Pharmacie du bureau de bienfaisance de la Ville

De la Miséricorde à l’aide sociale

Le Centre communal d’action sociale de la Ville de Nice a 160 ans : le 25 juin 1861, le bureau de bienfaisance de la Ville de Nice était créé par arrêté préfectoral.

S’adressant à la Confrérie de la Miséricorde, par lettre du 6 Mai 1861, M. GAVINI, Préfet des Alpes-Maritimes, lui exposait les avantages que sa transformation en Bureau de Bienfaisance aurait procurés aux Pauvres de la ville.

Par délibération du 16 Juin 1861, la Confrérie de la Miséricorde acquiesçait à la proposition de M. le Préfet en cédant la totalité de son patrimoine au futur Bureau de Bienfaisance avec mission d’en remplir les charges.

Cette décision fut approuvée par l’arrêté suivant :

Le Maître des Requêtes, préfet des Alpes-Maritimes, Officier de la Légion d’honneur :
Vu la délibération ci-dessus,
ARRÊTE :
Ladite délibération est approuvée ; l’ancienne Congrégation de la Miséricorde de Nice portera désormais dans toutes les pièces officielles la désignation suivante : BUREAU DE BIENFAISANCE ET ŒUVRE DE LA MISÉRICORDE.
Elle sera administrée en vertu des dispositions qui, en France, régissent les Bureaux de Bienfaisance.
Nice, le 25 juin 1861.
Le Préfet. Signé : GAVINI

Le Bureau de Bienfaisance a ainsi été institué par cet arrêté. L’œuvre nouvelle a recueilli la dotation très importante léguée par la Confrérie de la Miséricorde et elle continue à en administrer les biens.

Aide sociale et assistance médicale

L’action sociale en France

Aider les pauvres et lutter contre la pauvreté

Apparu au XVIIIe siècle, le terme de bienfaisance est destiné à s’opposer à celui de charité. Vertu théologale, la charité chrétienne, avec sa finalité individuelle, ne prétend ni faire disparaître la souffrance, ni supprimer la pauvreté ; c’est une forme de « pitié agissante ». En revanche, la bienfaisance est une vertu laïque et entend apporter une réponse définitive à la pauvreté, perçue comme la conséquence d’un état économique.

Une vision caricaturale de l’aide sociale : la riche hivernante dans sa voiture fait l’aumône à une Niçoise en costume folklorique et ses deux enfants, sur fond de Jetée Promenade. Carte postale éditée par Giletta et Piermay (Nice) pour la Fédération des Œuvres de Bienfaisance de Nice « Qui donne aux pauvres prête à Dieu », début XXe
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 858

Issus de l’idéal révolutionnaire pour être le pivot de l’assistance, les « bureaux de bienfaisance » institués dans toutes les communes de France par la loi du 7 frimaire an V (27 novembre 1796), sont chargés de recevoir, gérer et répartir « le droit des pauvres » (taxes sur les spectacles). Ils reprennent en partie la structure et le concept des bureaux de charité d’Ancien Régime, bénéficiaires du « quart des pauvres ».

Soigner les pauvres et combattre la maladie

Par la suite, la loi du 15 juillet 1893 crée des « bureaux d’assistance » dont le rôle est d’assurer une assistance médicale.

Tout Français malade, privé de ressources, reçoit gratuitement de la commune, du département ou de l’État suivant son domicile de secours, l’assistance médicale à domicile, ou s’il y a impossibilité de le soigner utilement à domicile, dans un lieu hospitalier.
Les femmes en couche sont assimilées à des malades.

Pendant soixante ans, bureaux de bienfaisance et bureaux d’assistance coexistent jusqu’à la réforme de l’assistance, par décret du 29 novembre 1953, qui procède à la fusion des deux établissements en une seule institution d’aide sociale, le bureau d’aide sociale.

La loi du 6 janvier 1986, prenant en compte la décentralisation, consacre la nouvelle dénomination des bureaux d’aide sociale qui deviennent ainsi, partout en France, des Centres Communaux d’Action Sociale (CCAS) auxquels le législateur confie une compétence globale dans le champ de l’action sociale et médico-sociale.

