Le Marché aux fleurs

Nice, Vie des quartiers – Saint-François-de-Paule

Le n° 39 du journal Nice, Vie des quartiers (mai-juin 2019) est consacré au quartier Saint-François-de-Paule.

 

Le service des Archives vous y conte l’histoire du quartier

 

L’invasion de Nice par les troupes de Louis XIV en 1706 est suivie de bouleversements urbains de grande ampleur, le roi de France requérant la démilitarisation complète de la cité qui passe par la destruction du château et des remparts.
De cette défaite naît l’essor de la ville laquelle peut, au XVIIIe siècle, à l’instar de la plupart des villes européennes libérées de leurs étouffantes murailles, se développer vers l’embouchure du Paillon, dans le quartier marécageux dit du « Pré-aux-Oies » (Dou Prat Ai Auca). Dans cette « nouvelle ville » (Vila Nova) qui prend ainsi forme à l’ouest de la ville ancienne (l’actuel « Vieux-Nice »), une rue est percée en 1717 : elle prendra le nom de l’église du couvent des Minimes dédiée au fondateur de l’ordre, saint François de Paule.

L’église Saint-François-de-Paule

Profitant de l’essor urbain, les Minimes font l’acquisition de terrains au Pré-aux-Oies dès 1719 et font bâtir un couvent avec chapelle sur la nouvelle voie à partir de 1723. L’église sera embellie et rénovée par campagnes de construction et décoration successives jusqu’en 1773, date à laquelle est achevée la façade de l’édifice, mêlant le baroque tardif piémontais et le style néoclassique. Au sommet du fronton on lit la devise des Minimes : Charitas.
L’ordre des Minimes avait été fondé par François de Paule et ses statuts approuvés par la papauté en 1493. C’est en 1633 qu’ils avaient sollicité l’autorisation de s’établir à Nice, entre la rue Droite et le couvent Sainte-Claire, sur le site de l’actuelle chapelle Sainte-Croix. L’ordre disparaît à la Révolution et l’église Saint-François devient église paroissiale en 1802. En 1934, la paroisse a été réunie à celle de Sainte-Réparate et l’église confiée aux Dominicains.
Le plan de l’édifice est très simple, rectangulaire à chapelles latérales, avec un chœur en abside à peine juxtaposé. La voûte n’a pas été décorée et la tonalité des couleurs reste dans les gris, comme dans les églises turinoises de la même époque. Le tableau central, le Sacré-Cœur de Jésus, est une œuvre du peintre niçois Hercule Trachel datant des années 1863-1869 : aux pieds du Christ, un paysage de Nice pris depuis le nord donne à voir le littoral depuis le cap Ferrat jusqu’à l’Estérel.

 

Façade d’un bâtiment de cinq niveaux avec un balcon [caserne des carabiniers] dont la construction est autorisée par le Consiglio d’Ornato, rue Saint-François-de-Paule, entre 1847 et 1851, plan aquarellé (Service des Archives Nice Côte d’Azur, O 4 11/303).

 

Les palais

Des deux côtés de la nouvelle artère qui prolonge la très élégante promenade du Cours [Saleya], les notables niçois construisent des palais dont le plus bel exemple, protégé depuis 2010 au titre des monuments historiques, est le palais Hongran de Fiano, au n° 2, à côté de l’Opéra. On le doit aux négociants Ongran ou Hongran de Saint-Sauveur (de Tinée), futurs comtes de Fiano, qui font l’acquisition du terrain dès 1730 mais n’achèvent la construction du palais qu’en 1772. La partie centrale de la façade abrite un magnifique escalier avec des plafonds rampants. L’immeuble est confisqué comme bien national à la Révolution et le commandant de l’Armée d’Italie, Napoléon Bonaparte, séjourne au dernier étage de l’immeuble du 26 mars au 2 avril 1796. Au XIXe siècle l’immeuble abrite la bibliothèque, les archives et le musée municipaux.
D’autres bâtisses de belle facture dessinent le visage de la rue Saint-François-de-Paule entre 1770 et 1860, leur entrée donnant soit sur cette voie régulière et aérée, soit sur le boulevard du Midi (ancien rempart), selon les préconisations du plan régulateur que le Consiglio d’Ornato a la charge de faire respecter après 1832.

