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Chronologie (201 Ko) | Pistes pédagogiques autour de l’exposition Fragments de mémoire (596 Ko) | Étude de documents (5 Mo) | Recettes au rutabaga (381 Ko)
Historique
Les enseignants trouveront aisément en ligne de très nombreux documents pour les aider à travailler en classe sur la thématique de la seconde guerre mondiale. De même, l’histoire de la deuxième guerre mondiale dans les Alpes-Maritimes a donné lieu à une abondante bibliographie.
L’objectif de ce dossier pédagogique est donc, plus modestement, de présenter des documents conservés aux Archives Nice Côte d’Azur et un éclairage sur les spécificités du territoire niçois durant la période.
Durant toute l’année scolaire 2024-2025, les enseignants et leurs classes seront les bienvenus pour une découverte de l’exposition Jean Toche. Fragments de mémoire (1930-1944). En dehors de ce temps fort, les Archives peuvent les accueillir pour des projets pédagogiques autour de l’histoire des conflits contemporains.
1. Nice fille aînée de la Révolution nationale
Les clivages politiques à Nice dans l’entre-deux-guerres
Les élections législatives de 1936 sont marquées, à Nice comme ailleurs, par une irruption de la gauche dans le paysage politique, incarnée par l’élection du candidat communiste Virgile Barel (1889-1979) qui bat au second tour le docteur Vidal-Revel, tandis que Cannes élit son camarade Henri Pourtalet (1899-1974). Dans les années 1930, l’influence des organisations et des partis politiques a nettement progressé dans les mentalités, avec, lors des élections municipales, des listes présentées par le parti communiste et le parti socialiste.
Victoire du Front Populaire : défilé du Parti Communiste, section Nice-Saint-Roch. – Laugier Charles. Reporter-Photographe, 8 avenue Félix-Faure, Nice • 1936
Archives Nice Côte d’Azur, 3 Fi 9
Pour contrer ces nouveaux élus et leurs électeurs, Nice est le théâtre d’une résistance active à la montée du « péril communiste ». L’influence de l’extrême droite grandit à partir de 1934, autour des Croix-de-Feu, ligue dissoute en 1937. Le Parti Populaire Français (PPF) fondé le 28 juin 1936 à Saint-Denis par Jacques Doriot (1898-1945) connaît un succès notable sur la Côte d’Azur où le parti compte sept sections actives dans l’ensemble du département, 5 000 adhérents à Nice (« fédération A » en rive gauche du Var) et plus de 7 000 à Grasse (« fédération B » en rive droite). L’appui donné au parti naissant par le député-maire de Nice Jean Médecin (1890-1965) et par le grand quotidien conservateur L’Eclaireur de Nice traduit le trouble de la droite française, effrayée par la victoire du Front Populaire.
S’il n’adhère pas lui-même, Jean Médecin aide en effet de tout son poids le jeune parti et place à la tête de la « fédération A » un de ses amis, Viers, président du syndicat de la petite et moyenne hôtellerie. Il encourage ensuite son entourage politique à rejoindre le PPF, conseil suivi par de nombreux employés municipaux, dont Francis Palmero ou le secrétaire général de la mairie, François Sattegna. Le bureau fédéral comprend les avocats Georges Bensa et Jacques Rouffet, le docteur Faraut, les hommes d’affaires Paul Letainturier et Paul Camous. La première grande réunion du Parti Populaire Français a lieu le 12 juillet 1936 à Nice, au Palais des Fêtes. Les anciens Croix-de-Feu adhèrent en masse.
Une drôle de guerre
Malgré les accords de Munich intervenus en septembre 1938 entre l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l’Italie et le démembrement de la Tchécoslovaquie, la menace d’un nouveau conflit armé pèse.
Le 23 août 1939, l’URSS de Staline signe un pacte de non-agression avec l’Allemagne nazi, laissant l’armée allemande envahir la Pologne le 3 septembre 1939 ce qui déclenche l’entrée en guerre du Royaume-Uni et de la France, et, en octobre 1939, l’arrestation des militants communistes, accusés d’intelligence avec l’ennemi, dont les députés maralpins Virgile Barel et Henri Pourtalet, déchus de leur mandat en février 1940, ou l’instituteur vençois Célestin Freinet.
Se retrancher derrière la ligne Maginot
Pour éviter à la France une nouvelle invasion, comme en 1914, le ministre de la Guerre André Maginot (1877-1932), entreprend à compter de 1928 de doter le pays d’une ligne de fortifications construite le long des frontières avec la Belgique, le Luxembourg, l’Allemagne, la Suisse et l’Italie ; la mission de ces fortifications était à l’origine de protéger le territoire français d’une attaque brusquée, laissant le temps à l’armée de terminer sa mobilisation. Pour l’armée française de l’époque, la désignation officielle est la « fortification permanente » ou les « régions fortifiées ». Mais c’est sous le nom de « ligne Maginot » utilisé par la presse que les Français désignent ce dispositif complexe qui s’échelonne en profondeur sur différents niveaux depuis la frontière. Dans les parties les plus conformes aux projets initiaux, on distingue quatre parties distinctes :
- la ligne des avant-postes, destinée à détecter une attaque brusquée et à la retarder un temps grâce à des dispositifs prévus (routes minées, barrières) pour laisser le temps à la « ligne principale de résistance » de se mettre en état d’alerte ;
- la « ligne principale de résistance », à environ deux kilomètres derrière les avant-postes, était matérialisée par un double réseau de rails antichars et de barbelés tout le long de la frontière, balayée par les axes de tir à la mitrailleuse des casemates, et couverte par les tirs d’artillerie des gros ouvrages ;
- les abris ou casemates d’intervalles, casernes souterraines équipées uniquement pour le combat rapproché, étaient destinés à assurer la protection d’une partie des troupes combattantes à l’air libre ;
- enfin, à l’arrière du front, tous les équipements de soutien logistique : réseau de téléphone et d’électricité, routes et voies ferrées militaires, dépôts de munitions, casernes de temps de paix, postes de commandement, etc.
Les Alpes-Maritimes, zone frontalière de l’Italie, sont dotées d’un vaste ensemble fortifié. Si le roi d’Italie avait rejoint l’alliance anglo-française en 1915, l’accession au pouvoir de Mussolini en 1922 et ses revendications territoriales relancent la tension franco-italienne. Fin 1926, la Commission de défense des frontières (C.D.F.) présidée par le général Guillaumat fixe le tracé de la fortification du sud-est de la France. Le schéma directeur de 1929 prévoit la constitution d’une position principale de résistance étayée de 103 ouvrages ultra modernes, dont 75 nouveaux. Limitée à des tronçons barrant simplement les trouées et s’appuyant latéralement aux zones infranchissables, dans toute la partie nord des Alpes, la fortification devient continue dans les Alpes-Maritimes, entre le mont Mounier et la mer, en raison de l’altitude moindre et de la plus grande perméabilité. Le barrage des principales voies d’accès à Nice (Tinée, Vésubie, trouée de Sospel et corniches) est assuré par la construction d’ouvrages neufs à Rimplas (1928) et Flaut et la réactivation du Barbonnet et du mont Agel. Le général Degoutte obtient aussi la création, en avant de la ligne principale de résistance, de 24 ouvrages d’avant-postes, plus petits, beaucoup plus sommaires, mais qui, sur des points sensibles de la frontière, pourraient constituer des sonnettes avancées.
Le fort du Mont Agel en octobre 1925.
Bibliothèque du chevalier de Cessole, fonds Cessole, plaque 6972
Le fort du Mont Agel en octobre 1925.
Bibliothèque du chevalier de Cessole, fonds Cessole, plaque 6973
Lorsque l’Italie se rallie à l’Allemagne en juin 1940, tous les ouvrages mixtes constituant les piliers d’ossature de la position de résistance sont achevés et opérationnels sauf Plan-Caval. Pour les ouvrages intermédiaires, la situation est moins avancée. Quant aux ouvrages d’avant-poste, ils sont en ordre de combat depuis 1936, même s’il reste encore des travaux complémentaires et des réseaux de barbelés à faire. Le dispositif militaire, rôdé au fil des alertes successives qui se sont succédées depuis deux ans, se met en place normalement, sous l’égide de la 6e armée couvrant la frontière du sud-est. Durant la drôle de guerre, sous l’égide du commandement du génie 15e corps d’armée, le génie du secteur fortifié des Alpes-Maritimes avait fait construire par main-d’œuvre militaire entre Rimplas et la mer une série de casemates de mitrailleuses en béton destinées à compléter les feux d’infanterie des ouvrages de la position de résistance. Plus en arrière, sur les principales pénétrantes, on avait édifié huit casemates « de deuxième position » pour mitrailleuse et canon antichar de 25 mm de campagne. Parallèlement, en application des études et des plans établis depuis 1935, les troupes avaient mise en place de nombreux abris en « tôle cintrée forte », emplacements d’armes et réseaux de barbelés, en fortification passagère, renforcée ou non.
Durant la Bataille des Alpes, même en partie inachevés, les ouvrages fortifiés jouent un rôle très important, surtout par leur artillerie. Tous les ouvrages d’avant-poste tiennent et leurs caractéristiques modestes se révèlent à l’usage bien adaptées à la mission qu’on attendait d’eux, et aux conditions d’attaque auxquelles ils devaient résister : plusieurs seront cités à l’ordre de l’armée. À Menton le XVe corps italien est repoussé par les forces du secteur fortifié des Alpes-Maritimes. C’est l’armistice du 24 juin 1940 signé entre la France et l’Italie qui met fin aux combats. Nice est démilitarisée.
⇒ Retrouvez le dossier Secteur fortifié des Alpes-Maritimes sur le site de l’Inventaire général de la Région Sud.
Mettre à l’abri les populations civiles
Face aux menaces de conflit dans les années 1930, et tirant les leçons de l’évolution de l’armement, une Union nationale pour la défense aérienne et pour la protection des populations civiles (« UNDA ») voit le jour à Paris, en 1933, sous la présidence d’honneur de l’ancien président de la République française Gaston Doumergue. Une première loi « relative à l’organisation des mesures de protection et sauvegarde de la population française » est promulguée le 8 avril 1935 visant à organiser la défense passive « contre le danger d’attaque aérienne » sur l’ensemble du territoire national. De nombreux décrets d’application sont publiés jusqu’en 1938-1939, définissant les statuts du personnel de la défense passive, réglementant les appareils de protection contre les gaz toxiques, organisant la création d’abris publics et de postes de secours, et imputant les dépenses sur le budget de l’Etat.
Dans ce contexte, les services en charge de la Défense passive à Nice identifient trois zones particulièrement dangereuses, dont la population devrait être évacuée en priorité par le service de la Dispersion :
1 – Le Vieux-Nice, en raison de la nature de ses constructions et de l’étroitesse de ses rues ;
2 – Le quartier Riquier / Saint-Roch avec les casernes, l’usine à gaz, le parc d’artillerie, la gare de triage, les dépôts d’essence ;
3 – Les alentours de la gare PLM (Paris-Lyon-Méditerranée).
Après les accords de Munich, le gouvernement relance la production et la distribution des masques à gaz qui avaient fait défaut lors de la guerre de 1914-1918 dans les tranchées. Les enseignants doivent, durant l’année scolaire 1939-1940, organiser des exercices dans les établissements scolaires et apprendre aux enfants à enfiler ces masques.