Et à Nice

Le marché devant les locaux du bureau de bienfaisance et l’église de la Miséricorde. Carte postale Louis Glaser (Lepizig), début XXe.
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 788

A Nice, entre 1814 et 1860, sous la Restauration sarde, c’est à l’Archiconfrérie de la Miséricorde qu’il appartenait d’exercer cette mission d’aide sociale. Le bureau de bienfaisance est donc re-créé lors du Rattachement à la France, sur injonction du préfet Gavini. Le bureau d’aide sociale a pris à Nice le nom de centre communal d’action sociale (CCAS) dès 1957.

Les ressources principales du bureau de bienfaisance sont les droits sur les spectacles, le fameux droit des pauvres, puis les legs, dons et aumônes, notamment ceux laissés en Mairie à l’occasion des mariages. Viennent ensuite les loyers des nombreux biens immobiliers, parfois anciennes propriétés de la Miséricorde comme celles léguées par le comte Joseph Guiglionda del Borgo et de Sainte-Agathe au quartier de Longchamp (1820). Après la séparation de l’Église et de l’État, les maisons à usage de presbytère sont dévolus au bureau de bienfaisance. Alexandre Blanchi lui lègue l‘hôtel Beau-Séjour à Berthemont. Les sommes laissées sur les tables de jeux « orphelins » viennent chaque année augmenter ces recettes.

Les secours sont parfois ciblés selon les intentions des testateurs : ainsi Alziary de Malausséna (1904) a choisi de distribuer des pensions aux ouvriers français valides, le baron Cacciardi de Berra (1836) d’attribuer des secours aux malades incurables, Howard (1899) aux pauvres de Sainte-Hélène, Reymond-Binet (1911) aux pauvres de Saint-Barthélemy, Baquis (1898) aux pauvres du culte israélite, etc.

La rue de la Providence : maisons délabrées, enfants jouant près de la fontaine-lavoir, linge séchant aux fenêtres

La rue de la Providence et la place Sainte-Claire, un quartier insalubre du Vieux-Nice, début XXe.
Carte postale Lévy-Neurdein (Paris). Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 7945

La rue de la Providence : maisons délabrées, enfants jouant près de la fontaine-lavoir, linge séchant aux fenêtres

Visite dans un foyer pauvre de la rue Rey par les journalistes du Petit Niçois d’Alfred Borriglione, 1903.
Dessin d’A. Ricord à la une du Petit Niçois du dimanche 21 juin 1903

Une maraude en 1881

MISÈRE. Avant-hier matin dit Le Phare du littoral, une scène des plus touchantes s’est passée sous les arcades de la place Garibaldi. Une pauvre femme décharnée et mal vêtue était étendue par terre et paraissait se trouver mal. Quelques personnes, émues par son air de souffrance, s’approchèrent de la malheureuse. Pressée de questions, elle finit par avouer qu’elle n’avait rien mangé depuis la veille, que son fils, un gaillard de 26 ans exempté autrefois du service comme soutien de famille, s’était marié et que, depuis, il lui refusait tout secours. On fit aussitôt respirer des sels à la pauvre mère, un cordial l’aida à reprendre ses forces et des mains charitables lui glissèrent furtivement quelques pièces de monnaie pour subvenir à ses premiers besoins. Dès qu’elle put marcher, on lui indiqua le chemin du Bureau de Bienfaisance, qui, espérons le, ne laissera pas cette femme infortunée par dessus toutes mourir de faim sur le pavé.