 

L’Opéra

Au XVIIIe siècle, Nice devient donc une grande ville, modernisée et considérablement embellie, que les premiers riches étrangers commencent à fréquenter assidûment sur la route du « Grand Tour » qui les mène en Italie. Pour les inciter à prolonger leur séjour, les édiles niçois s’associent pour fonder un établissement culturel digne du public aristocratique européen. C’est ainsi que la marquise Alli-Maccarani obtient en 1776 du roi Amédée III l’autorisation de transformer son ancienne maison d’habitation en théâtre. Tout en bois, sa façade nord s’ouvre sur la ville et sa façade sud sur les remparts du boulevard du Midi.
En 1826, la Ville de Nice rachète le théâtre et décide de le raser pour construire sur cet emplacement un grand opéra dans le style italien : c’est Brunati, architecte de la Ville, et Perotti, architecte turinois, qui conçoivent l’édifice avec un parterre spacieux, sans sièges, comme il est encore de tradition à cette époque, avec quatre étages de loges pour installer confortablement le public aisé et la grande loge royale soutenue par deux cariatides dorées. La scène est fermée par un immense rideau sur lequel le peintre Biscarra représente, en une fresque géante, les exploits de l’héroïne niçoise Catherine Ségurane. Le fond de la scène, orienté au sud comme aujourd’hui, s’ouvre sur une vaste baie vitrée découvrant la mer. Cette baie est ensuite murée en 1866 et un gigantesque cadran solaire est placé à cet endroit du côté du quai du Midi.

Le théâtre de Nice et l’établissement de bains de la rue Saint-François-de-Paule, photographie noir et blanc, vers 1875 (Service des Archives Nice Côte d’Azur, 3 Fi 75/20).

Le 23 mars 1881, en pleine période de Carnaval, plus de deux-cents spectateurs assistent à la représentation de Lucia de Lamermoor, fêtant les adieux à la scène de la cantatrice Donadio. C’est alors qu’un incendie se déclare, ravageant le théâtre. Malgré les efforts des secours, la toiture s’effondre et ensevelit de nombreuses personnes. Consternation au petit matin : cinquante-neuf corps sont retirés des décombres fumants et transportés au Château. Il y aurait eu 63 victimes selon les chiffres donnés au Conseil municipal dans sa séance du 9 avril 1881. Toutes n’ont pu être identifiées.
Une commémoration du drame est organisée l’année suivante. Sur le plateau d’entrée du cimetière du Château, une émouvante pyramide quadrangulaire de 4 m de côté et 7,20 m de haut, en pierres de la Turbie, est élevée en hommage aux morts de l’incendie. 46 noms de victimes sont gravés (15 au sud, 15 à l’est et 16 au nord) – peut-être les noms des seuls corps inhumés sous la pyramide (?). La table de la face principale, à l’ouest, porte sous une croix latine gravée, l’inscription dédicatoire suivante : « AUX VICTIMES DE L’INCENDIE DU THÉÂTRE MUNICIPAL 23 MARS 1881 ».
L’histoire s’est tragiquement répétée au Ring-Theater de Vienne en décembre 1881 puis à l’Opéra Comique de Paris en mai 1887, y faisant 250 morts.

Le théâtre de l’Opéra, carte postale Gilletta, 1904 (Service des Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 571).

Le 7 novembre 1882, la municipalité décide de reconstruire le nouveau théâtre sur l’emplacement de l’édifice dévasté par l’incendie et en charge l’architecte de la Ville, François Aune. L’actuel Opéra est protégé au titre des monuments historiques depuis 1993.

Le marché aux fleurs

Après l’Annexion, les marchés niçois font peau neuve et quittent la vieille ville : dès 1861, les maraîchers quittent la place aux Herbes, contre la cathédrale Sainte-Réparate, pour le cours Saleya, plus large et plus central depuis que la ville a commencé à s’étendre vers l’ouest. Au bout du Cours, sur la rue Saint-François-de-Paule, les horticulteurs, descendus avec leurs charretons des collines de Saint-Pancrace ou de Fabron, installent leurs étals pour le plus grand plaisir des hivernants de toute l’Europe. Dans leurs bouquets, l’œillet niçois est roi. Les bouquetières font de ce lieu de promenade la vitrine d’une Nice horticole pittoresque et connue dans le monde entier.
En 1965, la municipalité décide de transférer le marché de gros du cours Saleya à l’ouest de Nice, dans le quartier de Saint Augustin ; il devient alors le deuxième plus grand marché de France, après celui de Rungis en région parisienne. Ce marché d’intérêt national (M.I.N.) est bientôt rejoint par le marché aux fleurs de la rue Saint-François-de-Paule, se doublant ainsi du premier marché floral de France afin d’exporter la production horticole du département vers une trentaine de pays.