Enfin, en 1939, dans toute la ville, sont identifiés des immeubles dotés de cave, dont les voûtes sont renforcées pour leur permettre de servir d’abri en cas de bombardement. Début 1943, les sous-sols du lycée de garçons [Masséna] sont à leur tour renforcés, la menace d’attaques aériennes se faisant plus précise avec le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord.
La Petite illustration. Protection des populations civiles contre les attaques aériennes à distribuer pour l’enseignement secondaire, 1939.
Archives Nice Côte d’Azur, 3 H 41
L’État français en zone libre
Le 10 juillet 1940, le Parlement réuni à Bordeaux en pleine débâcle militaire vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain qui a succédé à Paul Reynaud comme président du conseil le 16 juin. Pour les Alpes-Maritimes, les députés Léon Baréty et Jacques Bounin et les sénateurs Louis Louis-Dreyfus et Jean Médecin votent pour ; seul le député Jean Hennessy vote contre. Trois députés ne peuvent prendre part au scrutin (le socialiste Édouard Jonas et les communistes Virgile Barel et Henri Pourtalet).
La « Révolution nationale » portée par le Régime qui se met en place à Vichy à la faveur de ce coup d’État déploie une idéologie nationaliste en premier lieu « négative » (antisémite, anticommunisme, antiparlementariste, antirépublicaine, xénophobe, anticapitaliste et anti-démocratique) mais promeut également des valeurs « positives », censées renvoyer à ce qui fait la « vraie » France. Au cœur des politiques et des représentations de Vichy, on retrouve ainsi le travail [manuel] (artisanat et paysannerie), la famille [nombreuse] (cellule de base de la société, sous l’autorité du père) et la patrie, teintée de militarisme avec la mise en place de la Légion française des combattants. L’école doit être libérée de l’influence des instituteurs républicains pour inculquer la nouvelle discipline et préparer la jeunesse comme le pays à un avenir plus heureux.
Jean Médecin inscrit les programmes de la municipalité dans la politique de « redressement national » portée par le gouvernement de Vichy : travaux routiers, d’assainissement, de construction d’équipements sportifs, etc. C’est en 1940 que Marcel Kirchner, directeur général des services techniques, prend la décision de faire construire une voie de dégagement vers le nord et l’ouest, future autoroute urbaine sud, connue sous le nom de voie Pierre-Mathis par les Niçois qui l’empruntent au quotidien. En 1940 sont réalisés des travaux de raccordement du vallon de la Bornala à la route nationale de Grenoble, entre 1941 et 1943 les premiers travaux d’aménagement du cimetière de l’Est ; la couverture du Paillon et celle du Magnan se poursuivent à la même époque ; un système séparatif eaux usées / eaux pluviales se met en place en 1941 ; on commence la construction de l’aqueduc de la plaine du Var en 1942 (chantier Contesso), etc.
Le procès-verbal d’installation du nouveau conseil municipal de Nice et l’allocution du préfet régional Marcel Ribière le 22 juillet 1941 prouvent l’adhésion pleine et entière de la Ville de Nice aux orientations politiques du nouveau régime et la volonté de profiter de la situation privilégiée de la cité, en zone libre, pour devenir actrice de cette révolution nationale. Certaines lois, comme la loi du 15 juin 1943, rejoignent les préoccupations niçoises d’avant et d’après-guerre en matière d’urbanisme.
Rue du Vieux-Nice pavoisée avec des portraits du maréchal Pétain à l’occasion de la fête de Jeanne d’Arc, mai 1941. Cliché Dulac (Nice)
Archives Nice Côte d’Azur, 3 Fi 10
« Notre dévouement ne va pas seulement au Maréchal Pétain, mais à son Gouvernement, à son programme. Il ne fait qu’un.
Notre adhésion est entière, car l’intérêt national le commande comme il commanderait de le défendre sans faillir contre les derniers incrédules et les agents malveillants. »
Jean Médecin, maire de Nice, lors du conseil municipal du 22 juin 1941
Installation d’un système séparatif, boulevard du Tzaréwitch et boulevard Gambetta, 26 août 1941.
Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 537 (fonds du service photographique de la Ville de Nice)
Aqueduc du quartier du Var, chantier Contesso, 1942.
Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 148 (fonds du service photographique de la Ville de Nice)
Projet de centre scolaire d’éducation physique (CSEP) à Saint-Isidore, juillet 1942.
Archives Nice Côte d’Azur, 4 M, cotation en cours
Les travaux de couverture du vallon de Magnan, photographie noir et blanc, août 1942
Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 170/6 (fonds du service photographique de la Ville)
Le monde du spectacle continue de vivre, avec même un carnaval prévu pour 1941. L’application du décret du 7 février 1941 relatif à la protection contre les incendies des bâtiments et locaux recevant du public entraîne des travaux de mise en conformité dans tous les cinémas niçois en 1941-1943 (Ciné-Studio, Casino des Variétés, Odéon, etc.). D’ailleurs, une bonne partie des acteurs et techniciens du cinéma français s’est réfugiée à Nice aux studios de la Victorine avec le tournage d’une vingtaine de films : Untel père et fils (1940) de Julien Duvivier, L’An 4018 (1941) de Fernand Rivers, Vénus aveugle (1941) d’Abel Gance, Lumière d’été (1942) de Jean Grémillon avec Madeleine Renaud, Félicie Nanteuil et L’Arlésienne (1942) de Marc Allégret, Macao, l’enfer du jeu (1942) de Jean Delannoy, Les Visiteurs du soir (1942-1943) de Marcel Carné, L’Éternel Retour (1943) de Jean Delannoy, La Vie de bohème (1943) de Marcel L’Herbier, Les Petites du quai aux fleurs (1944) de Marc Allégret, Les Enfants du paradis de Marcel Carné (1943-1944). Le centre artistique et technique des jeunes du Cinéma s’installe dans la villa El-Patio au Parc-Impérial.
En 1943, d’importantes fouilles archéologiques ont lieu sous la direction de Paul-Marie Duval sur le site de l’amphithéâtre de Cimiez alors que la Ville entreprend l’expropriation de l’ancienne propriété Garin de Cocconato. En effet, c’est sous Vichy, le 27 septembre 1941 qu’a été promulguée une loi portant réglementation des fouilles archéologiques [loi Carcopino], la première en la matière en France.
Les Arènes de Cimiez en 1947.
Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 21 (fonds du service photographique municipal)
Darnand, la Légion et la Milice
Durant la Première guerre mondiale, le jeune Joseph Darnand (1897-1945), né à Coligny (Ain) au sein d’une famille modeste, impressionne ses supérieurs ; il réalise un exploit sur le front de Champagne en franchissant les lignes ennemies pour récupérer des documents secrets qui permettent à l’armée française de se préparer et de repousser l’offensive allemande. Ce fait d’armes vaut au valeureux soldat de se voir décerner la médaille militaire par le général Philippe Pétain. Cependant, Darnand n’a pas les capacités pour poursuivre une carrière militaire ; il reprend donc la vie civile et devient vendeur-décorateur dans une fabrique de meubles avant de fonder sa propre société de déménagement à Nice.
Antidémocrate, antisémite, c’est dans le militantisme qu’il va s’épanouir. D’abord au sein de l’Action française de Charles Maurras à laquelle il adhère en 1925 et qu’il juge bientôt trop molle, puis au sein des Croix-de-Feu à partir de 1928 et enfin du Parti Populaire Français (PPF). Dans les années 1930 à Nice, au sein de la Cagoule, il retrouve son goût pour l’action de terrain en fomentant des complots terroristes et en se lançant dans le trafic d’armes qu’il expédie vers l’Espagne en pleine guerre civile sous couvert des opérations de sa société de déménagement.
En 1940, il s’engage au sein du 24e bataillon de chasseurs alpins sous le commandement d’un ancien de la Cagoule, Félix Agnély (1890-1940). Agnély est tué au cours d’une embuscade à Forbach et Darnand, ne pouvant se résoudre à laisser le corps de son ami sur le terrain, s’aventure de nuit du côté allemand afin de récupérer la dépouille. Ce nouvel exploit fait de lui le « héros des deux guerres ».
À l’automne 1940, Darnand prend donc la tête de la nouvelle Légion française des combattants dans les Alpes-Maritimes avant de fonder, en 1941, le Service d’ordre légionnaire (SOL) aux méthodes expéditives. Le 30 janvier 1943, le SOL devient la Milice, dont Pierre Laval lui confie le secrétariat général.
Plusieurs manifestations de masse démontrent, en 1941-1942, la puissance de l’organisation légionnaire et son impact sur une population déboussolée par la défaite et inquiète des prétentions transalpines.
Le 11 mai 1941, à l’occasion de la fête de Jeanne d’Arc, 20 000 légionnaires défilent sur la promenade des Anglais jusqu’au monument aux morts, avant de se mêler à une foule immense rassemblée sur la place Masséna et dans le jardin Albert-Ier pour assister à la remise du fanion départemental par le directeur national François Valentin.
Fin août, à l’occasion du premier anniversaire de la Légion, intitulé « Fête de la Résurrection française », cinq rassemblements sont organisés à Nice, Puget-Théniers, Saint-Martin-Vésubie, Lantosque et Sospel, tandis que la flamme de l’Arc de Triomphe arrive dans le département par le col de la Cayolle le 30 août, relayée par des porteurs jusqu’au chef-lieu où elle est veillée sur le parvis de l’église Notre-Dame, des feux étant allumés sur une centaine de cimes, notamment le Mounier, le Cheiron et la Madone d’Utelle. Le lendemain, sur la place Masséna, après l’audition du discours radiodiffusé du Maréchal, se tient la prestation du serment légionnaire, puis la remise de fanions aux sections de l’arrondissement de Grasse par Darnand et aux quartiers de la section de Nice par Mélandri. Un imposant défilé de 50 000 légionnaires emprunte ensuite l’avenue de la Victoire.
Le 9 octobre 1941, la visite effectuée par l’amiral Darlan, vice-président du Conseil, mobilise une nouvelle fois les énergies légionnaires : la place Masséna sert de cadre à une revue et à un défilé des légionnaires de cinquante-huit communes et des premières compagnies du Service d’ordre, soit environ 30 000 personnes.
En août 1943, Darnand est nommé Obersturmführer de la Waffen-SS et prête serment de fidélité personnelle à Hitler. En 1945 il se réfugie à Sigmaringen. Remis à la France par les Britanniques, il est jugé par la Haute cour de justice et fusillé au fort de Châtillon.
Rassemblement sur la place Masséna. Au fond, les emblèmes de la Révolution nationale, 1941. Cliché Nocenti (Nice)
Archives Nice Côte d’Azur, 3 Fi 10
Légionnaires sur le parvis de l’église Notre-Dame, avenue de la Victoire, encadrant la statue de Jeanne d’Arc, mai 1941. Cliché Dognibene (Nice)
Archives Nice Côte d’Azur, 3 Fi 10
Le procès en canonisation de Jeanne d’Arc, brûlée vive à Rouen le 30 mai 1431, est lancé en 1869 par l’évêque d’Orléans Félix Dupanloup (1802-1878). Il aboutit le 16 mai 1920.