Le Petit Niçois, 2 août 1881

Règlement intérieur du bureau de bienfaisance, 1899
Archives Nice Côte d’Azur, 13 C 325

Le règlement intérieur du Bureau de bienfaisance approuvé en 1899 est très strict et prévoit la suppression des secours « à ceux qui s’adonnent à l’ivrognerie ou qui se font signaler par leur inconduite », « aux filles qui se livrent à la débauche », « aux familles ayant dans leur logement des chiens ou autres animaux naturels »…

En 1921, 1 813 familles sont secourues dont 841 foyers étrangers (en majorité des Italiens) représentant 6 281 personnes, dont la plupart sont des « indigents valides » – pour les distinguer des « vieillards et infirmes ». Le bureau de bienfaisance accorde des secours en argent, en nature (pain, pâtes, riz, lentilles, polenta, viande, bouillon, des effets d’habillement et de literie, des médicaments, des appareils orthopédiques, du lait stérilisé pour les nourrissons), des secours pour rapatriement, etc.

Un cabinet de consultation médicale gratuit est ouvert tous les après-midis. La pharmacie délivre gratuitement les médicaments prescrits par ce cabinet ainsi que par les services médicaux du dispensaire antituberculeux et de la Société protectrice de l’Enfance.

 

 

Les locaux du CCAS

Les locaux du bureau de bienfaisance sont situés au 4 place de la Préfecture (aujourd’hui Pierre-Gautier) dont la façade est reprise en 1895. En 1927, la commission administrative décide la création d’une annexe destinée à décongestionner les locaux « qui sont encombrés par les services que nécessitent les 2 000 familles assistées ».

Ce nouveau bâtiment est édifié au 141 boulevard Gambetta en 1929 pour desservir les familles de la Mantéga,  Pessicart, Saint-Barthélemy, Saint-Sylvestre, Le Ray, Gairaut, le Piol, Saint-Étienne, Gambetta, Saint-Philippe.

Viendront ensuite les implantations de la rue Fontaine-de-la Ville à Riquier en 1965-1966, de l’avenue du Petit-Fabron en 1973 (arch. Charles Marra), des 62-64 avenue Cyrille-Besset en 1976 – les locaux accueillent un centre d’information gérontologique à partir de 2006.

Le bureau de bienfaisance puis le CCAS font construire ou aménager plusieurs maisons de retraite ou foyers-logements, ainsi au 83 boulevard Bischoffsheim (1990-1992), mais aussi, pour les petits, un jardin d’enfant au 12 avenue Béatrix (1990, arch. Charles Marra), un institut médico-pédagogique au Mont-Gros, 84 Boulevard de l’Observatoire (1969-1973, arch. Charles Marra), etc.

L’Ancien Sénat

Le Palais de Justice de Nice

Le nouveau Palais de Justice de Nice, carte postale Giletta (Nice), fin XIXe-début XXe.
Cliché Ville de Nice. Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 572 (don Louis Cappatti)

Après le rattachement de Nice à la France les services judiciaires français et la prison continuent d’occuper le bâtiment du Sénat de Nice, l’institution judiciaire sarde, mais les locaux s’avèrent vite trop étroits et un palais de justice moderne est construit, dans lequel le tribunal civil s’installe en 1892.

Le 3 avril 1894, le préfet des Alpes-Maritimes, Arsène Henri, vend donc l’ensemble de l’immeuble de l’Ancien Sénat désaffecté pour 30 000 francs à l’Œuvre de la Bouchée de pain et de l’asile de nuit. De 1922 à 1945, une partie des bâtiments est réservée à l’œuvre de convalescence maternelle. A partir de 1928, les locaux abritent également le dispensaire pour aveugles du Flambeau franco-américain.

En 1948, c’est le bureau de bienfaisance de Nice (ancêtre du CCAS) qui prend le relais de ces associations. La Ville mène en 1951 de lourds travaux de restructuration du bâtiment afin d’y créer un réfectoire et des douches, modifiant ainsi largement la distribution intérieure de l’ancien Sénat, encore modifié avec la surélévation de l’asile de nuit, rue du Chœur, en 1960. Entre 1969 et 2001, le directeur de l’accueil de nuit est l’abbé Royal, qui en demeure l’aumônier jusqu’à sa mort, en 2006. En 2007, l’asile de nuit est rebaptisé « Accueil de nuit abbé Royal ».

