « le Pied-Noir aux pieds d’or », lui aussi sélectionné dans l’équipe d’Oranie à l’adolescence, et qui, après avoir fait un essai concluant au Gym, avait préféré, du haut de ses 20 ans et de son mètre 75, rentrer en Algérie jusqu’à ce que la guerre le conduise à revoir sa position : le milieu de terrain choisit alors le club niçois même si de nombreux autres clubs de métropole étaient intéressés. Il jouera 238 matchs de championnat sous le maillot rouge et noir, marquant 47 buts entre 1959 et 1967, et devient l’idole des Pieds-Noirs mais aussi des supporters niçois.

Yvon Giner (1936-2020) dans les vestiaires (Archives Nice-Côte d’Azur, 24 Fi 413)

Georges Lamia (1933-2014) dans les airs (Archives Nice-Côte d’Azur, 24 Fi 633)

Dans les cages du Gym, un autre Pied-Noir, Georges Lamia, formé à la Calle (Constantine), surnommé « Le Diable » : après des débuts à Bône, il débarque dans l’Hexagone en 1956 et rejoint l’OGC Nice. En 1959, gardien emblématique des cages niçoises, il est un des acteurs majeurs du titre de champion de France obtenu par les Aiglons. Avec eux, il dispute 246 matchs entre 1956 et 1964 et compte également sept sélections en équipe de France entre 1959 et 1962.

Le temps des déboires

Petit à petit, le club va perdre pied et descendre en deuxième division en 1964. Roger Lœuillet, président de 1969 à 1981, réussit à attirer au Gym les meilleurs joueurs français (Adams, Huck, Guillou, Molitor, Revelli) et certains parmi les meilleurs européens (Eriksson, Katalinski, Van Dijk), les associant à une excellente génération « niçoise » (Baratelli, Isnard, Roger Jouve, Loubet, Sanchez, Serrus, Zambelli). Mais cette équipe, pourtant composée presqu’exclusivement d’internationaux, n’accroche que deux fois la deuxième place du championnat. Et si le club atteint la finale de la Coupe de France en 1978, il est finalement battu par Nancy sur un but de Michel Platini. 

Mario Innocentini, qui préside le Gym entre 1981 et 1991, réussit à reconstituer une belle équipe avec les Amitrano, Barraja, Hervé Blanc, Daniel Bravo, Bruzzichezzi, Buscher, Curbelo, Dominguez, Gentili, Joly, Larsson, Marguerite…, sous la houlette de l’entraîneur Jean Sérafin. Mais le club se voit rétrograder, pour son très important déficit financier, par la Direction nationale de contrôle et de gestion. Au bord de la liquidation, l’OGC Nice est repris par André Boïs et devient l’Olympique Gymnaste Club de Nice-Côte d’Azur fin 1991. En 1997, le Gym remporte une nouvelle coupe de France, aux tirs au but contre Guingamp.

Char Le football au carnaval de Nice, 1997 (Archives Nice-Côte d’Azur, 859 W 28289 – fonds du service photographique municipal)

Retour sur une campagne de recueil de témoignages oraux (2003-2004)

A l’occasion du centenaire de l’OGC Nice en 2004, les Archives municipales de Nice avaient lancé une grande collecte d’archives privées, préfiguratrice de la Grande Collecte des archives du sport 2023-2024, et recueilli une série de témoignages oraux auprès de dirigeants, joueurs et supporters, afin de mieux cerner le rôle des différents acteurs qui participent à la vie du club, l’ambiance dans le stade et la place de l’OGC Nice dans la cité.

Les archivistes avaient opté pour un entretien semi-directif : l’enquêteur pose des questions au témoin et laisse à ce dernier le temps de développer son récit. L’enquêteur intervient essentiellement quand le témoin part dans des digressions qui n’apportent pas d’informations supplémentaires à l’entretien. Cette méthode implique d’avoir préparé une trame d’entretien qui nécessite de connaître la biographie de son interlocuteur ou tout au moins les points essentiels. La trame d’entretien sert essentiellement de fil conducteur ; elle est évolutive en fonction des informations recueillies.