La chambre des députés « Bleu Horizon » vote, un mois plus tard, la motion du Vosgien Maurice Barrès d’établir une fête nationale en son honneur. Chaque année, on célèbre donc la Fête nationale de Jeanne d’Arc et du patriotisme le deuxième dimanche du mois de mai, date anniversaire de la libération d’Orléans (8 mai 1429) par l’armée royale sous le commandement de cette petite bergère lorraine qui parvint à « bouter [les Anglais] hors de toute France ».
La « perfide Albion », ennemie héréditaire des Français depuis le Moyen Âge, est en effet honnie pour avoir occupé le royaume pendant la guerre de Cent Ans, représenté le principal rival colonial de la Troisième République dans les années 1880-1890, sacrifié les soldats français lors de la bataille de Dunkerque (20 mai-3 juin 1940) et coulé la flotte française à Mers-el-Kébir (3-6 juillet 1940). Et surtout, depuis juin 1940, Londres accueille ceux qui refusent la défaite avec le général De Gaulle.
La sainte nationale va ainsi être instrumentalisée par le régime de Vichy, profondément anglophobe.
Le sort des Juifs
Aux racines de l’antisémitisme
L’émancipation des Juifs de France à la Révolution, en 1791, en fait des citoyens ordinaires après des siècles de brimades, privations de droits, expulsion voire massacres envers une communauté accusée de déicide par l’Église médiévale. Leur intégration au corps social n’empêche pas cependant l’émergence de diverses formes d’antisémitisme au XIXe siècle : l’extrême droite accuse le Juif, apatride, d’être « l’anti-France » ; pour la gauche anticapitaliste, la figure du banquier juif, parasite et oppresseur – incarnée par la famille Rothschild – est l’épouvantail ; quant aux républicains, au nom de l’universalité, ils nient la spécificité juive.
À la demande des syndics de Nice, Louis Ier, duc de Savoie (1413-1465), ordonne que les Juifs portent un signe distinctif visible (la roue, « rotam »), 1446
Archives Nice Côte d’Azur, GG 33/3
À Nice, après une première intégration à la faveur de la Révolution française, les Juifs retournent au ghetto (rue du « Statut ») et s’organisent en « Université israélite » sous le régime sarde (1814-1860). Les négociants juifs niçois (familles Colombo, etc.) seront donc de grands militants du rattachement à la France de Napoléon III.
C’est au tournant du siècle que naît l’antisémitisme moderne, raciste, pseudo-scientifique et antirépublicain : en 1898-1899, l’affaire Dreyfus, une simple erreur judiciaire, précipite une crise de régime.
Au début des années 1930, des écrivains, souvent à la solde de la propagande nazie pour dénoncer le « judéo-bolchévisme » français, déversent des flots d’injures antisémites dans la presse. Selon Maurras, Léon Blum, le président du groupe parlementaire socialiste, est « un détritus humain, à considérer comme tel ». Confronté à la violence de cette propagande raciale, le gouvernement Daladier déclare au Parlement français le 4 octobre 1938 que « tout ce qui excite à la haine, tout ce qui oppose les Français à d’autres Français ne peut plus être considéré que comme une trahison ».
Les décrets-lois du 21 avril 1939 (« décrets Marchandeau »), sont les premiers textes de valeur législative en France contre l’antisémitisme et le racisme. Modifiant la loi de 1881 sur la liberté de la presse, ils prévoient des poursuites « lorsque la diffamation ou l’injure, faite à un groupe de personnes appartenant, par leur origine, à une race ou à une religion donnée, aura eu pour objet d’induire la haine entre les citoyens ou les habitants ».
Sans aller jusqu’à l’injure caractérisée, nombreux sont, avant-guerre, les journalistes, par exemple Clément De Masini (1882-1977), l’éditorialiste de la Gazette de Nice, à tenir régulièrement des propos antisémites plus ou moins feutrés…
En mars 1941, une épuration toponymique vise les artères portant des noms de personnalités juives, même de bienfaiteurs comme le boulevard Bischoffsheim (transformé en Armée-des-Alpes, en hommage aux combattants de la Bataille des Alpes contre l’Italie) et la rue Rothschild (rebaptisée du nom du Mistralien Pierre-Dévoluy). L’école Rothschild, toutefois, ne perd pas son nom. Rien d’étonnant donc à ce que l’exposition Le Juif et la France, présentée du 9 au 25 août 1942, attire 5 000 visiteurs au Palais des Fêtes de Nice.
1941-1944 – Du « recensement des Israélites » aux camps d’extermination
Malheureusement, dans ce contexte, la défaite de 1940 ne se contente pas de libérer la parole antisémite. Elle ouvre également la voie à des politiques raciales inspirées par l’« antisémitisme de bureau » de l’État français. Environ 76 000 Juifs de France, dont plus de 11 000 enfants, vont être livrés aux Nazis qui les ont conduits dans les camps de la mort pour les exterminer. En juillet 1995, le Président de la République Jacques Chirac a reconnu la responsabilité de l’État français dans la persécution et la déportation des Juifs de France.
Localement, l’application du premier statut des juifs (3 octobre 1940) entraîne l’éviction de plusieurs conseillers municipaux dont l’avocat Georges Picard, adjoint au Maire et président de l’Alliance française (1888-1943), du chef de la police des Étrangers Silvereano, de quatre avocats du Barreau de Nice (maîtres Cassin, Cavaglione, Narcy-Rosenthal, Valabrègue), de onze avoués, dix-neuf huissiers, trente-cinq dentistes, du chef d’orchestre Tzipine et du chef de partie Samuel au Casino municipal de Nice, de plusieurs membres des professions artistiques. Le metteur en scène Jacques Natanson se suicide en se jetant dans la Baie des Anges.
L’application du second statut (2 juin 1941) impose le recensement des juifs avant le 31 juillet et débouche sur l’aryanisation économique. Une quarantaine d’administrateurs provisoires de « biens juifs » ont à gérer 698 entreprises, pour la plupart des commerces et des échoppes d’artisans.
Mairie de Nice. Recensement des israélites, 17 juillet 1941. Placard imprimé
Archives Nice Côte d’Azur, 7 Fi 305
Le Maire de Nice invite tous les Juifs (« personne considérée comme juive au regard de la loi ») à se faire recenser conformément aux dispositions du second statut juif de Vichy. Le défaut de recensement est susceptible d’une peine d’internement. Les Juifs français sont désormais concernés, au même titre que les Juifs étrangers ou dénaturalisés.
État français. Recensement des israélites, 29 janvier 1942. Placard imprimé.
Archives Nice Côte d’Azur, 7 Fi 307
Le Préfet prépare le regroupement des Juifs étrangers apatrides (allemands, d’Europe centrale ou orientale) et leur incorporation dans des compagnies de travailleurs étrangers pour les former à des métiers manuels ; à défaut, leur assignation à résidence.
Le préfet Marcel Ribière assigne à résidence dans les Alpes-Maritimes plus de 210 juifs étrangers, notamment à Puget-Théniers, Saint-Martin-Vésubie, Peïra-Cava, Sospel, Saint-Étienne de Tinée, Guillaumes, Valdeblore, Villars-sur-Var, Saint-Sauveur, Levens, Lantosque, La Bollène-Vésubie, Bar-sur-Loup, Saint-Auban, Séranon, Roquestéron, Peymeinade et Thorenc. Accusés de se livrer au marché noir, ils ne sont pas toujours bien reçus dans ces villages constituant les lieux de villégiature des Niçois, là où les enfants des villes étaient envoyés prendre des « cures de lait », comme en témoigne cette lettre adressée au préfet le 30 mai 1941 par le curé de Valdeblore :
« Depuis quelques jours, nous voyons s’établir un certain nombre d’israélites qui ont été chassés des villes de la Côte. Ce n’est pas sans inquiétude que nos gens ont vu envahir le pays par des personnes dont la présence a été jugée indésirable ailleurs. Le Maréchal a bien voulu signaler l’importance de la Paysannerie Française et IL tient à ce que celle-ci maintienne très haut les vertus de notre race. Or, on nous envoie maintenant une bonne dizaine d’inutiles qui, par leur action passée, se sont montrés assez anti-français pour être chassés de là où ils étaient. Quel paysan refusera de vendre à ceux qui nous sont envoyés un article de deux francs pour dix francs ? Peu résisteront à la tentation et après la perversion des villes, ce sera la perversion des campagnes ! ».
Le gouvernement Laval ayant accepté de livrer aux autorités allemandes 10 000 Juifs étrangers de zone non occupée, une rafle est méthodiquement préparée pour les 26 et 27 août 1942 et le préfet Ribière choisit la caserne Auvare afin d’y regrouper les 560 Juifs qui partiront de la gare Saint-Roch le 31 août pour être livrés aux autorités allemandes. Cette rafle choque l’opinion et provoque un sursaut moral, jusque dans les milieux maréchalistes ou catholiques modérés. Indignés de voir des arrestations effectuées par les forces de l’ordre française, certains vont entrer en résistance contre le statut juif. C’est ainsi que, sous l’autorité spirituelle de Mgr Rémond, évêque de Nice, et des pasteurs protestants Edmond Evrard et Pierre Gagnier, le « réseau Marcel » va contribuer à sauver de nombreux enfants juifs en les cachant dans des institutions religieuses ou des familles.
Jean Toche (1930-2021). La famille Bauchman (septembre 1943), [1994-2015].
Collection particulière † Jean et Suzanne Toche
Si les trois quarts des Juifs habitant en France ont pu être sauvés, c’est grâce à tous ceux qui, par humanité, leur ont fourni papiers, cartes d’alimentation et refuge, ceux qu’on appelle les Justes.
Le 27 avril 2014, sur la colline du Château, la Ville de Nice a inauguré un Mur des Justes Parmi les Nations, une pierre, mêlant le béton, le marbre et le granit noir, dans laquelle sont gravés 125 noms : ceux de Niçois et d’Azuréens qui, durant la seconde guerre mondiale, ont sauvé des Juifs persécutés.
Le mur des Justes à Nice, 2014.
Cliché Ville de Nice
2. Occupations et restrictions
Dans un contexte difficile – la guerre n’est pas finie -, l’État français ne peut toutefois pas mener la politique de « redressement de la maison France » qu’il aurait souhaitée. Depuis 1939, les Français, qui s’étaient habitués au confort des années 1930, vivent au rythme des approvisionnements erratiques, des coupures d’électricité et redécouvrent la bicyclette comme moyen de transport. L’effort de guerre se fait particulièrement sentir dans les villes, notamment à Nice qui accueille de nombreux réfugiés venus de la zone occupée et dont la maigre agriculture vivrière ne peut nullement nourrir la population.
Le temps des restrictions
Se nourrir et se chauffer au quotidien
L’année 1939 est marquée par la création du ministère du Ravitaillement. Il est chargé de l’orientation de la production agricole, de la centralisation des produits ainsi que de la répartition équitable entre tous les français. Les conditions de la mise en place du rationnement et de l’établissement de cartes d’alimentation sont fixées dans le décret du 10 mars 1940. Il y a plusieurs catégories de consommateurs :
- E : les enfants de moins de 3 ans
- J1 : les enfants de 3 à 6 ans révolus
- J2 : les enfants de 6 à 12 ans révolus
- J3 : les enfants de 13 à 21 ans
- A : adultes ne se livrant pas à des travaux de force
- T : adultes se livrant à des travaux pénibles nécessitant une grande dépense musculaire
- C : adultes se livrant aux travaux agricoles
- V : adultes de plus de 70 ans
La carte individuelle et nominative d’alimentation est un titre qui donne à chaque consommateur un droit à l’obtention de quantités déterminées des denrées dont il est jugé nécessaire de réglementer la consommation. Les coupons sont des titres qui permettent aux personnes d’obtenir une quantité déterminée de denrées chaque mois. Les tickets sont des titres d’alimentation qui constituent la monnaie des coupons mensuels et permettent d’obtenir, chaque jour, des quantités déterminées de denrées rationnées.