Depuis 2013, l’édifice a trouvé une vocation culturelle avec l’installation du service Ville d’Art et d’Histoire.

Les Sœurs de la Charité

En 1862, le nouveau Bureau de bienfaisance de la Ville contractualise avec les Sœurs de la Charité.

Les Filles de la charité de Saint-Vincent-de-Paul sont une société de vie apostolique féminine de droit pontifical, instituée en 1633 par saint Vincent de Paul, et dont la formation fut confiée à Louise de Marillac. Elles se consacrent au service des malades et au service corporel et spirituel des pauvres et sont la première congrégation féminine à obtenir d’échapper à la règle de la clôture. Pour leurs fondateurs, Vincent de Paul et Louise de Marillac, leur monastère devait être les cellules des malades, leur cloître les rues de la ville ou les salles des hôpitaux.

Durant tout le XIXe siècle, et jusqu’aux années 1970, à Nice comme ailleurs, les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul ont été des auxiliaires de santé dans les hospices et les asiles. Douze d’entre elles étaient attachées du bureau d’aide sociale de la Ville de Nice pour la visite des pauvres la tenue de la pharmacie, de la lingerie, et pour la distribution des secours accordés par la commission administrative. Elle étaient également infirmières au dispensaire.

Convention avec les Sœurs de la Charité de La Roche-sur-Foron, 1887
Archives Nice Côte d’Azur, 5 Z 55

Une sœur de la Charité en consultation place Pierre-Gautier, juin 1970.
Cliché Ville de Nice. Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1970/1479

Une sœur pharmacienne, juin 1970.
Cliché Ville de Nice. Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1970/1478

Les Pénitents, un héritage sarde

La Miséricorde ou les Pénitents noirs de Nice

L’archiconfrérie de la Miséricorde de Nice est plus connue sous le nom de « Pénitents noirs ». Elle a été créée en 1329 à l’occasion d’une épidémie de choléra. Elle est placée sous la protection de la Vierge de Miséricorde et de saint Jean-Baptiste. En 1655, la Ville confie à la confrérie de la Miséricorde l’administration de la chapelle Sainte-Rosalie, sainte pesteuse, dans la cathédrale Sainte-Réparate.

Depuis 1347, à la suite d’un accord avec la ville, la confrérie de la Miséricorde assurait les obsèques des pauvres, de tous les indigents et des condamnés à mort. Cette attribution fut étendue par un arrêt rendu par le Sénat le 25 novembre 1749 ; elle s’appliqua notamment aux malades décédés à l’hôpital Saint-Roch propriété de la ville et à l’hôpital Sainte-Croix propriété des pénitents blancs.

En outre, la confrérie de la Miséricorde consacrait 5 000 livres à l’assistance des « pauvres honteux » auxquels l’origine et l’éducation interdisaient la mendicité.

Elle gérait, d’autre part, un mont-de-piété doté d’un capital de 40 000 livres, tandis que la confrérie du Saint-Esprit en dirigeait un plus modeste pourvu d’un capital de 12 000 livres. Moyennant la remise d’un gage, ces deux organismes consentaient aux besogneux des prêts à un taux très faible : un demi pour cent. Il convient toutefois de noter que si le prêt atteignait la valeur intrinsèque pour les gages de matière précieuse peu susceptibles de variation, il restait au-dessous de la valeur du gage pour le linge et les meubles.

Arrêté du Sénat obligeant la confrérie de la Miséricorde à verser 1 870 livres annuellement à la confrérie de la Charité pour l’entretien des pauvres, 1724.
Archives Nice Côte d’Azur, GG 30/1

L’église Saint-Gaëtan dite chapelle de la Miséricorde

Le 30 mai 1921, le Président A. Millerand prononce le classement parmi les monuments historiques de la chapelle dite de la Miséricorde malgré le refus opposé en juin 1920 par la commission administrative du bureau de bienfaisance, attributaire.

