Le 3 novembre 1954, il y a soixante-dix ans, Henri Matisse mourait à Nice, quelques jours avant ses 85 ans.
« On ne peut s’empêcher de vieillir, mais on peut s’empêcher de devenir vieux. »
Henri Matisse
Matisse et la lumière de la Côte d’Azur
Natif du nord de la France, l’artiste s’éprend de Nice et de sa lumière, qu’il découvre en décembre 1917 alors qu’il venait s’y soigner d’une bronchite, et dont il va faire le lieu de création de la plus grande partie de son œuvre.
Au tournant de la cinquantaine, Matisse est alors un artiste établi, collectionné à Paris et d’Amérique à la Russie. Peu connu des Niçois, il a trouvé, à 14 heures de train de la capitale, un havre pour s’investir sans contrainte dans sa quête picturale et savourer un relatif anonymat qui le tient à distance des mondanités et des contraintes de la vie sociale.
Dans les années 1920, Matisse installe son atelier d’abord à l’hôtel, en front de mer (hôtel Beau-Rivage et hôtel de la Méditerranée) puis sur le cours Saleya, à partir de 1924. Les toiles alors produites témoignent du jeu visuel et lumineux entre intérieur et extérieur, le peintre faisant de son appartement-atelier, peuplé d’innombrables objets rapportés de ses voyages, un théâtre ouvert (ou deviné au travers des persiennes) sur la mer et l’ailleurs.
À l’école nationale des Arts décoratifs de Nice, rue Tondutti-de-l’Escarène, le quinquagénaire perfectionne sa technique de la sculpture.
Nice – Hôtel Beau-Rivage – Le Grand Hall. – E. Deloche (Lyon), première moitié du XXe siècle
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 8023
Excelsior Regina Palace, carte postale Lévy-Neurdein, vers 1912-1914
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 366
À la fin des années 1930, l’hôtel de luxe Excelsior Regina, conçu cinquante ans plus tôt pour recevoir la reine Victoria sur la colline de Cimiez, est reconverti en immeuble d’habitation de 98 appartements, plus adaptés aux usages du temps.
Âgé de 69 ans, Matisse, séduit par les volumes et la lumière traversant les bow-windows, achète deux d’entre eux et y emménage en 1938. C’est dans cet appartement-atelier traversant que l’artiste, après une opération en 1941 qui le contraint à se déplacer en fauteuil roulant, commence à réaliser ses fameux collages de grands papiers gouachés découpés, s’aidant d’assistants à qui il montre, à l’aide d’une baguette, l’emplacement voulu pour chaque forme.
En 1943, l’artiste doit se réfugier à la villa Le Rêve à Vence tandis que le Régina devient le siège niçois de la Gestapo. Fin décembre 1948, il revient au Régina, dont les espaces hauts de plafond et les grands murs blancs sont plus adaptés que sa villa à la réalisation de ses grandes maquettes de vitraux destinés à la chapelle de Vence. Du sol au plafond, les murs se couvrent de grandes compositions de papiers découpés aux couleurs vives et joyeuses…
Matisse dans son atelier du Régina. Photographie illustrant le catalogue de l’exposition américaine The last works of Henri Matisse : large cut gouaches. [exposition, New York, The Museum of Modern Art, Oct. 17 – Dec. 3, 1963, The Art Institute of Chicago, Jan. 10 – Feb. 13, 1962, San Francisco Museum of Art, March 12 – April 22, 1962] / by Monroe Wheeler. – Doubleday. Garden City (New-York) • 1961
Archives Nice Côte d’Azur, Delta in-12 269
Matisse à Vence
À la demande de son ancienne infirmière, Monique Bourgeois, en religion sœur Jacques-Marie, Matisse intervient en effet pour la décoration, à Vence, de la chapelle du Rosaire du couvent des Dominicaines conçue par l’architecte Auguste Perret (1874-1954) et érigée à partir de 1949.