En janvier 1941 il faut également rationner le charbon et mettre en place pour chaque foyer domestique des cartes familiales.
Le 1er décembre 1949, les tickets de rationnement disparaissent en France, en même temps que le haut-commissariat au ravitaillement. Une génération d’enfants aura été carencée et se souviendra longtemps des engelures liées au chauffage spartiate des logements. Sur fond de malnutrition, surtout dans les familles modestes n’ayant pas les moyens de s’approvisionner au « marché noir », la tuberculose refait surface et la médecine scolaire des années 1950 travaillera à repérer et faire soigner les petits « rachitiques ». C’est pour eux que le président de l’association d’assistance aux pauvres, Eugène Lapeyre, engage la construction d’un pavillon de cure au 18 avenue des Acacias en 1951. Dès la fin des années 1940, la Ville de Nice développe ses centres de plein air au Mont-Chauve mais aussi à Annot (Basses-Alpes), Ascros, Beuil, Breil-sur-Roya, Beauvezer (Basses-Alpes), Castellane (Basses-Alpes), Conjux (Savoie), Escragnolles, Isola, Jausiers (Basses-Alpes), La Bollène, La Brigue, La Penne, Lantosque, Moulinet, Valberg, Saint-Martin-d’Entraunes, Saint-Martin-Vésubie et Sospel.
Tickets d’alimentation pour la viande et la charcuterie distribués par la mairie de La Turbie, 1946
Archives Nice Côte d’Azur, 11 S 45 (don André)
Les « grossistes » inaugurent une nouvelle rue au marché central, caricature de Jan parue dans l’Éclaireur du Soir, 2 novembre 1943
Archives Nice Côte d’Azur, 36 PER 1943
La descente du Marché est débaptisée et rebaptisée (à l’eau bénite) « rue Tabaga » du nom du seul légume disponible… La faim se fait lancinante et devient le sujet majeur des dessinateurs de presse qui, par ailleurs, ne peuvent guère traiter d’autres sujets sous peine de censure.
La descente du Marché, prolongée par la rue du même nom, menait du boulevard des Italiens [auj. Jean-Jaurès] aux marchés qui se tenaient sur les places du Vieux-Nice. Quant à l’esplanade, sur la couverture du Paillon, face à cette rue, elle accueillait l’été un marché aux légumes.
Se déplacer
L’entre-deux-guerres avait vu l’essor, tout particulièrement dans les Alpes-Maritimes, de l’automobile. Les autocars avaient partout remplacé les anciennes lignes de tramway qui desservaient non seulement les quartiers de Nice mais également l’arrière-pays (chemins de fer à voie métrique). La guerre va marquer un temps d’arrêt puisque l’essence se fait rare.
La solution est, pour certains automobilistes très fortunés, de faire équiper son automobile d’un moteur à gazogène (au charbon de bois) ou de l’électrifier avec des générateurs à acétylène (produit grâce au carbure de calcium). C’est le cas de la Packhard du milliardaire américain Virgil Neal. En 1936, un certain Libault avait fait breveter son procédé « Gazauto ». La fabrication et l’utilisation du gazogène sont réglementées par la loi du 27 août 1940 portant réglementation de la circulation automobile.
Pour tous les autres, la bicyclette redevient à la mode.
Ateliers Ford à Nice. Montage d’un gazogène sur la Packhard de Virgil Neal.
Archives Nice Côte d’Azur, 11 S 19 (papiers Verdalle)
Ateliers Ford à Nice. Montage d’un gazogène sur la Packhard de Virgil Neal.
Archives Nice Côte d’Azur, 11 S 19 (papiers Verdalle)
Gare d’autobus, carte postale noir et blanc, Munier éditeur, années 1930.
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 589
Les métaux
Les métaux, indispensables à l’industrie de l’armement ou de la fortification (béton armé, barbelés), sont les ressources les plus rares en temps de guerre.
Dans le cadre de la collaboration avec la France du maréchal Pétain, l’Allemagne nazie y fait réquisitionner à partir de l’année 1941 pour son effort de guerre une grande quantité de métaux non ferreux : étain, plomb, nickel ou cuivre. La population est invitée à apporter ses métaux, sous couvert de soutien à l’agriculture française. De nombreuses statues commémoratives et cloches d’églises sont fondues. Contribuant à cette mobilisation des métaux non ferreux, la Ville de Nice sacrifie les statues de deux grands républicains, Gambetta et Carnot. Dès la fin 1942, c’est le Palais de la Jetée riche de cuivres, bronzes, statues, argenterie, câblage électrique et autres métaux qui est dépecé.
Enfin, en janvier 1944, le général de division Von Kollermann ordonne de démanteler la superstructure du bâtiment de la Jetée afin d’y récupérer plusieurs milliers de tonnes d’acier. À la Libération, il ne reste plus que des débris immergés et des nombreuses structures métalliques. Le 20 novembre 1946, la société d’exploitation du Casino se voit retirer son autorisation d’occuper le domaine maritime par arrêté préfectoral. La Jetée-Promenade disparaît définitivement du paysage de la baie des Anges.
Nice – Le Monument du Président Carnot. – Lévy & Neurdein réunis (Paris) • [1913-1932]
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 497
Nice – La Promenade des Anglais. La Pergola. – Belles Editions françaises (Nice) • [avant 1939]
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 620
Restes des pilotis de la Jetée, fin 1944
Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 173 (fonds du service photographique municipal)
Occupation italienne (novembre 1942-septembre 1943)
« Nizza a noi ! ». Le 10 juin 1940, du haut du balcon du palais Venezia à Rome, Mussolini annonce l’entrée en guerre de l’Italie aux côtés de l’Allemagne d’Hitler contre la France et l’Angleterre, espérant ainsi conquérir Nice, la Savoie, la Corse et la Tunisie, qu’il considère comme italiennes. Un deuxième front s’ouvre alors dans les Alpes. Très nombreux dans les Alpes-Maritimes, les Italiens et descendants d’Italiens, qui avaient combattu aux côtés de la France entre 1915 et 1918, sont partagés face à ce « coup de poignard dans le dos ». Après la défaite française, l’Italie annexe Menton (mais pas Nice). Le discours prononcé par le Maire de Nice, Jean Médecin, lors du conseil municipal réuni le 6 juillet 1940 en séance extraordinaire est marqué par cette déception :
(…) L’Italie que nous avons aidée à conquérir ses libertés ; l’Italie unie à la France par des origines communes et d’innombrables liens de culture et de sang, l’Italie qui, depuis 50 ans, nous envoyait le trop-plein de sa population laborieuse ; l’Italie dont nous avons traité les enfants comme nos frères, leur accordant les mêmes avantages, la même protection, les mêmes droits à l’assistance sous toutes ses formes (…)
Or, à la suite de l’opération « Torch » et du débarquement allié en Afrique du Nord, les Allemands et les Italiens envahissent la zone restée libre en 1940 (opération « Attila ») : l’Italie se voit confier une vaste zone d’occupation, en rive gauche du Rhône, englobant l’ensemble des départements alpins. C’est la 4e armée italienne du général piémontais Mario Vercellino (1879-1961) qui occupe Nice et les Alpes-Maritimes. Il avait commandé l’Armée du Pô pendant la campagne de France (1940) et la 9e armée en Albanie (1940-1941) pendant la campagne de Grèce avant de devenir aide de camp de Victor Emmanuel III (1941-1942) et d’être nommé le novembre 1942 au commandant de la 4e armée d’occupation en France, comptant neuf divisions en Provence, dont trois côtières, pour un total d’environ 100 000 hommes.
Plus clément envers les Juifs que ne l’avait été l’administration française et, surtout, que ne le sera l’occupant allemand, l’occupant italien n’en mène pas moins une chasse active aux « terroristes ». La villa Lynwood [aujourd’hui villa Lamberti], chemin de Brancolar (rapidement surnommée « villa des supplices ») devient un centre régional de torture, accueillant du printemps à l’été 1943 plusieurs centaines de résistants originaires des Alpes-Maritimes, du Var et de l’Isère, dans l’attente d’une déportation directe dans la péninsule (comme Paul Tur et Gérald Hakim) ou bien d’un jugement devant le tribunal militaire de guerre de la 4e Armée. Une des tortures de la police secrète fasciste, l’Organizzazione di Vigilanza Repressione dell’Antifascismo (OVRA) était le « giro », à savoir un déplacement dans le couloir des caves, menottes aux poignets et chaînes aux pieds, sous un éclairage aveuglant et durant plusieurs jours sans s’arrêter, chaque ralentissement ou halte étant accompagné de coups de crosse, de pied ou de poing assénés par les carabiniers sur diverses parties du corps, assortis de bordées d’injures et de menaces de mort. Une inscription tirée de L’Enfer de Dante figurait à l’entrée de l’escalier conduisant aux caves : « Voi ch’entrate lasciate ogni speranza » (« Vous qui entrez ici, abandonnez tout espoir »). La Résistance est en effet à l’origine de nombreux attentats contre des officiers italiens, mais aussi contre des collaborateurs niçois. Accusé par l’occupant de favoriser ces actions et profondément anti-italien, le maire de Nice Jean Médecin se voit destituer en juillet 1943 et contraint de se refugier à Avignon et à Annot avant d’être arrêté en 1944 par la Milice et incarcéré – ce qui lui permettra de revenir en politique à la Libération…
Comando 4a Armata. Bando. Dispositions relatives à la sécurité militaire et à l’ordre public signées du général Mario Vercellino, 1943. Placard imprimé bilingue
Archives Nice Côte d’Azur, 7 Fi 306
La villa Ellis (villa « Lynwood ») chemin de Brancolar, siège de l’OVRA
Tirage de plan des architectes Lucien Barbet (1852-1937) et Honoré Aubert (1885-1974), 1924
Archives Nice Côte d’Azur, 2 T 360/122
Pour donner une petite satisfaction à leurs alliés germaniques, les occupants italiens décident toutefois d’assigner à résidence les Juifs en situation irrégulière au 26 mars 1943, notamment à Saint Martin-Vésubie. Pour la plupart originaires d’Europe centrale et orientale, ils sont logés dans une douzaine d’hôtels réquisitionnés par les autorités d’occupation et leur hébergement était financé par le « Centre d’accueil » de Nice, grâce aux fonds expédiés par le « Joint Committee ». L’arrivée d’un millier de personnes parlant surtout l’allemand et le yiddish dans un village montagnard ne comptant que 1 500 habitants ne manque pas d’entraîner une plus grande animation de la vie quotidienne, compte tenu de la liberté de mouvement, de réunion et de culte accordée à l’intérieur de la commune. Les anciens persécutés trouvent ce séjour idyllique, jusqu’à la capitulation italienne…
En septembre 1943, après la « Proclamation de Badoglio » et la signature de l’Armistice entre l’Italie et les Alliés, le général Vercellino reçoit l’ordre de faire passer la frontière italienne au plus grand nombre de troupes possible et de s’opposer au passage des Allemands. Il y aura des affrontements avec les troupes allemandes à Grenoble, Chambéry, au Mont-Cenis, au col de Tende, à la gare de Nice et à Menton. Le 12 septembre, Vercellino proclame la dissolution de son armée ; de nombreuses divisions parvenues à regagner le versant piémontais des Alpes formeront les premiers noyaux de partisans armés.