L’église Saint-Gaëtan avait été édifiée entre 1747 et 1770, sur l’emplacement d’anciens entrepôts royaux de sel, par les Carmes Théatins. Sa construction fut confiée à l’architecte turinois Bernardo Antonio Vittone qui adopta un plan inspiré du baroque piémontais. Adaptée à un parcellaire restreint, l’église est intégrée au-dessous du couvent. À l’intérieur, la nef unique elliptique est bordée de chapelles latérales également elliptiques où triomphent la ligne courbe et la profusion des ors et des stucs. La fresque couvrant le plafond de la coupole donne l’impression d’une architecture à ciel ouvert.
Par délibération du 22 avril 1829 et acte notarié de juillet 1830, la Ville cède l’église et le couvent des Théatins à la confrérie de la Miséricorde, qui ne disposait jusqu’alors que d’un petit local au sein de la cathédrale Sainte-Réparate.

Plan de situation de l’église Saint-Gaëtan, 1833.
Archives Nice Côte d’Azur, O 4/4, folio 32

La chapelle de la Miséricorde sur le cours Saleya, 30 novembre 1980.
Cliché Ville de Nice. Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1980/4497

La chapelle de la Miséricorde : plafond peint, années 1990-2000.
Cliché Ville de Nice. Archives Nice Côte d’Azur, 869 W 70959

Le chœur de la chapelle de la Miséricorde, années 1990-2000.
Cliché Ville de Nice. Archives Nice Côte d’Azur, 869 W 70952

En 1980, à la suite de l’aménagement du parc autos souterrain du cours Saleya, d’inquiétantes fissures lézardent les façades et menacent la structure même de la chapelle. En 2002-2003, d’importants travaux de sauvegarde sont entrepris ; en 2009-2010, les façade et toitures sont rénovées, les trompe-l’œil restitués.

Quelques grandes figures de l’action sociale à Nice

Parmi les administrateurs du bureau de bienfaisance au XIXe siècle, on peut citer Pie-François Toesca, ancien président au Sénat de Nice (1861-1871), le chanoine Clément Torrini de Fogassieras (1861-1882), le baron Alexandre Arnaud de Châteauneuf (1862-1879), le baron Louis Michaud de Beauretour (1865-1892), le comte Jean-Baptiste Rapallo (1865-1893), l’ingénieur Pierre Icardi (1871-1880), l’abbé Honoré Cauvin, curé de Saint-Jean-Baptiste (1873-1880), l’ancien magistrat Séraphin Dabray (1873-1880), le négociant Édouard Vial (1881-1892), l’architecte Vincent Levrot (1886-1896), Georges d’Auzac, consul de Monaco (1892-1901), le juge Annibal Andreis (1905-1921)…

Jules Gilly (1830-1898)

Né à Nice, Jules Gilly fait ses études aux collèges de Tournon (Ardèche) et de Béziers (Hérault), avant de devenir négociant et banquier à Nice.

Conseiller municipal de 1860 à 1878, conseiller général de Nice-Ouest de 1871 à 1877, il devient maire en mai 1886, mais il démissionne dès le mois de novembre pour raisons de santé. Il meurt en juillet 1898 au couvent de la Grande-Chartreuse (Isère).

On lui doit l’Œuvre de la Bouchée de pain et de l’Asile de nuit à Nice.

Le couvent de la Grande-Chartreuse où Jules Gilly mourut en 1898, carte postale Lévy & Neurdein réunis (Paris), début XXe
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 3334

Le docteur Albert Balestre (1850-1922)

Le Niçois Albert Balestre, médecin-chef de l’hôpital Saint-Roch, a été le premier adjoint du maire de Nice, François Alziary de Malausséna, entre 1886 et 1896 et conseiller général de Nice-Est. Président de la société protectrice de l’Enfance à Nice, il est également employé de la Ville dont il dirige à partir de 1886 le bureau municipal d’hygiène. En 1933, la Ville de Nice lui a donné une rue, parallèle à la rue Lépante.

On lui doit notamment, avec A. Gilletta de Saint-Joseph, une Étude sur la mortalité de la première enfance dans la population urbaine de la France de 1892 à 1897 publiée en 1901.

