Valéry Giscard d’Estaing et Nice

L’ancien Président de la République Valéry Giscard d’Estaing (1926-2020) s’est éteint le 2 décembre 2020 et un  hommage national lui a été rendu le 9 décembre. Il était venu très souvent à Nice et sur la Côte d’Azur, comme ministre des Finances, Président de la République française, militant UDF, ou bien à titre privé.

 

Rétrospective au travers des fonds photographiques et des collections de presse.

1964-1966 : Giscard ministre des Finances

Jeune inspecteur des Finances, Giscard est ministre des Finances et des Affaires économiques (1962-1966) du général De Gaulle dans les gouvernements Debré puis Pompidou.
En juin 1964, il préside la séance de clôture à Nice du XIe Congrès des Jeunes chambres économiques au centre universitaire méditerranéen.

XIe congrès des jeunes chambres économiques au CUM, 1964 (Nice-Matin)

L’élection présidentielle de 1974

Après le décès en charge du Président Pompidou, les élections présidentielles de 1974 voient le succès de Giscard avec les Républicains indépendants, contre le socialiste François Mitterrand et le gaulliste, pourtant favori, Jacques Chaban-Delmas. Parmi les soutiens du candidat durant cette campagne à la Kennedy, le maire de Nice Jacques Médecin, avec une partie de boules historique disputée devant la presse et les caméras de Raymond Depardon dans la propriété du Soubran.

Le premier été présidentiel de la famille Giscard se déroule, sous l’objectif de trois photographes, dans la luxueuse villa « Primavera » de l’homme d’affaires irlandais Galvin, construite fin XIXe à Saint-Jean-Cap-Ferrat pour l’armateur Ernest Cunard.

Valéry Giscard d’Estaing et les caricaturistes

Vu par Pino Zac, Jean Leffel, Escaro, vers 1974-1976

La calvitie du jeune président de la République, surnommé VGE, est la principale source d’inspiration des caricaturistes qui s’emparent également de la France-Afrique (avec des variantes autour des diamants de l’empereur Bokassa), l’accordéon (dont, jeune soldat des troupes d’occupation, Giscard avait appris à jouer en Autriche) ou le thème des soupers (en 1975, le président, soucieux de dépoussiérer la communication présidentielle, dînait une fois par mois chez des Français soigneusement sélectionnés par l’Élysée), sur fond de choc pétrolier et de montée du chômage.

Dessins découpés dans l’hebdomadaire satirique Le Canard enchainé par le juriste Paul Isoart (Nice, 1931-2013), professeur à l’Institut d’études juridiques puis à la Faculté de droit de Nice, auteur de plusieurs ouvrages sur la République, la décolonisation, le gaullisme et sur sa ville natale.

1976-1978 : Jacques Médecin secrétaire d’État de Giscard

Député centriste anti-gaulliste depuis 1967, Jacques Médecin est nommé secrétaire d’État au Tourisme en janvier 1976 dans le gouvernement Chirac et il le reste dans le gouvernement de Raymond Barre jusqu’en mars 1978. En cette année 1976, la Ville de Nice a l’honneur d’accueillir la femme du Président, le Président et le Chancelier allemand, puis le couple présidentiel.

28 janvier 1976 : visite à Nice de la Première Dame

Madame Anne-Aymone Giscard d’Estaing (née Sauvage de Brantes en 1933, mariée à Valéry Giscard d’Estaing en 1952) vient en visite sur la Côte peu de temps après l’entrée du député-maire de Nice au gouvernement : au programme, l’inauguration des logements sociaux de la résidence Saint-Roch ou la visite d’un institut pour jeunes handicapés. Issue d’un milieu fortuné, elle est la première épouse d’un président de la République française à tenir un rôle sur la scène publique. En 1977, elle crée la Fondation pour l’enfance, venant en aide aux enfants victimes de violences.

L’amitié franco-allemande

12-13 février 1976 : sommet franco-allemand de Nice

La rencontre entre Valéry Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt entre dans le cadre du traité de l’Élysée (22 janvier 1963) de coopération entre la France et l’Allemagne fédérale qui prévoit deux fois par an des réunions des principaux dirigeants des deux pays.

 

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11 juillet 1976 : grande revue navale de Villefranche à Toulon

Après avoir, en 1975, décidé de renforcer la flotte basée à Toulon avec l’affectation des deux porte-avions Foch et Clemenceau, Valéry Giscard d’Estaing se fait présenter, entre Nice et Toulon, vingt-six bâtiments des escadres de l’Atlantique et de la Méditerranée, en prélude à la Fête nationale.