Pour ce qui est des Juifs de la Vésubie qui ont choisi d’accompagner dans leur repli en Italie les troupes transalpines, le passage par les cols de Cerise et de Fenestre est décrit comme une « marche biblique » à travers le Mercantour. Arrivés au bout de trois jours dans les villages de Valdieri et Entraque, les rescapés sont internés huit semaines dans la vieille caserne de Borgo San Dalmazzo avant qu’un convoi ferroviaire ne les conduise, le 21 novembre, vers Nice via Savone puis, au cours des jours suivants, vers Drancy et Auschwitz.
Saint-Martin-Vésubie (carte postale Belles éditions françaises, Nice)
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 5312 (don Louis Cappatti)
Occupation allemande (septembre 1943-août 1944)
Comme l’ensemble de la zone Sud, Nice est alors occupée par les troupes allemandes. La Wehrmacht et la Gestapo s’installent à Nice ; la chasse aux Juifs menée par le chef du camp de Drancy Aloïs Brunner (1912-2001 ?) sera d’autant plus implacable que l’occupant italien s’était montré très clément et que la zone italienne avait pu constituer un refuge – on estime le nombre de Juifs vivant ou réfugiés sur la Côte d’Azur en 1943 à 25 000. Pour la Gestapo, la circoncision vaut appartenance à la « race » juive ; des « physionomistes » installés sur des voiturettes sont chargés de repérer les Juifs dans les rues et de les arrêter (des Russes blancs installés à Nice acceptent cette mission) ; des rafles sont systématiquement opérées dans les hôtels et les meublés ; des bandes organisées de dénonciateurs font la chasse aux Juifs riches pour les dépouiller et prévenir la Gestapo qui vient les arrêter ; les trains sont méticuleusement contrôlés. Dans cette traque des Juifs, la Milice de Joseph Darnand est un allié zélé de la Gestapo.
Le parc hôtelier niçois où de nombreux Juifs avaient trouvé refuge :
Jusqu’au 14 décembre, 2 500 Juifs sont arrêtés dans les Basses-Alpes, les Alpes-Maritimes et la principauté de Monaco et détenus à l’hôtel Excelsior près de la gare de Nice ; y sont regroupés également ceux venus du camp de Borgo San Dalmazzo (dont de nombreuses familles qui avaient été assignées à résidence à Saint-Martin-Vésubie).
Du 10 septembre au 15 décembre 1943, Brunner a fait déporter 1 820 personnes en 28 convois dont le terrible convoi n° 61 ; jusqu’à la fin juillet 1944, ses successeurs en rafleront 1 128 autres (18 convois). Charlotte Salomon, Arno Klarsfeld, Roman Joffo, la famille Jacob, les Cassin, etc. font partie de ces déportés.
3. Libération
Le Mur de l’Europe (1943-1944)
Après la libération de la Corse (9 septembre-4 octobre 1943), la crainte d’un débarquement allié sur les côtes Sud pousse l’armée allemande à réaliser de très importants travaux de fortification à Nice : le « Mur de l’Europe » est donc méditerranéen autant qu’atlantique. Progressivement, c’est la Promenade des Anglais toute entière qui est intégrée à ce dispositif, camouflages compris. Les habitants sont évacués sur une grande profondeur depuis le rivage pour permettre l’installation de batteries, blockhaus, pieux dissuasifs et le minage systématique des plages.
Cependant, le Débarquement de Provence (opération « Dragoon ») aura lieu le 15 août 1944 sur les côtes varoises, avec comme objectif la reprise des ports de Toulon et Marseille. Les installations niçoises n’ont pas servi.
État des lieux à la Libération, automne 1944 : la casemate d’artillerie à Magnan camouflée en établissement de bains a été installée entre le mur-digue et la chaussée ; elle est flanquée de blockhaus desservis par des galeries souterraines.
Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 173 (fonds du service photographique municipal)
État des lieux à la Libération, automne 1944.
Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 173 (fonds du service photographique municipal)
État des lieux à la Libération : camouflage du quai des États-Unis, automne 1944.
Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 173 (fonds du service photographique municipal)
État des lieux à la Libération : Négresco et villa Masséna, automne 1944.
Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 173 (fonds du service photographique municipal)
État des lieux à la Libération, automne 1944.
Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 173 (fonds du service photographique municipal)
État des lieux à la Libération, automne 1944.
Archives Nice Côte d’Azur, 1064 W 173 (fonds du service photographique municipal)
Bombardements et combats de 1944
Le 26 mai 1944, entre 10 heures et 11 heures du matin, des avions américains partis de trois aérodromes du sud de l’Italie lâchent leurs bombes sur les quartiers Est de Nice.
L’opération est menée dans le cadre du Transportation Plan, plan d’attaque des voies de communication destiné à étrangler la logistque allemande dans la perspective du débarquement allié sur les plages de Normandie. En détruisant les infrastructures de chemin de fer, notamment les gares de triage, les Alliés empêchaient l’armée allemande d’acheminer des troupes et du matériel vers le nord et l’ouest de la France. Le plan prévoit 90 jours de frappe sur 80 objectifs en France, Belgique et Allemagne. Il débute par le bombardement de la gare de triage de Trappes (Yvelines) dans la nuit du 6 au 7 mars et les bombardements s’enchaînent, avec leur cortège de victimes civiles, tout au log du printemps. Les 25 et 26 mai 1944, ce sont 14 cibles situées dans le sud de la France (Lyon, Givors, Saint-Etienne, Chambéry, Grenoble et Nice) qui sont visées. C’est ainsi que Nice, épargnée jusqu’alors par les combats, voit les bombes tomber sur la gare Saint-Roch. Environ 300 personnes perdent la vie lors de ce bombardement, des centaines sont blessées et le bombardement a fait plus de 5 000 sinistrés. De nombreux Niçois doivent alors se reloger dans les villages de l’arrière-pays.
Succès militaire, ce plan n’a pas pu empêcher les victimes civiles. Les autorités d’occupation, par voie de presse ou lors de cérémonies d’hommages aux victimes (comme à Nice lors des obsèques organisés par la Milice au cimetière de Caucade), en profite pour attiser le ressentiment contre les Anglo-Américains.
Notre-Dame de Laghet, ex-voto : bombardement des quartiers Est de Nice, 26 mai 1944
Cliché Région Provence-Alpes-Côte d’Azur – Inventaire général
Notre-Dame de Laghet, ex-voto : bombardement des établissements Michel, 26 mai 1944
Cliché Région Provence-Alpes-Côte d’Azur – Inventaire général
Appel au pays du maréchal Philippe Pétain. Impression de l’Eclaireur, [1944]. Placard imprimé.
Archives Nice Côte d’Azur, 7 Fi 304
« Français, n’aggravez pas nos malheurs par des actes qui risqueraient d’appeler sur vous de terribles représailles ».
Ce qui reste du pont-route sur le Var après les bombardements de 1944.
Archives Nice Côte d’Azur, 3 Fi 7509
En mars 1944, le Conseil national de la Résistance adopte un plan d’action immédiate à mener lors du futur débarquement pour la libération du territoire, déjà entamée en Corse grâce à l’action des résistants locaux. Les forces françaises de l’intérieur (FFI) ont pour mission d’entraver la réaction de la Wehrmacht et de faciliter l’avancée des Alliés sur le continent : les réseaux ferroviaire et routier sont paralysés, les lignes électriques et téléphoniques sont sabotées et les troupes allemandes harcelées par les maquisards. En riposte, les représailles se font plus nombreuses et plus violentes contre les « terroristes » (résistants) et les populations civiles supposés complices : Tulle le 9 juin, Oradour-sur-Glane le lendemain, Maillé le 25 août… Le maréchal Pétain appelle alors les Français à ne pas « écouter ceux (…) qui conduiraient le pays au désastre » (Radio-Londres). Nice doit malheureusement, elle aussi, déplorer plusieurs victimes de ces atrocités commises par un occupant aux abois.
Le 10 juin 1944, 13 résistants sont extraits de la prison de Nice ; ils seront fusillés au Bar-sur-Loup pour deux d’entre eux puis, pour les autres, dans un champ de Saint-Julien-du-Verdon. Parmi eux quatre élèves du lycée de garçons [Masséna] de Nice (Gilbert Campan, Césaire Aubé, Francis Gallo et Roger Demonceaux) ainsi qu’un ancien élève (Jacques Adam), partis pour le maquis du Férion. Le 7 juillet 1944, Ange Grassi et Séraphin Torrin, deux résistants FTP (francs-tireurs et partisans) sont pendus par les Allemands sur l’avenue de la Victoire dans le but d’effrayer la population, après plusieurs opérations de la Résistance. Le 15 août 1944, alors que les troupes américaines et les forces françaises du maréchal de Lattre débarquent à Saint-Tropez, la Gestapo à Nice se rend à la prison de Nice : un groupe d’otages (23 résistants et deux trafiquants au marché noir) est conduit jusqu’à un terrain vague de l’Ariane, en bordure du Paillon. Aussitôt débarqués du camion, ils sont exécutés. Ces « Fusillés de l’Ariane » étaient originaires de Contes, Nice, Hyères, Paris, Menton, Mougins, Castellane, Beausoleil, Monaco, Lorgues, Marseille, La Bâtie de Peyrousse, Toulon, Cannes. Le plus jeune avait 17 ans. En rive droite du Paillon, sur un terre-plein qui fait face à la commune de La Trinité, s’élève une immense croix de Lorraine ; de part et d’autre, des cyprès sont alignés, à leurs pieds de petites plaques en métal, surélevées par un petit socle en maçonnerie, portent chacune le nom d’un fusillé. Le sculpteur Volti avait proposé un gisant de marbre pour rappeler le massacre de l’Ariane. Son projet n’a pas été réalisé.
Antoniucci Volti (1915-1989). Projet pour les fusillés de l’Ariane, photographie du plâtre.
Archives Nice Côte d’Azur, 3 R 15
Après le débarquement de Normandie, ce sont les FFI qui préparent l’arrivée des Alliés en déclenchant l’insurrection de la population parisienne. Le scénario se reproduit dans les villes du Midi (Marseille, Nice) : deux semaines après le débarquement de Provence, le 28 août 1944, la Résistance lance une insurrection armée depuis le passage à niveau du boulevard Gambetta, à laquelle se joignent des civils galvanisés par l’espoir de la Libération. Ce jour-là, une trentaine de combattants tombe sous le feu ennemi et environ 280 ont été blessés lors des combats de rue acharnés. Quelques soldats américains sont dépêchés de Saint-Laurent-du-Var le soir du 29 août. Une colonne blindée américaine arrive le 30 août 1944. Nice est définitivement libérée.
Le journal communiste Le Patriote est à l’origine du mythe de la ville qui se serait libérée d’elle-même : « Le Peuple, à qui l’histoire accorde toujours l’initiative des grandes décisions nationales, a triomphé à Nice. Gloire à ses morts et Vive sa Liberté ». Des numéros spéciaux d’août 1944, sans doute apocryphes, contribuent à cette légende qui sera abondamment reprise par L’Ergot, autre journal issu de la Résistance, dès l’automne. L’enjeu mémoriel n’est pas exempt de calcul politique dans le cadre de la recomposition des équilibres politiques d’après-guerre.