Victor de Cessole (1859-1941)

Le chevalier Victor de Cessole à la Madone de Fenestre, septembre 1915
Bibliothèque du chevalier de Cessole

Petit-fils du sénateur Hilarion Spitalieri de Cessole, le chevalier Victor de Cessole grandit dans la passion des livres et du savoir, de l’engagement chrétien et de la charité. Il obtient la licence en droit à la faculté d’Aix. Il se passionne d’abord pour la botanique, assurant plusieurs postes à la Société centrale d’agriculture des Alpes-Maritimes. Érudit, Victor de Cessole appartient à plusieurs sociétés savantes et poursuit l’enrichissement de la bibliothèque initiée par ses aïeux en collectant tous les documents existant sur la région. Mais l’essentiel de son activité est consacré à une autre tradition familiale, celle de l’engagement au sein des œuvres caritatives niçoises. Administrateur de plusieurs sociétés, comme le Bureau de Bienfaisance (depuis 1892), le Mont de piété et l’Hospice de la Providence, Victor de Cessole est d’abord connu à Nice pour sa philanthropie avant de se passionner pour l’alpinisme.

Henry Baréty (1890-1970)

Père de Jean-Paul Baréty, maire de Nice (1928-2018), fils du médecin Alexandre Baréty (1844-1918), et frère du ministre et député Léon Baréty (1883-1971), Henri-Louis Baréty est né le 15 avril 1890 à Nice et y est mort le 14 décembre 1970.

Industriel dans la parfumerie à Grasse, il exerce aussi des fonctions politiques comme tous les membres de sa famille puisqu’il est maire d’Entrevaux (Alpes de Haute-Provence) avant la Deuxième guerre mondiale. Vice-président de la commission du bureau d’aide sociale de Nice dans les années 1950-1960, il succède au docteur Théodore Delahousse comme président de l’Union nationale des bureaux de bienfaisance de 1961 à 1970. Un foyer-logement du quartier Saint-Roch porte son nom.

« Notes sur Henri-Louis Baréty rédigées par son père le docteur Alexandre Baréty ». Biographie manuscrite avec illustrations (photographies noir et blanc). Petit cahier manuscrit, s.d.
Archives Nice Côte d’Azur, fonds Baréty (donation Baréty-Daure), cotation en cours

Aux côtés de la Ville, les initiatives associatives

L’Œuvre de la Bouchée de pain, de l’Asile de nuit et de la convalescence maternelle

Sur le modèle de l’œuvre de la Bouchée de Pain créée en 1884 à Paris et imitée dans plusieurs villes de France (Courbevoie, Lyon, etc.), des notables niçois décident en 1891 de fonder une association similaire à Nice. Les distributions de pain commencent en juin 1892. En 1895, l’Asile de Nuit peut ouvrir ses portes dans l’Ancien Sénat acquis par l’œuvre, dans le quartier du Malonat, un des plus pauvres de la ville. L’établissement est reconnu d’utilité publique par décret du 10 août 1896 et se voit honoré d’une médaille de bronze à l’Exposition de Paris en 1900. L’Asile compte alors 85 lits ; les hommes peuvent y être hébergés (hospitalisés) trois jours durant, les femmes six jours.

L’établissement de l’Œuvre de la Bouchée de Pain, de l’Asile de Nuit et de la Convalescence Maternelle de Nice occupe l’angle formé par la rue Jules-Gilly (entrée des femmes et de la Bouchée de Pain) et la rue de l’Asile-de-Nuit (entrée des hommes), deux rues ainsi nommées en mémoire du philanthrope fondateur Jules Gilly et de son œuvre. Les legs Séméria et André Durandy, les subventions de l’État, du Département et de la Ville constituent les principales recettes de l’établissement.

En 1921, l’œuvre demande à l’architecte Louis Daniel de surélever et aménager une partie du deuxième étage de l’Asile de Nuit à l’angle de la rue Jules-Gilly pour la création d’une œuvre de convalescence maternelle. En 1934, l’Œuvre de la Convalescence Maternelle  comprend 12 lits et 12 bercelonnettes, principalement destinées aux filles-mères, hébergées une quinzaine de jours après leur accouchement.