La veille, en fin d’après-midi, la Ville organisait une réception à la Villa Masséna en l’honneur du Président de la République.

Mme Giscard d’Estaing devant la Méditerranée, cliché Nocenti. Archives Nice Côte d’Azur, 3 Fi 70 (fonds du Protocole)

Jacques Médecin faisant à Valéry Giscard d’Estaing les honneurs de la Villa Masséna. Cliché Ville de Nice. Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1976/3137

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1980 : les préoccupations africaines de Giscard

Sommet franco-africain de Nice

Même si des rencontres entre les responsables africains et français ont eu lieu de manière informelle entre les indépendances des années 1960 et 1973, c’est à partir de cette année-là que des sommets franco-africains, initialement limités aux pays francophones, se tiennent plus régulièrement (annuellement de 1975 à 1989), alternativement en France et dans un pays d’Afrique.

Le premier sommet se tient à l’Élysée le 13 novembre 1973, à l’initiative du président nigérien Hamani Diori, sous la présidence de Georges Pompidou, en présence de 10 délégations de pays africains dont les présidents de République Centrafricaine (J.-B. Bokassa), de Côte d’Ivoire (F. Houphouët-Boigny), du Gabon (A.-B. Bongo), de Haute-Volta (S. Lamizana), du Niger (H. Diori), du Sénégal (L. Sédar Senghor) et de ministres du Congo-Brazzaville, du Dahomey, du Mali et du Togo. Le 7 mars 1975, Valéry Giscard d’Estaing préside la sommet de Bangui avec de nouveaux participants comme les présidents du Rwanda (J. Habyarimana) et du Burundi (M. Micombero) ainsi que des délégations du Zaïre, de Maurice et des Seychelles. Les sommets suivants ont lieu à Paris (1976, 1978), Dakar (1977), Kigali (1979).

Le sommet de 1980 à Nice est le premier sommet organisé sur territoire national hors Paris (Vittel accueillera celui de 1983). Le deuxième choc et pétrolier et la sécheresse au Sahel sont les événements qui touchent au plus près les deux partenaires en ce début de décennie. La guerre civile qui déchire le Tchad s’invite aussi au sommet. Trente ans plus tard, en mai 2010, le 25e sommet Afrique-France se réunit une nouvelle fois à Nice sous la présidence de Nicolas Sarkozy.

Le bilan du mandat

En mai 1981, Giscard d’Estaing n’est pas réélu. Son mandat a été marqué par la prise en compte dans la loi française des bouleversements sociaux de la fin des années 1960 : majorité à 18 ans, divorce par consentement mutuel, droit à l’avortement (dit loi Veil).
Pour accomplir cette mutation, il s’était entouré de ministres femmes. La Ville de Nice a donné le nom de Simone Veil (Nice, 1927-2017), ancienne ministre de la Santé, et Françoise Giroud (1916-2003), ancienne secrétaire d’État chargée de la Condition féminine, à de nouvelles voies créés dans le quartier des Moulins et l’Écovallée du Var.

L’U.D.F. en congrès à Nice (1987)

Après sa défaite devant François Mitterrand aux élections présidentielles de mai 1981, et son célèbre Au-revoir télévisé aux Français, Valéry Giscard d’Estaing reste en politique : de 1984 à 1989, il est député U.D.F. du Puy-de-Dôme, de 1986 à 2004, président du Conseil régional d’Auvergne et, de 1989 à 1992, député européen.

Fondée en 1978 en soutien à son action présidentielle contre le R.P.R. de son ancien Premier ministre Jacques Chirac, l’Union pour la démocratie française (U.D.F.) est constituée de différents partis de centre droit et de droite non gaullistes, d’inspiration démocrate-chrétienne, libérale et laïque. Aux élections présidentielles de 1988 qui voient la réélection de François Mitterrand, l’U.D.F. soutient la candidature de l’économiste Raymond Barre, autre ancien Premier ministre de Giscard. L’U.D.F. ne peut cependant revenir au pouvoir (1986-1988, puis 1993-1997) qu’en s’alliant avec le R.P.R.

Au congrès de l’U.D.F. accueilli au palais des congrès de l’Acropolis à Nice en septembre 1987, Valéry Giscard d’Estaing se fait voler la vedette par le Marseillais Jean-Claude Gaudin, député U.D.F. des Bouches-du-Rhône depuis 1978 et président du groupe U.D.F. à l’Assemblée nationale de 1981 à 1989, date de son élection comme sénateur. Un an plus tôt, en mars 1986, c’est avec l’appui du Front national que Gaudin est devenu le président du Conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Il est alors très proche de la rédaction du journal Minute de Patrick Buisson.

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