Quelques unités allemandes se réfugient au fort de l’Authion. Elles seront délogées en avril 1945 par la Première division libre (armée de Lattre) qui vient de vaincre la poche de Colmar.
Ils sont là ceux que nous attendions depuis cinq ans. Le Patriote niçois, août 1944
Archives Nice Côte d’Azur, 56 PER 1
Présence américaine sur le territoire
Après guerre, les militaires américains basés à Nice ou Villefranche reçoivent des consignes strictes : ne pas se promener dans le Vieux-Nice (Old town is dangerous), économiser l’eau (There is an acute shortage of water in Nice), etc. Ils s’approvisionnent dans des Post Exchange ou PX, dépendant de l’European Exchange Service et vendant – hors taxes – des vêtements, des disques, de l’électroménager, des équipements de sport, etc., tous les symboles de l’American Way of Life... mais aussi des parfums et des produits de beauté français. Par exemple, la pâtisserie Scala, rue de France, devient un PX entre 1945 et 1947.
Tract distribué aux troupes américaines stationnées à Nice
Archives Nice Côte d’Azur, 11 S 19 (papiers Verdalle)
Devant l’entrée d’un établissement réservé aux Américains, juin 1945
Archives Nice Côte d’Azur, 3 Fi 347 (fonds Merighi-Fighiera)
Pour ne pas oublier
Dès 1940, le général De Gaulle institue l’Ordre de la Libération afin de récompenser les personnes ou les collectivités militaires et civiles qui se sont signalées dans l’œuvre de libération de la France et de son Empire. Les Niçois René Cassin (1887-1976), Édouard Corniglion-Molinier (1898-1963) et Roman Kacew (1914-1980) dit Romain Gary, ces deux derniers aviateurs du groupe de bombardement Lorraine, font partie des 1 038 Compagnons de la Libération. Le général Corniglion-Molinier a donné son nom au prolongement vers l’aéroport de la célèbre promenade des Anglais. La bibliothèque Dubouchage porte aujourd’hui le nom de Romain Gary.
Fils d’un notaire niçois, Corniglion-Molinier fait de brillantes études au lycée de Nice. Lorsque la première guerre mondiale éclate, l’étudiant en droit de 17 ans, plus tenté par l’aventure que par le notariat, s’engage donc dans les chasseurs alpins, passe au 5e Dragons à Saumur le 6 octobre 1915 et, un mois plus tard, demande sa mutation pour l’Aéronautique. Fin 1916, il est envoyé sur l’Adriatique et accomplit des missions de reconnaissance et d’observation sur les lignes ennemies, dans les régions de Trieste et de Fiume, des attaques d’avions, de Drachen, et de bateaux autrichiens dans le Golfe, attaques qui lui valent le grade de maréchal des logis.
Portrait du général Corniglion-Molinier. Tirage de presse fourni par l’Agence France Presse à l’occasion de son décès.
Archives Nice Côte d’Azur, 3 Fi 200
Démobilisé avec le grade de sous-lieutenant, il reprend le cours de ses études mais poursuit sa passion pour l’aviation.Il entre comme reporter dans un grand journal parisien du soir. Avec André Malraux il part à la recherche des cités disparues dans les déserts du Moyen-Orient puis participe, en 1936, à la guerre d’Espagne. Ayant racheté en 1927 les studios de la Victorine à Nice, il est également producteur de cinéma dans des réalisations importantes comme Drôle de Drame de Marcel Carné ou L’Espoir, d’après l’œuvre d’André Malraux, présenté au public en 1939 sous le nom de Sierra de Teruel (prix Louis Delluc 1945).
En septembre 1939, il se porte volontaire pour servir dans l’aviation de chasse. Démobilisé le 16 août 1940, il se retire dans le Midi et fonde avec Emmanuel d’Astier de la Vigerie le mouvement de résistance « La Dernière Colonne », qui se destine au sabotage. Passé par le Maroc, la Martinique et New York, il s’engage le 1er mars 1941 dans les Forces Françaises Libres à Londres.
Affecté dans la RAF, il est ensuite nommé chef d’état-major, puis commandant de l’Aviation Française en Moyen-Orient. De retour en France après le débarquement de Normandie, il reçoit en novembre 1944 ses étoiles de général de brigade aérienne et prend le commandement des Forces aériennes de l’Atlantique.
Revenu à la vie civile, Corniglion-Molinier occupe des postes importants comme président, vice-président et administrateur de nombreuses grandes sociétés aéronautiques, cinématographique et de presse.
Sénateur, député, il est aussi conseiller général et maire de Roquebillière et occupe plusieurs postes ministériels : ministre d’Etat chargé du Plan (1953-1954), ministre des Travaux publics, des Transports et du Tourisme (1955-1956), Garde des Sceaux (1957), ministre d’Etat chargé du Sahara…
Décédé le 9 mai 1963 à Paris, il est inhumé à Nice au cimetière du Château.
Autre personnalité importante des combats de la Seconde guerre mondiale, le futur général Louis Delfino né en octobre 1912 au 23 rue Arson, fils d’un ébéniste qui va mourir à la guerre. Pupille de la Nation, Louis Delfino entre en 1931 à l’école militaire de Saint-Cyr. D’abord pilote de reconnaissance, il obtient son affectation au GC I/4 comme commandant en second peu avant la guerre. Le 17 mai 1940, il est nommé commandant de la 4e escadrille du GC II/9. Après l’armistice, il retrouve son ancien groupe, rallié à Vichy, à Dakar. Dans le cadre de la défense des côtes de l’Afrique occidentale française, il abattra un avion de la Royal Air Force. En 1943, il décide de rejoindre l’escadrille franco-soviétique Normandie [puis Normandie-Niemen après l’offensive de Prusse] au sein des Forces aériennes françaises libres. En mai 1961, il sera nommé commandant de la défense aérienne du territoire. En février 1965, à l’instigation de Georges Pompidou, il présentera, sans succès, sa candidature à la succession de Jean Médecin à la tête de la municipalité. La Ville a, non loin de sa maison natale, rebaptisé à son nom l’ancien boulevard Sainte-Agathe.
En février 1943, De Gaulle crée la médaille de la Résistance française afin de « reconnaître les actes remarquables de foi et de courage qui, en France, dans l’Empire et à l’étranger, auront contribué à la Résistance du peuple français contre l’ennemi et contre ses complices depuis le 18 juin 1940 » (parachutage, renseignement, sabotage, « coups de mains »). La médaille de la Résistance est décernée par décret à plus de 65 000 personnes et collectivités. Elle est attribuée jusqu’au 31 décembre 1947 puis un décret de septembre 1950 permet de la décerner uniquement à titre posthume et sous conditions. 212 natifs de Nice ont reçu cette médaille : Paul Augier, Max Cavaglione, Jacques Cotta, Michel Dikansky, Jacques Lippmann, etc.
Tous les ans, le 28 août, la Ville de Nice organise un circuit de la mémoire sur les pas des combattants morts pour la libération de Nice, depuis le boulevard de Cessole jusqu’à l’hôtel de ville. Sur la façade des Galeries Lafayette, une belle plaque de marbre rappelle le souvenir de la pendaison des résistants communistes Ange Grassi et Séraphin Torri.
La Ville a aussi tenu à honorer les Niçois Simone Jacob-Veil, déportée avec sa famille depuis Nice en 1943, et René Cassin, dont plusieurs membres de la famille sont morts dans les camps de concentration, en leur dédiant deux grands axes de l’ouest de la ville, ainsi que deux écoles.
Des plaques commémoratives rappellent également la face noire de Nice. Face à l’hôtel Excelsior, avenue Durante, antichambre de la déportation vers Drancy et Auschwitz, une stèle garde depuis 2009 la mémoire des « plus de 3 000 juifs » arrêtés dans les Basses-Alpes, les Alpes-Maritimes et la principauté de Monaco. Au 15 rue d’Italie à Nice, depuis 2021, une plaque rappelle le souvenir la famille Klarsfeld qui a vécu au troisième étage de cet immeuble jusqu’à la déportation du père, Arno, en 1943. Son fils, Serge, qui a échappé à la rafle, a passé sa vie à chasser les nazis ; sa femme et lui ont été à l’initiative de l’arrestation et de la condamnation de Klaus Barbie.
Nice accueille aussi, depuis 1973, le musée du Message biblique Marc-Chagall, œuvre de réconciliation de l’artiste, dénaturalisé et persécuté par l’État français durant la guerre.
Issu d’une famille juive niçoise, René Cassin (1887-1976) fait de brillantes études au lycée de garçons [Masséna] à Nice avant d’entrer à la faculté de droit à Aix-en-Provence. Grièvement blessé par balles de mitrailleuse le 12 octobre 1914 à Saint-Mihiel, il reçoit la croix de guerre avec palme et la médaille militaire. Il participe dès 1917 à la création de l’une des toutes premières associations départementales de victimes de guerre. En 1940, il invitera les anciens combattants à ne pas adhérer à la Légion française des combattants que l’État français entend substituer aux anciennes associations.
Agrégé de droit en 1919, René Cassin est, à partir de 1922, président de l’Union fédérale des Mutilés et Veuves de Guerre ; professeur à la faculté de Lille, il rédige et fait voter des lois en faveur de l’emploi des victimes de guerre et se dépense sans compter dans ses différentes activités. Entre 1924 et 1938 il est membre de la délégation française à la Société des Nations et lutte dans tous les domaines pour la Paix.
En 1929, il est nommé professeur de droit à la faculté de Paris et devient vice-président du Conseil supérieur des Pupilles de la Nation. En 1930, après un voyage au Moyen-Orient où il rencontre, en Palestine, de nombreux Juifs allemands, il mène, dès son retour, une active campagne contre le nazisme. La même année, il obtient le vote de la loi sur la retraite du combattant. À la fin des années trente, il dénonce dans plusieurs discours le danger que représente le IIIe Reich pour l’Europe et le Monde.
Lors de la débâcle de 1940, pressentant la liquidation du régime républicain et refusant l’idée de l’armistice, il gagne l’Angleterre avec son épouse. Responsable du service juridique de la France Libre, membre du Conseil de défense de l’Empire à sa création en octobre 1940, René Cassin est le rédacteur des statuts de l’Ordre de la Libération. Il multiplie pendant la guerre les interventions sur Radio-Londres et les articles dans la presse française libre. Nommé commissaire à la Justice et à l’Instruction publique du Comité national français en 1941, il prend, à sa création en août 1943, la présidence du Comité juridique de la France combattante (qui fait office de Conseil d’État) fonction qu’il conserve au sein du Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) avant de devenir, à la Libération, vice-président du Conseil d’Etat (jusqu’en juin 1960) puis président honoraire. Il siège également à l’Assemblée consultative d’Alger dès novembre 1943. Il est aussi président de l’Alliance israélite universelle (AIU) à partie de 1942.
Entre 1942 et 1944, René Cassin est le représentant de la France au Comité des ministres alliés de l’Éducation et, de 1943 à 1945, représentant français à la commission d’enquête sur les crimes de guerre.