La Société protectrice de l’Enfance et Goutte de lait

L’objet de cette association créée à Nice en 1904 et dissoute en 1998 était de diminuer la mortalité des enfants et d’améliorer leurs conditions d’existence par tous les moyens en son pouvoir, sur le modèle de La Goutte de lait née à Fécamp en 1894, à l’initiative du docteur Léon Dufour, dans un contexte de mortalité infantile très élevée. Elle organisait notamment des distributions de lait stérilisé aux mères ne pouvant allaiter leur enfant, dispensait une consultation des nourrissons et proposait une éducation maternelle en puériculture et hygiène.

C’était une émanation de la Société protectrice de l’enfance, fondée à Nice par le docteur Balestre, et dont le président Théophile Roussel avait fait voter le 23 décembre 1874 la loi de protection de l’enfance (dite « loi Roussel »), imposant le contrôle des sociétés de charité maternelle et réglementant le fonctionnement des crèches publiques et privées.

La Goutte de lait rue de l'Abbé-Grégoire

L’immeuble de la Goutte de lait, rue de l’Abbé-Grégoire.
Cliché Ville de Nice, Eric Bertino, 2021

La Goutte de lait rue Scaliero

L’immeuble de la Goutte de lait, rue Scaliero, dans le quartier du Port.
Cliché Ville de Nice, Eric Bertino, 2021

A Nice, la Goutte de lait fait édifier un immeuble en 1912 rue Pellegrini puis construire une annexe, villa Les Pins, rue El-Nouzah, dans la Plaine de Cimiez, et enfin, en 1930, le bel immeuble du square Saint-Étienne (2 rue de l’Abbé-Grégoire) orné en façade d’un médaillon Venez à nous représentant une mère et son nourrisson, version laïque de la Vierge à l’Enfant catholique.

Les locaux de la rue de l’Abbé-Grégoire, dans le quartier Vernier-Trachel, sont aujourd’hui une pension de famille gérée par le CCAS.

Le Flambeau

Fondée en 1928 par un couple d’Américains, Samuel Goldenberg (1864-1936), rescapé du naufrage du Titanic, et sa deuxième épouse, née Thérèsa Garbowska (1886-1935), avec l’aide de l’ophtalmologue niçois Carlotti, l’association « Le Flambeau franco-américain, pour les aveugles et malvoyants » avait pour objet de soigner gratuitement les malades des yeux pour les préserver de la cécité et de créer a cet effet un dispensaire clinique, un asile hôpital et une école professionnelle pour aveugles sans distinction de nationalité de race ou de religion.

On lui doit la création d’une Cité des Aveugles à Valrose, et un dispensaire gratuit pour les malades des yeux, installé rue Jules-Gilly, dans les locaux de l’Asile de Nuit. L’association  fut reconnue d’utilité publique en 1930, avec comme membres de droit l’ambassadeur des États-Unis, le préfet et le président du Conseil général des Alpes-Maritimes. Les finances étaient gérées par les bureaux de l’American Express.

L’immeuble du 4 avenue Henri-Barbusse légué à la Ville par Samuel Goldenberg est aujourd’hui mis à disposition de l’association Valentin Haüy.

Consultation ophtalmologique du Flambeau, rue Jules-Gilly.
L’Éclaireur du dimanche, 18 mars 1928

Consultation ophtalmologique du Flambeau, rue Jules-Gilly.
L’Éclaireur du dimanche, 18 mars 1928

La fondation Roissard de Bellet

Créée en 1879, la fondation de Bellet a cessé son activité en 1998. Député des Alpes-Maritimes, le baron Eugène Roissard de Bellet (1836-1918), grand propriétaire foncier, banquier, avait fait aménager au Mont-Boron une maison destinée à accueillir les petits Niçois « débiles » ou « rachitiques » c’est-à-dire tuberculeux, et était connue sous le nom d’asile Freeland, du nom de son épouse Alice.