Les grands vitraux tricolores (jaune, vert et bleu) inondent de lumière les murs blanchis à la chaux et les trois grands tableaux en traits noirs sur céramiques blanches évoquant saint Dominique, la Nativité et le chemin de croix.
Le musée Matisse de Nice possède d’importantes œuvres autour de la chapelle du Rosaire : treize maquettes de chasubles et vêtements sacerdotaux, trois maquettes de la chapelle, deux essais du vitrail La Jérusalem céleste et la maquette pour Les Abeilles, deux grands dessins autour du Saint Dominique.
La chapelle du Rosaire. Carte postale P. Eggermont (Vence), vers 1956.
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 6063 (don Louis Cappatti).
Matisse au service de Nice
Pour aider à la reconstruction de cette ville qu’il affectionne tout particulièrement, Matisse offre en 1945 une de ses toiles (une sieste en appartement) au comité d’aide immédiate aux familles des patriotes victimes de la guerre.
Le Patriote, 1945
En 1947, à l’instigation de l’Union méditerranéenne pour l’art moderne, la municipalité Cotta propose à Matisse de créer une affiche touristique pour le syndicat d’initiative de Nice, dont l’impression est confiée aux ateliers de lithographie Mourlot. Quelques années plus tard, la Ville fera appel à un autre grand artiste ami de Nice, Marc Chagall, pour un projet similaire.
Il y aura plusieurs autres retirages de cette nature morte aux grenades (1959, 1962).
Partie de la série dite Intérieurs de Vence, l’huile sur toile peinte à Vence en 1947 est une nature morte qui représente des grenades posées sur une table rouge devant une fenêtre s’ouvrant sur un palmier. L’artiste offre la peinture originale à la Ville en 1953. Elle est aujourd’hui conservée au musée Matisse.
Nice / Travail & Joie / H. Matisse. – Syndicat d’initiative de Nice. Union méditerranéenne pour l’art moderne. Mourlot (Paris) • 1947
Archives Nice Côte d’Azur, 7 Fi 1047
Collège Henri-Matisse, avenue de Seilern. Cliché Ville de Nice, octobre 1974
Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1974/3179
Hommages
En retour, en 1950, la Ville fait de Matisse un citoyen d’honneur de la cité.
En 1956, l’artiste est inhumé au cimetière de Cimiez, près de son dernier domicile, le Régina. La tombe de marbre, toute simple, n’est pas très éloignée de celle d’un autre grand artiste, Raoul Dufy, mort un an avant lui. C’est son fils, Jean, qui a dessiné le mausolée dont la réalisation est supervisée par l’architecte Février, dans le respect des souhaits de sa mère Amélie : établir une terrasse dégagée sur la parcelle du dessus ; poser une plaque, entourée d’oliviers, sur la parcelle du dessous et supprimer un figuier ; avoir l’assurance qu’aucune construction des « Castors » ne viendra, par la suite, gêner, la visibilité et la perspective sur les collines faisant face.
En 1968, la Ville rebaptise l’ancien chemin Saint-Augustin avenue Henri-Matisse.
Le nouveau collège édifié sur l’avenue de Seilern en 1969 prend aussi le nom de CES Henri-Matisse.
Lettre de Jean Matisse, fils de l’artiste, au secrétaire général de la Ville de Nice, Francis Palmero, 26 mars 1956
Archives Nice Côte d’Azur, série M (cotation en cours)
Plan de la tombe établi par Jean Matisse, fils de l’artiste, [1955-1956].
Archives Nice Côte d’Azur, série M (cotation en cours)
De l’exposition au musée
Dès l’immédiate après-guerre, aux côtés d’autres artistes comme Pierre Bonnard et de personnalités marquantes du monde muséal comme Jean Cassou, Bernard Dorival ou encore Georges Salles, Henri Matisse met sa notoriété au service de l’Union méditerranéenne pour l’art moderne, association créée en 1946 visant à soutenir la création contemporaine. Il s’implique de façon personnelle dans la création de la Galerie des Ponchettes, premier musée d’art moderne à Nice, inaugurée en 1950 avec une importante rétrospective sur son œuvre, et prend une part active à la diffusion de l’art moderne sur la Côte d’Azur.