En 1946, il fait partie du petit groupe international, présidé par Eleonor Roosevelt, qui a la charge de rédiger la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, votée à Paris, le 10 décembre 1948, par l’Assemblée générale des Nations-unies.
En 1958 il préside le comité consultatif provisoire chargé de préparer la Constitution de la Ve République et reçoit, à l’Elysée, le serment du général de Gaulle, Président de la République en janvier 1959. En juin 1960, il est nommé au Conseil constitutionnel dont il sera membre jusqu’en février 1971.
Vice-président (1959) puis président (1965-1968) de la Cour européenne des Droits de l’Homme, René Cassin reçoit en octobre 1968 le Prix Nobel de la Paix.
Les négociants niçois Abraham Alfred Cassin et son épouse Hélène Weiss, Abraham Samuel Cassin et sa fille Germaine, Ernest Moïse Cassin et sa fille Jeannine, oncles et cousines de René Cassin, sont morts à Auschwitz en 1943-1944, tout comme sa sœur Yvonne.
Pose de la première pierre du musée Marc-Chagall à Nice en présence de l’artiste, dénaturalisé par Vichy, victime de persécutions antisémites et réfugié aux États-Unis pendant la guerre, entouré de deux Compagnons de la Libération : André Malraux, ministre de la Culture, et René Cassin, prix Nobel de la Paix, 1969.
Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1969/399 (fonds du service photographique municipal)
Réception de Simone Veil à l’hôtel de ville de Nice, 1975.
Archives Nice Côte d’Azur, 860 W 1975/553 (fonds du service photographique municipal)
Le monument aux Maréchaux
Le maréchalat de France est la plus haute distinction militaire française. Le titre a été décerné à 342 maréchaux de France depuis 1185. Suite à leurs faits d’armes pour la Libération de la France, le président Vincent Auriol élève en 1952 trois généraux à cette dignité d’État : le vainqueur du Monte Cassino Alphonse Juin (1888-1967) et, à titre posthume, Jean de Lattre de Tassigny (1889-1952) et Philippe de Hauteclocque dit Leclerc (1902-1947). À titre posthume également, en 1984, le président François Mitterrand fait le général Marie-Pierre Kœnig (1898-1970), vainqueur de Bir-Hakeim, maréchal de France. Le général De Gaulle, pour sa part, avait refusé ce titre en 1946.
Dans le cadre de l’aménagement d’un square Leclerc sur l’esplanade du Paillon, le conseil municipal décide le 9 juillet 1982 de passer commande d’un monument en l’honneur des trois maréchaux de France (de Lattre de Tassigny, Juin et Leclerc). C’est le sculpteur Marcel Mayer (1898-2011) qui, en taille directe dans 36 tonnes de granit rose Balmoral de Finlande, réalise le monolithe d’où se détachent des colonnes formant à la fois socle et effigie de chacun des maréchaux. Les visages des maréchaux taillés à même le roc surmontent un jeu rythmé de plans éclatés faisant deviner, sous chaque visage, une main droite tenant le bâton du maréchalat. Au bas de chaque pilier sont gravés les noms des principales victoires ainsi que le nom du maréchal, ses dates et la mention « Maréchal de France ». Devant chaque statue se trouve un petit socle dans lequel a été scellée une urne contenant symboliquement un peu de terre des champs de bataille où s’illustrèrent ces grands soldats. Le monument est inauguré le 18 juin 1983, en présence du gouverneur militaire de Lyon, commandant de la 5e Région militaire, le général Boone.
Cependant, des iconoclastes, sans doute hostiles à la fois aux libérateurs de la France et à l’artiste, vandalisent le monument. La municipalité le déplace donc en 1986 pour l’installer dans les jardins de la villa Masséna, après l’avoir fait restaurer : pour ce faire, Marcel Mayer a entrepris une véritable prouesse technique en restaurant les visages mutilés au moyen de greffes de granit prélevées à même les blocs et re-sculptés selon la technique de la taille directe. L’artiste a ensuite ajouté la figure du maréchal Koenig, élevé entre-temps au maréchalat. En 2007, suite à la restauration des jardins de la villa Masséna selon leur dessin d’origine, la Ville de Nice a de nouveau déplacé et implanté le monument des Maréchaux dans le jardin Alsace-Lorraine, boulevard Victor-Hugo.
Marcel Mayer. Plan d’implantation du monument des quatre maréchaux, 1986.
Archives Nice Côte d’Azur – Ville de Nice, 220 W 49
Chronologie
1920
Canonisation de Jeanne d’Arc et institution d’une fête nationale de Jeanne d’Arc et du patriotisme
1933
L’association des Croix de feu nationalistes prend pour devise « Travail. Famille. Patrie »
Juin 1936
Naissance du Parti populaire français (PPF)
1936-1938
Activités du réseau des « Chevaliers du glaive », satellite de la Cagoule à Nice (Joseph Darnand et Paul Faraut)
Septembre 1938
Accords de Munich entre l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l’Italie ; démembrement de la Tchécoslovaquie
9 novembre 1938
Nuit de Cristal en Allemagne
23 août 1939
Pacte germano-soviétique
1er septembre 1939
L’armée allemande envahit la Pologne
3 septembre 1939
Entrée en guerre du Royaume-Uni et de la France
Octobre 1939
Arrestation des militants communistes, dont les députés maralpins Virgile Barel et Henri Pourtalet.
Avril 1940
Création du camp de concentration d’Auschwitz
10 mai 1940
L’armée allemande envahit le Luxembourg, la Belgique et les Pays-Bas ; début de la bataille de France
10 juin 1940
L’Italie déclare la guerre à la France (« le coup de poignard dans le dos »)
14 juin 1940
L’armée allemande entre dans Paris
16 juin 1940
Le maréchal Pétain succède à Paul Reynaud comme président du conseil
18 juin 1940
Depuis Londres, le général De Gaulle appelle les Français à résister
21 juin 1940
L’armée italienne lance la bataille des Alpes
22 juin 1940
La France signe l’armistice avec l’Allemagne ; mise en place d’une ligne de démarcation entre zone libre et zone occupée
24 juin 1940
La France signe l’armistice avec l’Italie
1er juillet 1940
Expulsion des Juifs français d’Alsace et de Moselle vers la zone libre
10 juillet 1940
Le Parlement vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain ; projet de loi constitutionnelle ; le nouveau gouvernement français s’installe à Vichy.
22 juillet 1940
Loi portant révision des naturalisations obtenues depuis 1927
7 août 1940
Création du Commissariat général à l’éducation générale et aux sports
29 août 1940
Création de la Légion française des combattants (LFC)
3 octobre 1940
Premier statut des Juifs édicté par l’État français : internement des Juifs étrangers ; abrogation du décret Crémieux (naturalisation des juifs indigènes d’Algérie)
16 novembre 1940
Loi portant réorganisation des corps municipaux
20 mars 1941
A Nice, le boulevard Bischoffsheim et la rue Rothschild sont débaptisés
14 mai 1941
Première grande rafle collective en zone occupée (Juifs polonais, tchécoslovaques et autrichiens)
2 juin 1941
Second statut des Juifs édicté par l’État français
22 juin 1941
L’armée allemande envahit l’Union soviétique
Janvier 1942
Création du Service d’ordre légionnaire (SOL)
16-17 juillet 1942
« Rafle du Vél’ d’hiv’ » à Paris
26-27 août 1942
Rafle de 610 Juifs étrangers résidant dans les Alpes-Maritimes
8 novembre 1942
Les troupes américaines débarquent au Maroc et en Algérie (opération « Torch »). Ralliement des troupes françaises d’Afrique du Nord.
11 novembre 1942
L’Allemagne occupe la zone libre (qui devient « zone Sud ») à l’exception de la Savoie, de la Haute-Savoie, des Hautes et des Basses-Alpes, de l’Isère et des Alpes-Maritimes qui sont occupées par l’Italie
Janvier 1943
Création de la Milice française
Avril-septembre 1943
Assignation à résidence de familles juives à Saint-Martin-Vésubie
8 et 20 juillet 1943
Attentat contre des soldats de la 4a Armata à Nice
14 juillet 1943
Le commandement italien procède à l’éloignement du sénateur-maire de Nice Jean Médecin
8 septembre 1943
L’Italie signe l’armistice avec les Alliés ; l’Allemagne occupe l’ancienne zone italienne.
10 septembre-15 décembre 1943
Grandes rafles organisées par Alois Brunner à Nice (28 convois depuis l’hôtel Excelsior)
24 novembre 1943
Exécution par la Résistance du docteur Adolphe Tourtou, adjoint au maire de Nice et secrétaire fédéral du PPF
28 novembre 1943
Attentat contre les miliciens de l’escorte de Darnand
6 février 1944
Exécution à Nice d’Ernest Dausse, chef du 4e service de la Milice
Février 1944
L’ORA (Organisation de Résistance de l’Armée) fusionne avec l’Armée secrète (AS) et les Francs-tireurs partisans (FTP) pour former les FFI (Forces françaises de l’Intérieur).
26 mai 1944
L’aviation alliée bombarde Nice dans le cadre du « Transportation Plan »
6 juin 1944
Débarquement allié en Normandie
11 juin 1944
Onze résistants sont fusillés à Saint-Julien-du-Verdon dont quatre élèves du lycée Masséna
18-21 juillet 1944
Combats des gorges de Daluis
30 juillet 1944
Dernier convoi de déportation Nice-Drancy
2 août 1944
Exécution à Nice de l’avocat Georges Bensa, auteur des discours de Darnand
9 août 1944
Ordonnance relative au rétablissement de la légalité républicaine signée à Alger par Charles De Gaulle, au nom du gouvernement provisoire de la République française, et le commissaire à la justice, François de Menthon
15 août 1944
Débarquement allié en Provence (opération « Dragoon ») ; en représailles, la Gestapo fusille 25 personnes à l’Ariane
28 août 1944
Libération de Nice
20 septembre 1944
L’ancien député communiste Virgile Barel est nommé président de la délégation spéciale de Nice
27 janvier 1945
Libération des prisonniers du camp d’extermination d’Auschwitz (Pologne) par l’Armée rouge
6 avril 1945
Visite du général De Gaulle à Nice
10-28 avril 1945
Bataille de l’Authion
29 avril et 13 mai 1945
Élections municipales portant le socialiste Jacques Cotta à la tête de la mairie de Nice (premier scrutin auquel votent les femmes françaises)
8 mai 1945
Capitulation de l’Allemagne
21 octobre 1945
Les Alpes-Maritimes élisent à l’Assemblée constituante les communistes Virgile Barel, Jean Laurenti et Henri Pourtalet, le socialiste Alex Roubert, le radical Émile Hugues et le républicain indépendant Jean Médecin.
10 décembre 1948
Déclaration universelle des droits de l’homme
Octobre 1968
René Cassin reçoit le Prix Nobel de la Paix.