A la suite de ces entretiens, des grands thèmes se sont dégagés : deux matchs qui ont marqué la mémoire des joueurs et du club ; l’engouement des supporters, leur rôle et leurs rapports avec les joueurs ; le métier de dirigeant ; l’importance de l’entraîneur ; la part de l’OGC Nice dans le sport niçois ; le tout agrémenté par diverses anecdotes.

Quelques extraits…

Roger Sabena (1923-2010)

L’OGC Nice durant la saison 1942-1943 (coll. part. Roger Sabena)

Les déplacements durant la guerre :

Nous partions le vendredi soir, quand ce n’était pas le matin et passions toute la nuit en 3e classe (train) sur des banquettes en bois et on jouait aux cartes. Parfois, on était en vrac, alors on tirait au sort pour savoir qui dormirait. C’était infernal. On arrivait à Paris, on reprenait le train pour Nantes ou ailleurs. On arrivait parfois le samedi soir, on jouait le match et on repartait pour Paris pour arriver le lundi matin (à Nice). C’était un désastre.

Nice / Toulon :

Le match gagné contre Toulon, nous y avons pensé toute la semaine. Cinq cars de supporters sont venus à Mayol. La prime de match était de 150 frs. Les supporters ont fait la quête dans le car et nous ont donné 3 000 frs. chacun. À l’époque c’était fabuleux. Erreur de Pettanaro, qui avait joué à Nice, but de Fassone. Pettanaro lui court derrière, Frusta le protège.

Les chaussures de foot :

Je vais vous dire quand j’ai fait ma communion, mes parents, mes amis, m’ont donné des sous. J’avais 50 frs. Je suis parti. Je suis allé chez Altari, j’ai acheté des chaussures de football. J’avais ça dans la peau.

Léon Rossi (1923-2007)

L’OGC Nice durant la saison 1950-1951 (coll. part. Léon Rossi)

Le Gym en 1949 après l’intervention du maire Jacques Cotta :

Il faut croire qu’il y avait quelque chose de changé ! J’ai eu la chance de rester. Tous les joueurs sont partis sauf quatre, c’est peu. Donc il fallait rester et faire l’équipe avec ce qu’on avait. Des dirigeants sont arrivés et se sont mis au travail. Petit à petit nous avons relevé la tête. Il y a eu par exemple Désir Carré qui était un très bon joueur mais n’était pas de la vieille équipe. Je lui ai cédé la place de capitaine. C’est avec des joueurs comme lui, comme Pedini, qu’on a pu relever l’équipe.

Le club sans dirigeant après la guerre :

Oui, durant six mois. Nous avons fait une réunion entre joueurs professionnels, dans un petit restaurant de la rue de France et à l’issue de la réunion, nous avons décidé, à l’unanimité de continuer. Ça n’était pas facile. Nous avons ensuite réussi à avoir la Mairie avec nous, grâce à Sattegna. Sattegna avait du poids à la Mairie.

Sattegna président :

Il est devenu président, oui. De Marseille où je faisais mon service militaire, il m’a fait venir à Nice. Il fallait un certain poids pour obtenir ça à l’époque. Je prenais le train pour venir jouer le dimanche et je repartais le lendemain.

Arrière mais tireur de pénalty :

C’est vrai. À l’époque, l’entraîneur était Andoire. Je n’étais pas là pour tirer les pénaltys mais lors de la formation, personne ne voulait le faire alors après les entraînements le matin, je prenais les deux paquets de ballons et continuais à m’entraîner avec l’aide du gardien de but. Je frappais des pénaltys, une fois à droite, une fois à gauche. À force de m’entraîner, je suis arrivé à ne plus avoir peur de tirer les pénaltys. Je les tirais comme si je mangeais des cacahuètes.

Léon Rossi, entraîneur :

Quand on est entraîneur, on peut faire beaucoup de choses et faire jouer l’équipe à sa guise mais il faut être capable de le faire. Certains entraîneurs ne le sont pas et dans ce cas, il fut laisser la place. Quand, je suis devenu entraîneur, j’avais pas mal d’expérience, qui m’a servi. Les joueurs me respectaient. Il ne me faisaient pas peur.