En 1950, la Ville de Nice fait l’acquisition de la villa Garin de Cocconato [villa des Arènes], à deux pas de la résidence du maître, au Régina. Le jardin des Arènes s’ouvre au public à l’initiative de l’association Cimez Centre d’Art pour des représentations théâtrales ou musicales. Après la mort de l’artiste, l’idée fait son chemin d’en faire un lieu où seraient présentées à la fois les donations faites par le peintre lui-même et celles de ses héritiers.
En 1953 en effet, un an avant sa mort, Matisse avait donné à la Ville de Nice un ensemble d’œuvres formant la genèse d’un musée monographique. Cette donation initiale a été, depuis, complétée de legs et donations successifs consentis par les héritiers d’Henri Matisse. Ils ont rendu possible la constitution d’un ensemble significatif qui illustre toutes les périodes et tous les domaines de la création de l’artiste.
La villa Garin de Cocconato (ville des Arènes) à Cimiez en 1947. Clichés du service photographique municipal
Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 20
C’est ainsi que, le 5 janvier 1963, est inauguré le musée Matisse de Nice en présence de nombreuses personnalités du monde de la culture et de l’art. Les œuvres sont alors présentées au premier étage de la villa, le rez-de-chaussée étant occupé par le musée d’Archéologie.
Le déménagement du musée d’Archéologie sur le site romain voisin permet en 1989 au musée Matisse d’occuper la totalité de la villa : à la suite d’un concours d’architecture organisé en 1987, Jean-François Bodin est choisi pour mettre en œuvre le réaménagement de la villa des Arènes et la réalisation de la nouvelle aile contemporaine. Agrandi et rénové, le musée rouvre ses portes le 26 juin 1993. En 2013, un nouvel aménagement du niveau -2 permet d’accueillir la donation de la céramique La Piscine.
La Danseuse créole. Affiche éditée par le musée Matisse, impr. Mourlot, [années 1960-1970].
Archives Nice Côte d’Azur, 7 Fi 29 (don, 2017)
Musée Matisse / Nice. Action culturelle municipale. Affiche, imprimerie Jobert (Nice), 1980
Archives Nice Côte d’Azur, 7 Fi 1656 (achat, 2024)
Coeur jazz. Affiche de l’exposition Musée Matisse – Nice / Matisse : l’Art du Livre / 4 juillet-30 septembre 1986, Imprimerie Arte
Archives Nice Côte d’Azur, 7 Fi 1659 (achat, 2024)
Affiche de l’exposition Donation Marie Matisse / Exposition du 4 juillet au 27 septembre 1992. Galerie des Ponchettes
Archives Nice Côte d’Azur, 7 Fi 1277
Villa Garin de Cocconato, novembre 1979
Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1979/6181
Musée Matisse en 1979
Archives Nice Côte d’Azur – fonds du service photographique municipal, 860 W 1979/6185
Musée Matisse en 1979
Archives Nice Côte d’Azur – fonds du service photographique municipal, 860 W 1979/6187
Musée Matisse en 1979
Archives Nice Côte d’Azur – fonds du service photographique municipal, 860 W 1979/6193
Extension du musée et présentation de Fleurs et fruits, 1993
Archives Nice Côte d’Azur, 8659 W 5700
L'œuvre de Matisse
- Le site officiel du musée Matisse de Nice
- Le musée Matisse du Cateau-Cambrésis
- La chapelle du Rosaire à Vence
- Voir et montrer Fleurs et fruits par Aymeric Jeudy
- Matisse sur le site de Lumni (France TV)
Un musée dédié au maître, une vidéo de France-Télévisions (2014)
Matisse sculpteur, une vidéo de France 3 (2020)
Matisse le Niçois, une vidéo de France 2 (2014)
La sieste en appartement, une vidéo de France 2 (2022)