Compte administratif de 1932 du Bureau de bienfaisance et œuvre de la Miséricorde de Nice.
Bibliothèque du chevalier de Cessole

M. Freeland ou Friedland avait en effet légué une somme de 200 000 francs pour fonder et entretenir un sanatorium à l’usage des enfants du sexe masculin, scrofuleux ou rachitiques. Son gendre acheta donc l’ancienne maison de campagne dite du Fort Thaon assez proche de la mer et pouvant aider à la guérison des tuberculeux, avec le petit terrain couvert d’orangers et de citronniers qui l’entourait. Il fit exécuter les travaux nécessaires à sa transformation et confia l’établissement aux Frères Saint-Jean de Dieu puis aux Sœurs de la Charité Saint-Vincent de Paul.

Aujourd’hui dans les bâtiments de l’ancienne maison d’accueil pour mineurs de l’avenue Banco donnée par le baron Jean de Bellet au bureau de bienfaisance de Nice en 1931, ont pris place une formation d’ambulanciers et l’école de sages-femmes de Nice.

 

La fondation Fornero Menei

M. et Mme Fornero exploitent rue Beautruch, près la gare de Riquier, un petit commerce qui leur avait procuré quelques économies. N’ayant pas d’enfant, ils ont pensé à employer leurs modestes ressources à fonder, un hospice destiné a recevoir de vieilles personnes infirmes, sans distinction de culte, ni de nationalité.
Avec le petit capital dont ils disposaient, ils ont commencé par acheter un terrain, rue Sorgentino, puis ils firent construire une maison qui hébergea une dizaine de vieillards infirmes des deux sexes. Mais bientôt la maison devint insuffisante ; il fallut la faire agrandir et la doter d’un deuxième étage.

L’Œuvre, 8 février 1926

Il y a quelques années, deux commerçants du laborieux quartier de Riquier, M. et Mme Fornero, douloureusement émus par la détresse de certains vieillards, que l’âge et les infirmités empêchaient de gagner leur vie, et surtout animés d’un zèle charitable, décidèrent de fonder, dans une petite villa leur appartenant, un asile destiné à recueillir ces pauvres déshérités. Nous passerons sous silence les nobles sentiments qui poussèrent les fondateurs à accomplir leur œuvre.
Sise entre deux rues latérales de l’avenue des Diables-Bleus, à proximité de la caserne du 22e B.C.A., la fondation Fornero-Menei se distingue par son clocher encore dépourvu de cloche. La construction, simple et solide, a été judicieusement étudiée. L’immeuble est divisé en deux parties : d’un côté, les femmes, et, de l’autre, les hommes. A l’heure actuelle, l’œuvre abrite de bonnes vieilles, au nombre de vingt-cinq, et, dans quelque temps, dès que les travaux en cours seront achevés, les hommes pourront être admis à leur tour.

L’Éclaireur du dimanche, 9 juin 1929

L’immeuble est considérablement agrandi entre 1923 et 1935 par Antoine Fornero. Aujourd’hui, l’EHPAD Fornero-Menei, 4 rue Sorgentino, est géré par le CCAS.

L’Office central des Œuvres de bienfaisance municipales et privées de la ville de Nice

L’Office central des Œuvres de bienfaisance municipales et privées de la ville de Nice, fondé en 1934, a été réorganisé en 1937. Logé dans les locaux de la ville et généreusement subventionné par la Municipalité, l’Office central emploie des assistantes sociales diplômées d’État, aidées par des secrétaires et des assistantes bénévoles. Ses enquêteuses spécialisées constituent un fichier central des assistés.

C’est l’Office qui est à l’origine de l’école d’assistantes sociales de Nice et du service social de Sauvegarde de l’enfance en danger physique et moral qui constitue à la fois un organisme de coordination des œuvres de l’enfance et un service social propre destiné à combler les lacunes existant à Nice dans le réseau de protection de l’enfance.

Ces compétences sont désormais du ressort du Département des Alpes-Maritimes.

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