René Bocchi (1929-2012)

Vie professionnelle et vie privée :

La vie privée se fait par rapport à la vie professionnelle. Celle de footballeur est un métier, si l’on veut, mais avec un certain plaisir que peu de métiers peuvent donner. Gagner sa vie en faisant un sport et en prenant du plaisir, c’est bien. Tout se fait par rapport au métier, la famille vit par rapport à ça.

Journalistes : des articles élogieux

C’est normal (en riant) ! J’ai la chance d’être Niçois, du quartier, je connais beaucoup de monde à Nice et je pense avoir aussi toujours mouillé mon maillot sur le terrain. Parce que c’est mon tempérament et que ma famille m’a montré cet exemple.

Les supporters : une affection particulière

Oui, il y avait une affection particulière mais je pense que si j’avais été Canadien ou autre chose, ça aurait été pareil. Du moment qu’on mouille le maillot, les supporters sont reconnaissant envers les joueurs.

Les arbitres : corrects ?

En général, je pense oui. Ça s’équilibre toujours. À mon époque, les rapports que j’avais avec les arbitres, aucun problème, on pouvait toujours discuter. Aujourd’hui, c’est plus difficile. J’ai l’impression que ce sont les arbitres qui sont les stars et les joueurs passent après. Les arbitres ne discutent plus, ils sortent les cartons alors les joueurs ne disent plus rien, même s’ils ont raison. Il n’y a plus de discussion, c’est dommage. Il m’arrive de revoir certains anciens arbitres, rarement mais ça m’arrive, comme Wurtz, on peut discuter ! Sans pour autant dire qu’ils aient été meilleurs que ceux d’aujourd’hui, ce sont des professionnels, mais on pouvait discuter. J’aime discuter.

Culture de l’OGC Nice :

Il faudrait qu’il existe une culture. J’ai eu de la chance de débuter avec une grosse équipe, mais les supporters de l’époque étaient plus difficiles. On recherchait l’efficacité et le beau jeu. Il fallait faire les deux. Aujourd’hui, il y a un engouement extraordinaire. Je dis bravo. Est-ce que dû à la Coupe du Monde, qui a permis à de nombreuses personnes de découvrir le football ? Les supporters à Nice sont extraordinaires. Ils sont élevés au plus haut.

Des souvenirs :

J’ai parfois des flashs. C’est extraordinaire ! Avoir assisté à des parties de cartes, le soir, avec des grands joueurs, Adams, Baratelli, etc., c’était fantastique ! Nous avions un respect pour les joueurs professionnels et internationaux. À 18 ans, je faisais tout, on me disais d’aller chercher un truc, j’y allais. Pour un peu je leur cirais les chaussures. Aujourd’hui, je ne pense pas que ça existe.

Regard sur les supporters de l’OGC Nice :

Ils sont de plus en plus nombreux. C’est fantastique. Les matchs se préparent. L’un de mes deux fils est supporter, l’autre l’a été. Il existe certains trucs que je n’aime pas, mais ceux sont des jeunes ! Mais en général, je trouve ça plutôt bon pour Nice. Je pense que les joueurs sont conscients de l’amours des supporters pour l’O.G.C. Nice et pour Nice. On voit pas mal de slogans niçois qu’on ne voyait plus.

Mario Innocentini (1936-2014)

Mario Innocentini en 2004 (cliché Ville de Nice)

J’étais un très grand joueur de la place Arson, l’OGC Nice a été ma passion depuis l’âge de 9 ans, avec des voisins de Riquier, nous montions à pied, le dimanche au stade du Ray. Nous partions à 11 heures parce que le match avait lieu à 15 heures. Voilà, l’OGC Nice a toujours été ma passion. Un jour, j’étais dans mon bureau et j’ai reçu un appel de Francis Giordan, à l’époque, premier adjoint de Jacques Médecin, qui m’a convoqué à la mairie où Jacques Médecin voulait à tout prix me rencontrer. À mon arrivée, j’étais à peine assis qu’on m’a dit, tu es le président de l’OGC Nice. Ce jour là, heureusement que j’étais assis, si j’avais été debout, je me serais cassé la colonne vertébrale tellement j’ai été surpris de cette décision. J’ai accepté parce que l’OGC Nice a toujours été ma passion depuis les années 45 et je n’avais jamais raté un match de 45 à 80 quand je suis arrivé à l’OGC Nice.