Outils pédagogiques en ligne
- L’appel du 18 juin 1940 sur le site FranceArchives
- La propagande de Vichy à travers l’affiche sur le site de La Contemporaine
- « La Révolution nationale ou le « redressement de la maison France » », et tous les dossiers consacrés au régime de Vichy sur le site Histoire par l’image
- L’action de la Résistance intérieure sur le site FranceArchives
- Enseigner l’histoire de la Shoah sur le site du Mémorial de la Shoah
- Découvrir le Grenier de Sarah, développé par le Mémorial de la Shoah
- Pour participer au concours national de la résistance et de la déportation
Voir ou écouter
Pour les plus jeunes
- 1 jour, 1 question
- Les cours Lumni niveau collège
- Les cours Lumni niveau lycée
Pour les plus grands
- Les lycéens fusillés de Saint-Julien-du-Verdon
- René Cassin et la déclaration universelle des droits de l’homme
- Les podcasts de Léa Veinstein (Serge Klarsfeld, Simone Veil)
- Simone Veil sur la déportation de sa famille (1976)
Visiter
- Le Mémorial de la Shoah à Paris
- Le Musée de la Résistance nationale à Champigny-sur-Marne
- Le Musée de la Résistance azuréenne à Nice
- Les lieux de mémoire 1939-1945 en Provence Alpes Côte d’Azur
Lectures
En primaire
- Brisac Nathalie. Kakine Polioute. L’école des loisirs, coll. « Mouche », 2005.
> Voir la fiche pédagogique - Grégoire Fabian. Vapeurs de résistance. L’école des loisirs, 2007.
- Joffo Joseph, Un sac de billes, 1973 notamment l’édition en Livre de poche jeunesse, 2015 et l’adaptation en bande dessinée, Futuropolis, 2017. Le livre a connu deux adaptations cinématographiques : par Jacques Doillon en 1975 puis par Christian Duguay en 2017
> Voir le dossier pédagogique réalisé par Alice Mennesson pour Cinéfête 19 - Nessmann Philippe. Te souviens-tu Marianne ? Les éditions des éléphants, 2022.
- Tchernia Gil. Je ne suis pas contagieux. L’école des loisirs, coll. « Archimède », 2007.
Au collège
- Billet Julie. La guerre de Catherine. L’école des loisirs, coll. « M+ », 2012 et adaptation en bande dessinée, Éditions Rue de Sèvres, 2017.
- Deroin Christine, 36, rue Amelot, Oskar éditeur, 2013.
- Ferdjouk Malika et Pollack Charles, Taille 42. L’école des loisirs, coll. « M+ », 2007.
> Voir la fiche pédagogique - Gary Romain. La Promesse de l’Aube. Gallimard, 1960-1972 (rééd. en Folio, en Folio classique, en Folio+ Collège et en livre audio) et son adaptation cinématographique par Éric Barbier, 2017.
> Voir les outils pédagogiques - Gutman Claude. La maison vide. Folio junior, 2010.
- Gutman Claude. L’hôtel du retour. Folio junior, 2011.
- Kahn Michelle. La vague noire. Actes sud jeunesse, 2004.
- Lamoureux Sophie. Sur la piste des héros de l’ombre. Actes sud jeunesse, 2015.
- Moscovici Jean-Claude. Voyage à Pitchipoï. L’école des loisirs, coll. « M+ », 1995.
- Ruter Pascal. Les papillons bleus. tome 1. 1939-1942. Didier Jeunesse, 2023.
- Trouillard Stéphanie et Lambert Thibaut. Si je reviens un jour. Des Ronds dans l’O, 2020.
- Vivier Colette. La maison des quatre vents, 1946 : rééd. Casterman, 2012.
Au lycée
- Amar Philippe. Les trois vies de Suzana Baker. Mazarine, 2021 (rééd. en Livre de poche).
- Bertorello Yvon, Stoffel Éric, Scotto Serge, Allali Frédéric et Espinosa Michel. Justes parmi les nations. Tome 1. Les réseaux de la liberté. Plein-vent, 2023.
- Bertorello Yvon, Stoffel Éric, Scotto Serge, Allali Frédéric et Espinosa Michel. Justes parmi les nations. Tome 2. Lueurs dans les ténèbres. Plein-vent, 2024.
- Bertorello Yvon, Bédéneau Aurélien, Stoffel Éric et Scotto Serge. Ligne Maginot. Tome 1. La Bataille des Alpes. Plein-vent, 2023.
- Bertorello Yvon, Bédéneau Aurélien, Stoffel Éric et Scotto Serge. Ligne Maginot. Tome 2. Les Combats de l’Authion. Plein-vent, 2024.
- Denoël et Vivier Jean-François. Honoré d’Estienne d’Orves. Pionnier de la Résistance. Plein-vent, 2022.
- Foenkinos David. Charlotte. Gallimard, 2014 (rééd. en Folio et en Classico Lycée).
- Frenkel Françoise. Rien où poser sa tête. Gallimard, 2015 (rééd. en Folio).
- Gary Romain. Les Racines du ciel. Gallimard, 1956 (rééd. en Folio, Foliothèque et en livre audio).
> Voir les outils pédagogiques - Jedinak Rachel. Nous étions seulement des enfants. Fayard, 2018 (rééd. en Livre de poche).
- Kiejman Georges. Pardon d’avoir survécu, Flammarion, 2023.
- Le Clézio J.M.G., Étoile errante. Gallimard, 1992 (rééd. en Folio).
> Voir la fiche pédagogique - Ninon Jean-Jacques, Le général Louis Delfino dernier commandant de Normandie-Niemen, tome 1. De la Riviera à la toundra. Alain Amiel, 2024.
- Ninon Jean-Jacques, Le général Louis Delfino dernier commandant de Normandie-Niemen, tome 2. Du bouleau à l’olivier. Alain Amiel, 2024.
- Veil Simone. Une jeunesse au temps de la Shoah. Livre de Poche, 2010.
- Zaidman Annette. Mémoires d’une enfance volée. Ramsay, 2002.
Pour aller plus loin
- Les Alpes-Maritimes et les guerres du XXe siècle. Archives départementales des Alpes-Maritimes, 2013.
- Les Jours sans : 1939-1949. Alimentation et pénurie en temps de guerre. Centre d’histoire de la résistance et de la déportation – Libel, 2017.
- Cahiers de la Méditerranée, n° 12, 1, 1976. La Libération des Alpes-Maritimes.
- Nice historique, numéros spéciaux : Les années de guerre (1940-1945), 2002/4 et Les années de guerre (1939-1945), 2004/2.
- Azéma Jean-Pierre (dir.). La politique du sport et de l’éducation physique en France pendant l’occupation. INSEP, 2018.
- Ben Kahlifa Riadh. Juifs et nazis dans les Alpes-Maritimes (septembre 1943-août 1944). In : Recherches régionales, n° 182, 2006, p. 89-98.
- Bourrier-Reynaud Michel et Colette. La résistance au fil du Var. Serre, 2003.
- Braun Michel, Garacio Jean-Pierre et Panicacci Jean-Louis. 1939-1945 : La guerre dans les Alpes-Maritimes. Éditions du Cabri, 1994.
- Coleman Fred. Le réseau Marcel. Acropole, 2015.
- Dereymez Jean-William (dir.). Le refuge et le piège : les Juifs dans les Apes (1938-1945). L’Harmattan, 2024.
- Diana Pascal. Août 1944. Nice libérée !. Éditions de l’Amont, 2024.
- Harroch Viviane (dir.). Nice, les années noires 1940-1944. Ville de Nice, 2017.
- Klarsfeld Serge. Le convoi des 1000 Français. Fils et filles des déportés juifs de France, 2022.
- Klarsfeld Serge. La rafle des Juifs à Nice. Fils et filles des déportés juifs de France, 1993.
- Kleinmann Jean. Pérégrinations des juifs étrangers dans les Alpes-Maritimes. In : Recherches régionales, n° 173, 2004, p. 51-79.
- Mencherini Robert (dir.). Provence-Auschwitz : De l’internement des étrangers à la déportation des juifs 1939-1944. Presses universitaires de Provence, 2007.
- Otho Alain. Quelques remarques sur la Libération de Nice. In : Recherches régionales, n° 191, 2008, p. 82-88.
- Panicacci Jean-Louis. A propos de la Libération de Nice. In : Recherches régionales, n° 186, 2007, p. 89-98.
- Panicacci Jean-Louis. La colonie allemande dans les Alpes-Maritimes de 1933 à 1945. In : Cahiers d’Études Germaniques, numéro 13, 1987. Exils et migrations d’Allemands 1789-1945, p. 181-192.
- Panicacci Jean-Louis. Le patriotisme nissart (juillet 1940-septembre 1943). In : Cahiers de la Méditerranée, n° 43, 1, 1991. L’identité niçoise [Actes du colloque de Nice, juin 1991], p. 53-68.
- Panicacci Jean-Louis. Le poids de la ville dans la Résistance en Provence-Côte-d’Azur. In : Bulletin de l’Institut d’Histoire du Temps Présent. Supplément n° 8, 1995. La Résistance et les Français : Villes, centres et logiques de décision, p. 255-265.
- Panicacci Jean-Louis. Les Alpes-Maritimes. In : Les Cahiers de l’Institut d’Histoire du Temps Présent, n° 32-33, mai 1996. Le temps des restrictions en France (1939-1949), p. 195-212.
- Panicacci Jean-Louis. Les Italiens dans la libération des Alpes-Maritimes. In : Cahiers de la Méditerranée, n° 52, 1, 1996. Relations franco-italiennes, p. 25-31.
- Panicacci Jean-Louis. Le temps des pénuries (1939-1949) dans les Alpes-Maritimes. In: Cahiers de la Méditerranée, n° 48, 1, 1994. Hommage à Alain Sainte-Marie, p. 191-209.
- Panicacci Jean-Louis. Une section modèle ? La Légion des Alpes-Maritimes. In : Annales du Midi : revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale, tome 116, n° 245, 2004. Voyage dans la France de Vichy : la Légion française des combattants, p. 91-110.
- Panicacci Jean-Louis. Les Alpes-Maritimes de 1939 à 1945. Serre, 1989.
- Panicacci Jean-Louis. La résistance azuréenne, Serre, 1994.
- Panicacci Jean-Louis. Les lieux de mémoire de la deuxième guerre mondiale dans les Alpes-Maritimes. Serre, 1997.
- Panicacci Jean-Louis. L’occupation italienne. Presses universitaires de Rennes, 2010.
- Panicacci Jean-Louis. En territoire occupé : Italiens et Allemands à Nice 1942-1944. Vendémiaire, 2012.
- Panicacci Jean-Louis. Les Alpes-Maritimes dans la guerre. Éditions de Borée, 2013.
- Poch-Karsenti, Andrée. Les 527 enfants d’Odette et Moussa. Le Publieur, 2006.
- Schor Ralph. La presse niçoise de la Libération et le problème de l’épuration en 1944. In: Cahiers de la Méditerranée, n° 12, 1, 1976. la Libération des Alpes-Maritimes, p. 71-100.
- Schor Ralph. Le Parti Populaire Français dans les Alpes-Maritimes (1936-1939). In : Cahiers de la Méditerranée, n° 33-34, 1, 1986. Presse et vie politique dans les Alpes-Maritimes dans la première moitié du XXe siècle, sous la direction de Ralph Schor, p. 99-125.
Guides de sources
- Les sources de l’histoire de la deuxième guerre mondiale aux Archives Nice Côte d’Azur et aux Archives départementales des Alpes-Maritimes
- Le dépouillement bénévole de Mme E. Castelli : http://niceoccupation.free.fr/
- L’épuration sur le site FranceArchives
- La reconstruction sur le site FranceArchives





































































