Vues du Negresco en 1913

Les Archives de Nice ont fait en octobre 2020 l’acquisition auprès d’un libraire d’ancien beauceron d’un ensemble de photographies et cartes postales anciennes, et notamment d’un magnifique album relié de vues de l’hôtel Negresco par le photographe niçois Jean Giletta, datable de 1913.

Le Negresco, mythique palace niçois

Maître d’hôtel auprès de clients richissimes, comme la famille Rockefeller, le Roumain Henri Negresco (1868-1920) caresse, dans les années 1910, l’ambition d’édifier son propre hôtel de luxe, au cœur de la mythique Promenade des Anglais de Nice, sur une parcelle de terrain de 6 500 m² à côté de la villa Masséna.
Il confie la conception de l’édifice à l’architecte d’origine néerlandaise Édouard-Jean Niermans (1859-1928) – à qui l’on doit entre autres l’hôtel du Palais à Biarritz, les transformations de l’hôtel de Paris à Monte-Carlo, la modernisation des salons du Casino municipal de Nice, le Moulin Rouge, le Casino de Paris ou encore la brasserie Mollard à Paris. Le plan de l’hôtel rappelle ceux du Grand Hôtel de Madrid ou du Ritz parisien.

La Promenade des Anglais et le Negresco. Cliché Giletta, vers 1913
Archives Nice Côte d’Azur, 3 Fi 336

La rotonde du Negresco. Cliché Giletta, vers 1913
Archives Nice Côte d’Azur, 3 Fi 336

Salon de coiffure du Negresco. Cliché Giletta, vers 1913
Archives Nice Côte d’Azur, 3 Fi 336

Le délicat montage financier lors de la création de la SICA (Société immobilière Côte d’Azur) retarde le début des travaux. La demande de permis de construire est déposée en 1911 par l’entrepreneur Pierre-Alexandre Darracq (1855-1931), grande figure de l’industrie automobile.

Le 4 janvier 1913, le palace connaît une brillante inauguration où sont présentes plus de sept têtes couronnées. Chacun s’extasie devant le grand hall elliptique de style Louis XVI, la rotonde lumineuse, le sol en marbre de Carrare, le tapis géant d’un coût de 300 000 francs, l’ameublement signé Paul Dumas dans les 450 chambres, etc. Le statuaire niçois Michel de Tarnowsky a contracté avec Niermans pour des cariatides en façade, à l’angle de la rue de Rivoli.

L’hôtel est des plus modernes : ascenseur, commutateurs électriques à portée de la main, nettoyage par aspiration d’air, autoclave à vapeur, service pneumatique de distribution de courrier par tube dans les chambres.

En 1914, l’hôtel est réquisitionné comme hôpital militaire et perd de son lustre initial.
Cet album est donc particulièrement intéressant car il témoigne de la somptuosité éphémère de l’hôtel Negresco au temps de sa splendeur Belle Époque.

Édouard-Jean Niermans

D’abord installé à Carras, dans une villa du Parc des Eucalyptus, Niermans s’établit ensuite sur le Mont-Boron, villa Paradou.

Dans les trente premières années du XXe siècle à Nice et sur la Côte d’Azur (Cannes, Beausoleil..), il a concouru (sans succès) pour le projet de complexe hôtelier qui deviendra le Palais de la Méditerranée, rénové hôtels et casinos, construit des villas ou des studios de cinéma.

La rénovation du Casino municipal de Nice (1904-1910)

Complexe de divertissements avec cercle et salles de jeux, glacier, restaurant, grand hall et salles de spectacle édifié entre 1882 et 1884 sur la couverture du Paillon (place Masséna), il a besoin, vingt ans plus tard, d’un rafraîchissement et d’une modernisation.

Le casino Le Palais du Soleil à Beausoleil (1906-1907)

Très rapidement érigé – la mort d’un ouvrier est à déplorer lors de l’écroulement d’une voûte -, l’établissement, destiné à concurrencer les casinos monégasques, est inauguré le 29 janvier 1907, peu avant son rival le casino municipal de Beausoleil inauguré la même année.

 

Carte postale Giletta (Nice), début XXe.
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 4035

Ciné-studio à La Victorine (1919)

Dès avant 1908 un studio Pathé est implanté route de Turin, suivi par un studio Gaumont, à Carras. Quand, en 1919, Serge Sandberg et Louis Nalpas décident de doter Nice de nouveaux studios, ils jettent leur dévolu, à l’ouest de la ville, sur le domaine de la Victorine. Ils y édifient des équipements performants grâce aux aménagements d’Édouard-Jean Niermans.