Les joueurs :

Ils étaient d’abord mes amis. Mais l’entraîneur était présent quand je devais leur faire des réflexions. Si un joueur ne faisait pas son travail, je lui disais que dans mon entreprise, je supprimais une prime ou deux, ce qui m’est arrivé de faire avec des joueurs qui n’étaient pas dans l’ambiance du club. Même si les joueurs ne font qu’une ou deux ou trois saisons dans le club, il faut qu’ils soient responsables du travail qu’ils doivent faire au sein du club ou du terrain.

Rapports avec les représentants politiques :

Jacques Médecin ne m’a jamais rien écrit mais tout ce qu’il m’a promis, je l’ai toujours eu. Malheureusement, quand il est parti, même ce qu’il avait écrit, on ne l’a pas respecté.

Culture de l’OGC Nice :

Je crois que l’OGC Nice est la passion de beaucoup de personnes à Nice. Quand je vois les jeunes supporters aujourd’hui au stade, il faut impérativement les motiver dans le bon sens et que ces jeunes soient les actifs pour attirer le maximum de membres de leurs familles au stade.

Faire du foot à Nice

Pour en savoir plus

Football et OGC Nice dans votre bibliothèque

  • Les 100 ans de OCG Nice : mémoire d’un club, [exposition Nice, Nice Acropolis, Espace Méditerranée et Bibliothèque Louis Nucéra, 11 décembre 2004-30 janvier 2005]. Nice : Rom, 2004.
  • Le football à Nice, numéro spécial de la revue Lou Sourgentin, n° 228, 2017.
  • Boli, Claude, Gastaut, Yvan et Grognet, Fabrice. Allez la France, football et immigration, histoires croisées Paris : Gallimard, 2010.
  • Delépine, Michaël. Les stades du football français, Saint-Cyr-sur-Loire : Sutton, 2010.
  • Driès, Roger. OGC Nice de toujours. Antibes : Alp’Azur, 1977.
  • Driès, Roger et Chaussier, Jean. OGC Nice. Le roman des Aiglons. Antibes : Alp’Azur, 1985.
  • Driès, Roger et Chaussier, Jean. OGC Nice. Le retour des Aiglons. Antibes : Alp’Azur, 1986.
  • Driès, Roger. OGC Nice. La Belhommière, 2004.
  • Faure, Mathieu. Mario Balotelli, Paris : Hugo sport, 2017.
  • Gastaut, Yvan et Mourlane, Stéphane (dir.). Le football dans nos sociétés. Paris : Autrement, 2006.
  • Gastaut, Yvan. Le métissage par le foot, l’intégration mais jusqu’où. Paris : Autrement, 2008.
  • Gastaut, Yvan. « Yeso Amalfi (1950-51). Une vedette brésilienne à l’OGC Nice », Hommes & Migrations, vol. 1285, n° 3, 2010, p. 32-47.
  • Gastaut, Yvan. « La passion du football. L’implantation d’un stade dans un quartier paisible avant la seconde guerre mondiale », Nice historique, 2018, p. 185 sq.
  • Gloumeaud, Serge. Une saison avec le Gym, Nice : Baie des Anges, 2009.
  • Gloumeaud, Serge. Stade du Ray (1927-2013), 2014.
  • Lagrange, Olivier. OGC Nice. Nice : Tremplin, 2013.
  • Oreggia, Michel. OGC Nice. 100 ans de passion. Nice : Gilletta, 2004.
  • Oreggia, Laurent. OGC Nice. Nice : Gilletta, 2017.
  • Rivoire, Xavier. Stades de légende, Paris : Solar, 2002.
  • Tremel, Bertrand. OGC Nice. Nice : Gilletta, 2014.
  • Tremel, Bertrand. OGC Nice. 25 matchs de légende. Nice : Gilletta, 2018.